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Sommaire AoûtDécembre 2011 :

  • 28 Août :
    • Le Mons Graupius, comme Alésia dans Astérix : Clic !
  • 29 Août :
  • 20 Septembre :
    • Mort de Trajan : puni par où il avait péché ? : Clic !
  • 29 Septembre :
    • Recensement de Quirinus : saint Luc n'écrivait peut-être pas que des bêtises ! : Clic !
  • 9 Octobre :
    • Jacky prend la défense des Mémoires d'Hadrien… et de l'empereur Galba : Clic !
  • 19 Octobre :
    • Des Bretons immigrés pour repeupler l'Armorique génocidée ?  : Clic !
  • 22 Octobre :
    • L'Égypte, entre christianisme exalté et paganisme obstiné ! : Clic !
2e page
  • 22 Novembre :
    • Les évêques : des "kapos" pour les premières communautés chrétiennes ?  : Clic !
  • 8 Décembre :
    • De l'insécurité juridique et sociale des premiers chrétiens : Clic !
    • Qui bouta le feu à la Rome de Néron : des Chrétiens ou des Nazoréens ? : Clic !
  • 9 Décembre :
    • Une "force chrétienne" pour protéger les chrétiens de leurs persécuteurs ?  : Clic !
  • 20 Décembre :
    • Nietzsche et l'anachronique Tibère offrant un sacrifice à Mithra ?…  : Clic !
  • 25 Décembre :
    • Quelques précisions sur le Quo Vadis ? de Sienkiewicz et Montherlant  : Clic !
 
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28 Août 2011
Jean-Charles a écrit :

Je viens de lire un article en anglais sur le Mons Graupius (www.bbc.co.uk/news), et en cherchant sur votre site si l'on en parle (ah, ces peu sympathiques internautes qui veulent toujours prendre en défaut et accabler autrui !…), je vois que vous l'évoquez ici : Clic !

Comme pour Alésia il y a des doutes sur l'emplacement mais les Écossais cherchent toujours… Cet article n'apporte pas grand-chose, il faut l'avouer, mais c'est pour faire avancer le schmilblick.

 
 
 
RÉPONSE :

Bon, mon anglais est certainement moins fluide que la vôtre, mais, si je comprends bien, la localisation de la bataille du Mont Graupius continue, effectivement, à poser problème… Ce qui, pour vous parler franchement, ne m'empêche guère de dormir !

De fait, j'ai évoqué brièvement cet épisode de la conquête avortée de l'Écosse dans la page de mon site que vous mentionnez. Et, au cas où cela pourrait vous intéresser, à cet autre endroit de mon Courrier des visiteurs (Clic !), je parle, à la requête d'un autre sympathique internaute (ils le sont à peu près tous, vous savez) de la IXe Légion Hispana. C'est cette légion qui s'illustra lors de la victoire d'Agricola sur les Pictes, mais qui fut, semble-t-il, complètement défaite par les mêmes barbares quelque trente ans plus tard, sous le règne d'Hadrien.

Un grand merci pour ces infos (et pour ce schmilblick que vous fîtes progresser).

 

 
 
 
29 Août 2011
Jordan Allan a écrit :

Hello, my name is Jordan Allan and the creator of a website about the Romans : www.knowtheromans.co.uk/

This site is easy to navigate and has a simple design, but yet it is very attractive. It includes information about many different areas of roman life and beliefs with differentiated quizzes to test your knowledge on the Romans. The site has many images and videos which give a better learning experience. It is written so that it is easy to read and understand.

 

 
 
 
20 Septembre 2011
"Agricola83" a écrit :
L'empereur TRAJAN est mort de la maladie de Crohn, ou d'un cancer du rectum, comme son prédécesseur l'empereur NERVA. Certainement pas d'une apoplexie ce qui au demeurant ne veut rien dire du tout !
 
