->emp - chrono
courrier site emp
   

Sommaire Avril Décembre 2010 :

  • 9 Avril :
  • 30 Avril :
    • Le destin posthume des deux frangins de Caligula : Clic !
  • 21 Mai :
2e Page
  • 24 Mai :
    • L'Edit de Caracalla : une des causes de la chute de Rome ? : Clic !
  • 3 Juin :
    • Ne confondons pas les cabinets d'Auguste et les écuries de César Borgia ! : Clic !
  • 1er Juillet :
    • Une citation de Julien ? : Clic !
  • 24 Juillet :
    • Des Romains à la recherche des sources du Nil ? : Clic !
  • 28 Août :
    • Pourquoi célèbre-t-on l'An neuf le 1er Janvier ? : Clic !
3e Page
  • 29 Août :
    • Procès de Jésus : Jésus parlait-il suffisamment le grec pour discuter le bout de croix avec Pilate ? : Clic !
    • Pourquoi Jésus n'a-t-il pas été lapidé ?: Clic !
    • La croix du Christ : seulement un gadget de marketing ? : Clic !
  • 1er Septembre :
    • Poppée inhumée avec les Jules, aux côtés du premier d'entre eux ? (Où votre webmaster préféré a la comprenette un peu engourdie !) : Clic !
  • 1er Septembre :
    • Une monnaie de Nerva, et quelques menues précisions sur cet empereur : Clic !
  • 23 Septembre :
    • Quelle police pour la fière devise du général Maximus ? : Clic !
  • 28 Septembre :
    • Saint Georges et l'évêque arien Georges de Cappadoce : Clic !
    • Quelques martyrs, victimes de Julien : Clic !
      • Saint Mercure, le vengeur des crimes l'Apostat ! : Clic !
4e Page
 
RECHERCHE DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
Google Custom Search
 
 
9 Avril 2010
Viviane [site http://soyeuse.free.fr] a écrit :

Salut et fraternité

C'est en comparant à Caligula un omni-président autocratique de petite taille, aux jambes arquées et aux grandes oreilles, et par surcroît très mal élevé, que j'ai fait une recherche par Google pour éviter de me tromper et savoir qui avait réellement été Caligula, alias "Sandalette", la caliga étant la sandale réglementaire du légionnaire de cette époque (si j'en crois les albums d'Astérix).
Tout ce que j'en "savais" c'était qu'il était cinglé et qu'il avait nommé son cheval sénateur.
C'est dire si ma connaissance de l'Histoire romaine était rudimentaire, pour ne pas dire insignifiante.
Cette recherche m'a immédiatement amenée sur votre site. Caligula m'est presque devenu sympathique mais pas le gugusse de l'Élysée.

Combien d'heures de lecture passionnante, de réflexion, d'exégèses même ! Malgré un nombre incalculable de coquilles, de mots qui manquent - résultat courant des corrections - et hélas de fautes d'orthographe, souvent irritantes et qui dénaturent le sens du texte, je reviens souvent et encore sur le site, j'en explore les liens, c'est du bonheur.

Je n'ai jamais été chrétienne, j'ai toujours vomi les idéologies totalitaristes qui emprisonnent la pensée dans un carcan, je ne supporte pas qu'il y ait encore à notre époque des gens qui essaient de propager des conneries aussi aberrantes que la Résurrection ou la virginité de Marie, les "miracles" et autres carabistouilles.
Je ne supporte pas qu'au fil des siècles des moines ignares aient bidouillé les textes des auteurs romains pour les mettre en conformité avec leurs croyances.
Quand je lis dans le livret de la Passion selon St Jean BWV 245, un des plus sublimes monuments de la musique de JS Bach, que les soldats se partagèrent la tunique de Jésus, texte en allemand dû à Luther qui avait traduit les Ecritures, l'imposture éclate : quel est le climat en Palestine dans les jours qui suivent l'équinoxe de printemps ? Rapporté au climat de l'époque, on ne peut pas imaginer que l'ascète décrit par l'histoire sainte était habillé comme un nabab, sous un cagnard qui cogne déjà dur. J'ai crapahuté en Jordanie à cette époque de l'année (début avril), on crevait de chaud (35° à l'ombre, 45 au soleil).
Luther écrit aussi "der Rock aber war ungenähet", c'est à dire "mais la tunique n'était pas cousue", donc d'une seule pièce, dans un drapage savant, ce qui atteste que le bonhomme n'était pas seulement vêtu d'un pagne comme on le représente sur les crucifix. Tout ça, c'est selon Luther.

