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Janvier 2009 (page 2/2)

Sommaire de Janvier 2009 : Clic !

 
 
18 Janvier 2009
Sacha a écrit :
Comme travail de fin de rhéto je dois faire une visite guidée à toute ma classe d'une des villes que nous allons visiter lors de notre voyage en Italie. Ces villes sont Gênes, Pise, Florence, Ravenne et Venise. Mon thème est la romanisation, et je cherche la ville ayant le plus de vestiges romains, pour la faire visiter tout en appliquant mon thème. Pourriez-vous, en féru d'histoire romaine, m'indiquer cette ville, et faire une liste comprenant les bâtiments dignes d'attention de cette ville ?
 
 
 
RÉPONSE :

Parmi les villes italiennes que vous citez, c'est incontestablement Ravenne qui recèle le plus de vestiges romains. Et pour cause, puisque cette cité fut la vraie capitale de l'Empire romain d'Occident durant les dernières d'existence de celui-ci (de la fin du IVe siècle jusqu'en 476). Ensuite, après le règne de Théodoric, ce roi ostrogoth féru de civilisation gréco-romaine, la ville devint, jusqu'au milieu du VIIIe siècle, le siège d'une province de l'Empire romain d'Orient, l'Exarchat de Ravenne, ce qui contribua à préserver les monuments romains et à les enrichir notamment de superbes mosaïques.

Une simple recherche sur la Toile devrait vous permettre d'identifier aisément les principaux monuments antiques de Ravenne, mais je peux d'ores et déjà vous désigner :

  • La basilique San Vitale
  • Le mausolée de Gala Placidia
  • Le baptistère de la cathédrale
  • Le baptistère des Ariens
  • L'église San Appolinare Nuovo
  • Le mausolée de Théodoric
  • Et n'oublions pas, à Classis (ancien port de Ravenne), la basilique de San Appolinare in Classe.

 

 
 
 
25 Janvier 2009
Olivier a écrit :
Je suis actuellement en train lire Julien l'Apostat de l'excellent Lucien Jerphagnon.
Julien en ces temps troublés de Constance Auguste se fait proclamer Empereur à Lutèce. On le suit ensuite jusqu'à Vienne où 5 ans plus tard il fait célébrer en grande pompe sa pourpre récemment acquise.
Qu'en est-il du Sénat Romain ?
Il est dit, qu'il n'est plus à l'époque qu'une "chambre d'enregistrement", mais comment procède-t-on ?
Julien envoie-t-il une missive à la curie : "prière de m'enregistrer comme nouvel empereur à la place de l'atroce Constance" ?
Existe-t-il encore à l'époque un censeur, un album ? un ordre du jour ?
 
 
 
RÉPONSE :

À l'époque de Julien, l'autorité du Sénat de Rome ne dépassait guère les limites de la Ville. Même s'il avait conservé de sa grandeur passée une sorte de prestige honorifique, ses attributions n'étaient guère plus étendues que celle d'un conseil communal (municipal en France) d'une grosse ville d'aujourd'hui. Depuis des décennies, voire des siècles, le pouvoir réel était passé aux mains des empereurs (et de l'armée qui, souvent, les faisait et défaisait). Quelle marge de manœuvre restait-il aux Sénateurs dès lors que toute la législation émanait d'un monarque divinisé qui se voulait l'incarnation de l'État, et, de surcroît, le représentant des dieux (puis de Dieu) sur terre ? Aucune, évidemment. Le Sénat romain se bornait donc à "enregistrer" les décrets impériaux afin de les faire appliquer dans leur Ville, comme le faisaient du reste les sénats des autres métropoles de l'Empire (Constantinople, Antioche, Nicomédie, etc).

Je ne connais pas précisément le mode de fonctionnement du Sénat romain à la fin du IVe siècle. Cependant, ce qui est certain, c'est que les attributions du "censeur" n'étaient plus de son ressort, et ce depuis belle lurette. Tous les empereurs avaient en effet imité le premier d'entre eux, Auguste, qui, dès son avènement, s'était empressé de placer cette intéressante magistrature parmi les multiples "casquettes" qu'il s'était ingénié à collectionner. Il pouvait ainsi contrôler le recrutement du Sénat et veiller aux bonnes mœurs, c'est-à-dire, très prosaïquement, éliminer les opposants (qui, ayant par nature l'esprit tordu, risquaient de polluer celui des braves gens) et organiser sa propagande.

Pour en revenir à l'empereur Julien, j'ai jeté un coup d'œil dans les Histoires d'Ammien Marcellin, le principal témoin de son règne, et - sauf omission - je n'y ai pas trouvé mention d'une lettre qu'il aurait adressée au Sénat de Rome l'informant de son avènement. Toutefois, il est hautement probable qu'une telle missive est partie de sa chancellerie, parmi celles adressées aux autres cités importantes de son empire, et que, cette fois, les vénérables Pères conscrits aient adressé au jeune empereur une ovation enthousiaste.

julien soldat, julien l'apostat

Julien dit l'Apostat

J'ai écrit cette fois, car Ammien Marcellin relate qu'alors que Julien était dans les Balkans, en marche pour affronter son cousin Constance, il s'était fendu d'une bafouille fort aigre au Sénat romain. Un certain Tertulle, alors Préfet de la Ville, avait donné lecture à l'assemblée de ce "mémoire très amer". Mais telle était l'affection que les Sénateurs vouaient alors à Constance, l'empereur légitime, qu'ils "éclatèrent en cette occasion avec une noble indépendance" (disons plutôt morts de pétoche en songeant aux terribles représailles que le féroce Constance exercerait lorsqu'il il serait venu à bout de cette usurpation comme des précédentes), et s'écrièrent "tout d'une voix : « Respectez celui dont vous tenez votre pouvoir.»" (Ammien Marcellin, Histoires, XXI, 10).