 
 
RÉPONSE :

Un grand merci pour ces précisions. Toutefois, et a fortiori parce que je ne suis pas médecin, je m'interroge sur la possibilité d'établir, avec certitude, le diagnostic de la dernière maladie de Trajan. En effet, le moins que l'on puisse dire, c'est que les sources antiques dont nous disposons sont peu précises et peu concordantes. Voyez plutôt :

  • DION CASSIUS (Histoire romains, 68 : 33 - Trad : www.mediterranees.net) : "La maladie de Trajan, à ce qu'il crut, vint d'un poison qu'il aurait pris ; selon d'autres, de l'arrêt du sang que, chaque année, il rendait par en bas, car il fut frappé d'apoplexie, de telle sorte que plusieurs parties de son corps furent paralysées et que toutes furent atteintes d'hydropisie. Arrivé à Sélinonte de Cilicie, que nous appelons Trajanopolis, il expira tout à coup après un règne de dix-neuf ans six mois quinze jours."
  • AURELIUS VICTOR (De Cæsaribus, XIII - trad : www.mediterranees.net) : "Quoique dans un âge très avancé, il était parti, d'après la demande du Sénat, pour recommencer la guerre en Orient, lorsqu'un grand tremblement de terre se fit sentir à Antioche, et jusqu'aux extrémités de la Syrie. Il en fut si vivement affecté, qu'il fut atteint d'une maladie (note : Cette maladie, qui était un flux de ventre, le surprit dans la ville de Séleucie) à laquelle il succomba, après avoir appelé à l'empire Adrien, son compatriote et son parent
  • EUTROPE (Abrégé d'Histoire romaine, VIII, 5 - Trad : www.mediterranees.net) : "Il s'était acquis dans la guerre et dans la paix une grande gloire, lorsqu'en revenant de la Perse il mourut d'un flux de ventre, à Séleucie d'Isaurie."

Apoplexie, flux de ventre, hydropisie… des termes vagues qui, me semble-t-il, peuvent se rapporter à bien des pathologies.
Oublions l'hypothèse de l'empoisonnement, à laquelle d'ailleurs Dion Cassius ne semble guère accorder de crédit…

trajan

 

 
 
"AGRICOLA83" réécrit :

J'avoue être un peu surpris que vous ayez répondu à mon affirmation. C'est sympa de votre part. Toutefois, et sans esprit de polémique quelconque je m'autorise à quelques observations dont vous êtes nullement tenu à prendre pour argent comptant.

Trajan, homme que j'admire, est un aristocrate italien antique avec tout ce que cela comporte d'excessif. Vous me semblez aborder l'histoire de façon réservée, je dirais scolaire, voire étriquée. Les hommes et les femmes, de tous temps, ont leur grandeur et leur bassesse. Trajan était un alcoolique qui se "sifflait" chaque jour ses dix litres de "pinard". Au bas mot. Et le vin romain antique peu affiné marquait au minimum quinze à seize degré ! Mais il était naturel pourrait-on dire. Trajan s'il aimait les jeunes éphèbes était aussi un succube, entendez par là que dans ses relations homosexuelles il était un passif. Et certainement avec excès ! Vous pouvez comprendre la suite … Un médecin pourrait fort bien vous l'expliquer. Ajoutons à cela une nourriture de "cochon" où la diététique était totalement inconnue et nous avons tous les ingrédients pour une maladie digestive majeure.

Laissez de côté Dion Cassius qui n'écrit que ce que son père lui a rapporté. Négligez Julien l'Apostat qui était jaloux peut-être de la grandeur de Trajan. L'Histoire Auguste est incertaine parce que anonyme. Je vous conseille la lecture de l'ouvrage de Camille de la Berge : Essai sur le règne de TRAJAN,. Paris, 1877. On trouve ce livre à la bibliothèque municipale de Bordeaux ou de Besançon. La bibliothèque nationale le possède aussi. (voyez sur internet)

L'histoire s'écrit avec le quotidien parfois un peu sordide des humains. Trajan n'est pas une belle statue que l'on voit via forum di imperii à Rome. Il était un Romain qui demandait à son corps d'être objet de jouissance avant d'être, avec l'âge, objet de souffrance. Il n'empêche que j'ai, comme tous les Italiens, une grande admiration pour cet homme hors du commun.
Il est le Jules César des Roumains qui en font grand cas.

