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Avril - Mai 200i (page 2/2)

Sommaire d'Avril et Mai 2008 : Clic !

 
 
10 Mai 2008
Paul a écrit :
Je vous envoie ce mail car je pense que vous avez fait une erreur dans la partie Tibère. Vous écrivez qu'il a dit Oderint dum metuant ("Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent"), alors que je crois que cette phrase appartient plutôt à Caligula. Tibère aurait dit Oderint, dum probent ("Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils m'approuvent.").
 
 
 
RÉPONSE :

Bien vu ! Effectivement, Tibère aurait proféré la phrase désabusée "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils m'approuvent" (Oderint dum probent - Voir Suétone). Sentence que son successeur Caligula aurait parodiée - en lui donnant un tour plus menaçant : Oderint dum metuant ("Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent" - Voir Suétone).

Je vous remercie d'avoir pris la peine de me signaler cette erreur, que je m'empresse de corriger. Merci aussi pour l'intérêt attentif que vous témoignez à mon site internet.

tiberius caesar

 

 
 
 
17 Mai 2008
Carole a écrit :

Je suis élève en terminale et (…) ma classe et moi n'avons pas de réels commentaires (…) sur un texte de TACITE, l'empereur histrion (Annales, XIV, 14-15) :

(XIV, 14) Il avait depuis longtemps à cœur de conduire un char dans la carrière : et par une fantaisie non moins honteuse, on le voyait souvent, tenant une lyre, imiter à table les chants du théâtre. "Des rois, disait-il, d'anciens généraux l'avaient fait avant lui. Cet art était célébré par les poètes et servait à honorer les dieux. Le chant n'était-il pas un attribut sacré d'Apollon ? et n'était-ce pas une lyre à la main que, dans les temples de Rome, aussi bien que dans les villes de la Grèce, on représentait ce dieu, l'un des plus grands de l'Olympe, le dieu des oracles ?" Déjà rien ne pouvait plus le retenir, quand Sénèque et Burrus résolurent de lui céder une victoire, pour éviter qu'il en remportât deux. On établit dans la vallée du Vatican une enceinte fermée où il put guider un char sans se prodiguer aux regards de la foule : bientôt le peuple romain fut appelé à ce spectacle et applaudit avec transport, avide de plaisir, comme l'est toute multitude, et joyeux de retrouver ses penchants dans le prince. On avait cru que la publicité de la honte en amènerait le dégoût ; elle ne fut qu'un aiguillon nouveau : se croyant moins flétri plus il en flétrirait d'autres, il dégrada les fils de plusieurs nobles familles, en traînant sur la scène leur indigence vénale. Tout morts qu'ils sont, je ne les nommerai pas, par respect pour leurs ancêtres : le plus déshonoré, après tout, est celui qui emploie son or à payer l'infamie plutôt qu'à la prévenir. Des chevaliers romains d'un nom connu descendirent même dans l'arène : il les engagea pour ce honteux service à force de présents; mais les présents de qui peut commander ne sont-ils pas une véritable contrainte ?

(XIV, 15) Cependant, pour ne pas se prostituer encore sur un théâtre public, il institua la fête des Juvénales. C’est ainsi qu'il appela des jeux nouveaux, où les citoyens s'enrôlèrent en foule. Ni la noblesse ni l'âge ne retinrent personne : on vit d'anciens magistrats exercer l'art d'un histrion grec ou latin, se plier à des gestes, moduler des chants indignes de leur sexe. Des femmes même, d'une haute naissance, étudièrent des rôles indécents. Dans le bois qu'Auguste avait planté autour de sa naumachie, furent construites des salles et des boutiques où tout ce qui peut irriter les désirs était à vendre. On y distribuait de l'argent, que chacun dépensait aussitôt, les gens honnêtes par nécessité, les débauchés par vaine gloire. De là une affreuse contagion de crimes et d'infamie ; et jamais plus de séductions qu'il n'en sortit de ce cloaque impur n'assaillirent une société dès longtemps corrompue. Les bons exemples maintiennent à peine les bonnes mœurs ; comment, dans cette publique émulation de vices, eût-on sauvé le moindre sentiment de pudicité, de modestie, d'honneur ?
Enfin Néron monta lui-même sur la scène, touchant les cordes d'une lyre, et préludant avec une grâce étudiée. Ses courtisans étaient près de lui, et, avec eux, une cohorte de soldats, les centurions, les tribuns et Burrus, qui gémissaient tout en applaudissant. Alors fut créé ce corps de chevaliers romains qu'on appela les Augustiani, tous vigoureux et brillants de jeunesse, attirés les uns par un esprit de licence, les autres par des vues ambitieuses. Le jour entendait leurs acclamations ; ils en faisaient retentir les nuits, cherchant à la voix, et à la beauté du prince des noms parmi les dieux : ils avaient à ce prix ce qu'on mérite par la vertu, les honneurs et l'illustration.

