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2012 (page 3/3)

Sommaire de 2012 : Clic !

 
 
19 Octobre 2012
Pierre (de Venise) a écrit :

J'aime bien votre site, qui sort des clichés et qui est amusant tout en primant le bon sens.
Vos idées sur le Christ, Saint Paul, Flavius Clémens sont intéressantes - pourquoi pas ?
Et vous aimez bien Monteilhet, un de mes auteurs favoris, avec sa scène extraordinaire du repas de Kaeso, avec saint Paul, Néron, Nerva, Vespasien et ses deux fils, Othon et Vitellius, lorsqu'une pythie prédit à chacun qu'il sera empereur sauf saint Paul qui deviendra plus qu'un empereur (et tous rigolent en se disant que la pythie a fumé quelque chose de louche).

Au sujet de descendants de romains célèbres, plusieurs grandes familles italiennes ont une tradition les faisant remonter à la Rome antique. Par exemple, les Massimo (wikipedia.org) dont Napoléon moquait leur prétention d'avoir comme grand ancêtre Fabius Maximus, ce à quoi il lui fut répondu que cela faisait seulement quatorze siècles qu'on racontait cette histoire dans la famille. Ou encore les Colonna de Rome, ou bien les Marcello de Venise (Claudius Marcellus) ou les Contarini de Venise (Aurelius Cottae). Ce sont des traditions inventées, car dans le meilleur des cas, on n'arrive pas à retracer leur généalogie avec papiers à l'appui avant les alentours de l'An 1000.

Les intéressés s'en moquent gentiment eux-mêmes comme Lampedusa qui, dans son roman Le Guépard tourne en dérision le fait de descendre des amours de Titus et Bérénice !

Je crois que la plus vieille généalogie documentée soit celle des Pignatelli, qui arrivent à remonter au VIII ou IXe siècle, à un officiel byzantin.

 
 
 
RÉPONSE :

Tout d'abord, un grand merci pour ce message, très sympathique, ainsi pour l'intérêt, tout aussi sympa, que vous témoignez à mon site internet.

Ah, le Néropolis de Monteilhet !… J'y adore aussi les ébouriffantes discussions théologiques entre le pseudo catéchumène Kaeso et les bons apôtres Paul et Luc, avec les malicieuses suggestions du pragmatique Romain pour assurer l'expansion de la religion naissante (culte des saints, quasi-déification de la Vierge, célébration liturgique de fêtes liées à la vie terrestre du Christ, etc), toutes propositions qui horrifient l'Apôtre des Gentils alors qu'elles sont devenues les fondements de l'Église catholique d'aujourd'hui !

D'accord avec vous pour ces généalogies mythiques.

Je comprends fort bien l'intérêt politique qu'ont eu, jadis, les arbres généalogiques des grandes familles romaines, les reliant - de façon, disons, fort optimiste ! - aux gens patriciennes de la Rome antique : une façon de montrer aux Papes successifs que ceux-ci, malgré toute leur pompe et leurs richesses n'étaient jamais que d'éphémères parvenus, voire des usurpateurs. Et si j'habitais un palazzo de votre splendide et éternelle ville, je serais peut-être tenté d'exhiber un arbre généalogique aux racines aussi profondes et anciennes que les pilotis enfoncés au tréfonds de la lagune pour supporter, au fil des siècles, mon antique demeure ! En revanche, j'ai un peu de mal à comprendre l'obstination de certains obscurs anonymes à démontrer leur filiation qui avec Néron, qui avec Théodose ou avec d'autres grands hommes de l'Antiquité. Ces reconstructions, aussi hypothétiques que pathétiques, leur confèrent-elles une once de plus-value ? Rendent-elles leur existence plus exaltante ? Mais de toute façon, ce passe-temps ne nuit à personne, ces "généalogies rêvées" n'étant prises au sérieux par personne, sauf - peut-être - par leurs auteurs.

neropolis, hubert monteilhet

 

 
 
 
2 Novembre 2013
Pierre (de Venise) a écrit :

Aimez-vous les romans historiques sur la période romaine ?

Sur la fin de la République, ceux de Robert Maddox (Décimus Metellus) et de Steven Saylor (Gordianus).
Je préfère Maddox, son personnage étant plus jovial que celui de Saylor. Les perspectives sont différentes : Maddox montre Catilina comme un dangereux agitateur, alors que Saylor le voit comme un précurseur de César.

Vous connaissez sans doute les Lindsay Davis (Falco).
Ou la série de Simon Scarrow (Macro et Cato, correspondant plus ou moins aux personnages de Bush et Hornblower de Forrester), sous Claude, où Narcisse tient le rôle du M de James Bond, Vespasien fait carrière et Vitellius complote

J'ai découvert récemment deux autres séries.
La première sous Commode d'Anthony Riches, qui montre une armée romaine frondeuse sur le Mur d'Hadrien, et la deuxième (Warrior of Rome) d'un professeur universitaire anglais, Harry Sidebottom, dont le personnage Ballista, n'est autre que le préfet du prétoire de Macrien.