 
 
 
RÉPONSE :

Pour l'essentiel, je suis d'accord avec vous… Si ce n'est que je qualifierais plutôt Trajan de rude soldat peu délicat, voire assez fruste que d'aristocrate italien. En effet, cet empereur fut avant tout un militaire, qui passa d'ailleurs l'essentiel de sa vie dans les camps et les casernes. Ce qui explique sans doute son goût prononcé pour le "gros rouge qui tache"… et pour les amours viriles (rôle actif avec des jeunes éphèbes - je ne sais s'il fut le succube que vous prétendez, mais si ce fut le cas, il ne l'ébruita certes pas : cela eût à coup sûr détruit sa réputation d'empereur et de commandant en chef !).

Et quand ce soldat n'était pas au repos, éclusant des godets et lutinant ses pages, il crapahutait, à la tête de ses troupes sur tous les fronts de son empire, sous le soleil brûlant des déserts irakiens ou le froid glacial des confins germaniques, en mangeant n'importe quoi d'à peu près comestible et en buvant Dieu sait quelle bibine (comme chantait Brassens).

Après des années et des années de cette vie aventureuse, débridée, déréglée, l'organisme surmené de notre Trajan devait être passablement délabré : il devait présenter un tableau clinique dont la variété morbide et la complexité pathologique auraient effaré jusqu'au Docteur House, l'infaillible diagnosticien de la célèbre série américaine !

 

 
 
 
29 Septembre 2011
Éric a écrit :

Voyez (site remacle.org) : Chronologie de trois événements contemporains : Le recensement de Quirinius / La naissance de Jésus / La mort d'Hérode (Texte proposé et mis en page par Gérard Gertoux)

Et sur site /www.mediterranee-antique.info : Ernest Desjardins : LE RECENSEMENT DE QUIRINIUS - Témoignages historiques relatifs à un passage de l'évangile de saint Luc et Réponse à quelques observations critiques.

Ce sont là des pistes autrement plus sérieuses, et qui tendent à démontrer que le texte biblique n'est pas si "farfelu" que ça, contrairement aux clichés largement diffusés et répandus dans le public, bien souvent ignorant de ces choses, hélas. De cette dernière constatation, certains en on fait leur "fond de commerce". Personnellement, je le déplore.

À noter que la prophétie messianique vétéro-testamentaire du livre de Daniel (les 69 semaines d'années lunaires à compter à partir de l'édit de l'empereur perse Artaxerxès donnant ordre de rebâtir les murailles de Jérusalem après le retour de l'exil des juifs à Babylone sous Naboukadnezzar = Nabuchodonosor) nous amène dans une fourchette comprise entre l'an 29 et l'an 33 A.D.

Voilà pourquoi entre autres je pense pour ma part que la Bible n'est décidément pas un livre comme les autres, et qu'elle est crédible.

nativite; naissance de jesus

 
 
 
RÉPONSE :

Un grand merci pour ces analyses.

SUR LA DATE DE NAISSANCE DE JÉSUS
ET LE RECENSEMENT DE QUIRINUS, VOYEZ ICI : CLIC
!

 

 
 
 
9 Octobre 2011
Jacky a écrit :

Un petit email pour non seulement vous féliciter car votre site est très bien fait et précis.
Mais j'aurais juste une petite remarque à vous faire pour liste des empereurs les plus "demandés" par les professeurs : vous avez oublié, si je puis dire, Galba, qui à mes yeux doit être cité.

Et aussi une petite, désolé, énorme remarque à Audeboboc qui a écrit que Mémoires d'Hadrien est "un désastre, qu'il ne mérite ni majuscules ni pages". Il plaisante, j'espère ! Ce livre est un chef d'œuvre ! Celui qui ne sait pas reconnaître un bon livre ne doit pas être autorisé à lire !

 
 
 
RÉPONSE :

Un grand merci pour ce message très sympa, ainsi que pour l'intérêt, tout aussi sympathique, que vous accordez à mon site internet.

Dois-je vous préciser que je ne partage évidemment pas l'avis négatif de mon correspondant sur le chef d'œuvre de Marguerite Yourcenar ? Les Mémoires d'Hadrien, c'est un bouquin exceptionnel. Mais si, comme je pense que c'était le cas pour ce (ou cette) "Audeboboc", j'avais jadis été forcé par un prof à lire ce livre dans le cadre scolaire, avec examen à la clef, je l'aurais, moi aussi, sans doute trouvé détestable. Indulgence donc pour la jeunesse révoltée !