Enfin il y a d'autres détails que vous avez omis :

1 - Sur le plan historique, les Romains ne clouaient pas les crucifiés, ils les attachaient avec des cordes ou des lanières de cuir et les laissaient comme ça, suspendus par les poignets, ce qui aboutissait rapidement à une tétanisation paralysante des muscles respiratoires du thorax, avec des douleurs épouvantables, idem dans les bras et les épaules, mais pas à l'asphyxie grâce à la respiration abdominale. Le condamné pouvait souffrir longtemps.

2 - Sous Tibère, on ne crucifiait plus depuis longtemps (et déjà sous Auguste). Pourquoi Pilate aurait-il décidé, comme ça, de ressortir un vieux supplice qui ne se faisait plus, juste pour ce Jésus qui se disait descendant de David et qui contestait la légitimité de l'Iduméen à la solde de Rome ?

3 - La crucifixion avec des clous, si elle avait été techniquement faisable (et pratiquée), aurait rapidement déchiqueté le bois de la croix, cela aurait coûté des fortunes s'il avait fallu une croix neuve pour chaque condamné, alors qu'un coup de hache ou de glaive résolvait la question de façon économique. On en déduit rapidement que le "chemin de croix" est une fiction elle aussi destinée à frapper les esprits.
Toute la mise en scène de la crucifixion avec des clous est une imposture destinée à frapper les gens sensibles pour les persuader de la barbarie des Romains.

4 - Les aciers de l'époque étaient bien trop mous pour entrer dans du bois dur, et dans du bois tendre ils n'auraient pas tenu... les ligaments des os des mains et des poignets n'auraient pas tenu non plus, et le crucifié se serait cassé la gueule, effet déplorable et évasion à la clé d'un pauvre manchot martyrisé. Cela aurait fait désordre et les Romains étaient des gens très méthodiques.
L'Histoire ne rapporte pas le cas d'esclaves de l'armée de Spartacus qui se seraient évadés ainsi, au contraire : si j'en crois mes lectures, les belles dames de Rome prenaient la route de Capoue pour voir les corps mangés par les charognards, toujours attachés à leurs croix.

5 - Il y a à Jérusalem un magnifique bâtiment appelé "tombeau du christ"... or Jésus a disparu après avoir été descendu de sa croix (bien vivant) et l'histoire sainte ne mentionne pas de funérailles, la fable de l'Ascension racontée une génération plus tard par les évangiles n'a jamais été attestée par personne (et pour cause).

Il est très probable que le Jésus décrit par Saül (ou Paul) une génération plus tard est un personnage syncrétique qui rassemble l'agitateur de Jérusalem, un prophète, le prétendant au trône de Judée et toutes les caractéristiques du Messie annoncé par les prophètes juifs, en particulier Esaïe.

Toutes ces billevesées sont insupportables pour les esprits rationnels mais elles furent parfaites pour convertir des Romains superstitieux. Après, ce fut plus difficile, d'où d'innombrables hérésies moins débiles que les dogmes officiels, qu'il fallait réduire ce qui passait par le contrôle du pouvoir temporel.
Quelle fumisterie ! Quelle escroquerie intellectuelle, quelle duplicité ! Que de crimes furent commis au nom de cette foi qui se disait d'amour et de pauvreté !

Le messie, en réalité, c'est Saint Paul ! Mais comme les temps sont difficiles pour les petites communautés de chrétiens qu'il fonde un peu partout, il transfère sur un personnage historique paré de toutes les vertus et injustement mis à mort en 33, ce qui lui évitera évidemment de subir le même sort s'il se fait arrêter et lui évite de se faire écharper par les tenants d'un judaïsme strict.
C'est de la bonne politique, Saint Paul n'était pas un imbécile.

Pour la bonne bouche, je vous joins une photo que j'ai prise dans l'église St Patrick de Montréal, construite au 19ème siècle avec des fonds fournis par un riche négociant Irlandais. On y voit un tableau représentant une crucifixion très intéressante.

crucifixion - montreal

Continuez à maintenir ce site en vie, il est plus pédagogique de tous les profs d'histoire réunis, plus intéressant que leurs mornes discours, plus documenté, et souvent drôle, c'est du bonheur.

 
 
 
RÉPONSE :

Bonjour, Viviane, et, tout d'abord, un grand merci pour ce message, fort intéressant, ainsi que pour le sympathique intérêt que vous témoignez à mon site internet… malgré ses nombreuses imperfections.

