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Sommaire Avril -> Juillet 2009 :

  • 6 Avril :
    • Le coup de torchon de Jésus au Temple : Clic !
  • 11 Avril :
    • Du rififi chez les chrétiens dans la Rome de Maxence. Quelles sources ? : Clic !
  • 28 Avril :
    • Moins de nouveautés dans ce site. Comment ce fait-ce ? : Clic !
  • 30 Mai :
    • Au pied du Rocher : la XIXe Bourse internationale de Monaco : Clic !
  • 10 Juin :
    • Odoacre, ou l'art de rester dans le flou…: Clic !
  • 16 Juin :
    • Prosélytisme juif et rupture tardive entre judaïsme et christianisme. Quelques références ? : Clic !
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  • 23 Juin :
  • 2 Juillet :
    • Pas d'Haroun Tazieff à Pompéi ? : Clic !
    • Arrête ton char, Végèce ! : Clic !
  • 6 Juillet :
    • La nouvelle mouture des Empereurs romains de Zosso et Zingg : Clic !
  • 7 Juillet :
    • GRICCA : Les tombes de l'empereur Hostilien : Clic !
  • 12 Juillet :
    • Martinien, un "empereur" méconnu : Clic !
  • 12 Juillet :
    • GRICCA : L'énigmatique César Carausius II : Clic !
  • 30 Juillet :
    • Cicéron dans le rôle du Cid ? : Clic !
      • Réaction à ce courrier : Clic !
 
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"EMPEREURS ROMAINS"
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9 Avril 2009
Alain a écrit :

(…) Je suis surpris de constater que vous êtes l'objet de critiques modérées voire moins modérées à l'égard de votre position sur les premiers chrétiens. Il est étonnant d'observer la persistance d'un activisme catholique, ou plus généralement chrétien au XXIe siècle. Bien plus, on note un renouveau dans la ferveur religieuse et une tendance à l'intégrisme dans une religion que 1000 ans d'histoire s'étaient employés à réduire à sa plus simple expression.

Il est évident pour qui connaît un peu l'architecture du Temple d'Hérode et qui est bien conscient de la présence des garnisons romaines au Ier siècle, garantes de l'ordre dans Jérusalem à l'époque de Jésus, qu'il est impossible à un homme isolé de pénétrer sur l'esplanade et de renverser les étals de marchands sans être immédiatement appréhendé et jeté en prison.
L'épisode des "Marchands du Temple" montre à suffisance que Jésus s'inscrivait dans la mouvance messianique essénienne ou zélote. Il faisait bien évidemment partie de ceux qui, privés de pouvoir par Hérode le romain, devaient mijoter leur vengeance dans l'opposition où ils avaient été relégués.
Les juifs du temps d'Hérode avaient bien compris l'intérêt qu'ils avaient à devenir Romains, seuls les excités, intégristes de tous poils, restaient attachés à la tradition pure et dure. Parmi ceux-ci : Jésus-Christ, ou mieux, les Jésus-Christ.
Loin de m'affliger du sort de ces excités, je m'afflige du sentiment tragique qui a dû progressivement envahir l'esprit de ceux qui avaient œuvré à l'édification d'une société si parfaite et qui l'ont vue réduite à l'état de ruine par la progression inéluctable des imbéciles, c'est-à-dire des chrétiens…
Ils le sont restés ! Ils ont passé mille ans à pourrir l'existence des hommes, à brûler des sorcières, à crucifier les scientifiques, à interdire l'art et la culture… au nom de Dieu.
Et bien, je vous le dis… les chrétiens reviendront… l'Islam leur servira de tremplin… Nous sommes aujourd'hui à l'époque de Constantin. Le XXIIe siècle sera "mérovingien" !

Félicitation pour votre magnifique façon de remettre les choses en place.