Quant à Galba, que vous dire sinon qu'il ne fut certainement pas le plus grand des empereurs… et c'est encore un euphémisme !

 

 
galba
 
memoires d’hadrien, marguerite yourcenar
 
 
19 Octobre 2011
Mathieu a écrit :

Auriez-vous des renseignements sur l'Armorique pendant la domination romaine (de -52 à 486) ?

Avant la conquête romaine, l'Armorique était une des provinces les plus prospères de la Gaule, et était le lieu où vivait l'une des tribus gauloises les plus puissantes et les plus riches, les Vénètes (dans l'actuel Morbihan, le golfe du même nom leur servait de gigantesque port militaire et de commerce ; cf. César, Guerre des Gaules).
Les Vénètes ayant été la tribu gauloise ayant résisté avec le plus d'acharnement à la conquête romaine, César les punit impitoyablement après la célèbre victoire navale qu'il remporta sur eux au large du Golfe du Morbihan.

Ensuite, vient une longue période sur laquelle nous n'avons que très peu d'informations ; l'Armorique semble avoir été quasiment dépeuplée pendant cinq siècles (sans doute les Romains vendirent-ils l'essentiel de la population comme esclaves après avoir exterminé tous les hommes en âge de porter les armes, pratique hélas généralisée dans l'Antiquité). C'est sans doute précisément parce que l'Armorique était complètement dépeuplée, voire déserte, que les Bretons (de la Bretagne, aujourd'hui "Grande-Bretagne") y émigrèrent en grand nombre quand leur île fut envahie par les Angles et les Saxons (ancêtres des Anglais actuels), venus de l'actuel Jütland (aujourd'hui la partie continentale du Danemark), au Ve siècle (après le départ des dernières troupes romaines en 406). Et c'est pour cela aussi qu'on appela désormais l'Armorique "Petite-Bretagne", puis "Bretagne" (en Anglais, on fait encore la différence entre "Britain" et "Brittany"), car les Bretons y vinrent avec leur langue celtique, le Breton.
Les spécialistes sont unanimes pour voir dans la langue bretonne une langue celtique insulaire, très proche parente du Gallois actuel ; le Breton n'a vraisemblablement reçu aucune influence du Gaulois, langue celtique continentale, ce qui va dans le sens d'une Armorique quasi déserte pendant la domination romaine.

Les Bretons avaient été relativement nombreux à passer au Christianisme du temps où ils vivaient encore sur l'île de Bretagne ; le traumatisme qu'a été la migration forcée en Armorique sous les coups de boutoir des envahisseurs Anglo-Saxons a fait que certains Bretons revinrent au paganisme pendant cette migration, mais pas tous ; on peut encore identifier l'implantation en Armorique des communautés restées fidèles au Christianisme par les noms de lieux : ce sont les noms commençant en "plou-", terme qui paraît typiquement breton mais qui n'est que la prononciation celtique du mot latin "plebs", à comprendre ici comme "la communauté" (sous-entendu, "des Chrétiens").

Voilà tout ce que je peux dire sur le sujet, peut-être aurez-vous d'autres renseignements ; mais comme l'Armorique a sans doute été transformée en désert par la conquête romaine, il est possible que ce que je viens de vous résumer soit tout ce qu'on puisse dire à ce propos.

 
 
 
RÉPONSE :

Désolé, mais je ne sais donc pas grand-chose de l'histoire de l'Armorique romaine… Toutefois, j'ai déjà eu l'occasion d'aborder avec d'autres sympathiques internautes des problématiques proches de celles qui semblent vous intéresser. Je vous invite donc à) jeter un coup d'œil sur ces deux anciens courriers :

  • où il est question de la survie de la romanité en Bretagne armoricaine : Clic !
  • où l'on s'interroge sur l'existence d'un "Mur d'Honorius", destiné à protéger les Aquitains des Armoricains… à moins que ce fût les Armoricains des Barbares : Clic !

Désolé de ne pouvoir mieux vous aider dans vos recherches.

