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Sommaire Février-Mars 2009 :

  • 4 Février :
    • Continuons d'écraser l'infâme ? : Clic !
  • 5 Février :
    • Quels étaient les symboles de l'autorité des empereurs ? : Clic !
  • 8 Février :
    • Un tableau généalogique de la famille de Constantin : Clic !
  • 9 Février :
    • Un détail de l'Arc de Titus turlupine Robert… : Clic !
  • 20 Février :
    • Qui était la maman d'Agrippa ? : Clic !
  • 21 Février :
    • Un livre un peu oublié : La Colère de l'Agneau de Guy HOCQUENGHEM : Clic !
      • Le disciple que Jésus aimait est-il bien celui qu'on croit ? : Clic !
2e PAGE
  • 22 Février :
    • Quelques pistes pour décrire, de façon moins conventionnelle, la condition féminine à Rome : Clic !
  • 1er Mars :
    • La "peste" de 80 était-elle une vraie peste ? : Clic !
  • 5 Mars :
    • La Cité de Dieu pour éclairer la chute de celle des Césars ? : Clic !
  • 7 Mars :
    • La marque de la Bête de l'Apocalypse : Clic !
      • Réaction à ce courrier : Clic !
  • 9 Mars :
    • GRICCA : Une autre fin de règne pour Philippe l'Arabe ? : Clic !
3e PAGE
  • 11 Mars :
    • Un livre de Th. MURCIA sur les miracles de Jésus : Clic !
    • Jésus zélote ? Attention à l'anachronisme ! : Clic !
  • 15 Mars :
    • Maximien Hercule friand de cassoulet toulousain ? : Clic !
  • 30 Mars 2009 :
    • Les nouvelles acquisitions de GRICCA : Clic !
      • Saint Paul sur les routes du monde romain - Chantal REYNIER : Clic !
      • Chronologie de la Rome antique - Yann RIVIÈRE : Clic !
      • Les lois religieuses des empereurs romains de Constantin à Théodose II - Roland DELMAIRE et autres : Clic !
      • Soldats et fantômes - Jon E. LENDON : Clic !
      • Césars : Les Maîtres de Rome - Mickael LEPEINTRE : Clic !
      • Les chevaliers de l'Apocalypse - réponse à MM. Prieur et Mordillat - Jean-Marie SALAMITO : Clic !
      • Les femmes en Gaule romaine, Ier s. av. J.-C.-Ve s. apr.J.-C. - Bernard RÉMY et Nicolas MATHIEU : Clic !
      • Rome et Jérusalem - Martin GOODMAN : Clic !
      • Les Africains I - Les intellectuels carthaginois - Paul MONCEAUIX [présentation, commentaires et indices de Leïla LADJIMI SEBAÏ] - Cartaginoiseries, 2009 : Clic !
      • Jardins et paysages de l'Antiquité, Grèce-Rome - Aude GROS de DELER, Bruno MARMIROLI et Alain RENOUF : Clic !
      • Le quotidien municipal dans l'Occident romain - Clara BERRENDONNER, Mireille CÉBEILLAC-GERVASONI, Laurent LAMOINE : Clic !
      • L'armée romaine dans la tourmente - Une nouvelle approche de la "crise du IIIe siècle" - Yann Le BOHEC : Clic !
      • L'expression du pouvoir au début de l'Empire. Autour de la Maison Carrée à Nîmes - Michel CHRISTOL, Dominique DARDE : Clic !
      • Légionnaires, auxiliaires et fédérés sous le Bas-Empire romain - Alain ALEXANDRA et François GILBERT : Clic !
      • Jules César - Isabelle HONNORÉ : Clic !
      • Les Alpes occidentales romaines - Maxence SEGARD : Clic !
      • Hadrien, souverain de la romanité - Robert TURCAN : Clic !
 
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"EMPEREURS ROMAINS"
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4 Février 2009
Jean-Claude a écrit :

Suite aux critiques de certains, qui reprochent à ce site d'avoir un ton ironique sur le christianisme et les chrétiens, et ceux qui vous reprochent votre partialité, je tiens à rappeler que ce site n'est pas un site d'une institution publique, ni un site officiel d'une association d'historiens antiquisant. Ce site est l'œuvre d'un individu et il a l'entière responsabilité de ses propos, et je suis assez admiratif du travail réalisé. En fait je suis assez jaloux de n'avoir pas eu le courage de réaliser un site aussi bien fait.

