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Avril Décembre 2010 (page 4/4)

Sommaire Avril Décembre 2010 : Clic !

 
 
11 Octobre 2010
Mathieu a écrit :

Je me permets de vous poser une question qui me turlupine depuis longtemps : pourquoi diable Septime Sévère a-t-il passé trois ans (rien de moins ! de 208 à 211) à guerroyer contre les habitants de l'actuelle Écosse (quel que soit le nom qu'on leur donne : Pictes, Scots, etc) ? Car enfin, comparée à d'autres provinces de l'Empire romain, la Bretagne était quand même (passez-moi l'expression) un trou perdu, et n'avait pas la même importance humaine et stratégique que les riches et prospères provinces de l'Orient ! Septime Sévère voulait-il alors conquérir l'Écosse ? Mais la même question se pose alors : pourquoi donner tant d'importance à cette région périphérique, aux confins de l'Empire Romain ?

Merci infiniment d'avance si vous pouviez m'indiquer un début de commencement de réponse à cette question !

P.S. :

Un tableau du Louvre par Greuze représente : L’Empereur Sévère reproche à Caracalla son fils, d’avoir voulu l’assassiner dans les défilés Écosse et lui dit : Si tu désires ma mort, ordonne à Papinien de me la donner avec cette épée. (Ouf !)
Voyez :cartelfr.louvre.fr et www.latribunedelart.com

 
 
 
RÉPONSE :

Pourquoi donc, au soir de sa vie, l'Africain Septime Sévère eut-il l'idée saugrenue de s'en aller guerroyer dans la brumeuse, caillouteuse et froide Écosse, aux confins du monde connu… et, qui pis est, bien avant que le whisky ne fut inventé ?
Eh bien, c'est fort simple : C'est parce qu'il recherchait perpétuellement la gloriole militaire, et aussi parce qu'il voulait endurcir ses deux grands nigauds de fils, Caracalla et Geta, qui avaient un peu tendance à s'amollir dans les délices de Rome !

J'imagine qu'en lisant cette explication simpliste, vous rigolez doucement dans votre barbe. Et vous avez bien raison !… C'est pourtant ainsi que l'historien Hérodien - contemporain de l'époque des Sévères - justifie le départ de l'empereur Septime pour sa dernière campagne :
"Pendant que Sévère voyait avec indignation la conduite de ses fils et leurs goûts pour de frivoles plaisirs, il reçut une dépêche du gouvernement de la Bretagne, qui lui annonçait que les Barbares s'étaient soulevés, et que, dans leurs incursions, ils pillaient et dévastaient tout le pays. Le gouverneur demandait un secours de troupes ou même la présence de l'empereur. Sévère reçut cette nouvelle avec plaisir : il aimait avec passion la gloire ; après avoir obtenu dans l'Orient et dans le Nord des victoires éclatantes et de glorieux surnoms, il désirait pouvoir élever de nouveaux trophées jusque chez les Bretons. Il voulait en outre éloigner de Rome ses fils, pour les habituer, loin du luxe et des plaisirs de la capitale, à la vie sobre et pénible des camps. Il décréta donc une expédition contre la Bretagne, et voulut la diriger, malgré son grand âge et la goutte qui le tourmentait." (HERODIEN, Histoire romaine, III, 46 -Traduction : remacle.org).

septime severe

En réalité, Septime Sévère n'avait guère le choix : pour s'épargner de sérieux ennuis, mieux valait qu'il parte pour la Bretagne et dirige en personne cette campagne contre les Calédoniens. Lui-même ayant été porté au pouvoir par ses soldats révoltés, le vieil empereur savait, mieux que personne, combien il était dangereux pour un empereur-soldat de laisser un autre général triompher à sa place. Quant à ses deux grands fistons, il était hautement préférable de les prendre avec lui plutôt que de les laisser à Rome. Mais pas à cause des menus plaisirs qu'à foison prodiguait la capitale ! Non, plutôt parce que, à Rome, les Prétoriens et les Sénateurs étaient toujours susceptibles soit de dresser ces princes contre leur père absent, soit de soutenir la rébellion de ces jeunes ambitieux contre le vieil empereur. Et puis, les deux frères se haïssaient tellement qu'il eût été périlleux de les laisser sans surveillance : abandonnés à leur rage fratricide, ils se seraient entretués à la première occasion. Au moins, à l'armée, ils seraient entourés de gardes capables de les protéger l'un de l'autre !

