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Juin 2008 (page 2/2)

Sommaire de Juin 2008 : Clic !

 
 
5 Juin 2008
Lochman Tomas a écrit :

 

antike im kino

L'exposition est bilingue (allemand et français).
Dans sa forme actuelle, elle propose environ 80 affiches, (une partie sont des prêts de la cinémathèque suisse - des vrais trésors - une partie vient de ma propre collection) et 10 moniteurs qui présentent sous différents points de vue (chronologiques et thématiques) des extraits spécifiques des péplums de toutes les époques. En somme 180 scènes de 105 films différents…

En ce qui concerne le catalogue, la majorité des articles sont en allemand (trois contributions sont en français), mais j'offre sur notre site des traductions françaises des pages introductives.

 
 
 
 
5 Juin 2008
Thierry a écrit :

Objet : Mon nom est Légion.

"Lorsqu'il fut à l'autre bord, dans le pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des sépulcres, vinrent au-devant de lui. Ils étaient si furieux que personne n'osait passer par là. Et voici, ils s'écrièrent : Qu'y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? Il y avait loin d'eux un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Les démons priaient Jésus, disant : Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce troupeau de pourceaux. Il leur dit : Allez ! Ils sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux. Ceux qui les faisaient paître s'enfuirent, et allèrent dans la ville raconter tout ce qui s'était passé et ce qui était arrivé aux démoniaques. Alors toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le supplièrent de quitter leur territoire." (Matthieu 8, 28-34).

"Ils arrivèrent à l'autre bord de la mer, dans le pays des Gadaréniens. Aussitôt que Jésus fut hors de la barque, il vint au-devant de lui un homme, sortant des sépulcres, et possédé d'un esprit impur. Cet homme avait sa demeure dans les sépulcres, et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne. Car souvent il avait eu les fers aux pieds et avait été lié de chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et personne n'avait la force de le dompter. Il était sans cesse, nuit et jour, dans les sépulcres et sur les montagnes, criant, et se meurtrissant avec des pierres. Ayant vu Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui, et s'écria d'une voix forte : Qu'y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très Haut ? Je t'en conjure au nom de Dieu, ne me tourmente pas. Car Jésus lui disait : Sors de cet homme, esprit impur ! Et, il lui demanda : Quel est ton nom ? Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes nombreux. Et il le priait instamment de ne pas les envoyer hors du pays. Il y avait là, vers la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Et les démons le prièrent, disant : Envoie-nous dans ces pourceaux, afin que nous entrions en eux. Il le leur permit. Et les esprits impurs sortirent, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer : il y en avait environ deux mille, et ils se noyèrent dans la mer. Ceux qui les faisaient paître s'enfuirent, et répandirent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes. Les gens allèrent voir ce qui était arrivé. Ils vinrent auprès de Jésus, et ils virent le démoniaque, celui qui avait eu la légion, assis, vêtu, et dans son bon sens ; et ils furent saisis de frayeur. Ceux qui avaient vu ce qui s'était passé leur racontèrent ce qui était arrivé au démoniaque et aux pourceaux. Alors ils se mirent à supplier Jésus de quitter leur territoire." (Marc 5, 1-17).

C'est curieux mais il me semble qu'il y a un message caché dans ce récit. Des légions qui supplient Jésus de ne pas les chasser du pays et qui se suicident collectivement. De plus, les païens étaient considérés comme des pourceaux par les juifs de cette époque. Et enfin, les habitants qui supplient Jésus de quitter leur territoire comme s'ils craignaient des mesures de représailles de la part des autorités.

 
 
 
RÉPONSE :

Tiens, c'est vrai, je n'avais pas pensé à cette "coïncidence" ! En effet, curieux que ces démons s'appellent Légion. Est-ce seulement parce qu'ils sont nombreux, comme l'indique le texte des Évangiles ou serait-ce une fine allusion aux forces d'occupation romaines, tout juste bonnes à s'acoquiner intimement avec des pourceaux, faute de quitter le pays ?
Votre intuition est vraiment judicieuse et originale.