(TACITE, Annales, XIV - Trad. : bcs.fltr.ucl.ac.be).

tacite

Serait-il possibles de vous demander l'explication de ce texte avec 2 ou 3 axes de commentaires ? Merci d'avance et bon courage.

 
 
 
RÉPONSE :

Mais quel vieux ronchon, ce Tacite ! Vraiment rien ne trouve grâce à ses yeux ! Pourtant, dans tout ce qu'il dégoise là, sur un ton indigné qui deviendrait comique à force d'être excessif, il n'y a pas de quoi fouetter un chat : le jeune Néron (ces événements se situent en 59 ap. J.-C. - l'empereur a donc 21 ans révolus) s'amuse à conduire des chars et à jouer de la lyre. Ces menus plaisirs impériaux suffiraient déjà à attiser la hargne de l'historien moraliste… Mais le pervers Néron, écrit-il encore, ne s'arrêtant pas si vite sur la voie de la dépravation, ne fait rien pour préserver le caractère strictement privé de ces divertissements. Qui pis est, il flatte les bas instincts de la vile populace et tente de pervertir les élites vertueuses (tu parles !) en instituant des compétitions artistiques (les Juvenalia) ainsi qu'en rassemblant autour de sa personne des jeunes gens (les Augustans) sensibles aux belles choses et donc chargés d'assurer la "claque" de ses tours de chant.
Quelle horreur !

Tout cela nous semble bien anodin. L'indignation de Tacite nous apparaît comme incompréhensible tant elle est outrée. Il est d'ailleurs fort vraisemblable que les contemporains de Néron, même les notables assez traditionalistes, ne trouvaient pas grand-chose à redire au comportement de leur jeune empereur. La pratique de l'art équestre n'était évidemment pas incompatible avec l'éducation d'un jeune aristocrate. Que du contraire : un jeune Romain de bonne famille incapable de monter à cheval ou de conduire un attelage aurait été aussi déconsidéré qu'aujourd'hui un membre de la "jet-set" sans permis de conduire sa Porsche ou sa Ferrari. Je gage aussi que, parmi ses contemporains, bien peu trouvaient malséant que Néron poussât la chansonnette en public en taquinant la lyre. Après tout, dans les banquets les plus huppés, il était courant que chaque convive entonne son petit couplet. Par exemple, Britannicus, peu avant sa mort et au grand dam de Néron, exhiba publiquement son bel organe (si j'ose dire), comme nous le raconte encore l'ineffable Tacite (voir : bcs.fltr.ucl.ac.be).

Mais voilà, Tacite rédigea ses récits une bonne trentaine d'années après la mort de Néron, à une époque où les mœurs étaient redevenues plus austères et la contrainte sociale plus stricte. Sous la dynastie dite des Antonins, les valeurs anciennes de l'ancienne Rome (sérieux, gravité, décence, etc) avaient été remises à l'ordre du jour, et sous ce régime quelque peu hypocrite, adepte d'un genre de "politiquement correct", la présumée licence effrénée de l'époque précédente (celle de Néron et de ses prédécesseurs Julio-claudiens) faisait scandale. En réalité, en clouant Néron au pilori de l'Histoire, c'est toute la société romaine de l'ère précédant la sienne que Tacite dénigre, critique, voue aux gémonies. Notez d'ailleurs que, dans l'extrait qui nous intéresse, aucun individu ni aucun groupe social ne trouve grâce aux yeux de cet historien grincheux : Sénèque et Burrus, les précepteurs du jeune empereur sont faibles et opportunistes, la plèbe cherche à justifier ses bas instincts par des exemples venus de plus haut, les patriciens sont vénaux, les femmes sont faibles et frivoles, les jeunes cupides et jouisseurs. Même les "gens honnêtes" sont corruptibles "par nécessité" !
En fait, Néron n'est que le catalyseur d'une société qui, selon Tacite, se délite, d'une Rome décadente.