Mais tout ceci ne répond pas encore à votre question : pourquoi tant d'efforts pour "un trou perdu" comme la Bretagne romaine ?

C'est que, justement, la Bretagne n'était pas sans importance. Stratégiquement, perdre cette province, c'était du même coup renoncer à la maîtrise de la navigation dans la Manche et potentiellement exposer tous les ports du Nord de la Gaule et de la Belgique aux attaques d'ennemis (pirates frisons ou saxons, par exemple). La Bretagne c'était véritablement l'avant-poste romain au Nord de l'Europe, et comme tel, elle devait être défendue ! D'ailleurs, les dernières troupes romaines ne quittèrent cette province qu'après 410, quand la frontière du Rhin fut enfoncée et que le Nord de la Gaule fut perdu pour l'Empire romain.

Du point de vue économique aussi, la Bretagne n'était pas dénuée d'intérêt, que du contraire ! Avec l'Espagne, c'était "la seule province minière digne de ce nom" (Louis HARMAND, l'Occident romain, Payot, 1970). Plomb, cuivre, fer, étain (et même un peu de charbon) étaient extraits des mines bretonnes, puis exportés dans tout le reste de l'Empire. Bien sûr, à l'époque des Sévères, les gisements superficiels étaient déjà épuisés, et il fallait creuser de plus en plus profond pour accéder aux filons. Mais il restait encore assez de richesses dans le sous-sol breton pour justifier l'envoi de quelques légions pour les protéger.

Du reste, Septime Sévère n'avait nullement l'intention de conquérir l'Écosse. Il s'agissait seulement de repousser les Calédoniens au-delà du Mur d'Hadrien, de porter la guerre sur leur territoire, histoire de leur faire passer l'envie de reprendre leurs incursions en territoire romain, et enfin de recréer un glacis protecteur entre le Mur d'Hadrien et celui d'Antonin (qui était abandonné). Une campagne militaire limitée dans l'espace… et qui eût dû l'être aussi dans le temps si les Calédoniens n'avaient fait preuve d'une belle combativité, d'un sens tactique remarquable et d'une résistance prodigieuse. Finalement, les trois dernières années de Septime Sévère furent donc consacrées à de pénibles opérations frontalières contre un ennemi insaisissable qui, connaissant parfaitement le terrain, pratiquait l'art de la guérilla - que détestaient les légionnaires romains. "Enfin, dixit l'historien britannique Edward Gibbon dans sa célèbre « Histoire du Déclin et de la Chute de l'empire romain », les Calédoniens, épuisés par des attaques vives et réitérées, demandèrent la paix, remirent au vainqueur une partie de leurs armes, et lui cédèrent une étendue très considérable de leur territoire. Mais leur soumission n'était qu'apparente ; elle cessa avec la terreur que leur inspirait la présence de l'ennemi. Dès que les Romains se furent retirés, les Barbares secouèrent le joug et recommencèrent les hostilités. Leur esprit indomptable enflamma le courroux de Sévère. Ce prince résolut d'envoyer une autre armée dans la Calédonie, avec l'ordre barbare de marcher contre les habitants, non pour les soumettre, mais pour les exterminer. La mort vint le surprendre tandis qu'il méditait cette cruelle exécution I".

 

 
 
 
13 Octobre 2010
François-Dominique Fournier (Site www.mediterranee-antique.info) a écrit :

Toujours heureux de lire, ou de relire, votre site.

Je viens de mettre en ligne Titus et sa dynastie de Charles Ernest BEULÉ sur mon site.

Concernant Vespasien, le père de Titus, il semble que l'on lui a prédit son accession à l'empire, une fois par Flavius Josèphe, et une autre fois, par une autre source, dans un historien ancien (Suétone, Tacite…) dont je ne me rappelle plus qui il est.
À moins d'une mauvaise lecture de ma part sur votre site, je n'ai pas trouvé la réponse à ma question.
Pourriez-vous me renseigner sur ce sujet ?

 
 
 
RÉPONSE :

Pour moi aussi, c'est un plaisir de vous retrouver par mail… Heureusement, je vous "rencontre" beaucoup plus fréquemment sur votre site mediterranee-antique.info, toujours aussi indispensable pour l'érudition antique !