Continuez à vous moquer des chrétiens, de descendre Suétone, ce plumitif aux ordres (au fait, existe-t-il un écrivain romain qui n'était pas aux ordres de quelqu'un ?), bousculez ces vieux latinistes qui sentent la poussière et la soumission au pouvoir (comme Suétone ?) !
Continuez, merci !

 
 
 
RÉPONSE :

… Mais c'est moi qui vous remercie pour ce message, très sympa, ainsi que pour vous encouragements qui ne le sont pas moins (sympathiques). Certes, mon objectif prioritaire n'est pas de me moquer des chrétiens - il y a des tas de braves gens parmi eux -, mais plutôt de raconter, à ma manière, l'histoire des premiers siècles de leur religion, et ce en mettant l'accent sur ses rapports avec les autorités romaines, d'ailleurs plus souvent indifférentes que franchement hostiles. Et si mon ton se fait volontiers ironique, c'est que le sujet s'y prête, tant les légendes, dorée des martyrs chrétiens et noire des empereurs romains, que l'on a ressassées pendant des siècles aux masses crédules et ignorantes, correspond peu à la réalité des faits historiques avérés ! Il est d'ailleurs symptomatique de voir combien la vision de l'"histoire sainte" des spécialistes d'aujourd'hui - même s'ils sont chrétiens - diffère de celle du "chrétien de base", qui est le plus souvent restée traditionnelle, voire traditionaliste.

Et il en va de même pour les empereurs romains. Voyez Néron; par exemple. Aucun historien digne de ce nom n'oserait plus l'accuser d'avoir fichu le feu à sa bonne ville de Rome. Cependant, dans un ouvrage de sa récente saga consacrée aux Romains, Max Gallo, ministre socialo (re)devenu chrétien convaincu (voyez : Clic ! et Clic !), reprend toutes les monstruosités que l'ineffable Suétone prête à Néron, avec, comme point d'orgue, la dévastation de Rome ! Et comme Max Gallo est historien de formation, comment ne pas penser qu'il s'agit là de propagande chrétienne, sinon de désinformation volontaire.

Alors, vous voyez, les croyants qui critiquent ma partialité (que je revendique) feraient sans doute mieux de méditer les paroles de Jésus : "Hypocrites ! Retirez d'abord la poutre de votre œil, et alors vous verrez clair pour retirer la paille qui est dans l'œil de votre frère." (Luc, 6 : 42).

max gallo - neron

 

 
 
 
5 Février 2009
Sylvain a écrit :
Je voudrais savoir assez rapidement les attributs des empereurs romains. [Par exemple] pour le dieu Zeus, on associe à lui sa fourche, et je voudrais savoir pour les empereurs romains quels étaient ces objets.
 
 
 
RÉPONSE :

Les symboles de l'autorité des empereurs romains ?
C'est là une question à laquelle il n'est pas facile de répondre. En effet, si, dans la réalité des faits, l'empereur fut toujours un "autocrate", un monarque tout-puissant, la manière dont ce pouvoir absolu s'est manifesté a considérablement évolué au cours des cinq siècles de l'histoire impériale romaine.

Le premier empereur, Auguste, refusa toujours - et énergiquement - que son pouvoir soit assimilé à celui d'un roi. Il faut dire qu'il avait été échaudé par l'expérience malheureuse de Jules César, son grand-oncle et père adoptif, qui avait été assassiné précisément parce que d'aucuns le soupçonnaient de prétendre à la royauté. Tirant les conséquences de cet échec, notre Auguste rejeta donc avec force tous les accessoires qui auraient pu faire penser à ses irascibles concitoyens qu'il se prenait pour un roi : pas de couronne, ni diadème, ni trône. Modestement, il se contenta des insignes des magistratures républicaines qu'il avait cumulées avec un bel entrain et qui devinrent ainsi les symboles de son pouvoir personnel : un nombre inusité de licteurs le précédaient, une chaise curule pour présider les séances du Sénat, etc… Et puis, comme à partir d'Auguste - et surtout de son successeur, Tibère - seul l'empereur était habilité à recevoir les honneurs du triomphe (même si c'était un autre général qui avait remporté la victoire, c'était l'empereur qui triomphait puisque le succès avait été acquis en son nom, "sous ses auspices"), la couronne de laurier du triomphateur, devint aussi l'apanage et le signe distinctif des maîtres de Rome.