 
 
 
RÉPONSE :

Je suis tout à fait d'accord avec vous en ce qui concerne l'épisode dit de "Jésus chassant les marchands du Temple". La recension qu'en livrent les Évangiles paraît singulièrement édulcorée. Il semble en effet totalement inconcevable qu'un individu ait pu procéder au saccage des étals de ces honnêtes commerçants sans que n'interviennent ni les gros bras de leur "guilde", ni la police du Temple, ni les légionnaires de la citadelle Antonia toute proche. Et pourtant, Jésus, seul et, paraît-il, simplement animé d'une sainte colère (et de sa ceinture), aurait renversé les tables des changeurs, piétiné les saintes espèces (de monnaie), démoli les cages à bestioles, corrigé même à grands coups de sa schlague improvisée les imprudents qui auraient omis de se planquer "aux tranchées". Puis, sa mission purificatrice achevée, il aurait tout benoîtement poursuivi sa visite du saint lieu, et tout cela sans que nul n'esquisse le moindre geste pour l'empêcher de nuire ou l'appréhender. Bizarre !… Et l'on se pose encore plus de questions lorsque l'on compare son sort à celui que connaîtra, quelques années plus tard, son apôtre saint Paul. En effet, aux dires des Actes des Apôtres (chap. 21 et suivants), ledit Paul-Saül eut les pires ennuis alors qu'il n'était "que" soupçonné d'avoir introduit un goy dans l'enceinte sacrée du Temple. Pour ce qui n'apparaît que broutille en regard des dévastations de Jésus, il faillit être lynché par la foule, fut appréhendé par les Romains, esquiva de justesse la torture en excipant in extremis de sa qualité de citoyen romain, fut déféré devant le Sanhédrin, puis devant le gouverneur romain de Césarée, pour enfin être renvoyé devant l'empereur himself. En revanche, pour Jésus, rien de tel : il dévaste le parvis du Temple, puis s'y installe quelque temps pour y enseigner (Luc, 19 : 47) ou pour y établir un "hôpital de campagne" et y guérir miraculeusement une flopée de miséreux (Matthieu, 21 : 14-15).

Évidemment tout cela ressemble davantage à un coup de main, forcément prémédité, sur le Temple, à une prise de possession provisoire du saint lieu qu'au coup de sang d'un idéaliste révolté par le lucre de ces "Philistins" de marchands de bondieuseries. Il me semble probable que Jésus, dans la foulée de son accueil triomphal à Jérusalem, lança sur le Temple le petit peuple qui l'acclamait, enthousiaste et chauffé à blanc par la propagande messianiste. Ensuite, le Temple occupé par les manifestants acquis à sa cause, il "purifia" la Maison de Dieu, et en prit possession pour quelques heures, voire même pour quelques jours (peut-être jusqu'à son arrestation par les gardes du Sanhédrin).

marchands du temple

Jésus chassant les
marchands du Temple

Bien sûr, Jésus n'espérait sans doute pas que cette démonstration de force suffirait à ébranler le pouvoir du haut clergé juif et de leurs alliés, les occupants Romains. Il est plutôt vraisemblable qu'il comptait créer les conditions "apocalyptiques" nécessaires à l'avènement du Royaume de Dieu. Ayant débarrassé Sa maison des souillures qui la déshonoraient et y ayant prêché Sa venue, il espérait que Dieu serait contraint d'intervenir dans l'Histoire afin de soutenir et de faire triompher la cause de son Messie. En somme, quelque chose du genre : "Moi, j'ai fait mon boulot. Maintenant à toi de jouer, Mon Grand !".

 

 
 
 
11 Avril 2009
Arnauld a écrit :
Quel auteur révèle l'existence d'émeutes interchrétiennes sous Maxence ? je n'ai pas trouvé de référence dans Lactance et en dehors de l'inscription du pape Damase dans les catacombes, je n'arrive pas à savoir qui d'autre en parle.
 