Il faut donc remettre ce texte dans son vrai contexte, qui est celui du temps de Néron et non celui de l'écriture de Tacite. On voit alors que, loin d'être absurde ou scandaleuse, la démarche de l'empereur s'inscrit parfaitement dans la logique politique de son règne.
Car Néron poursuivait deux objectifs principaux (qui étaient d'ailleurs étroitement liés) : d'une part, il souhaitait instaurer à Rome un authentique régime monarchique d'essence divine, une monarchie de type hellénistique (comme celle, par exemple des Ptolémées d'Égypte), et d'autre part, il désirait consolider l'unité idéologique de son Empire en promouvant partout la culture grecque.

Dans cette optique, quoi de plus approprié que la réponse à ses censeurs, rapportée par Tacite : "Pourquoi m'abstiendra-je de jouer de la lyre alors que des rois et d'anciens généraux l'ont fait avant moi, alors que cet art est célébré par les poètes et sert à honorer les dieux, alors que le chant est un attribut sacré d'Apollon. N'est-ce pas une lyre à la main que, dans les temples de Rome aussi bien que dans les villes de la Grèce, l'on représente ce dieu, l'un des plus grands de l'Olympe ?". Sous-entendu : "Je ne chante pas seulement pour passer le temps ! Moi, Néron, je m'inscris dans la tradition des rois hellénistiques, parce que je suis, moi aussi, prétendant à la royauté universelle. Et si je pratique si bien l'art chéri d'Apollon, c'est que je suis d'essence divine".

Contrairement à ce que prétend Tacite, je mettrais aussi ma main, au feu que Burrus et Sénèque voyaient ces exhibitions d'un très bon œil : elles renforçaient à bon compte la popularité du prince. Et plus le prince était populaire, moins la noblesse ne mouftait, ne regimbait, ne contestait la légitimité de ce pouvoir impérial d'essence éminemment "populiste" !
Remarquez d'ailleurs l'incohérence de Tacite qui ose prétendre, sans rire, que les prestations de Néron au cirque du Vatican devaient rester secrètes, mais que, le bruit s'en étant répandu, rien ni personne n'avait pu empêcher une foule de plus en plus nombreuse d'y assister. Quelques robustes gardes prétoriens postés devant l'enceinte auraient pourtant largement suffi à empêcher tout badaud d'accéder aux gradins ! Comble d'absurdité, Tacite prétend que, finalement, c'est pour faire honte à l'empereur qu'on se résigna à laisser entrer la populace ("on avait cru que la publicité de la honte en amènerait le dégoût"). Quelle vaste blague ! Un peu comme si on offrait le Stade de France à une strip-teaseuse professionnelle, "pour la ramener à un peu de décence" !

Tout aussi logique l'instauration des Juvenalia : pour promouvoir la culture grecque, quoi de plus approprié qu'une manifestation culturelle axée sur les arts les plus raffinés de la civilisation hellénique (chant, danse, pantomime, théâtre, etc) ? Bien sûr, Tacite, lui, aurait préféré des manifestations plus authentiquement romaines, comme des combats de gladiateurs bien sanglants, des chasses aux fauves façon boucherie exotique, ou d'édifiants supplices assaisonnés à la sauce mythologue. Mais ce rabat-joie de Néron, cette tapette grecque, avait horreur du sang. Quelle lavette ! Quel dégénéré que cet histrion couronné !