Jusqu'à la fin du IIe siècle, les successeurs d'Auguste suivirent son exemple. Tous trouvèrent opportun de recouvrir leur pouvoir absolu d'un camouflage républicain. Tous… Sauf ceux que l'on considère généralement comme les mauvais empereurs (Caligula, Néron, Domitien, Commode), dont le plus grand crime fut, précisément, d'avoir tenté de rompre avec la tradition augustéenne et de faire coïncider les apparences avec la réalité de leur pouvoir monarchique. C'est ainsi que l'on vit, par exemple, Néron apparaître en public coiffé d'une couronne, ou (dit-on) vouloir, à l'instar son oncle Caligula, se réserver l'usage de vêtements de couleur pourpre et améthyste (à ce sujet : Clic !). Ces mauvais empereurs, ces tyrans payèrent leur audace de leur vie : tous finrent assassinés.

La situation évolua à partir du IIIe siècle. D'abord avec l'avènement des Sévères, une dynastie d'origine orientale, qui considérait le faste royal comme indispensable à l'exercice du pouvoir. Ensuite, l'Empire entra en crise : ce fut la période dite de l'Anarchie militaire, avec sa succession d'usurpations et de coups d'état militaires. Et, bien sûr, plus le pouvoir de ces empereurs éphémères était contesté, plus ils ressentaient la nécessité de l'affirmer par des symboles éclatants. C'est pourquoi la plupart d'entre eux se firent représenter, sur leurs monnaies, coiffés d'une couronne radiée, signe de leur ascendance divine. (Voyez à ce sujet : Clic ! et Clic !).
Au reste, on ne sait pas trop si ces empereurs-soldats portaient vraiment ces couronnes lorsqu'ils se montraient à leur bon peuple. Beaucoup pensent qu'il ne s'agissait là que d'une représentation monétaire. Mais quoi qu'il en soit, le message de leur propagande reste patent : par cette couronne dont les pointes représentent les rayons du soleil, le souverain manifestait sa filiation divine. Il se voulait une émanation d'Apollon, le dieu solaire.

À partir de Dioclétien, la mutation est accomplie : l'empereur romain se présente désormais comme un monarque absolu, de droit divin, et entouré d'un faste tout oriental, inspiré de celui des souverains perses. Idole vivante, manifestation de la divinité dont il est le représentant sur terre, c'est tout de pourpre vêtu qu'il apparaît aux yeux de ses sujets et des ambassadeurs étrangers, siégeant hiératiquement sur un trône étincelant d'or et de pierreries, coiffé d'une couronne, diadème ou d'un bandeau royal, et tenant dans sa main un globe représentant son autorité sur la terre entière. (Sur le globe impérial : Clic ! et Clic !).

Les empereurs byzantins, successeurs et continuateurs des empereurs romains, reprendront ce cérémonial (voyez : wikipedia.org). Témoin parmi d'autres de ce faste, un certain Liutprand, évêque de Crémone (Xe siècle). Envoyé en ambassade à la cour de Byzance par l'empereur germanique, il nous a laissé un récit saisissant de son entrevue avec le tout-puissant autocrate grec :

philippe l'arabe - couronne radiee

Philippe l'Arabe
avec sa couronne radiée

"Devant le siège de l'empereur se tenait un arbre, fait de bronze doré, dont les branches étaient remplies d'oiseaux, eux aussi de bronze doré, qui poussaient différents ramages, chacun selon son espèce. Le trône lui-même était si merveilleusement fait qu'à certains moments, il paraissait au ras du sol, à d'autres, il s'élevait haut dans l'air. Il était d'une dimension immense et était gardé de lions faits de bronze ou de bois plaqués d'or, qui balayaient le sol avec leur queue et rugissaient furieusement, la bouche ouverte en remuant la langue. M'appuyant sur les épaules de deux eunuques, je fus amené en présence de l'empereur. À mon approche, les lions ont commencé à rugir et les oiseaux à chanter, chacun selon leur espèce. (…) Ainsi, après avoir trois fois rendu hommage à l'empereur, le visage à terre, j'ai relevé la tête, et voyez ! l'homme, que je venais de voir sur un siège modérément élevé, avait maintenant changé de position et était assis au niveau du plafond. Je ne pouvais pas imaginer comment cela s'était fait, à moins peut-être qu'il n'ait été soulevé par quelque mécanisme comme nous en utilisons pour soulever les madriers des pressoirs à vin. À cette occasion, il ne m'adressa pas la parole, car, même s'il l'avait souhaité, la grande distance qui nous séparait aurait rendu la conversation problématique, mais par l'intermédiaire d'un secrétaire (…). Je donnai des réponses appropriées puis, sur un hochement de tête de l'interprète, je me retirai et retournai à mon logement."