 
 
RÉPONSE :

Je crains bien, hélas, que, question sources antiques, vous n'ayez trouvé tout ce qu'il y avait à découvrir à propos des émeutes qui déchirèrent la communauté chrétienne de Rome, durant le règne de Maxence, à propos du sort des fameux lapsi, ces pauvres bougres qui avaient été assez faibles pour apostasier lors de la terrible persécution dite "de Dioclétien" (laquelle n'était pas encore tout à fait terminée à ce moment). En effet, à ma connaissance, seule l'inscription du page Damase fait allusion à ce pénible épisode :

"[L'"antipape" des rigoristes] Héraclius n'admettait pas que les lapsi puissent faire pénitence de leurs péchés.
[Le pape] Eusèbe enseignait que ces malheureux
devaient pleurer leurs péchés
(faire pénitence).
Les passions s'intensifiant, le peuple se divisa en deux factions :
apparurent séditions, luttes, discordes, litiges.
(Eusèbe et Héraclius) furent dès lors tous deux exilés par le cruel tyran [= Maxence].
Mais, parce que le pasteur (le pape) avait sauvegardé le principe de la paix,
il supporta facilement l'exil, dans l'attente du jugement divin.
Il quitta ce monde et cette vie terrestre sur le sol sicilien.
"
(Source : site www.catacombe.roma.it)

La volumineuse Histoire du Christianisme des éditions Desclée ne mentionne d'ailleurs pas d'autres sources que celle-là :

maxence

"En Italie, Maxence - que l'historiographie chrétienne range indûment au nombre des persécuteurs - donna ordre, ainsi qu'Eusèbe [de Césarée, l’historien de l’Église] doit le reconnaître, « de relâcher la persécution contre les chrétiens ». À Rome, on put même élire en 308, pour succéder à Marcellin, un nouvel évêque, Marcel. Il est vrai que ce dernier, ainsi que son successeur Eusèbe, élu en 309 ou 310, furent successivement exilés sur l'ordre du princeps ; mais les inscriptions, composées plus tard en l'honneur des deux pontifes par Damase, expliquent qu'ils furent bannis à la suite des troubles déchaînés dans la Ville par des lapsi exigeant leur réintégration sans pénitence dans la communion de l'Église." (Histoire du Christianisme, Vol 2. : Naissance d’une chrétienté (250-430) - sous la dir. de Jean-Marie MAYEUR, Charles et Luce PIÉTRI, André VAUCHEZ, Marc VENARD, Éditions Desclée, 1995).

 

 
 
 
28 Avril 2009
J. Audibert (www.roma-quadrata.com) a écrit :
Pourquoi ne faites vous pas une mise à jour comme vous le faisiez il y a quelques temps, c'est-à-dire mois après mois, je sens un changement dans vote quotidienneté.
 
 
 
RÉPONSE :

Non, il n'y a pas vraiment de changement dans ma façon de travailler, pas plus que de déclin de mon assiduité ou d'affaiblissement de mon enthousiasme, d'ailleurs. Non, je continue, comme devant, à mettre en ligne le courrier de mes visiteurs dans un délai d'environ d'un mois. Seulement, le volume de ce courrier que je reçois a sensiblement diminué ces derniers temps, et, dès lors, la quantité de nouveaux textes mis en ligne se réduit elle aussi.

Un grand merci pour l'intérêt que vous témoignez à mon travail.

 

 
 
 
30 Mai 2009
L'Assocation numismatique de Monaco (www.anm.asso.mc) nous écrit :

 

numismatique monaco

numismatique monaco

 
 
 
 
10 Juin 2009
Frédéric a écrit :

Je me permets de faire à nouveau appel à vos connaissances pour m'apporter certaines précisions sur Odoacre, le chef barbare qui mit fin à l'Empire romain d'Occident.

Les informations sur ce personnage sont souvent contradictoires ou insuffisamment précises :

La majorité des sources le présente comme le fils d'un chef du peuple germanique des Skyres (Scires), mais on dit parfois aussi qu'il appartiendrait (ou serait lié) au peuple germanique des Hérules. Certaines sources plus minutieuses (?) disent qu'il était d'origine skyre mais qu'après la défaite de son peuple et la mort de son père, Odoacre devint le chef d'un groupe de barbares aux origines assez diverses : skyres, ruges, hérules, etc. Ce type de regroupement était d'ailleurs très fréquent chez les peuples barbares, qui étaient plus souvent des confédérations de tribus plutôt que des nations (ainsi, on sait que le royaume vandale d'Afrique regroupait en fait deux peuples principaux : les Vandales, des germaniques mais aussi les Alains, apparentés aux Sarmates). Dans le groupe dont il était devenu le chef, les Hérules étaient peut-être majoritaires et c'est sans doute ce qui expliquerait que l'on appelle Odoacre, le roi des Hérules.
Avez-vous éventuellement une autre explication à cette double appartenance (hérule et skyre) ?