Remarquez aussi combien la situation matérielle de l'homme possédé par le démon Légion s'apparente à celle de la Judée occupée par les légions romaines. Comme le démoniaque de Gérasa, le Peuple élu "avait souvent eu les fers aux pieds et avait été lié de chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et personne n'avait la force de le dompter". Et pour combattre l'occupant impie, les zélotes agissaient comme le possédé : ils allaient "sans cesse, nuit et jour, dans les sépulcres et sur les montagnes, criant, et se meurtrissant avec des pierres". Dure vie que celle des guérilleros de Judas de Gamala, que celle des barbudos des sierras de Galilée !

L'impression qu'il s'agit d'un récit purement allégorique pourrait peut-être encore se trouver renforcée par certaines incohérences que relève Robert AMBELAIN. Passons sur l'improbabilité de trouver des troupeaux de cochons en "Terre sainte"… Cela, Voltaire le signalait déjà. Mais il y aussi un problème d'ordre géographique : "À Gérasa, et en sa région, il n'y a pas de lac. Pour éviter cet écueil, on a voulu transférer la scène à Bethsaïda-Julias, aux bords du lac de Tibériade, alias de Génésareth, alias mer de Galilée. Mais alors, l'affaire ne se déroule plus dans le pays de Gérasa, ni en Galaaditide, mais bien en Gaulanitide, et à plus de 80 km à vol d'oiseau de Gérasa… Là encore, les scribes anonymes du quatrième siècle ont imaginé à tort et à travers, sans réfléchir." (Robert AMBELAIN, Jésus ou le mortel secret des Templiers, Robert Laffont, 1970).

Mais bien sûr, les croyants nous rétorquerons que, nous aussi, nous avons le mauvais esprit, que nous cherchons la petite bête, que nous coupons les cheveux en quatre, que nous "poil-de-cultons", bref que nous ergotons oiseusement en omettant l'essentiel. Que toutes nos vaines arguties n'ôtent pas un iota à la "belle leçon pour la vie spirituelle" qu'il faut tirer de cet épisode évangélique. À savoir (je cite) que "Jésus, en chassant les démons des deux démoniaques et de la terre de Gérasa, montre que les biens spirituels (= être délivré de ses démons et grâce sanctifiante) valent qu'on leur sacrifie des biens matériels (même s'il s'agit de 200 (1) têtes de bétail). Les Géraséniens, effrayés par le dommage subi, expulsent Jésus de leur pays, montrant ainsi comment les hommes préfèrent généralement les richesses matérielles aux richesses spirituelles (= la prédication et les miracles du Christ)." (Angelo ALBERTI, le Message des Évangiles, Marabout, 1961).

Ça aussi, ce n'est pas mal trouvé, n'est-ce pas ?


NOTE

(*) L'ami Jean-Marc me signale que le texte de l'Évangile parle de 2.000 ("disxilioi") têtes de bétail

 

 
 
Thierry réécrit :

Ce démoniaque était habité par toutes sortes d'esprits impurs que l'on nomme haine, rancoeur, avidité, méchanceté, etc. qui lui pourrissaient la vie. Je pense que ces pensées négatives étaient qualifiés de "démons" à cette époque. Jésus intervient donc et libère cet homme de tous ces mauvais penchants.
Remarquez aussi cette allusion à la situation politique de la Judée du Ier siècle :

"Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par les lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ; et, quand il arrive, il l'a trouve vide, balayée et ornée. Il s'en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s'y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante" (Matthieu 13, 43-45).

Il est vrai que le parti de la "quatrième philosophie" [= le mouvement zélote de Judas de Gamala] a pris une ampleur considérable à partir de l'an 46 ap. J.-C. C'est à croire que de nombreux "esprits" malfaisants ont repris possession des habitants des juifs de cette époque… Du moins, c'est l'avis de l'évangéliste qui écrit.

 
 
RÉPONSE :
Oui, c'est à nouveau fort bien vu !
 