Enfin, je pense que vous aurez déjà découvert la série de Richard Blake avec son héros picaresque, Aelric, sous Phocas, Héraclius (et ses successeurs), comparée par certains au Moi, Claude Empereur (I, Claudius) de Graves.

steven saylor, enigne de catilina john maddox roberts, echec au senat, spqr harry sidebottom, guerrier de rome, warrior of rome
 
 
 
RÉPONSE :

Merci pour ces conseils de lecture.

Bien sûr, je connais et apprécie les polars SPQR de John Maddox Roberts. Il est vrai son enquêteur Decius Metellus fait montre d'un caractère plus authentiquement romain que le Gordien de Steven Saylor, personnage anticonformiste pour la Rome antique, mais bien politiquement correct selon les normes US contemporaines (contestation de l'esclavage, dédain des spectacles sanglants, etc…). Toutefois, les enquêtes de Gordien restent passionnantes.

Pour info, dans son site (dont je suis également le webmaster) Péplum - Image de l'Antiquité, mon compatriote et ami Michel Eloy a référencé (voyez ici : Clic ! un bon nombre de "polars antiques". Certains d'entre eux, que vous ne connaîtriez pas, seraient peut-être susceptibles de vous intéresser ). J'attire plus particulièrement votre attention sur les deux romans policiers de Patrick Demory (un troisième opus est, paraît-il, en cours d'écriture), situés sous le règne de Julien l'Apostat, alors "César" (vice-empereur) en Gaule pour le compte de Constance II. Patrick Demory, en véritable "fondu" de reconstitution historique qu'il est, prend grand soin d'évoquer avec la plus grande exactitude possible l'armée romaine du "Bas-Empire". (Voyez : Patrick DEMORY : Le Feu de Mithra - Peur sur Lutèce).

 

 
 
Conclusion de PIerre :
Essayez la série de Robert Fabbri sur Vespasien.
C'est intéressant, avec un Claude comploteur, sous Tibère et Caligula, dont on se doute qu'il ne va pas faire long feu.
On voit apparaiîre dans le tome 3 les personnages de saint Paul (présenté comme un illuminé) et de Tiberius Alexander, juif d'origine et qui deviendra gouverneur d'Egypte et numéro 2 de Titus au siège de Jérusalem.

 

 
 
 
28 Novembre 2013
Bruno a écrit :

À des fins personnelles, j’ai étudié un peu plus en détail le règne de Valérien, empereur de 253 à 260. Le 1er édit de 257 contre les chrétiens semble issu probablement de la pression de conseillers, de prophètes d’ISIS pour sûrement s’emparer d’une manne financière importante pour l’empire vue l’état des finances.
Je me pose la question : comment un conseiller pouvait s’adresser à l‘empereur pour l’amener à prendre cette décision en sachant que jusqu’en 257, Valérien se montrait plutôt conciliant avec les chrétiens.
D’après vous : Comment un conseiller s’adressait-t-il à l’empereur ? Il semblerait qu’il s’adressait directement par le nom mais peut-être utilisait-il des locutions de révérence dans ses moments de manigance.
J’aimerais pouvoir réécrire leur conversation dans ce moment historique comme en 258 pour le 2e édit.

Même sans certitude, je suis preneur de toute info.

 
 
 
empereur valerien
RÉPONSE :

Dans mon site, j'ai consacré une notice particulière à la persécution de Valérien. Bien sûr, le désir de faire main basse sur les richesses de l'Église paraît avoir joué un rôle important dans le déclenchement de cette persécution. Mais peut-être aussi l'attitude des chrétiens d'Orient, jugés par trop favorable à l'envahisseur perse, ne fut-elle pas sans conséquence…

Pour en venir à votre problème d'étiquette, il était d'usage d'appeler les premiers empereurs "César", sans plus de chichis (voyez : Clic !). Mais à l'époque de Valérien, la sacralisation de la fonction impériale était presque achevée (trente ans après Valérien, Dioclétien y mettra la touche finale), et l'on ne pouvait probablement plus approcher l'empereur sans lui donner du "Dominus" (= Seigneur).

NOTE COMPLÉMENTAIRE (5 Décembre 2013)