Ce même Odoacre est qualifié de diverses manières selon les sources lorsqu'il prend le pouvoir en 476 :

  • selon certains son seul titre officiel serait celui de patrice, titre accordé par l'empereur romain d'Orient ;
  • pour d'autres, il n'aurait pas revendiqué le titre d'empereur mais aurait été reconnu comme roi d'Italie (ou roi des Hérules) à partir de 476. Bien souvent, l'État gouverné par le chef barbare est appelé du reste "Royaume d'Odoacre".

Mais cette deuxième dénomination ne serait-elle pas qu'une appellation officieuse, revendiquée par Odoacre mais non reconnue par l'empereur régnant à Constantinople, ce dernier se considérant comme le seul à pouvoir conférer certains titres. L'octroi d'un titre "royal" aurait d'ailleurs pu poser quelques soucis au pouvoir romain d'Orient : en latin, le terme d'imperator a une valeur plus élevée que celle de rex, mais je pense qu'en grec, le nom donné aux empereurs était basileos (soit la traduction littérale de "roi"). Il serait donc peu probable que l'empereur romain d'Orient ait pu reconnaître un titre qui, au moins en langue grecque, pouvait prêter à confusion et empiéter sur sa légitimité.

Pourriez-vous me donner votre avis éclairé à ce sujet ?

 
 
 
RÉPONSE :

Votre - toujours aussi sympathique - courriel recense fort intelligemment la plupart des incertitudes qui brouillent la biographie d'Odoacre. Quant à moi, faute de mieux, c'est-à-dire faute de pouvoir accéder directement aux sources qu'il a minutieusement compilées, je serais tenté d'accepter, pour l'essentiel, les données fournies par la "bible" d'Edward Gibbon, l'Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain.

Selon lui, Odoacre serait un Skyre (voir fr.wikipedia.org). À l'instar d'Oreste, le paternel de Romulus Augustule, son père, un certain Edecon, aurait rempli une fonction importante (ambassadeur ?) à la cour d'Attila, le roi des Huns. C'est sans doute pour cela que certains auteurs prétendent qu'Odoacre lui-même était un Hun, ce qui me semble assez invraisemblable.
Enfin bref, après la mort d'Attila, son royaume éclata. Les Skyres, alliés traditionnels des Huns, furent écrasés par les Ostrogoths, et leur tribu se dispersa dans la nature. Edecon trouva la mort et son fils Odoacre mena un temps la vie errante d'un fugitif en Norique (Sud de l'Autriche actuelle), avant de prendre le chemin de l'Italie pour y faire carrière dans les rangs de ce qu'il restait de l'armée romaine. Edward Gibbon relate à ce sujet une étrange anecdote : "Lorsqu'il eut fait ce choix [de se rendre en Italie], il visita pieusement la cellule de saint Séverin, le saint en crédit dans le canton, pour solliciter son approbation et sa bénédiction. La porte était basse, et la taille élevée d'Odoacre l'obligea de se courber ; mais à travers l"humilité apparente de cette attitude, le saint perçut les signes de sa grandeur future, et s'adressant à lui d'un ton prophétique : « Poursuivez votre dessein, lui dit-il : allez en Italie ; vous vous y dépouillerez de ce grossier vêtement de peau, et votre fortune sera digne de la grandeur de votre âme. »"
Dûment muni de la bénédiction de Notre Mère la Sainte Église, Odoacre s'en alla donc porter le coup de grâce à l'Empire romain.

Recruté dans les gardes impériales, il y fut longuement "nourri", selon le terme utilisé par l'historien byzantin Théophane, c'est-à-dire qu'il s'y éduqua, qu'il perfectionna ses talents militaires, et acquit progressivement une place prééminente parmi les autres chefs des contingents barbares qui composaient alors l'essentiel des forces dites "romaines". Son autorité et sa valeur militaire furent bientôt universellement reconnues par ses camarades barbares qui lui conférèrent le commandement suprême de leur confédération.