neron

Quant à la création du corps des Augustiani, que Tacite présente, de façon caricaturale, comme la "claque appointée de Néron", elle s'inscrit à la fois dans la plus pure tradition grecque et dans les plus anciens usages romains. Comme les anciens rois de France avaient leurs mignons, les princes hellénistiques avaient des compagnons, des fidèles qui avaient été éduqués avec eux et qui - du moins l'espéraient-ils - leur restaient fidèles tout au long de leur règne à venir. D'un autre côté, tout patricien romain constituait autour de lui une famille, autrement dit une "clientèle", un groupe de personnes qui, en échange de sa protection et son assistance, lui rendaient de menus services pour sa carrière politique. Les "Augustans" de Néron se situaient au confluent de ces deux traditions : à la fois les compagnons de ce jeune prince romain qui se voulait Grec, les fans de l'empereur-artiste et les clients du successeur d'Auguste.

Voilà, j'espère que ces quelques pistes pourront éclairer votre lanterne… Et surtout qu'elles ne sont pas trop "originales", ni trop critiques à l'égard de l'œuvre du grand Tacite pour votre prof de latin.

 

 
 
18 Mai 2008
Gricca a écrit :

Bibliographie sur l’empire romain

Je reprends l'actualité bibliographique sur l'empire romain. Comme toujours il s'agit d'un choix de livres en français et non d'une liste exhaustive.

 
  • La fin du paganisme - Étude sur les dernières luttes religieuses en Occident au quatrième siècle de Gaston BOISSIER - Arctic 2007

(il s'agit d'une réédition de l'ouvrage de 1891)

  • La Romanisation de la Germanie de Werner ECK - Editions Errance, 2007

Les découvertes archéologiques récentes en Allemagne apportent une lumière nouvelle sur l'intégration étonnamment rapide de la région dans l'Empire romain. Werner Eck esquisse une grande fresque historique de cette partie extrême de la Gaule. Une histoire mouvementée, de l'extermination des Éburons par César, la déportation des Ubiens, à la fondation des cités et leur organisation. C'est de Cologne que Trajan, en 98 apr. J.-C., accomplit ses premiers actes de gouvernement. Cologne fut, aussi, associée à l'histoire de la conversion au christianisme de Constantin. D'Auguste à Constantin, la province et sa capitale, Cologne, participent à la grande histoire de l'Empire romain.

  • Les Romains, culture et mythes de Lesley et Roy ADKINS - Evergreen Taschen, 2008

Cet ouvrage couvre la période qui s'étend de la naissance de Rome au déclin de l'empire. Il décrit la vie quotidienne des Romains et offre un aperçu de leurs habitudes alimentaires, mais aussi étudie aussi leurs religions, le commerce ou l'armée. Illustrations et photographies d'édifices romains, de statues, de fresques ou d'objets quotidiens de toutes sortes illustrent très richement cette introduction à l'histoire de l'Imperium Romanum.

  • Jésus et ses héritiers, mensonges et vérités de Michel BENOÎT - Albin Michel, 2008

Qui était Jésus ? Romanciers, essayistes, philosophes ne cessent de questionner cet homme qui vécut il y a 2000 ans. Plus on écrit sur le personnage, et plus semble s'épaissir le mystère qui l'entoure. Au fil d'une enquête rigoureuse qui s'appuie sur les recherches historiques les plus contemporaines, Michel Benoît revisite l'entourage du « célèbre inconnu », ces hommes et ces femmes qui auraient dû transmettre son héritage. Qui l'a trahi ? Judas était-il coupable, et comment est-il mort ? Quel fut le rôle joué par l'apôtre Pierre ? Marie-Madeleine fut-elle la concubine de Jésus ? Y a-t-il, dans les Évangiles, des vérités cachées ?