RÉACTION À CE COURRIER
19 Juillet 2008
Jean-Charles a écrit :

C'est toujours avec impatience que je scrute le nouveau courrier des lecteurs et là nous avons un cru de juin de haute volée !
Merci particulièrement à Frédéric et Thierry pour leurs interventions et les échanges qu'elles ont engendrés (…).

Très intéressante que cette piste à partir du mot légion que soulève Thierry. Il n'est pas de ma compétence de décider de ce qu'il en est, ni même de m'insérer dans le débat "technique" mais j'aimerais donner mon point de vue sur comment cela s'insère dans le texte.

Chez Matthieu, le chapitre 8 est celui du centurion de Capharnaüm, "je ne suis pas digne de te recevoir, mais dit seulement une parole, etc.", qui "annonce" plutôt la rupture entre Gentils et Juifs, comme avec l'enfant prodigue, le peuple élu n'a pas cru dans le Sauveur, ce sont dorénavant les Gentils qui hériteront de la grâce divine, bla bla bla…

"11 Or je vous le dis : beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident, et prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux,
12 tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et le grincement de dents.
"

(Il est facile de trouver des explications sur la parabole de l'enfant prodigue qui est du même ressort. On peut également télécharger le très consensuel Les Juifs et Chrétiens au temps de la rupture d'Albert de Rochebrochard, ici par exemple : www.portstnicolas.org, qui en présente une vision complète et finalement moins antagoniste… à tort selon moi, je pense que "ça a bardé dur")

Puis, dans le même chapitre, Jésus libère des démoniaques, multiplie les phrases célèbres (à croire qu'il se prend pour un prophète, celui-là !) :

"Le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête."
"Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts."
"Pourquoi êtes-vous peureux, hommes de peu de foi ? "
"Il y a le feu à l'agence de voyage inutile de s'y rendre" …euh, non, pas celle-là.

Et voilà notre démoniaque. Ici, trouver un côté anti-romain et anti-païen serait pour moi un contresens. C'est l'inverse au contraire. et pourquoi justement des porcs ? Non par l'esprit d'un Juif pur et dur casseur de goyim, plutôt pour forcer le trait de la dépravation. Voir Ezéchiel, 23 pour se faire une idée de la prose imagée dans laquelle baignaient les premiers chrétiens (les vrais Judéo-chrétiens, expression qu'on utilise aujourd'hui à tort et à travers en parlant stupidement de civilisation judéo-chrétienne, heureusement que ce n'est ni n'a jamais été le cas ! Les Judéo-chrétiens, c'est l' Apocalypse !), et l'on verra (pas verrat) que le portrait de nos cochons eût été plus violemment brossé s'il s'était agi d'un prêche dans la lignée de l'orthodoxie juive en guerre contre Rome. Ici Jésus chasse les démons, il délivre les païens de leurs idoles, il ne délivre pas les Juifs des Romains.
Le mot légion n'est d'ailleurs pas présent dans ce passage de Matthieu (on le trouve, ironiquement pour notre contexte, dans Matthieu 26.53 - « Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d'anges ? »).

L'exemple d'Ezéchiel rappelle cependant à quel point le politique est mêlé au spirituel en ce temps, et que l'interprétation moderne, toute spirituelle, n'avait pas de sens pour les judéo-chrétiens. Ça, c'est pour les gnostiques tendance Évangile de Saint-Jean. Donc voyons quand même.

C'est chez Marc et chez Luc, qui doit le reprendre, qu'on trouve ce mot Légion, comme le relève Thierry. Mais je ne trouve pas que le chapitre se prête non plus à une interprétation ou un message anti-romain.