Prit-il le titre de roi ?
Ce n'est pas clair… Selon Gibbon (qui cite à cette occasion un texte de Cassiodore), "il paraît qu'il prit le titre vague de roi, mais sans y attacher le nom d'aucune nation ni d'aucun pays". De même qu'il "s'abstint, durant tout son règne, de la pourpre et du diadème, pour ne point éveiller la jalousie des princes dont les sujets avaient formé, par leur réunion, une armée que le temps et un gouvernement sage pouvaient convertir en une grande nation".
Disons qu'Odoacre devint un "roi" à la mode germanique : un chef de horde (et de guerre) élu, mais qui, étant toujours soumis au droit coutumier et au contrôle des "parlements" (en fait les assemblées d'hommes libres), était très très loin de jouir du pouvoir, quasi absolu et d'essence divine, des "basilei" hellénistiques et byzantins.

Et que se passa-t-il après la déposition de Romulus Augustule et le renvoi à Constantinople des insignes impériaux de l'Occident romain ?
Gibbon écrit que le Sénat de Rome se fendit d'une lettre à l'empereur d'Orient Zénon pour le supplier d'accorder à Odoacre le titre de patrice et le gouvernement du "diocèse" d'Italie. Zénon, paraît-il, accueillit assez fraîchement les députés occidentaux, coupables, selon lui, de haute trahison envers les empereurs qu'il leur avait donnés. N'avaient -ils pas abandonné Anthémius aux griffes de Ricimer et forcé Julius Nepos à prendre la poudre d'escampette ? Il hésita, procrastina, temporisa tergiversa et lanterna longtemps les délégués occidentaux, sans trancher. En définitive, il semblerait que Zénon n'ait pas formellement conféré à Odoacre le titre de patrice, mais qu'il tint toutefois à garder avec lui un contact épistolaire assez cordial et que cette correspondance fut adressée au "patrice Odoacre".

À mon avis, cette ambiguïté convenait à toutes les parties. l'empereur romain ne perdait pas la face devant celui qui n'était en fait qu'un usurpateur barbare, tandis qu'Odoacre, lui, demeurait "roi" - sans ces spécifications de nation ou de pays qui eussent été embarrassantes pour ses compagnons germaniques -, et, de fait sinon de vraiment droit, "patrice" pour ses "sujets" italiens.

Voilà. J'ai peur que ce message n'accentue encore vos interrogations au sujet d'Odoacre. Mais que voulez-vous ? Les sources qui l'évoquent sont aussi laconiques que difficilement accessibles au "commun des mortels". Et comme, de plus, Odoacre lui-même semble avoir peu soucieux de clarifier la réalité de ses origines et la nature de son pouvoir…

empereur zenon

Zénon
(Empereur romain d'Orient)

 

 
 
CONCLUSION DE FRÉDÉRIC :

Merci pour vos recherches dans le vaste ouvrage de Gibbon et les éléments de réponse qui m'apportent quelques pistes fort intéressantes.

Comme vous le dites, mon esprit cartésien du XXIe siècle pourrait rester ainsi un peu sur sa faim (mais je me dis souvent, en me projetant dans le futur, qu'un historien amateur aurait aussi quelques difficultés à saisir la logique des institutions fédérales et fédérées belges…).

En fait, en me plaçant un peu plus dans le contexte de l'époque, je peux concevoir la nécessaire ambiguïté que devait entretenir Odoacre :

  • pour ses coreligionnaires germaniques, il devait être une sorte de roi (comme vous l'expliquez fort justement, un roi de type germanique, un chef de bande plus ou moins organisée) et comme il commandait un groupe de mercenaires aux origines diverses, il se serait bien gardé de spécifier si ce titre de roi était attaché à une quelconque "nation" ou regroupement de tribus (l'appellation roi des Hérules ou roi d'Italie pourrait n'être qu'une désignation ultérieure, émanant d'historiens voulant donner plus de précision à un titre assez vague) ;
  • pour les citoyens romains ou romanisés vivant dans son "royaume", il devait être rassurant de savoir qu'ils étaient dirigés par un patrice, assurant ainsi une forme de continuité avec l'empire romain et il était donc préférable qu'il agisse de telle manière vis-à-vis de ces sujets particuliers ;
  • enfin, vis-à-vis de Constantinople, il se devait d'apparaître comme un simple dirigeant de fait de l'Italie, sans revendiquer clairement un titre précis afin d'éviter une réaction courroucée de l'empereur qui aurait pu déboucher sur une intervention militaire.