Le gros problème avec les crucifixions romaines, c'est que la seule qui nous est connue de manière un tant soit peu détaillée - et encore ! -, c'est celle de Jésus. À ma connaissance, les auteurs antiques "païens" restent muets sur le déroulement de ce supplice. Et finalement, même les Évangiles se montrent peu diserts quant à la façon de procéder. "Arrivés au Golgotha, ils le crucifièrent", se contentent-ils de noter. On ne peut guère être plus laconique ! Nous ne savons donc point si les bourreaux romains utilisèrent des clous, des cordes, ou des lacets de cuir. Et nous ne saurons pas davantage si la (sévère ?) flagellation subie au préalable par Jésus était la règle, ou s'il s'agissait d'une aggravation de la sentence, ou peut-être même - qui sait ? - si c'était un genre de mesure de grâce, la fustigation affaiblissant considérablement un condamné qui ne pouvait survivre sur a croix qu'au prix d'efforts physiques exténuants. De même, ce vin aromatisé de myrrhe, qui fut, dit-on, proposé à Jésus - et qu'il refusa - était-il présenté à tous les condamnés ? S'agissait-il là aussi d'un adoucissement du supplice ? J'ai lu quelque part que c'était une "confrérie de dames charitables de Jérusalem" qui se serait chargé de cette bonne action, mais, ici comme partout ailleurs, les Évangiles canoniques demeurent concis à l'extrême, pour ne pas dire évasifs. Et nous, nous restons perplexes, sans que nos connaissances sur le crucifiement aient avancé d'un iota.

Je ne puis donc être aussi catégorique que vous lorsque vous affirmez péremptoirement que les Romains ne clouaient jamais les condamnés sur leur croix. À vrai dire, je n'en sais rien, et le squelette de crucifié retrouvé naguère en Israël semble même prouver le contraire (voyez ici : Clic !) : c'est bien un grand clou de fer qui traverse les talons de ce pauvre bougre. Cependant, vous avez raison de relever la relative mauvaise qualité des métaux romains : le clou en question s'est plié dans le bois de la croix, au point qu'il a sans doute fallu scier les jambes de ce condamné pour le descendre de sa croix.

À noter aussi que ce bonhomme aurait été crucifié dans les années 70 de notre ère - à l'époque de la grande révolte juive. Ce qui montre que les Romains continuaient à recourir à ce supplice bien après les règnes d'Auguste et de Tibère qui, selon vous, auraient aboli ce supplice déjà obsolète depuis longtemps. Mais enfin, il est possible que les prescrits légaux n'aient pas toujours été respectés à la lettre par les soldats engagés dans une guerre atroce, désireux de frapper les esprits des rebelles par une répression féroce. Toutefois, personnellement, j'ai toujours lu que c'était Constantin, le premier empereur chrétien, qui, dans les années 320-330, avait interdit le supplice de la croix…

Je suis également quelque peu sceptique quant à votre objection économique : les clous auraient irrémédiablement abîmé des croix fort coûteuses, nécessitant leur remplacement après chaque crucifixion. Ouais !… Je ne sais pas, mais Rome, dans sa splendeur, pouvait se permettre de dépenser quelques sesterces pour des poutres (mal équarries). En outre, le bel et bon argent public romain n'était pas dilapidé, gaspillé en vain, puisque, aux yeux des Romains, ce supplice affreux, réservé aux rebelles et aux esclaves, était utilement dissuasif : il frappait de terreur les ennemis de l'Empire et les masses serviles potentiellement dangereuses. Et puis, dans, le cas de Jésus, rassurez-vous : je vous parierais une croix en or massif contre une en chocolat qu'en définitive, ce ne fut pas Pilate qui paya "de sa poche" les frais d'exécution, mais ses administrés, les Juifs occupés !

crucifié jerusalem

Reconstitution d'une crucifixion,
d'après un squelette retrouvé à Jérusalem.

Encore merci pour vos intéressantes remarques et précisions.

 
 
Viviane [site http://soyeuse.free.fr] réécrit :

Salut et fraternité

Merci d’avoir répondu à mon précédent courrier, j'ai pas mal réfléchi à la question et le supplicié de 70 apporte de l'eau à mon moulin : les Romains ne clouaient pas les crucifiés.

Ma réflexion est en fichier joint. [voir ci-dessous]

-----

Sur la page de votre site consacrée à Néron, j’ai relevé un bel anachronisme qui m’a fait rigoler :

65
(…) La conjuration de Pison vient d'être éventée.
(…)
(…)Seule exception à ce pitoyable sauve-qui-peut, une affranchie nommée Épicharis qui résista courageusement à son premier "interrogatoire musclé" et qui s'étrangla avec son soutien-gorge pour échapper à une seconde mise "à la question".