  • Galla Placidia - Impératrice Romaine, Reine des Goths d'Henri GOURDIN - L’Œuvre, 2008

Rome. 24 août 410. Les Barbares sont vainqueurs. "D'horribles nouvelles se sont répandues, écrit saint Augustin. Nous gémissons, nous pleurons et nous ne sommes point consolés" C'est l'une de ces époques cruciales où les peuples, les civilisations, les sensibilités se rencontrent et se jaugent. Sœur d'Arcadius et d'Honorius, empereurs d'Orient et d'Occident, fille de Théodose le Grand, Galla Placidia est enlevée par Athaulf, futur roi des Goths. Une passion inattendue naît entre le ravisseur et la captive. Leur mariage, célébré dans le rite barbare puis chrétien, est un acte précurseur, l'expression d'une vision politique novatrice. En acceptant cette union, Galla va à l'encontre des préjugés de la chrétienté et de l'éthique romaine. Aveuglés par une morale de mépris et de xénophobie, ses frères ne voient pas que la fin de l'Empire est proche. Visionnaire, Galla Placidia est la première à incarner l'ouverture vers le monde barbare dont la vigueur va, pense-t-elle, sauver Rome. Fille, sœur et mère d'empereur, otage puis reine des Goths, soutien de l'Église naissante, Galla Placidia dirige l'Empire depuis sa capitale, Ravenne. Aujourd'hui, les merveilles de cette cité témoignent encore de sa gloire. Le destin de Galla Placidia éclaire une période fondamentale de notre histoire. Au terme de dix ans de recherches, Henri Gourdin reconstitue et révèle cette grande figure féminine.

  • La France gallo-romaine de Martial MONTEIL et Laurence TRANOY - La Découverte - Collection "Archéologie de la France", 2008

La conquête de la Gaule par Rome a entraîné des transformations majeures. Une société originale va en découler, dite "gallo-romaine" au sens où elle mêle des traits propres à ces deux civilisations, et va évoluer entre le Ier siècle avant notre ère et le Ve siècle après. Elle nous a laissé nombre de monuments, encore visibles sur le territoire français en emblématiques de la culture romaine (enceintes, théâtres et amphithéâtres, mausolées, etc.), mais les vestiges enfouis permettent d'en éclairer bien d'autres aspects. L'archéologie de la Gaule romaine a en effet, depuis le début des années 1980, profondément renouvelé nos connaissances et conduit à réviser les apports des sources antiques. Martial Monteil et Laurence Tranoy, associés à plusieurs autres chercheurs, en proposent ici une synthèse qui fait une large place aux résultats acquis lors de fouilles et recherches récentes. Le paysage est ainsi dessiné avec son infrastructure routière et ses fleuves parcourus par des navires de commerce ou encore ses cités avec leurs villes capitales et agglomérations, nées d'un mouvement d'urbanisation sans précédent. Les activités agricoles et artisanales, qui profitent de l'ouverture de nouveaux marchés, sont également dépeintes tandis qu'un nouveau regard est porté sur les pratiques funéraires et la religion. Enfin la vie quotidienne du petit peuple et des notables nous fait pénétrer plus avant dans l'intimité des hommes et femmes de la Gaule romaine.

  • Voter pour définir Dieu - Trois siècles de conciles (253-553) de Ramsay MACMULLEN - Les Belles Lettres, 2008

Quels étaient les sentiments des évêques des premiers siècles de l'Église quand il s'agissait de voter sur la définition de Dieu et sur la vraie foi ? Quel était leur comportement lorsqu'ils ne s'accordaient pas sur ces questions ? Il leur arrivait souvent de crier, de s'agiter, de recourir à la violence pour régler leurs désaccords. Sortant des sentiers battus, Ramsay MacMullen étudie minutieusement comment les premières doctrines devinrent la doctrine officielle de l'Église. À partir d'un grand nombre de comptes rendus sténographiques, il analyse les conciles œcuméniques depuis Nicée jusqu'à Constantinople II, où les participants entérinèrent des choix doctrinaux par un vote majoritaire. L'auteur enquête sur la violence verbale aussi bien que physique, avec effusion de sang, qui était la toile de fond des conciles. Il se penche ensuite sur la préparation et le cadre des concile, le rôle de l'empereur, le déroulement des débats, la manière dont les participants appréhendaient les problèmes, leurs opinions sur l'intervention de Dieu dans leurs affaires. En conclusion, l'auteur examine l'importance des conciles et de leurs décisions dans l'histoire du christianisme.