Chez Marc, le chapitre 5 est celui de la fille de Jaïre - je me réfère au passage le plus célèbre -, à nouveau une mise en parallèle des païens (la femme impure - perdre son sang est signe d'impureté et de mort) et des juifs (Israël et ses douze tribus : la fillette de douze ans du chef de la synagogue), les deux étant sauvés par la foi.

idem chez Luc, 8 très proche de Marc avec un petit « qui a des oreilles entende ! » en passant pour faire bien après un passage qui doit être la hantise du latiniste, que ce semeur semant ses semences - seminat seminare semen suum … -, que l'on retrouve dans le chapitre 13 de Matthieu que cite Thierry en fin de sa correspondance et qui peut s'entendre aussi comme une métaphore des anciens et des nouveaux élus, puis un passage sur la constance qui rappelle Matthieu 7 (bâtir sur le roc), et la parabole des talents itou (voir ce verset 18 : Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ; car on donnera à celui qui a, et à celui qui n'a pas, même ce qu'il croit avoir lui sera enlevé).

Alors comment s'insère le passage du Gérasénien avant la fille de Jaïre ? Franchement, je ne sais pas trop… Mais, à mon sens, le débat n'est pas centré sur une hostilité envers les Romains. Traditionnellement, dans le catéchisme on estime que les Géraséniens sont des païens qui, voyant Jésus soumettre leurs idoles, ont d'abord peur de lui puis sont admiratifs et conquis (ce que symboliserai la volonté du dépossédé de suivre Jésus).

Bon arrêtons là, ce n'est pas la catéchèse mais l'histoire qui nous intéresse. Quelle trace trouver d'événements liés à la révolte, à ce Judas le Gaulonite ou Judas de Gamala dont on voit parfois pointer le bout du nez derrière Jésus (surtout Daniel Massé) ?

Franchement, pas de quoi fouetter un chat selon moi.

Bon rappelons-nous le père Nietzsche et son aphorisme 126 du Gai savoir : "les explications mystiques passent pour profondes ; la vérité est qu'elles ne sont même pas superficielles" pour ne pas nous enflammer non plus.
L'interprétation finale n'est peut-être pas celle du catéchisme (qui parlera d'abord de foi, de constance et un peu d'exégèse historique sur les tiraillements entre Juifs et Judéo-chrétiens), au fond qui sait de quel fond littéraire une expression se fait l'écho dans un texte, mais le sens général des chapitres de Matthieu, Marc et Luc me fait douter d'une référence anti-romaine pour le démoniaque Gérasénien (Marc et Luc) ou Gadarénien (Matthieu).

Mais pour autant, chacun est libre de penser ce qu'il veut et la remarque de Thierry a le mérite de nous faire ouvrir nos Évangiles et nos dictionnaires de grec.

 
 
 
 
5 Juin 2008
Jean-Pierre a écrit :

Les historiens bretons du XIXe siècle mentionnent l'existence du "Mur d'Honorius" en 409, entre les départements actuels de la Loire-Atlantique et de la Vendée.
Par un décret daté de 409, l'empereur HONORIUS aurait renforcé ses légions dans cette zone frontière, pour "éviter les invasions des Bretons d'Armorique, sur les terres de l'empire."
Comment trouver la trace de ce fameux décret, est-ce une fable ou une réalité historique ?.
Merci de m'apporter des précisions sur les mouvements des légions romaines à cette époque dans ce secteur ?

 
 
 
RÉPONSE :

Non, je suis désolé, mais je n'ai pu trouver aucun renseignement sur ce mur d'Honorius qui aurait été édifié aux confins de la Bretagne (Armoricaine) vers les années 409. (Ni d'ailleurs - et encore moins - sur les mouvements de troupes effectués à cette époque et dans ce secteur).