En revanche, les relations de Julien avec le Sénat de Constantinople semblent avoir été moins tendues : le même Ammien raconte que, devenu unique empereur, il y "allait fréquemment, décider les questions litigieuses" (Histoires, XXII, 7).

 

 
 
 
26 Janvier 2009
"Olive" a écrit :
Je souhaite avoir votre avis sur la question suivante : Peut-on envisager l'idée suivante que l'enseignement de Jésus relève de la tradition gnostique ?
Le thème de Fils de l'Homme puis, celui de Fils du Père implique-t-il, une progression de l'âme humaine comme semble l'indiquer cette tradition ?
Trouve-t-on quelque part dans les textes l'idée de fils de la femme qui complèterait cette progression ?
 
 
 
RÉPONSE :

Je connais assez mal les doctrines gnostiques - par ailleurs aussi diverses que diversement tordues, même pour des spécialistes (dont je ne fais pas partie). Néanmoins, à première vue, je ne distingue pas de trace explicite de gnosticisme dans les évangiles dits synoptiques (Marc, Matthieu, Luc). Au contraire, le message, très "connecté au réel" (comme on dit aujourd'hui) que les trois premiers évangélistes prêtent à Jésus paraît se démarquer de toute spéculation philosophico-ésotérique. Pourquoi d'ailleurs se serait-il livré à de telles arguties savantes puisqu'il prêchait à des gens simples un Royaume de Dieu dont - prétendait-il - ils verraient l'avènement de leur vivant ("cette génération ne passera sans que ces événements arrivent"). Le coupage de cheveux en quatre, c'était bon pour les Pharisiens, ces sépulcres blanchis ! Lui, il se contentait de rappeler les préceptes essentiels de la Loi, en privilégiant - très concrètement - son esprit plutôt que la lettre.

Par contre, le quatrième évangile, celui selon Jean, plus tardif que les trois synoptiques, montre déjà quelques tendances gnostiques. En particulier, son grandiose prologue, avec cette description du Logos, du "Verbe" qui était au commencement auprès de Dieu, qui était Dieu, puis qui se fit chair en la personne de Jésus. Il faut dire qu'à l'époque où cet évangile fut compilé - fin du Ier siècle -, la grande révolte juive avait échoué, le Royaume de Dieu promis par Jésus tardait - déjà - à advenir, et il fallait commencer à élaborer une explication - une gnose - justifiant ce "retard à l'allumage" des jours de colère de l'Apocalypse. La transformation de Jésus, thaumaturge, rabbi rénovateur et résistant à Rome, en "Logos incarné", puis en "Fils de Dieu" constituait l'indispensable ajustement doctrinal pour faire d'un messianisme radical juif une "religion" à prétention universelle, et, aussi, parce que plus spéculative, moins inacceptable pour les autorités romaines.

Je serais assez circonspect quant la signification réelle de l'expression Fils de l'homme. Je suis bien conscient qu'il peut s'agir d'une formule employée par les prophètes bibliques pour désigner le Messie. Mais des exégètes relèvent aussi que l'on peut tout bêtement y voir une manière emphatique (ou faussement modeste) de se désigner soi-même. Par exemple, quand Jésus dit que "le fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête", il parlerait un peu comme Mac Leod, l'avaricieux personnage du roman L'île de Robert Merle qui aime à se désigner ainsi : "Moi, le propre fils de mon père".

Alors, vous savez, Fils de l'homme" ou Fils du père (non, à ma connaissance, il n'existe pas de Fils de la femme), l'univers biblique est bien trop machiste pour cela ! -, le sens de ces expressions est peut-être, à l'origine, des plus prosaïque. Ce serait alors a posteriori, après l'élaboration de la doctrine chrétienne de l'incarnation, qu'on aurait interprété ces formules anodines dans un sens métaphysique.

Mais, franchement, je ne suis pas assez savant pour trancher dans un sens ou dans l'autre…

jesus

 

 
 
 
28 Janvier 2009
Pierre a écrit :
Je cherche vainement à évaluer, même grossièrement, le coût de la construction des grands monuments de Rome, tels l'amphithéâtre flavien, le théâtre de Marcellus…
Sauriez-vous me donner une vague idée de ces dépenses ?
 
 
 
RÉPONSE :

Non, malheureusement, je n'ai aucune idée du coût de construction des principaux monuments de Rome. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'ils ont coûté bonbon, comme on dit vulgairement. Voyez par exemple Jules César qui dut se fendre de la somme rondelette de 100 millions de sesterces (d'ailleurs empruntée à ses relations, Cicéron et consorts) pour acquérir le terrain (uniquement) nécessaire à l'édification de son forum (voyez à ce sujet : Clic !). On sait aussi que l'amphithéâtre flavien fut - en partie - financé par le très considérable butin de la guerre des Juifs, tandis que le forum de Trajan ne put être construit que grâce à celui - encore plus pharamineux - des compagnes victorieuses menées par cet empereur contre les Daces. Mais quant à vous donner une estimation, même grossière, des frais de construction de ces édifices, j'en suis totalement incapable.

Désolé de ne pouvoir vous renseigner à ce sujet.