NOTE COMPLÉMENTAIRE (17 Novembre 2013)

Pourtant fort prompt à souligner les horreurs de la conquête césarienne et les turpitudes des cinq siècles d'occupation romaine, Maurice BOUVIER-AJAM n'évoque nullement un génocide des Vénètes pour expliquer le (relatif ?) dépeuplement de l'Armorique au Ve siècle :
"Pendant ces temps extrêmement troublés, une autre pénétration -quasi indiscontinue entre 420 et 460 - se produit en Gaule sans difficulté. Sous la pression des Angles et des Saxons les Britanni d'origine celtique de longtemps établis dans la Cornouailles et le Pays de Galles traversent la Manche et débarquent en Armorique où ils s'installent. Cette Armorique était sous-peuplée et mal mise en valeur. Les Britanni, les Bretons, arrivent, déjà chrétiens, certes, mais avec leurs propres traditions, légendes, dialectes et viennent avec eux leurs prêtres et leurs moines. La Bretagne, quasi isolée du reste de la Gaule, ici proche des vallées paisibles, là proche des contrées de Bagaude, bénéficie, en somme, de son éloignement des régions plus denses et plus disputées pour prendre lentement et difficilement l'aspect d'un pays neuf.
Ce large déplacement de population - on a parlé de près de 100,000 arrivants rien que de 435 à 455 - passe, dans l'époque troublée où il se produit, quasi inaperçu de Rome, de la Gaule intérieure et de la Germanie.
" (Maurice BOUVIER-AJAM, Les Empereurs gaulois, Tallandier, 1984)

maurice bouvier-ajam, empereurs gaulois

 

 
 
 
22 Octobre 2011
Mathieu réécrit :

Oui, en effet, désolé, ma question ne concernait pas les empereurs romains… Plutôt ce qu'on appelle les "Grandes Invasions" (qui s'étendent bien au-delà de la période de l'Empire romain, vu qu'elles ne se terminent qu'avec l'installation des Hongrois dans la Hongrie actuelle v. 900 de notre ère). Nos voisins et désormais amis allemands appellent cette période d'un nom beaucoup plus neutre, Völkerwanderungzeit, on peut traduire cette expression par "Migrations des peuples", ce qui a tout de suite un aspect moins "belliqueux"… Tout est une question de point de vue…

Toujours dans la même veine, et puisque vous parlez du christianisme naissant, cela m'a fait penser à l'Égypte. J'ai lu des choses contradictoires sur la christianisation de l'Égypte à l'époque romaine : certains auteurs disent que la majorité des Égyptiens était déjà passée au Christianisme dès la fin du Ier siècle de notre ère ; dans le même temps, ce pays a été une sorte de "conservatoire" du paganisme finissant : la dernière inscription hiéroglyphique est datée du 24 août 394 (c'est, si je ne m'abuse, la date de la proscription définitive du paganisme par Théodose) ; le temple d'Isis à Philae a même été utilisé pour des rites païens jusqu'au règne de Justinien (même si c'était à l'usage des Blemmyes, farouche peuplade nubienne du désert, et non des Égyptiens eux-mêmes).

 
 
 
RÉPONSE :

D'après ce que j'ai lu de mon côté, la chronologie de l'apparition du christianisme en Égypte est assez controversée. Dans son Histoire Ecclésiastique, Eusèbe de Césarée fournit une lignée de "patriarches" qui auraient dirigé l'Église d'Alexandrie, après l'évangéliste Marc, jusqu'au règne de Commode. Mais ce sont uniquement des noms, une liste de personnages totalement inconnus par ailleurs, donc une possible reconstruction pseudo-historique d'un passé légendaire. En réalité, nous ne savons rien de l'histoire de l'Égypte chrétienne avant le deuxième tiers du IIe siècle et le magistère d'un certain Pantène, prédécesseur du célèbre Clément d'Alexandrie et qui nous est connu - toujours indirectement - par d'autres témoignages que celui d'Eusèbe.

Est-ce à dire qu'auparavant, il n'y avait pas de chrétiens en Égypte ? Bien sûr que si ! Le désert égyptien nous a d'ailleurs livré l'un des plus anciens fragments des Évangiles : un papyrus qui remontrait aux années 100-125 et qui porte quelques versets du chapitre 18 de l'Évangile de Jean.