Ce qui me gêne dans ce paragraphe, c’est que le soutien-gorge fut inventé par Elsa Schiaparelli en 1928, et pour votre culture personnelle j’ajoute que c’est Coco Chanel qui inventa la guêpière, au début des années 20, et le très austère Gustave Eiffel qui inventa la jarretelle et le porte-jarretelles, non pour les porter lui-même mais parce que son épouse en avait ras le bol des bas qui vrillaient et qui tombaient, et des jarretières qui ne les tenaient pas bien.

RÉACTION À CE COURRIER :
Clic !

A l’époque romaine, comme en Grèce, en Egypte, en Gaule ou ailleurs, les femmes se bandaient les seins pour ne pas souffrir. Si vous étiez femme, vous sauriez qu’on est assez vite mal avec les seins « libres » et que c’est très gênant, pudeur ou pas. On inventa les robes à baleines, les corsets, les bustiers, cela tenait chaud et ce n’était pas pratique, seules les femmes fortunées avaient accès à ce confort. Les paysannes, les ouvrières, les matrones se bandaient les seins pour pouvoir travailler correctement.

Merci Mme Schiaparelli !

 
 
 
RÉPONSE :

Avant de revenir à nos croix et à nos clous, reluquons donc d'abord les dessous d'Epicharis

Croyez-le pu non, l'anachronisme de son "soutien-gorge" est tout à fait conscient et volontaire. Quand j'ai écrit ce texte, j'ai comme qui dirait répugné à faire montre de cuistrerie, énonçant tout de go que la courageuse affranchie s'était étranglée à l'aide de son strophium ou de sa fascia. J'ai donc tout uniment fait référence à cet anachronique "soutien-gorge", terme qui, à défaut d'être parfaitement exact, décrivait exactement la nature de la pièce de lingerie qu'Epicharis avait utilisée pour mettre fin à ses jours.

Ceci réglé, renfonçons le clou des crucifixions romaines :

 
 
Viviane [site http://soyeuse.free.fr] nous écrit :

Salut et fraternité

Merci d’avoir répondu à mon précédent courrier.

Je suis à peu près convaincue moi aussi que Jésus Barabbas (fils du père, fils du roi, fils de l’homme ?) n’est qu’un avatar littéraire de Jésus de Nazareth, qu’icelui ne fut jamais mis en croix, supplice dont il fut peut-être menacé (j’en doute beaucoup) mais qui ne se pratiquait plus depuis un siècle, et ce d’autant qu’il n’était pas n’importe qui.

Et si ce ne fut qu’une seule et même personne, il y eut donc le personnage RÉEL libéré par Pilate et le fictif qui fut mis en croix. Une lecture inversée de cette dualité permet de comprendre pas mal de choses, mais ce n’est qu’une lecture.

J’aimerais bien débattre avec Paul de Tarse, ce devait être un interlocuteur pugnace et assez redoutable. Même avec un guéridon tripode, ce doit être difficile…

-----

Au sujet de la fixation d’un gugusse sur une croix, j’ai une petite expérience du fait de ma pratique du SM dans des clubs spécialisés. Il m’est arrivé pas mal de fois d’attacher un « soumis » sur une croix de St André (les « croix de Jésus » ne sont pas pratiques et elles sont interdites). Pas de clous évidemment, mais des liens constitués de bracelets de cuir régables.
J’avais aussi bricolé pour une maîtresse, en 1993, une barre de contrainte qui se fixait au plafond et à laquelle elle attachait ses « soumis » bras en l’air. J’avais utilisé pour ça des demi-bracelets en acier, soudés à la barre et garnis de mousse pour ne pas abîmer les poignets, la fermeture s’effectuant avec des ceinturons militaires de cuir, préférés à des liens pour éviter toute entrave à la circulation sanguine. 17 ans plus tard, le matériel est toujours en usage, pas du tout abîmé, ma copine change la mousse de temps en temps.

Les « soumis » sont souvent des athlètes et le matériel doit résister parfaitement à toutes les contraintes. Le cuir a d’énormes avantages sur la cordelette : une plus grande surface de contact permet de tenir sans blesser et les nœuds tiennent sans prendre de jeu tout en respectant la circulation sanguine.

Le SM est un jeu raffiné qui se pratique entre gens bien élevés, sans brutalité ni perversité, il ne doit rester aucune trace autre que mentale une heure après la fin d’une séance.