A priori, je reste toutefois assez sceptique, non quant à la réalisation de fortifications, mais quant au fait qu'un décret impérial serait à l'origine de ce système de défense. Ces années-là, le faible Honorius, tapi dans sa bonne ville de Ravenne, réputée imprenable, avait bien autre chose en tête que le sort des Gaulois du bord du Grand Océan - autant dire du bout du monde… C'est qu'il était vraiment aux abois, le bougre ! L'Italie était envahie, et Rome, déjà assiégée à plusieurs reprises, n'allait pas tarder à tomber sous les griffes des soudards d'Alaric ; la Gaule ainsi que l'Espagne semblaient définitivement perdues pour l'Empire ; la (Grande-)Bretagne avait fait sécession, ses légions avaient acclamé un usurpateur, Constantin III, qui menaçait de débarquer sur continent pour s'emparer de ce qui pouvait encore être pillé dans la partie occidentale de l'empire. Bref, tout allait à vau-l'eau… Et si les Aquitains avaient des problèmes de voisinage, eh bien, ils n'étaient pas les seuls ! Ils n'avaient qu'à "tirer leur plan" (comme on dit par chez nous), qu'à se dépatouiller par eux-mêmes, car Honorius et sa cour eux, ils avaient bien d'autres problèmes à résoudre sur le râble, autrement graves, et surtout bien plus proches !

Cela dit, si fortifications il y eut, je me demande si elles n'étaient pas plutôt destinées à protéger les Bretons. Je lis en effet dans l'indispensable bouquin de GIBBON :

honorius

"Tandis que les Goths ravageaient l'Italie et que de faibles usurpateurs opprimaient successivement les provinces au-delà des Alpes, l'île de la Bretagne secouait le joug du gouvernement romain. On avait retiré peu à peu toutes les forces régulières qui gardaient cette province éloignée, et la Bretagne se trouvait abandonnée sans défense aux pirates saxons et aux sauvages de l'Irlande et de la Calédonie. Les Bretons, réduits à cette extrémité, (…) prirent les armes, repoussèrent les Barbares, et se réjouirent d'avoir si heureusement éprouvé leurs propres forces.
Les mêmes calamités inspirèrent le même courage aux provinces de l'Armorique
(…). Les habitants chassèrent les magistrats romains qui commandaient sous l'autorité de l'usurpateur Constantin; et établirent un gouvernement libre chez un peuple qui obéissait depuis si longtemps au despotisme d'un maître. Honorius, empereur légitime de l'Occident, confirma bientôt l'indépendance de la Bretagne et de l'Armorique; et les lettres que le fils de Théodose écrivit à ses nouveaux états, et dans lesquelles il les abandonnait à leur propre défense, peuvent être considérées comme une renonciation formelle aux droits et à l'exercice de la souveraineté. (…) Lorsque tous les usurpateurs eurent succombé, l'empire reprit la possession des provinces maritimes ; mais leur soumission fut toujours imparfaite et précaire. Le caractère vain et inconstant de ces peuples et leurs dispositions turbulentes étaient également incompatibles avec la servitude et avec la liberté. L'Armorique ne put conserver longtemps la forme d'une république ; mais elle fut sans cesse agitée de révoltes et de factions (…).(GIBBON, Histoire du Déclin et de la Chute de l’Empire romain, Chap. XXXI, Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins, 1983).

gibbon - histoire du déclin

Il me semble donc qu'il n'est pas invraisemblable de supposer que les Armoricains, devenus provisoirement indépendants par la grâce d'Honorius, aient édifié des fortifications aux marches de leur état, afin de le protéger des incursions barbares.
Mais, évidemment, je n'ai rien trouvé qui puisse confirmer cette hypothèse.

 

 
 
 
25 Juin 2008
Viviane (http://soyeuse.free.fr/) a écrit :

J'ai passé pas mal de temps sur votre site, très agréable et plein d'humour, beaucoup plus intéressant que les froides informations de Wikipédia.
J'y suis arrivée en suivant des liens parce que je venais d'écrire sur mon site une petite note au sujet de Caligula, que je compare un peu à un autre individu ivre de pouvoir, Nicolas Ier dit "le Hutin", roi du Sarkozistan.
De fil en aiguille j'ai lu avec un intérêt jubilatoire votre interprétation de "l'Histoire Sainte" et j'en viens au but ce courrier.