Grosso modo, le cérémonial de rigueur à la cour des empereurs du "Bas-Empire" romain, devait être du même ordre.

 

 
 
 
8 Février 2009
Jean Claude a écrit :

J'ai trouvé dans la très sérieuse revue Numismatique et Change (n° 104 de février 1982) un article sur les monnaies constantiniennes à la fin duquel l'auteur (M. Nogué) nous donne un arbre généalogique précis des différents membres de la famille de Constantin.
Je me permets de le mettre en pièce jointe :

dynastie constantinienne
 
 
 
RÉPONSE :
Je vous remercie d'avoir songé à me communiquer ce tableau généalogique de la famille constantinienne. Effectivement, il viendra bien à point pour comprendre les liens de parenté reliant les membres de clan, de cette famille presque aussi souillée de sang que celle des Atrides.

 

 
 
 
9 Février 2009
Robert (amateur en art et symboles) a écrit :

Objet : ARC DE TITUS

Entre le chandelier et la table, des sortes de déesses brandissent des sortes de bannières x 3. Auriez-vous une interprétation de ces détails ?
Merci

arc de titus
 
 
 
 
20 Février 2009
Lyne a écrit :
Je cherche en vain depuis un moment déjà le nom de la grand-mère paternelle d’Agrippine l’aînée et donc le nom de la mère de Marcus Vipsanius Agrippa. Je sais qu’il était d’origine modeste mais impossible (vraiment impossible ! ) de trouver le nom de ses parents ! Auriez-vous ce nom dans votre chapeau magique ?
Merci d’avance
 
 
 
RÉPONSE :

Non, désolé, Lyne : mon chapeau demeure presque aussi vide qu'en juin 2007, lorsque je m'étais fendu d'une petite bafouille à un autre sympathique internaute qui avait, grosso modo, les mêmes soucis que vous (voir ici : Clic !).

Bref, on ne connaît vraiment pas grand-chose de la famille de Marcus Vipsanius Agrippa, sinon que son papa se nommait Lucius (Vipsanius Agrippa), et qu'il eut un frère aîné (qui combattit en Afrique avec Caton d'Utique, contre César) ainsi qu'une sœur, nommée Vipsania Polla (voyez : en.wikipedia.org : Marcus Vipsanius Agrippa et en.wikipedia.org : Lucius Vipsanius Agrippa). Quant à sa maman, son nom ne semble pas être passé à la postérité. Peut-être parce qu'elle était d'extraction trop humble. Pas présentable, quoi !…

 

agrippa
 
 
Conclusion de Lyne :
Merci pour votre réponse. Dommage pour le renseignement mais je pense comme vous qu'effectivement cette pauvre femme devait être trop simple pour avoir droit à une reconnaissance quelconque ! (…)
Merci encore de m'avoir répondu mais si un jour vous "tombez" sur ce nom, n'hésitez pas à me le dire. Merci beaucoup.
 
 
 
 
21 Février 2009
HNK a écrit :

(…) Je voudrais maintenant signaler à votre attention (et par là même à celui de vos visiteurs) un livre aujourd’hui complètement (et injustement) oublié, et qui concerne directement la période de la Rome impériale, ainsi que le premier christianisme - j’ai cru comprendre que ce dernier point vous intéressait aussi tout particulièrement. Enfin, j’ai vu que le sujet de l’homosexualité dans l’Antiquité romaine avait soulevé des polémiques passionnées sur votre site ; ce sujet est aussi au cœur du livre dont je voudrais vous parler, ce qui pourrait aussi intéresser certains. (Je tiens à préciser que je ne suis pas moi-même homosexuel, mais qu’il n’y a à mon avis aucune honte à l’être.)

Il s’agit du roman « La Colère de l’Agneau » (paru chez Albin Michel en 1985) [ www.livres-chapitre.com ], de Guy Hocquenghem (1946-1988). Ce personnage est aujourd’hui complètement oublié, et on ne retient de lui que le « militantisme homosexuel » dont il fut un pionnier en France, ainsi que ses convictions d’extrême gauche jamais démenties (si vous avez un jour entendu l’expression « passer du col Mao au Rotary », sachez, si vous ne le saviez déjà, qu’il s’agit là du titre d’un de ses ouvrages.) Ne vous fiez surtout pas à sa notice sur Wikipédia, qui n’est qu’un tissu d’absurdités et de pataquès honteux.