-----

Les Romains s’en foutaient et ils ficelaient bien leurs crucifiés aux croix, par les poignets. Bonne tenue mécanique, pas de jeu, liens récupérables, croix intacte.

Les 6000 croix de la via Appia furent sans doute bricolées à la va-vite, j’incline pour des poutres horizontales accrochées aux arbres comme des vergues à leurs mâts. Je n’étais pas sur place, mais c’est ce que la logique commande et c’est ce que j’aurais fait si j’avais été confrontée à ce problème technique.

-----

On savait déjà travailler le cuir à l’époque romaine, les cordes ne valaient pas grand-chose, guère plus que notre ficelle. Bien plus tard, le soir du 27 juillet 1214 sur le champ de bataille de Bouvines, nos chevaliers trouvèrent dans les chariots de l’armée impériale force liens de cuir destinés à les emmener en captivité pour en tirer rançon. Ce furent évidemment les seigneurs anglais, allemands, lorrains et flamands capturés qui eurent le plaisir d’être attachés avec, pour aller jusqu’à Paris.

On ne savait toujours pas tresser des cordes fines et solides comme les suspentes de mon parapente.

-----

Le crucifié de 70 – probablement par les militaires et non sur condamnation par un magistrat ni sur ordre de l’autorité civile – fut si sauvagement traité qu’on peut penser que c’était soit un traître, soit un des chefs du soulèvement. Le supplice ne se pratiquait plus mais restait dans les mémoires, j’incline pour un traître. Après une telle répression et la destruction du temple de Salomon, il ne fallait certainement pas aggraver le ressentiment des populations de Judée en martyrisant ainsi un chef. Un traître chrétien, par contre, serait un excellent client.

A mon avis, ce cas isolé – mais avéré – ne prouve pas que les Romains clouaient les condamnés. Pour percer un calcanéum sans l’exploser avec un clou, même costaud en bon acier XC100, il faut vraiment y aller, c’est un os très compact et avec la position en biais le clou aurait eu toutes les chances de riper, chagrin pour les mains de l’opérateur et pour les malléoles du condamné.. Percer les deux ? Encore un défi à la mécanique et à la logique, je n’y crois pas, et le condamné se serait vite vidé de son sang. Percer les os post mortem par contre, puis mettre le bonhomme en croix pour l’édification des foules, là cela devient un peu plus réaliste.

La croix proposée (sur le dessin) est en forme de tau. Telle n’était pas la forme de la croix qu’on décrit sur le Golgotha et qui était utilisée jadis. Cela conduit à penser :

1 – Il n’y avait plus de croix « de Jésus » à Jérusalem, il fallut en bricoler une pour la circonstance.

2 – Si 40ans seulement après la « Passion » on ne savait même plus faire une croix, c’est que la manière était perdue depuis longtemps. On bricola donc du mieux qu’on put.

3 – Ipso facto cela induit que Jésus ne fut pas mis en croix. Battu peut-être mais pas plus, puis libéré avec ordre d’arrêter de jouer au con… ou déporté dans un coin où il serait inoffensif, puis oublié, et donc rapidement trucidé ? L’avertissement aurait-il été efficace sur un bonhomme de ce calibre ? Je ne le pense pas.

Sa déportation en Narbonnaise, avancée par certains auteurs, me semble fantaisiste et si St Paul envisagea de faire un voyage en Gaule et en Hispanie ce fut plus probablement pour y prêcher que pour y prendre des ordres d’un type qu’il avait dit être mort 30ans plus tôt à Jérusalem et qui, s’il était encore en vie, devait être très vieux. Les opposants à Rome ne vivaient jamais vieux. Pour rencontrer Galba et Othon ? Il aurait été très mal reçu.

Tous les ans a lieu le 29 juillet le grand pardon de Ste Anne la Palud (baie de Douarnenez). Selon la légende, Ste Anne était la grand-mère de Jésus et la mère de Marie, elle serait venue finir ses jours en Bretagne après la tragédie de son petit-fils.

Le plus amusant c’est qu’il y a encore des gens qui y croient !