  • Julien dit l’Apostat de Lucien JERPHAGNON - Tallandier, 2008

On avait exterminé sa famille entière. On l'avait relégué dans un lointain palais truffé de mouchards. On méditait même d'en faire un prêtre. Bref, le très chrétien Constance glorieusement régnant n'avait rien négligé pour évincer Julien de la pourpre de ses ancêtres. Et voilà qu'il était devenu empereur de Rome ! Et qu'entre-temps il s'était converti en secret aux dieux qu'on croyait morts. Et alors… La noire saga d'un dynastie, hantée de monstres froids, de prélats doubles, de barbouzes et de philosophes arrivistes est racontée ici jour après jour, au plus près des textes. Extraordinairement informé, Lucien Jerphagnon joint à l'érudition un rare talent d'évocation. En entreprenant cette réhabilitation de l'empereur Julien, il réussit avec ce livre un modèle de biographie.

  • L’individu dans la famille à Rome au IVe siècle, d’après l’œuvre d’Ambroise de Milan de Dominique LHUILLIER-MARINETTI - Presses universitaires de Rennes, 2008

Le but de cette étude est de s'interroger sur la liberté de l'individu dans sa famille à la fin du IVe siècle, quand l'Église triomphante a pu influencer les mœurs et les lois, par l'action notamment d'un personnage puissant et actif tel qu'Ambroise, évêque de Milan. La nouvelle religion change-t-elle quelque chose à la vie quotidienne des hommes et des femmes du Bas-Empire ? L'ouvrage observe les permanences avec l'ancienne société mais aussi les mutations amenées par l'ordre nouveau à différents moments cruciaux de la vie des familles. C'est tout d'abord l'étape importante du mariage : quand, comment et avec qui se marier ? Les questions religieuses, économiques et militaires de l'époque viennent interférer dans la nouvelle législation. Autre temps familial délicat : l'heure des conflits, entre époux, entre parents et enfants, entre frères et sœurs. On se déchire pour une infidélité conjugale, pour des questions d'argent, de succession, de religion…. Les solutions romaines traditionnelles de résolution des conflits sont tantôt approuvées, tantôt dénoncées par le clergé. L'auteur tente d'éclaircir ce que doit alors être la conduite chrétienne voulue par l'Église et d'établir quelles sont les marges de la liberté qui reste à l'individu, souvent pris en tenailles entre des volontés parfois contradictoires : l'empereur et Dieu, ou le père et le Père.

  • Rome, la gloire et la liberté - Aux sources de l’identité européenne de Jean-Noël ROBERT - Les Belles Lettres, 2008

La civilisation romaine offre à l'homme moderne un visage original et sans égal. Elle seule a su dominer un empire immense pendant une aussi longue période ; elle seule a fait de la paix et de la prospérité de ses provinces sa préoccupation première ; elle seule a réussi à tisser un lien d'égalité entre tous les hommes libres de l'Empire en leur accordant les mêmes droits qu'aux citoyens de Rome. L'observateur prend rapidement conscience que les mots utilisés pour qualifier le pouvoir romain, ceux d'impérialisme, de colonianisme, de nationalisme… , ne correspondent en rien à la réalité historique. Le Romain portait sur les êtres et les choses un regard différent du nôtre ; sa société ne ressemblait guère à la nôtre ; l'homme lui-même nous apparaît étrange, étranger. Et cependant, sa culture a posé les fondements de la nôtre en Europe. Son souci d'humanité a orienté durablement notre conception moderne des valeurs humaines. A nous d'en nourrir notre réflexion sur notre identité, car, comme le notait Paul Valéry, "l'histoire, je le crains, ne nous permet pas de prévoir ; mais, associée à l'indépendance de l'esprit, elle peut nous aider à mieux voir".