Certes, Guy Hocquenghem était un militant homosexuel de la première heure, et il est resté toute sa vie un gauchiste non repenti. Mais il était bien plus que cela, et était aussi professeur de philosophie à l’Université, ainsi – et c’est là où je voulais en venir – un écrivain d’une rare qualité, bizarrement (mais heureusement) aussi conservateur en matière esthétique et littéraire qu’il était « avancé » en matière de mœurs et de politique.

« La Colère de l’Agneau » est une biographie romancée de Saint Jean l’Évangéliste. À mes yeux, ce livre est un chef-d’œuvre absolu de la littérature de langue française de la seconde moitié du XXe siècle, comparable aux plus grands ouvrages écrits sur l’Antiquité ; une sorte de pendant de bruit et de fureur aux « Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar.
On ne résume pas un ouvrage d’une telle richesse et d’une telle encre. Signalons seulement les moments forts du livre : la prédication et la passion de Jésus, décrites d’une manière audacieuse, car Guy Hocquenghem (et là le militant homosexuel refait surface) suppose une liaison entre Jésus et Saint Jean. (Vous venez de sans doute comprendre, en ces temps de religieusement correct, pourquoi le bouquin est introuvable. Ceci dit, il n’y entre aucun passage scabreux : dans la postface de son livre, Hocquenghem explique pourquoi il ne se livre pas à ce qu’il appelle avec mépris de la « sexologie ».) Ensuite, la rivalité sans merci entre Saint Paul, prêt à toutes les compromissions envers le pouvoir romain, et Saint Jean, partisan de la fidélité aux racines juives de l’Église ; laquelle rivalité tourne à une course-poursuite via Éphèse, Alexandrie et enfin Rome. Ce qui donne lieu à des descriptions et des « morceaux » qu’on ne trouve que chez les plus grands écrivains : la description de l’incendie de Rome de 64 et de la persécution des chrétiens qui s’ensuivit est digne des plus grands, ainsi que celle de la prise du Temple de Jérusalem par Titus en 70.

colere de l'agneau - guy hocquenghem

Signalons enfin que Guy Hocquenghem, soucieux d’exactitude historique, a adjoint une postface de quatre pages à son livre, où il donne la liste de toutes ses sources, antiques et modernes. Depuis 1985, les progrès de la recherche historique ont parfois rendu certains passages du livre obsolètes ; mais la qualité littéraire y supplée largement.

Voilà, j'espère que ce message ne vous aura pas trop importuné et que vous l'aurez trouvé intéressant. En vous remerciant par avance de votre patience.

 
 
 
RÉPONSE :

Je vous remercie d'avoir attiré mon attention - et celle de mes "sympathiques" visiteurs -, sur La Colère de l'Agneau de Guy HOCQUENGHEM.

Eh bien, même s'il est exact que tant cet auteur que son roman sont quelque peu oubliés aujourd'hui, figurez-vous que je ne les méconnais pourtant point… J'avais acquis ce bouquin, dans sa version "livre de poche", peu après sa parution (en 1985). Toutefois, je dois avouer qu'à l'époque, il ne m'avait guère passionné. Il faut dire qu'en ce temps-là, je n'étais pas encore particulièrement intéressé par l'histoire romaine ni par la naissance du christianisme. Je crois également me souvenir que le style flamboyant de l'ouvrage m'avait un peu désarçonné et que j'avais dû "m'accrocher" pour venir à bout de ce roman à la fois dense et touffu.
Votre message m'ayant donné l'envie de me replonger dans l'épopée du Jean de Hocquenghem, je m'en vais de ce pas ressortit ce roman des tréfonds de ma bibliothèque où je l'avais presque oublié, et, fort des quelques connaissances historiques et exégétiques que j'ai acquises depuis sa première lecture, voir si ma compréhension s'avère désormais meilleure… et mon plaisir de lecteur plus intense.