Dans son excellent Les Divins Césars, Idéologie et pouvoir dans la Rome impériale (Tallandier, 2004), le non moins excellent et regretté Lucien JERPHAGNON décrit la sacralisation du pouvoir impérial comme déjà presque accomplie dès la fin du règne des Antonins (96-192) :
"[Dès cette époque,] On voit à quel point le pouvoir est maintenant sacralisé, et de quelle façon. Idéologiquement, l'empereur et sa famille faisaient corps avec Rome et son génie, et l'ordre romain avec l'ordre cosmique, régi par les dieux. Et donc, celui qui au nom des dieux avait gouverné le monde civilisé de son vivant, continuait de le faire après sa mort. Quoi de plus naturel ? Simplement, il jouissait de sa position divine enfin manifeste. Il gouvernait, en somme, de plus haut, à la façon dont procèdent les dieux maîtres du monde."
Mais…
"C'est sous Aurélien que le dominat reçoit sa consécration. Ce n'est pas du côté des théories philosophiques qu'il la trouvera : je ne pense d'ailleurs pas que l'Illyrien y ait jamais songé ! En revanche, il savait qu'un pouvoir est d'autant plus efficace qu'il s'appuie sur un consensus motivé religieusement. C'est donc à la religion qu'il demanda cette dimension sacrée, incontestable, génératrice d'unité morale. Il se fait donc appeler deus et dominus natus, dieu et maître de naissance, autrement dit désigné d'En-Haut, formule qui en d'autres temps avait plutôt mal réussi à un Caligula, à un Domitien. Mais les esprits avaient évolué, et nul à présent n'y trouvait plus à redire, les philosophes pas plus que les autres : le César fait désormais partie de la vision du monde qu'on se transmet de génération en génération ; il est une pièce humano-divine du cosmos tel qu'on le voit depuis le Forum. Qui diable songeait encore à la République ? "
divins cesars, lucien jerphagnon

 

 
 
Conclusion de Bruno :

C’est avec vif intérêt que j'ai pu lire ton message. Pour aller dans ton sens, la problématique de Valérien l’amenant à persécuter les chrétiens est bien plus complexe que le seul fait de mettre main basse sur leurs richesses. Toutefois, sans annihiler le comportement litigieux de certains chrétiens d’Orient, je suis convaincu que Macrien a joué un rôle plus que prépondérant, non pas par magie noire, mais par endoctrinement.

Pour revenir à ma question, je pensais que Valérien avait sacralisé sa fonction pour peut-être avoir un positionnement par rapport à son fils.

 
 
 
 
2 Décembre 2012
Julien a écrit :
Dans le cadre d'un travail de recherche universitaire, je souhaiterais savoir quand sont abrogées la loi de l'empereur Julien dit l'Apostat interdisant aux chrétiens galiléens la pratique de l'enseignement de la poétique, de la rhétorique et de la littérature (362 me semble-t-il)… Je ne parviens pas à trouver l'information sur Internet, connaîtriez-vous la date et le contexte de cette abrogation ?
 
 
 
RÉPONSE :

Je lis dans Les Empereurs romains de Zosso et Zingg (Éditions Errance, 2009) que, le 11 Janvier 364, l'empereur Jovien (Jovianus) autorisa les professeurs chrétiens à reprendre leur enseignement.

Le fait, mais non la date précise, est confirmé (entre autres) par Lucien Jerphagnon. Je me fais un plaisir de citer en entier le passage - malicieux - de son Histoire de la Rome antique consacré à Jovien, syndic de faillite :

"Julien mort, l'épopée s'achevait en fiasco. On tergiversa une journée, puis on acclama un certain Jovianus, pannonien d'origine, chrétien de religion, aussi dépourvu d'ennemis, dit Paschoud, qu'il l'était de qualités. L'incolore Jovien, dit Jean Gagé. En fait, c'était un syndic de faillite qu'on avait désigné plutôt qu'un Auguste romain. La paix fut conclue moyennant un gros morceau d'Empire qu'on laissa aux mains des Perses Sassanides : les conquêtes de Dioclétien et Galère y passaient tout entières, et il fallait s'engager à ne plus intervenir jamais en Arménie. Sans compter les réparations à verser. Jovien signa tout ce qu'on voulut. De toute façon, il n'avait pas le choix.
Les restes de l'empereur
[Julien] reposèrent à Tarse, ville natale de l'apôtre Paul, mais arrosée par le Cydnus, autrefois sanctifié par le bain qu'y avait pris Alexandre le Grand, l'inimitable modèle de tous les chefs romains. Avec Julien s'achevait le rêve d'un hellénisme restauré, d'une religion renaissant de ses cendres à l'instar du Phénix - et d'une Rome conquérante. Tout cela était mort. Le passé déjà changeait de sens dans les mémoires, et les chrétiens voyaient dans la longue marche de Rome la lointaine préparation du Christ régnant pour l'éternité. Pour l'instant, sous le très insignifiant Jovien, ils avaient retrouvé leurs places, leurs habitudes, leur bonne conscience, qui n'était peut-être pas tout à fait évangélique. Ceux qui avaient retourné leur veste en étaient quittes pour la remettre à l'endroit et à faire pénitence. Les maladroits qui s'étaient engagés trop avant aux côtés de Julien payèrent leur imprudence : ce fut la classique chasse aux sorcières que tous les historiens du monde ont l'habitude de voir dans tous les contextes. Les professeurs chrétiens retrouvèrent le chemin des écoles publiques après presque deux années d'absence, et ce n'était que justice. Les philosophes et les desservants des temples païens furent pourchassés dans des conditions souvent atroces, et à cela la justice ne retrouvait pas son compte. Cette fois, les dieux de Rome étaient bien morts." (Lucien JERPHAGNON, Histoire de la Rome antique, Éditions Tallandier, 2002)

 

 
empereur jovien
 
lucien jerphagnon, histoire rome antique