  • La chasse dans l'antiquité romaine de Monique JALLET-HUANT - Montbel, 2008

En s'appuyant sur les auteurs classiques et les découvertes archéologiques, cet ouvrage détaille les techniques antiques de chasse, les armes et les chiens utilisés par les Romains. Il évoque aussi largement la place de cette activité dans la mythologie, avec les figures si célèbres de Diane ou d'Actéon. L'auteur témoigne de la passion des Étrusques, des paysans d'Italie et des aristocrates romains pour la chasse, aussi bien dans les campagnes de la péninsule que de l'autre côté de la Méditerranée et en Orient. Le texte décrit aussi longuement les spectacles cynégétiques grandioses (les venationes) offerts, au Colisée notamment, par les empereurs au peuple de Rome, avec du gibier, des fauves et des éléphants capturés spécialement en Afrique. Le dernier chapitre traite de la cuisine du gibier et des banquets romains.

  • Léon le Grand de Philippe HENNE - Cerf; 2008

Seul face à Attila, Léon se dresse, armé d'une simple croix. Cette vision simpliste du grand pape met pourtant en lumière plusieurs de ses qualités. Il est seul. L'Empire romain d'Occident est non seulement balayé par des hordes barbares, mais celles-ci peu à peu s'installent et créent leur propre royaume. L'empereur est faible, il ne reste que la force morale des évêques pour veiller sur le peuple terrorisé. Léon défend Rome, non pas simplement la capitale d'un empire disloqué, mais la tête de l'Église. C'est Pierre, le prince des apôtres, qui parle dans cette ville par ses évêques, ses indignes successeurs. Cette parole porte sur la foi comme sur la discipline. Malheur à cet évêque d'Arles qui, par son zèle intempestif, risque de détacher le sud de la Gaule de l'union avec l'Église universelle. Face à l'Orient déchiré par de subtiles querelles dogmatiques, Léon rappelle la foi en la divinité et l'humanité du Christ dans un document reconnu par tous, le Tome à Flavien. Seul face à l'adversité, Léon veille sur le peuple, rétablit la vérité de la foi, affermit l'autorité pontificale. Ce fut un grand pape. Ce fut un grand saint.

  • Rome de Yann LE BOHEC et Jean-Joël BRÉGEON - Cultures Guides PUF Clio, 2008

"La nostalgie de Rome a dominé pendant quinze siècles l'Histoire de l'Europe, à travers le rêve impérial de Charlemagne, des souverains germaniques et de Charles Quint, dans le temps où la lecture de Plutarque et Sénèque fournissaient des modèles héroïques et les règles d'un art de vivre fondé sur le courage et le souci de la dignité. Les poètes de la Renaissance, les artistes et les honnêtes gens du Grand Siècle, et aussi les tenants de la République jacobine, cherchèrent dans la civilisation romaine les sources de leur inspiration et les exemples qui devaient les aider à relever les défis de leurs époques respectives. Faite d'énergie, de fidélité et de sens de l'honneur, le tradition romaine a profondément influencé les mentalités et les représentations collectives de la vieille Europe. C'est donc le choix d'un pèlerinage aux sources que fait le voyageur qui part pour Rome. Vingt-cinq siècles d'histoire défilent en effet sur le site où fleurit la Cité des sept collines. Des vestiges de l'ancien Latium aux forums impérieux ou à l'amphithéâtre flavien, des catacombes chrétiennes aux églises baroques en passant par la prodigieuse coupole de la basilique Saint Pierre, c'est à Rome que les Européens peuvent retrouver une bonne part des éléments fondateurs de leur identité." - Yann Le Bohec

  • La Guerre des Gaules -58 -51 avant J-C de Christophe ROLLET, Thierry SCHNEYDER et Julien GRYCAN - L'Histoire pour la Jeunesse - Bernard Giovanangeli Éditeur, 2008

César et Vercingétorix, Gergovie ou Alésia, voici racontés les acteurs et les grands épisodes de la guerre des Gaules (-58 à -51 av. J.-C.), qui a changé le cours de l'Histoire. Le texte résume le témoignage de César. De nombreuses illustrations commentées l'accompagnent. L'ensemble forme un livre pédagogique, qui restitue cette grande épopée.