En effet, dans sa Guerre des Juifs, Flavius Josèphe relate que, fait prisonnier par les Romains et amené devant Vespasien, il se serait fort opportunément présenté à lui comme un messager de Dieu, chargé de lui annoncer son accession prochaine à l'Empire :
« Tu te figures, Vespasien, en [me] prenant [, moi,] Josèphe, n'avoir en ton pouvoir qu'un simple captif, mais je viens vers toi en messager des plus grands événements : si je ne me savais pas envoyé par Dieu, je me serais souvenu de la loi juive et comment un chef doit mourir. […] Tu seras César, ô Vespasien, tu seras empereur, toi et ton fils que voici : charge-moi donc plutôt de chaînes plus sûres encore et garde-moi pour toi-même. Tu n'es pas seulement mon maître, ô César, tu es celui de la terre, de la mer et de toute l'humanité. Quant à moi, je demande pour châtiment une prison plus rigoureuse si j'ai prononcé à la légère le nom de Dieu ». (Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, Livre III, 8 : 9 - Trad. http://remacle,org).

La prédiction de Josèphe est également mentionnée chez Suétone, qui l'assortit de la traditionnelle ribambelle de présages annonçant le règne d'un futur empereur, en l'occurrence l'obscur et improbable Vespasien :

vespasien

"Dans un domaine que les Flavii possédaient près de Rome, il y avait un vieux chêne consacré à Mars, qui, après trois accouchements de Vespasia, avait chaque fois poussé un rejeton, signe infaillible de la destinée de chacun de ses enfants. Le premier était maigre et s'était bientôt desséché. Aussi la fille qui venait de naître ne passa pas l'année. Le second, robuste et élancé, présageait un grand bonheur. Le troisième ressemblait à un arbre. Sabinus le père alla, dit-on, sur la foi d'un haruspice, annoncer à sa mère qu'il lui était né un petit-fils qui serait César. Elle ne lui répondit que par un éclat de rire, s'étonnant que son fils radotât déjà, tandis qu'elle avait encore toute sa tête. Dans la suite, lorsque Vespasien fut édile, Caius [Caligula], outré de ce qu'il n'avait pas fait balayer les rues, ordonna qu'on le couvrît de boue. En exécutant cet ordre, les soldats salirent un pan de sa toge. Dès lors on présuma qu'un jour, la République, foulée aux pieds et abandonnée à elle-même au milieu des troubles civils, se réfugierait dans son sein, comme dans un asile assuré. Une autre fois, pendant son dîner, un chien étranger apporta d'un carrefour une main d'homme qu'il jeta sous la table. D'un autre côté, tandis qu'il soupait, un bœuf de labour ayant rompu son joug, se précipita dans la salle à manger, mit les esclaves en fuite, puis, tout à coup, comme s'il s'était fatigué, tomba à ses pieds et lui présenta le cou. À la campagne de son aïeul, un cyprès déraciné et renversé, sans avoir été frappé par la tempête, se releva le lendemain plus vert et plus vigoureux. En Achaïe, il rêva qu'une ère de prospérité commencerait pour lui et pour les siens, dès qu'on aurait ôté une dent à Néron ; et, le lendemain, s'étant rendu dans l'antichambre de ce prince, le médecin lui montra une dent qu'il venait de lui arracher. Dans la Judée, il consulta l'oracle du dieu Carmel, et le sort lui répondit que ce qu'il pensait en ce moment, quelque grands que fussent ses desseins, il lui en assurait le succès. Josèphe, un des plus nobles prisonniers, au moment où on le jetait dans les fers, ne cessa d'affirmer que bientôt il serait délivré par Vespasien, et par Vespasien empereur. De Rome on lui annonçait d'autres présages. Dans ses derniers jours, Néron avait été averti en songe de faire transporter de son sanctuaire le char sacré de Jupiter, dans la maison de Vespasien, et de là dans le cirque. Peu de temps après, lorsque Galba réunit les comices pour son second consulat, la statue de Jules César s'était tournée d'elle-même vers l'orient. Enfin, à Bédriac, avant qu'on en vint aux mains, deux aigles s'étaient battus en présence des deux armées, et l'un ayant été vaincu, un troisième était venu du levant et avait chassé le vainqueur." (Suétone, Vie de Vespasien, V).