-----

Les évangiles disent que Jésus fut crucifié mais ils ne disent pas comment, et pour cause. A mon avis, il faut mettre ça en parallèle avec le constant souci des prosélytes de frapper les imaginations des gens en présentant Rome comme barbare. « Dura lex » sans doute, mais « sed lex » pour tout le monde et « pax romana urbi et orbi ».
Si cela avait été le cas, il est très peu probable que Pilate eût consenti à ce que ses amis (notamment Joseph d’Arimathie) pussent le détacher parce que c’eût été une faute politique grave – or Pilate était un fonctionnaire sérieux et consciencieux.
Et puis, comment descendre la croix avec un homme dessus ? Comment extraire les clous ? Ah oui, c’est vrai, il n’y avait pas de clous !
J’enfonce le clou : LES ROMAINS NE CLOUAIENT PAS.

On n’a jamais vu dans l’Histoire des parents d’un pendu avoir la permission de le détacher, ceux d’un fusillé la permission d’emporter le corps, ceux d’un brûlé de récupérer les cendres. C’est tout de la foutaise cette crucifixion. Toute l’histoire avant et après ne tient pas debout.

Je lis un peu partout, sur votre site (et ailleurs chez des gens qui se prennent au sérieux) des références à Luc, le plus « détaillé » des évangiles… parce que le plus tardif, plus de mille ans après les faits. Il y a tant de tripatouillages évidents dans ce texte qu’il serait vraiment aberrant d’en tirer quoi que ce soit, même s’il y a peut-être ici ou là quelque fait exact, destiné à faire passer la potion, technique devenue classique de la désinformation.
L’évangile de Jean a servi de référence pour pas mal de datations, quasiment toutes fausses. C’est lui aussi très vraisemblablement un tripatouillage, un outil de propagande moins violent que l’Apocalypse mais tout aussi vicieux.

-----

Je me demande toujours ce que sont devenus les manuscrits de la grotte de Qumran, confisqués par le Vatican pour « étude »… Je parie qu’ils ont déjà été « accidentellement » détruits et si ce n’est pas le cas qu’ils auront été falsiflés par des bons faussaires, puis que des experts prouveront que ce sont des faux.
Il ne faut surtout pas que les dogmes imbéciles du christianisme puissent être invalidés par des documents d’époque. Le nez dans le guidon, les fossiles du Vatican vont se tirer une balle dans le pied. L’arnaque dure depuis pas loin de 2000 ans, le record sera difficile à battre.Il y a trop de légendes, d’absurdités et de contradictions dans l’histoire sainte, à cause des innombrables manipulations des textes anciens par des générations de moines copistes.

On fera quelques erreurs en réfutant tout, en assimilant ce fatras à de la propagande. On en ferait une gigantesque en prenant tout ça pour parole d’évangile.

Et hop ! J’ai encore fait un vivitexte.

Viviane* - de Paris en Annecy

 
 
 
RÉPONSE :

Re-bonjour, Viviane, et merci pour votre "vivitexte".

Ainsi que je vous l'ai écrit dans mon précédent message, je ne sais pas si les Romains utilisaient plutôt des cordes ou des sangles que des clous pour fixer les condamnés à leurs croix. Et, à vrai dire, peut-être que personne n'en sait vraiment rien. Probable que tout était bon pour envoyer ces pauvres bougres "ad patres" de la manière la plus horrible - et donc la plus édifiante - qui soit. Si les bourreaux disposaient d'un endroit réservé à cet effet pour pratiquer leur art, des pieux verticaux y restaient à demeure, et le condamné "apportait" lui-même la traverse sur laquelle il serait fixé, à l'aide de clous, si un forgeron avait été assez habile pour en confectionner de solides, sinon, avec des cordes ou des sangles. ("Mais c'est une crucifixion pour chochottes ! devaient râler les consciencieux bourreaux. Rien n'égalera jamais le joyeux tam-tam du marteau dans le clair matin, et le raclement guilleret des clous s'enfonçant dans les chairs, entre les os et cartilages !"). Sinon, si on n'opérait pas sur un Golgotha ou un Montfaucon quelconque, tout faisait sans doute "farine au bon moulin" : les arbres ou les poteaux électriques ou télégraphiques (ah non, où avais-je la tête ? y'en avait pas encore ! Peste, là nous frôlâmes derechef l'anachronisme malencontreux !), des madriers ou des poutres de rebut, des liens quelconques, mais solides, et le tour était joué.