À mon avis, le problème, c'est que, en Égypte plus qu'ailleurs, les communautés chrétiennes et juives se distinguaient mal l'une de l'autre. Entre un juif alexandrin, qui ne pratiquait plus l'hébreu, qui ne lisait plus la Bible que dans sa version grecque des Septante et élaborait des "gnoses" apocalyptiques où Yahvé se manifestait par des "hypostases" plus ou moins bénéfiques, et un judéo-chrétien qui, lui aussi, mettait en scène la fin des temps par des spéculations du même acabit, mais où Jésus intervenait, la différence ne saute pas aux yeux ! Ni aux nôtres, ni à celles des Romains qui, probablement, n'eurent guère de scrupules à massacrer ces quelques Judéo-chrétiens Égyptiens avec leurs "cousins" juifs lors que la terrible répression qui sanctionna la grande révolte des Juifs de Diaspora à la fin du règne de Trajan (115-117). Un véritable massacre qui ruina pour longtemps le judaïsme égyptien, et qui explique sans doute la discrétion - voire l'inexistence - de témoignages sur les premières décennies du christianisme égyptien, lequel ne fut, initialement, qu'un rameau, parmi bien d'autres, du foisonnant judaïsme alexandrin.

Il me paraît donc fort optimiste de postuler la conversion au christianisme de la majorité des Égyptiens dès le premier siècle de notre ère. Toutefois - et bien que les données chiffrées soient absentes - il est très possible que, plus tard, aux IIIe et IVe siècles, la religion chrétienne ait été adoptée assez massivement par le petit peuple égyptien, par ces fellahs, par ces "indigènes" qui n'avaient jamais été séduits par le panthéon hellénistique (agrémenté d'une petite sauce égyptienne, pour la couleur locale) de l'élite dominante, les maîtres grecs puis romains.
Comme l'écrit Pierre CHUVIN (Chronique des derniers païens, Éditions Les Belles Lettres / Fayard, 2009), "à certains fidèles de la religion traditionnelle en Égypte, le christianisme a dû apparaître moins en usurpateur qu'en héritier, et de nombreux thèmes sont passés d'une religion à l'autre." Et de citer, en guise d'exemple, le scarabée sacré, roulant métaphoriquement le soleil levant, aisément identifiable au Christ qui "roule la boue de notre corps, jusque-là informe et inerte, sur la trace des vertus", et qui "fait lever le pauvre de son fumier". En outre, souligne encore Pierre CHUVIN, la résurrection chrétienne avait l'avantage de permettre l'abandon des coûteux rituels d'embaumement.

Cette christianisation galopante n'entama cependant que très progressivement - et assez difficilement - une certaine élite païenne très consciente qu'en défendant ses anciens cultes, elle défendait aussi son mode de vie raffiné, sa civilisation, son savoir philosophique et scientifique. Ce n'est pas pour rien que les païens se nomment eux-mêmes les Hellènes !

Bon, ne faisons quand même pas de l'Égypte le "conservatoire du paganisme" : cet attachement aux anciens cultes ne concernait finalement pas grand monde, quelques philosophes qui nous paraissent peut-être plus représentatifs qu'ils ne l'étaient réellement parce qu'ils furent les seuls à pouvoir encore livrer un témoignage écrit de leurs croyances (et qu'ils fournirent aussi les dernières étincelles de savoir et de philosophie avant l'interminable nuit des "siècles obscurs").

pierre chuvin, chronique des derniers paiens

Cependant, il n'en est pas moins vrai que, dans certains milieux, et à certains endroits, la résistance des "païens" fut farouche : les chrétiens ne purent s'emparer, puis détruire le Sérapéion, le grand temple de Sérapis à Alexandrie, qu'après un véritable siège. Et il est également exact que le temple d'Isis à Philae se maintint jusque vers 537, quand le général byzantin Narsès vint le fermer, envoyer ses statues à Constantinople et ses derniers officiants en prison. Mais, comme vous l'avez vous-même remarqué, il n'était resté en activité qu'en vertu d'un traité de paix conclu entre Blemmyes (Soudanais) et Romains en 451-452 et qui autorisait ces Africains à venir chaque année chercher la statue d'Isis, à l'emporter chez eux afin qu'elle rende ses oracles, puis à la ramener au sanctuaire de Philae jusqu'à l'année suivante.