Enfin, selon Philostrate, le grand Apollonios de Tyane himself, en personne, rencontrant Vespasien en Égypte - donc après que celui-ci eut été acclamé comme empereur par ses soldats - lui aurait annoncé le succès de son entreprise. En effet, selon le mage, c'est à lui, et à nul autre que revenait l'honneur de reconstruire le temple de Jupiter Capitolin de Rome, totalement dévasté lors de tout récents affrontements entre ses partisans et ceux de Vitellius :
"Apollonius, se sentant inspiré d'un transport divin, s'écria : « Ô Jupiter Capitolin, car c'est de vous que dépendent les affaires présentes, conservez-vous pour Vespasien, et conservez Vespasien pour vous. Car votre temple qui a été incendié hier par des mains criminelles, le Destin veut qu'il soit rétabli par cet homme. » Comme Vespasien manifestait son étonnement, Apollonius ajouta : « Un jour viendra où ce que je dis apparaîtra ; ne m'interrogez pas davantage, et achevez ce que vous avez si bien commencé. »". (Philostrate, Vie d'Apollonios, V, 30).

Voilà tout ce que j'ai pu trouver à ce sujet. J'espère que cela suffira à vos recherches.

 

 
 
 
2 Novembre 2010
Jacques a écrit :

Ecrivant actuellement un roman historique situé au début du IIIe siècle, et soucieux de n’inventer que dans les trous de ce qu’on peut en connaître, je me permets de faire appel à vous pour vous poser deux questions de détail, en espérant ne pas vous importuner.

1. Savez-vous à quelle date Septime Sévère a fait débuter les travaux des fameux thermes, achevés sous Caracalla ?

 
 
 
RÉPONSE :

Ne disposant pas de documentation très détaillée sur les monuments de Rome. Il m'est donc difficile de vous indiquer la date exacte du début de construction des fameux Thermes de Caracalla. L'encyclopédie libre Wikipédia indique toutefois, sans plus de précision, que les travaux auraient commencé à la fin règne du règne de Septime Sévère (voyez fr.wikipedia.org/). Sachant que l'empereur a quitté Rome en 208 pour diriger sa dernière campagne militaire, dirigée contre les Calédoniens de l'actuelle Écosse, on peut, me semble-t-il, supputer que la "première pierre" de ces thermes fut posée peu avant cette date. Disons vers 206-207.

 
 

2. Sait-on si Julia Domna, qui avait accompagné l’empereur dans ses expéditions d’Asie et d’Égypte, était également de l’expédition de Bretagne (208-211) au cours de laquelle son époux est mort ?

 
 
 
RÉPONSE :

Dans son Histoire romaine, l'historien Hérodien, contemporain de la dynastie des Sévère, écrit que, peu après la mort de Septime Sévère, et avant de quitter la Bretagne, l'impératrice Julia Domna s'évertua - avec un succès aussi apparent que provisoire - à réconcilier ses deux fils, les frères ennemis Caracalla et Geta :
"Voyant l'inutilité de ses tentatives auprès des troupes, Antonin [= Caracalla] traita avec les Barbares. Il leur donna la paix, reçut leurs serments de fidélité, et quitta le sol ennemi pour aller rejoindre son frère et sa mère [qui étaient restés "dans la partie de la province soumise aux Romains"]. Quand ils se trouvèrent réunis, l'impératrice, secondée des Romains les plus distingués par leur rang et des anciens amis de l'empereur, fit de nouveaux efforts pour rétablir la concorde entre ses enfants. Antonin, ne trouvant plus personne qui entrât dans les intérêts de sa passion, céda à la nécessité plutôt qu'à son penchant, et se laissa aller à une réconciliation simulée. Les deux frères convinrent donc de partager également les honneurs du rang suprême ; ils voulurent quitter la Bretagne et partirent pour Rome, emportant les restes de leur père." (HÉRODIEN, Histoire romaine, III, 51 - Trad. : remacle.org).

A l'initiative du (tout provisoire) partage du pouvoir entre les deux héritiers de Septime Sévère, Caracalla et Geta, Julia Domna avait donc bien accompagné son impérial époux en (Grande-)Bretagne. C'est d'ailleurs ce que notent ZOSSO et ZINGG : "Au printemps 208, Septime Sévère quitte Rome pour la Bretagne. Il est accompagné de l'impératrice et de ses deux fils qu'il veut éloigner des plaisirs de la capitale et les endurcir à la vie des camps." (ZOSSO et ZINGG, Les empereurs romains, Éditions Errance, 2009 - Clic !).

julia domna

 

 
 
 
7 Novembre 2010
"detecteur84" a écrit :

Je me permets de vous contacter car (…) j'ai moi-même créé un forum dont une partie traite de l'identification des monnaies romaines.
J
e vous soumets l'adresse : www.detecteur-de-metaux.com/forum

detecteur de metaux