Je m'en voudrais d'enfoncer le clou moi aussi, mais je reste toujours aussi sceptique quant à l'inexistence du supplice de la croix à l'époque impériale romaine.
Par curiosité, j'ai effectué une recherche rapide dans La Guerre des Juifs, de Flavius Josèphe. Pour un châtiment prétendument obsolète, je trouve que l'on y crucifie allègrement :

  • Livre II, 5, 2 : Varus (légat de Syrie à la fin du Ier siècle av. J.-C.) fait crucifier 2.000 rebelles ;
  • Livre II, 12, 6 : Quadratus (le légat de Syrie) fait crucifier des pillards capturés par Cumanus (procurateur de Judée entre 48 et 50 ap. J.-C.) ;
  • Livre II, 13, 2 : Le procurateur Félix, nommé par Néron procurateur de Judée (entre 52 et 60), fait crucifier un "nombre incalculable" de brigands et de gens du peuple convaincus de complicité avec ceux-ci ;
  • Livre II, 14, 9 : Florus (dernier procurateur de Judée, entre 64 et 66), fait fouetter et crucifier des "modérés" de Jérusalem, puis fait paraître devant son tribunal des "personnes appartenant à l'ordre équestre", qu'il n'hésite cependant pas à faire fouetter et crucifier. "Clouer sur la croix" restitue même le traducteur de http://remacle.org, mais ne connaissant pas le grec, je ne puis vérifier dans le texte.
  • Livre III, 7, 33 : Devant Jotapata, Vespasien fait torturer et crucifier un prisonnier ;
  • Livre V, 6, 5 : Devant les remparts de Jérusalem, pendant le combat, Titus fait crucifier un prisonnier juif, "pour voir si, à ce spectacle, les autres, frappés de stupeur, se rendraient" ;
  • Livre V, 11, 1 : Titus fait crucifier les Juifs qui tentent de quitter Jérusalem assiégée. Jusqu'à 500 personnes par jour périssent ainsi. Le brave Josèphe nous précise que Titus n'est pas insensible à ces souffrances, mais il espère que les assiégés se rendront de crainte de subir le même sort. Josèphe indique aussi que, "dans leur colère et leur haine, les soldats romains (de sombres brutes, contrairement à leur si sensible imperator !) ridiculisaient les prisonniers en les crucifiant dans toutes sortes de positons" [comme le crucifié dont on a retrouvé le squelette]. Ceci prouve que non seulement les bourreaux n'avaient pas oublié les techniques de base du supplice, mais qu'ils étaient capables d'"improviser sur le thème" afin de rendre le châtiment encore plus horrible, humiliant et dissuasif. Pourtant, les suppliciés étaient si nombreux que, comme le note sinistrement Josèphe, "la place manquait pour les croix, et les croix pour les corps." ;
  • Livre VII, 6, 4 : Devant Machéronte, Bassus menace de crucifier Eléazar si la forteresse ne se rend pas. Finalement, les assiégés capitulent.

Certes, beaucoup de ces croix sont dressées dans un contexte de répression militaire : des soldats - qui, apparemment, n'ont pas "perdu la main" - crucifient, sur ordre de leur imperator des rebelles, pour épouvanter des populations à la loyauté douteuse ou des assiégés récalcitrants. Toutefois, d'autres mises en croix sont ordonnées légalement, par le procurateur siégeant en son tribunal, au terme de procès sans doute assez sommaires, mais, grosso modo, réguliers. Cela semble indiquer que la crucifixion faisait bien partie de l'arsenal judiciaire romaine au premier siècle de notre ère, et que les gouverneurs romains de Judée avaient "la croix facile". Dès lors, si le procurateur Félix (par exemple) se crut autorisé à faire crucifier, sous le règne de Néron, un "nombre incalculable" de zélotes présumés, pourquoi diantre, trente ans plus tôt, eut-il été juridiquement, humainement et pratiquement impossible à Pilate de condamner le présumé rebelle Jésus au supplice de la croix ? Au contraire, vu le contexte décrit par Flavius Josèphe, ledit Jésus, légalement convaincu du crime que ses adversaires lui imputaient, avait toutes les (mal)chances de finir ses jours attaché (cloué, lié, sanglé) à une croix.

Pour terminer, peut-être quelques mots sur notre ami Barabbas.

J'ai lu récemment le Ponce Pilate de l'éminent exégète Jean-Pierre LÉMONON (Editions de l'Atelier; 2007) - un livre fort intelligent, parfois même un peu trop pour mes modestes lumières. Y abordant le problème de Barabbas, l'auteur conclut à la vraisemblance de l'historicité du personnage et de l'exercice à son profit d'un "privilège pascal" permettant sa libération (très probablement avant son procès, sans quoi, la sentence ayant été énoncée, il n'y avait plus rien à faire - Dura lex…).