Une petite parenthèse "évangélique" pour terminer :

Même si elle est traditionnelle, l'identification de l'apôtre Jean avec le disciple que Jésus aimait pose quelques problèmes.
Les Évangiles se gardent bien de révéler formellement l'identité de ce disciple chéri. Quant à l'unique passage qui permettrait une éventuelle identification, il ne désigne nullement l'apôtre Jean, fils de Zébédée, mais Lazare. Il s'agit du fameux épisode de sa résurrection. Lorsque ses sœurs, Marthe et Marie, demandent à Jésus d'accourir au chevet de leur Lazare de frère, gravement souffrant, leur messager peut se contenter de dire : "Celui que tu aimes est malade", sans qu'il soit nécessaire de préciser davantage. Et lorsque Jésus pleure devant le tombeau de son ami Lazare, les "Juifs" qui se trouvent là commentent : "Voyez combien il l'aimait".
Il est d'ailleurs significatif que l'épisode de la résurrection de ce Lazare "que Jésus aimait", ne se trouve que dans le seul quatrième évangile (Jean, 11 : 1-44) puisque ce texte se présente, explicitement, comme ayant été rédigé (en fait inspiré) par le "disciple que Jésus aimait" (Jean, 21 : 20-24).

Évidemment si Lazare fut bien le seul disciple bien aimé, celui que Jésus ressuscita, celui qui était couché à ses côtés lors de la Cène, et celui qui rédigea le IVe évangile, il faut alors admettre qu'il y avait un apôtre de plus - sans compter l'encombrante Marie Madeleine. Un homo et un traître parmi les douze, c'était déjà difficile à faire accepter. Alors, s'il fallait, en plus, se farcir une femmelette et un zombi, on friserait le ridicule : "La Dernière Cène, ce n'est pas le « La Nuit des Mort-vivants », que diable ! ».
Trêve de plaisanterie… Déjà confrontés à l'impossibilité de faire concorder entre elles les listes des douze apôtres, établies sur base des données - souvent contradictoires - fournies par les quatre Évangiles, les premiers compilateurs du canon évangélique éprouvèrent sans doute le besoin de simplifier tout cela en attribuant le rôle de "disciple bien-aimé" à Jean "fils de Zébédée", apôtre avéré quoique assez obscur, plutôt qu'à Lazare. Cette identification est demeurée traditionnelle dans l'Église bien qu'à vrai dire, elle soit beaucoup malaisée à établir textuellement que celle, apocryphe, voulant que l'apôtre bien-aimé du Christ fut Lazare, le ressuscité.

Saint Jean "l'évangéliste"

 

 
 
HNK réécrit :

Excusez-moi d'abord d'avoir sous-estimé votre érudition, mais Hocquenghem est en effet tellement oublié aujourd'hui qu'il est difficile pour moi, qui n'avais que 6 ans en 1985, d'imaginer ce qu'il représentait (ou non) à l'époque, et la manière dont son livre a été perçu (ou pas).

Je crois, ayant rapidement re-feuilleté le livre de nouveau hier soir, que l'intention de Hocquenghem était loin d'être anti-cléricale, en dépit de ses opinions politiques gauchistes ; en tant que militant homosexuel, il essayait plutôt de "tirare alla nostra opinione" (pour parler comme les Jésuites) un personnage célèbre de l'histoire de l'Église. Il a pour ce faire tiré parti du passage de l'Évangile que vous citez, et a bâti tout son roman là-dessus. Néanmoins, même s'il est plus que probable qu'un certain nombre de passages de son livre seraient aujourd'hui très contestés par les historiens, la valeur littéraire de son livre ne fait pour moi aucun doute. Remarquez qu'on pourrait dire la même chose des Mémoires d'Hadrien de Yourcenar, sans doute écrites dans le même but d'apologétique homosexuelle [Antinoüs].
Il est d'ailleurs remarquable à quel point les homosexuels, depuis au moins la Renaissance, idéalisent l'Antiquité (surtout grecque, mais aussi romaine) comme un âge d'or. Comme vous l'avez remarqué sur votre site, la réalité historique est quelque peu différente.

 
 
 
RÉPONSE :
Oui, vous avez raison : le livre de Hocquenghem et celui de Yourcenar procèdent tous deux de la même démarche : trouver dans l'Antiquité un genre de justification à l'homosexualité. Même si la qualité littéraire de ces œuvres est incontestable, cette stratégie n'en demeure pas moins, à mon avis, un peu frileuse, défensive et complexée. Pour revendiquer ses droits - légitime -, la fierté gay ne devrait pas éprouver le besoin de se reposer sur des précédents historiques… D'ailleurs contestables car - bien évidemment - ni Hadrien (selon Yourcenar) ni saint Jean (selon Hocquenghem) n'étaient "homosexuels" au sens moderne du terme (qui n'existait pas à leur époque). Mais de cela, j'ai déjà abondamment parlé dans mon site…