Vous citez l'évangile de Luc, sans vous priver de souligner à quel point c'est imbécile et invraisemblable. Vous avez parfaitement raison.
On y lit, entre autres billevesées, que les soldats romains qui crucifièrent Jésus étaient quatre et qu'ils se partagèrent ses vêtements en parts égales… mais à Pâques, en Judée, quelle est la température ? Actuellement c'est entre 30 et 35°, c'était peut-être un peu moins chaud à l'époque mais rien ne le dit. jésus devait donc porter comme tout le monde une tunique et des sandales, babouches ou autres tatanes légères… ce qu'ignoraient les moines du XVe siècle qui rédigèrent cet évangile, sur commande de Rome, aux fins de justifier le mythe de l'Immaculée Conception et de là l'adoration de Marie et tout ce qui s'ensuit.
On y trouve aussi la légitimation de la société patriarcale aberrante héritée du judaïsme, la répression contre les femmes, nécessairement impures, qui doivent absolument arriver vierges dans le lit de leur époux, lui-même puceau de préférence, ce qui par contrecoup satanise la sexualité, dernier refuge de la liberté individuelle.
C'est une énorme imposture, cet évangile, bien pire que les autres. Luther ne s'y trompa pas.
Votre lecture des sources historiques romaines et de l'exil de Pilate en Gaule est frappée du sceau du bon sens. Les traces de censure et les bidouillages opérés par mes moines au fil du temps sont d'autres preuves de la volonté qu'avaient ces gens de désinformer et de réécrire l'Histoire, à la manière stalinienne.

Qu'est-il advenu des manuscrits de Qumran, confisqués par le Vatican pour analyse et exégèse ? je parie qu'ils ont été détruits "accidentellement".

Maintenant je retourne sur le site, c'est vraiment du bonheur n'en déplaise à ce cher Tite-Live et au sinistre Suétone, Saint-Simon de son époque.

 
 
 
RÉPONSE :

Un grand merci pour ce message, pour l'intérêt que vous témoignez à mon travail… ainsi que pour votre indulgence envers ma prose fantaisiste et mes hypothèses historiques, souvent assez aventurées.

Cette histoire de vêtements partagés entre les bourreaux de Jésus est effectivement étrange. Bizarre surtout l'unanimité des Évangiles : tous les quatre prennent la peine de nous rapporter - avec plus ou moins de verve, il est vrai - cette anecdote à nos yeux assez insignifiante. Dans l'ordre chronologique présumé d'écriture de ces textes :

  • Marc (15 : 24) : "Après l'avoir crucifié, ils partagèrent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir ce qui reviendrait à chacun."
  • Matthieu (27 : 35) : "Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en les tirant au sort. Ainsi s'accomplissait l'oracle du Prophète : « Ils se sont partagé mes vêtements ; ils ont tiré ma robe au sort. »"
  • Luc (23 : 34) : "Ils se partagèrent ensuite ses vêtements en les tirant au sort."
  • Jean (19 : 23-24) : "Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chacun d'eux. Quant à la tunique, elle était sans couture, tout entière d'un seul tissu depuis le haut jusques en bas. Ils se dirent donc entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l'aura. » Ainsi s'accomplissait l'Écriture : « Ils se sont partagé mes vêtements : ils ont tiré ma roche au sort. » C'est ce que firent les soldats."

Outre qu'il ne faut pas être grand clerc pour constater que ces textes s'inspirent l'un de l'autre et/ou qu'ils dérivent d'une source commune, vous voyez que cet épisode est surtout relaté afin de démontrer combien les derniers instants de la vie de Jésus sont conformes aux prédictions de l'Ancien Testament. Rendez-vous compte : dans l'un de ses psaumes (21 : 19), le roi David avait prédit que les bourreaux se partageraient les vêtements de Jésus, son descendant crucifié ! N'est-ce point à proprement parler merveilleux, miraculeux ?
Ouais ! Je vous sens aussi sceptique que moi… Évidemment, tout cela est reconstruit a posteriori : les évangélistes n'ont pas relaté les faits tels qu'ils se sont déroulés, mais plutôt tels qu'ils auraient dû se passer.