Pour d'autres renseignements sur les derniers feux du paganisme en Égypte (et ailleurs), je vous invite à lire - si ce n'est déjà chose faite - la Chronique des derniers païens de Pierre CHUVIN que j'ai déjà eu l'occasion de citer ci-dessus.

 

 
 
CONCLUSION DE MATHIEU :

J'ai l'intention de vous répondre plus longuement quand je disposerai d'un petit peu plus de temps, pour l'instant je me contenterai modestement de vous faire part de ce qui me vient à l'esprit.

Les spécialistes sont divisés sur la question de la séparation définitive du judaïsme et du christianisme ; peut-on supposer l'existence de communautés "judéo-chrétiennes" jusqu'à une date avancée dans le temps ? (Par "judéo-chrétien", j'entends les communautés de chrétiens, issues ou non de communautés juives, mais en tout cas se refusant à abandonner les préceptes de la loi mosaïque, en particulier la circoncision, ainsi que l'abstinence rituelle de certains aliments (ce que les Juifs d'aujourd'hui appellent la "cacheroute")). Si je me souviens bien, les Actes des Apôtres évoquent bel et bien l'existence d'une telle communauté judéo-chrétienne en Palestine, groupée autour de Jacques, mais rapidement revenue dans le giron de l'Eglise "véritable".

J'ai lu récemment le livre très polémique de l'historien israélien Shlomo SAND, Comment le peuple juif fut inventé. Dans ce livre, pour s'en tenir à la période que vous traitez dans votre site, Shlomo Sand postule l'existence d'une grande vague de prosélytisme juif pendant la période hellénistique et le Haut-Empire, ayant amené de nombreux païens à se convertir au judaïsme ; cette vague de conversions n'aurait cessé qu'à partir du "décollage" du christianisme pendant la première moitié du IIIe siècle (à peu près l'époque des Sévères). La diaspora juive de l'Antiquité, selon Sand, résulte non pas d'une émigration de juifs hors de Palestine, mais d'un vaste mouvement de conversions de païens "autochtones" autour du bassin méditerranéen. Si l'on accepte cette hypothèse, on comprend que les historiens actuels, à l'instar des autorités romaines de l'époque, aient eu du mal à faire la différence entre juifs et chrétiens jusqu'en 200-250 environ.

Quant à l'Égypte romaine, je remarque que peu de spécialistes s'y intéressent. Les égyptologues semblent ne voir que dans la période de domination romaine sur l'Égypte une période de décadence absolue par rapport à la grandeur de la civilisation de l'Égypte pharaonique (avec quelque raison, il faut bien l'avouer). Quant aux spécialistes d'histoire romaine, ils semblent ne voir en l'Égypte qu'une province périphérique où "rien ne se passe", alors que l'Égypte (hors Alexandrie) a été secouée par plusieurs grandes révoltes sous la domination romaine : les Boukoloi du Delta en 175, réprimés par Avidius Cassius ; et, bien que le mouvement soit parti de la Syrie voisine, l'accueil triomphal réservé à Zénobie en 269. Ce désintérêt est dommage, car la majeure partie des papyrus égyptiens parvenus jusqu'à nous datent de la période romaine.

shlomo sand, peuple juif

Les "derniers païens" en Égypte penchaient-ils plutôt pour les dieux gréco-romains "d'importation", ou pour le panthéon autochtone (même revu et corrigé à la "sauce" gréco-romaine : cf. le dénouement du roman d'Apulée L'Âne d'or, et le traité de Plutarque sur Isis et Osiris) ? Dans certains temples égyptiens construits à l'époque ptolémaïque, ils semblent bien que certains décors sculptés soient assez tardifs (par exemple, cette représentation curieuse d'instruments de chirurgie dans le temple de Kom-Ombo, relief qui daterait du règne de Marc-Aurèle : en.wikipedia.org). A priori, j'imagine que la puissante caste sacerdotale de l'époque pharaonique a su, vaille que vaille, maintenir ses privilèges et ses croyances jusqu'à la fin du IVe siècle (jusqu'à l'interdiction des cultes païens par Théodose). Mais comme vous le dites vous-même, à ce moment-là le menu peuple des fellahs du Nil ne devait plus croire aux dieux ancestraux depuis belle lurette et ces prêtres ne devaient plus représenter qu'eux-mêmes.