J'en conclus que la titulature d'Odoacre était sans doute ambiguë mais relativement logique. Odoacre apparaît ainsi comme un dirigeant relativement intelligent (comprenant en tout cas la nécessité de se comporter différemment pour se concilier les bonnes grâces d'interlocuteurs de culture et d'intérêts divergents), mais cela révèle aussi une relative faiblesse du pouvoir installé par Odoacre, qui était obligé de composer à tout moment. Ce qui expliquerait plusieurs choses : sa clémence envers Romulus (pour se concilier les Romains) et son incapacité à contenir les exigences des Ostrogoths, ce qui entraînera finalement sa chute.

Dans ce cas d'espèce, il me semble que l'imprécision soit due plus à la volonté des acteurs historiques qu'à un manque de sources.
Dès lors, il me semble vain de rechercher une précision quand les acteurs historiques eux-mêmes ont sans doute tout fait pour éviter d'établir cette précision.

Encore merci pour vos éclaircissements.

 
 
 
 
16 Juin 2009
Gilles a écrit :

Auriez-vous le temps et l'amabilité de me donner quelques références bibliographiques soutenant votre assertion suivante

Cependant, il maintint en vigueur les mesures qui freinaient le prosélytisme juif.
Jusqu'à cette époque, ce prosélytisme concurrençait fortement, et souvent avec grand succès, la propagande chrétienne. La politique religieuse d'Antonin, c'était donc une bonne affaire pour ces Chrétiens qui, depuis l'écrasement de la dernière grande révolte juive de 136, commençaient à prendre de très nettes distances avec le judaïsme.

que vous glissez dans la biographie d'Antonin le Pieux.

 
 
 
RÉPONSE :

La concurrence entre le judaïsme et le christianisme, qui ne paraissait aux origines qu'une "hérésie", qu'une "secte" juive parmi d'autres, est évoquée par Léon POLIAKOV :

La rivalité dans le prosélytisme contribuait de son côté à dresser Juifs et chrétiens les uns contre les autres. Si la prédication chrétienne se révéla rapidement plus efficace que la prédication juive, il ne s'ensuit pas que le judaïsme perdit de son propre attrait, et ses propagandistes ne baissèrent pas si rapidement pavillon. Au contraire, certains textes laissent entendre qu'ils furent, aux IIe et IIIe siècles, tout aussi actifs, sinon davantage, que précédemment. C'est vers 130 que Juvénal tourne en ridicule « les parents dont les exemples corrompent les enfants ». Lorsque, quelques années plus tard, l'empereur Antonin rétablit la liberté du culte juif, il prend soin, afin de s'opposer à la propagande du judaïsme, de maintenir l'interdiction de la circoncision des non-Juifs, sous peine de mort ou de bannissement. (…). Ce prosélytisme, à qui s'adressait-il ? Il est vraisemblable d'admettre qu'il s'exerçait tout autant aux dépens des convertis du christianisme qu'aux dépens des païens. Et, en effet, les Juifs ne restent-ils pas le peuple de l'Ancien Testament, leurs docteurs n'en sont-ils pas les interprètes les plus qualifiés ? Ne voit-on pas les premiers exégètes du christianisme, et jusqu'à un saint Jérôme, aller s'instruire auprès des rabbins ? Pendant plus de deux siècles, les chrétiens ne suivent-ils pas le calendrier juif ? Ainsi s'établissent des contacts parfois bien dangereux pour l'orthodoxie de la nouvelle foi. (…)." (Léon POLIAKOV, Histoire de l'antisémitisme - du Christ aux Juifs de cour, Éditions Calmann-Lévy, 1955).