sainte tunique - argenteuil

La Sainte Tunique
d'Argenteuil

Passons vite sur le problème climatique que vous soulevez… S'il est exact qu'il fait vite caniculaire au printemps à Jérusalem, je sais, pour y avoir séjourné en "arrière-saison", que dès le crépuscule, il fait plutôt frisquet. Or Jésus fut arrêté au Jardin des Oliviers, pendant la nuit du "Jeudi saint", et il est fort probable qu'il s'était vêtu chaudement (tunique épaisse, voire manteau) avant de sortir. On peut être Fils de Dieu et craindre les refroidissements, rhumes de cerveau et autres catarrhes !
Ce qui en revanche en paraît plus douteux, c'est qu'il ait conservé ses vêtements jusqu'au Golgotha, lieu de son supplice. Il avait en effet d'abord subi une très sévère flagellation au Prétoire de Ponce Pilate, là où il l'avait jugé. Il me paraît inconcevable que les tourmenteurs de Pilate aient déshabillé Jésus pour le fouetter, puis l'aient rhabillé pour le mener au supplice. Sans compter que les vêtements risquaient - eux aussi - de souffrir dans l'aventure, et donc de perdre de leur valeur. C'est sans doute vêtu d'un simple pagne, voire nu comme un ver (les Romains n'étaient guère soucieux de la pudeur des condamnés à mort) que le pauvre homme parcourut son chemin de croix. Et si partage de vêtements il y eut, il fut effectué dans au Prétoire, non sur le Golgotha.

Ce qui est assez comique là-dedans, c'est l'interprétation "classique" que la religion catholique donne de cet épisode. Si vous ne la connaissez pas, accrochez-vous !
La tunique sans couture de Jésus symbolise son Église. L'une et l'autre sont d'une seule pièce. Comme le saint vêtement ne put être divisé en plusieurs pièces de tissus, la Sainte Église, tenante de la Vérité unique, ne peut se déchirer en diverses "chapelles" : elle en sortirait anéantie, la pauvrette ! C'est ainsi que tous les hérétiques, tous les schismatiques, voire tous les réformateurs un peu radicaux furent accusés de "vouloir déchirer la Tunique sans coutures". Ils étaient semblables aux bourreaux du Christ, ces suppôts de Satan, et dignes du bûcher avant de l'être des flammes de l'Enfer.
Ingénieuse surinterprétation d'un passage déjà sur-interprété à l'origine, n'est-ce pas ?

Quant aux Manuscrits de Qumram, j'ai, comme vous, entendu de méchantes rumeurs relatives aux réticences de certains des spécialistes chargés de leur traduction (ou à leur incompétence supposée, ou encore à leur alcoolisme patenté), à la "perte" de certains documents "troublants", à la "compréhension" du gouvernement israélien face à certains textes dangereux pour le Vatican mais inintéressants pour l'histoire du judaïsme…
On a prétendu depuis que toutes ces allégations étaient infondées, que tous les documents avaient été recensés, traités et traduits selon les règles les plus strictes de l'archéologie, de la paléographie et de l'exégèse, mais que toutes ces opérations avaient nécessité des efforts considérables, que cela avait pris beaucoup de temps, que Rome non plus ne s'était pas faite en un jour, etc, etc…

Moi, je veux bien l'admettre. Je ne suis pas, a priori, un adepte des théories du complot. Toutefois, je ne puis m'empêcher de m'étonner que les textes spécifiquement juifs (les livres de la Torah par exemple) furent identifiés, analysés, publiés et exposés dans un magnifique musée à Jérusalem infiniment plus vite que d'autres manuscrits, qui paraissaient moins directement en rapport avec le judaïsme rabbinique. Me laisse aussi sur ma faim l'absence totale dans ces manuscrits de toute allusion au mouvement chrétien primitif. Mais c'est sans doute une malencontreuse lacune accidentelle, du même ordre que celle qui nous prive d'absolument tous les livres de Tacite relatifs aux années durant lesquelles Jésus sévissait en Judée. Une autre fort regrettable coïncidence !…