Donc, un homme nommé Barabbas - voire Jésus Barabbas - à très bien pu exister et être gracié par Pilate. Comme écrit M. Lémonon : "(…) nous souscrivons volontiers à l'affirmation de R. E. Brown : « La critique invite, au moins, à reconnaître l'historicité de la libération d'un partisan armé nommé Barabbas à l'époque où Jésus fut condamné. » Cette donnée semble être le minimum historique nécessaire pour que le récit tel que nous le connaissons aujourd'hui ait pu se développer. À partir de là, a pu se dessiner une tendance à accentuer le parallèle entre les deux personnages qui, en fait, n'ont pas été nécessairement mis en concurrence par Pilate lui-même à la demande de la foule."

Ah certes, moi aussi, je veux bien croire en l'existence d'un résistant nationaliste qui aurait été libéré, à un moment quelconque et en vertu d'un possible droit de grâce, par Pilate, mais qui n'aurait finalement rien à voir (ou presque) dans le procès de Jésus ! Mais alors, il est, à mon avis, plus correct de dire que les Évangiles ont quasiment inventé le personnage de Barabbas, puisque presque la totalité de ce qu'ils avancent à son sujet n'est pas historiquement avéré : ni don vrai nom, ni sa mise en concurrence avec Jésus, ni sa libération sous la pression d'une foule juive, manipulée ou non. Ainsi que je l'ai déjà écrit par ailleurs, la seule chose que je distingue assez clairement dans cette anecdote, c'est pourquoi les évangélistes l'ont insérée dans leur récit : pour exonérer Pilate (et le pouvoir romain) du meurtre judiciaire de Jésus et faire porter aux Juifs de chapeau du déicide. Dès lors, Barabbas n'est peut-être pas, à l'origine, tout à fait un personnage fictif, mais il a tant été retravaillé par "la tradition" (un autre mot pour "bidouillages") qu'il l'est devenu.

ponce pilate - jp lemonon

Car, au moins là-dessus, nous sommes bien d'accord : les "Saintes Écritures" furent effroyablement tripatouillées par des générations de copistes "bien intentionnés"… à défaut d'être des plus honnêtes.

Encore merci pour vos remarques et réflexions, aussi profondes dans le fond que primesautières dans la forme.

 

 
 
 
30 Avril 2010
Sylvain a écrit :

(…) Ma question concerne les deux frères de Caligula : Nero et Drusus III.
Savez-vous si des bustes de ses personnages ont pu être retrouvés ?
Caligula a ramené leurs cendres et celles d'Agrippine sa mère à Rome lors de son avènement. Où les a-t-il déposées ?

 
 
 
RÉPONSE :

Je ne suis pas très versé en statuaire antique, mais vu le crime de haute trahison imputé, sans doute assez abusivement, aux deux frères aînés de Caligula - avec la damnatio memoriae (condamnation de la mémoire) subséquente -, et leur décès prématuré, je ne pense pas que nous ayons conservé des bustes de ces deux princes. Toutefois, le site Roman Numismatic Gallery présente des monnaies frappées en leur honneur - je n'ose écrire "à leur effigie" car, comme vous le verrez, elles sont fort peu figuratives : Clic ! .

À peine avait-il accédé au pouvoir suprême que Caligula entreprit de prodiguer des honneurs funèbres dignes de leur rang aux membres de sa famille, qui avaient été liquidés durant le règne de Tibère. Il se rendit donc d'abord sur l'île de Pandateria et y récupéra l'urne funéraire de sa mère Agrippine ("l'Ancienne"), puis, à Pontia, une autre île, où il recueillit les cendres de son frère Néron. Ensuite, il regagna Rome. Là, solennellement, entouré d'une foule considérable, respectueuse et émue, il déposa les deux urnes dans le Mausolée d'Auguste. Elles y rejoignirent celle de Germanicus et, peut-être, celle de Drusus III, son autre frère, mort (de faim, de désespoir, exécuté ?), quelques années plus tôt, dans une cellule du Palatin.

 

caligula
 
 
 
21 Mai 2010
Pub :

oh-rome

Trouvez votre « appartement Rome »
en un clin d’œil.

Vous cherchez un séjour dans une ville où vous pourrez découvrir une culture et une histoire unique ? Rome est l'endroit parfait et Oh-Rome.com a l’hébergement Rome idéal pour vous. Réservez une location appartements Rome ou un hôtel à Rome près du quartier qui vous intéresse le plus, que ce soit proche du Colisée, du Vatican ou du centre ville. Trouver la location Rome avec tout ce dont vous avez besoin afin de passer un séjour sensationnel dans la ville éternelle.