A ce sujet, je vous recommande également de consulter "L'enquête sur le peuple juif"que vient de publier la revue L'HISTORE (n° 343 - Juin 2009). L'historien israélien Shlomo SAND y dit, entre autres propos éclairants sur les mythes fondateurs de l'identité juive :

Inversement, s'il n'y a pas eu d'Exil, il faut bien expliquer l'extraordinaire croissance numérique du judaïsme tout autour de la Méditerranée entre IIe siècle av. J.-C. et IIe siècle après. Dès l'époque hellénistique (IIIe-IIe siècle av. J.-C.), on trouve des communautés juives importantes en dehors de Judée. On peut estimer le nombre des juifs vivant hors de Palestine à 4 millions au Ier siècle de notre ère. En Égypte, à cette époque, leur nombre est probablement aussi important qu'en Judée. Depuis les Ve et IVe siècles av. J.-C. jusque vers le IIe siècle ap. J.-C., le judaïsme a beaucoup recruté au-dehors. C'est ce que nous disent en tout cas les historiens et les philosophes du monde antique, de Philon d'Alexandrie jusqu'à Flavius Josèphe. Pendant plus de trois cents ans, à partir du IIe siècle av. J.-C., le monothéisme juif a été une religion dynamique et prosélyte. La rencontre entre la religion de Moïse et l'hellénisme a permis au mouvement de conversion de commencer très tôt dans l'Antiquité.
L'idée que la religion juive est étrangère au prosélytisme reste profondément ancrée dans les consciences. Elle n'en est pas moins fausse. Les indices du prosélytisme des juifs sont nombreux. Les auteurs romains décrivent la propagande des Maccabées. Juvénal, Horace, Tacite parlent tous du prosélytisme des juifs. Et, dans le Nouveau Testament, il est écrit que les pharisiens sont prêts à tout pour convertir :
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous courez la mer et la Terre pour faire un prosélyte ; et, quand il l'est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous. » (Matthieu, XXIII,15).
Il est vrai qu'à partir du IVe siècle, dans le monde chrétien puis dans le monde musulman après la conquête arabo-islamique, les juifs ont tout fait pour effacer la trace de ce prosélytisme: leur survie en dépendait. Mais, au XIXe siècle, l'idée du prosélytisme juif refait surface. Pour Theodor Mommsen, le grand historien allemand de Rome, aussi bien que pour Ernest Renan, il est clair que, dans la rapidité de la propagation du judaïsme en deux siècles, la force a dû jouer un rôle. Puis, à partir du milieu de XXe siècle, de nouveau, la vision qu'il n'y a pas de prosélytisme juif est devenue dominante. C'est qu'elle vient bien sûr renforcer la démonstration d'une origine ethnique unique du peuple juif. Cela n'a pas empêché les travaux des historiens.
(…)” (L'HISTOIRE, n° 343, juin 2009 - pp. 14-16).
peuple juif

Sur la rupture entre le judaïsme et le christianisme, voyez l'article de Simon MIMOUNI, Les Chrétiens d'origine juive du Ier au IVe siècle, publié dans Aux origines du christianisme, textes présentés par Pierre GEOLTRAIN (Folio Histoire n° 99 - Éditions Gallimard). Il y écrit, par exemple que "la rupture légale entre le christianisme et le judaïsme (…) ne paraît pas (…) être antérieure au milieu du IIe siècle ; du côté chrétien, elle semble avoir été sollicitée plutôt par ceux qui sont d'origine païenne que par ceux qui sont d'origine juive. C'est le signe que - jusqu'à une époque assez tardive -, pour les gens extérieurs au judaïsme et au christianisme, il n'y a pas nécessairement de différences fondamentales entre les membres de l'une et l'autre religion.

Et puis pour approfondir toutes ces problématiques, je me permets également de vous recommander les fameuses séries TV (assez controversées, mais néanmoins fort intéressantes) de Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR sur L'origine du christianisme (Clic !), et, plus récemment sur L'Apocalyspe (à noter que ces émissions ont donné naissance à des bouquins, mais je ne les ai pas lus).