  • Rome sous le regard des historiens latins. Anthologie d'Annette FLOBERT - Flammarion Collection GF, 2008
  • Rome et les Barbares - La naissance d’un nouveau monde - Le volume est une coédition Palazzo Grassi / École française de Rome / Skira Editore, 2008

- Les Barbares et Rome
- Identités romaines et barbares. Regards, échanges et confrontations (Ier-IIIe siècles)
- L’ébranlement de l’Empire et son établissement. Vers l’Empire chrétien (251-376)
- L’entrée des Barbares et l’effondrement des frontières en Occident (376-476)
- La formation des royaumes barbares et le souvenir de l’Empire (Ve-VIIIe siècles)
- Religion, société et cultures dans les royaumes barbares (Ve-VIIIe siècles)
- L’Europe carolingienne et les nouveaux peuples (VIIIe-Xe siècles)
- Notes aux textes et bibliographie
- Glossaire
- Chronologie
- Liste des œuvres exposées
Voir : www.lesoir.be/culture

Je termine par trois romans historiques, le dernier bien connu, en bandes dessinées :

  • La Fin des Païens, Rome An 385 de Gabriel REILLY - L'Harmattan, 2008

Voir : www.editions-harmattan.fr

  • Caligula d'Allan MASSIE - De Fallois, 2008

Voir : www.passiondulivre.com

  • Les derniers jours de Pompéi de Monique AMIEL et Alain d'ORANGE, BD d'après le roman d'Edward George BULWER LYTTON - Éditions du Triomphe, 2008

Une belle histoire d'amour au Ier siècle après J.-C. A Pompéi, villégiature romaine au sud de Naples, la jeunesse dorée coule des jours tranquilles. Pourtant, il y a ces premiers chrétiens qui perturbent les autorités et ce Vésuve qui gronde… le célèbre roman d'Edward George Bulwer Lytton adapté en BD par Monique Amiel et finement dessiné par Alain d'Orange.
Voir : www.laprocure.com

GRICCA.

 

 
 
 
25 Mai 2008
François-Dominique Fournier (site www.mediterranee-antique.info) a écrit :

Théodore Mommsen, dans l’appendice intitulé : De P. Sulpicii Quirini titulo Tiburtino, p. 111-119, de ses Res gestæ divi Augusti ex monumentis Ancyrano et Apolloniensi, montre que Sulpicius Quirinus (ou Quirinius, ou Cyrinus, suivant les sources) fut deux fois gouverneur (légat) de Syrie ; la seconde légation est attestée par Flavius Josèphe entre 6 et 10 de notre ère, et pendant le début de laquelle il fut chargé du recensement des biens d'Archélaüs qui venait d'être déposé, déposition qui amena le rattachement de la Judée (Palestine) à la province de Syrie. La première légation (ou le premier gouvernat) de Quirinus est donnée par Mommsen comme allant de 4 à 1 avant notre ère, en remplacement de Varus, illustre pour sa défaite quelque treize ans plus tard en Germanie (cf. Dion, Florus, Velleius Paterculus et Tacite) et pour sa légation médiocre de la Syrie (Velleius Paterculus), et avant celui de Caius César.

À l'issue de cette longue introduction, je me pose les questions suivantes :

  • Sulpicius Quirinus a été précepteur de Caius César, mais à quelle époque ?
  • A-t-il pu avoir un recensement en Judée (Palestine) pendant la première légation de Quirinus, pour ma part j'en doute, mais si oui pourquoi sachant que la Judée n'était pas une province romaine, mais une royauté indépendante, bien que morcelée après la mort d'Hérode le Grand.
  • Au cas où ce recensement aurait eu lieu, pourquoi le père putatif et la mère de Jésus se seraient-ils déplacés de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée ? Pour mémoire il existe un village nommé Bethléem en Galilée (Josué, 19, 14-15) qui se situe à quelques encablures de Septuors (sud-est) et de Nazareth (nord-est).

Et j’ai bien d’autres questions qui me turlupinent, mais je ne veux pas vous importuner outre mesure.

 
 
 
RÉPONSE :

À l'occasion d'une correspondance échangée avec un sympathique internaute, j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer Quirinus, sa carrière et son très hypothétique premier mandat en Syrie, d'une dizaine d'années antérieur à celui dûment attesté historiquement : Clic !. (Voyez aussi : Clic !).

Vous avez raison de relever qu'un recensement romain dans un royaume "indépendant" n'aurait pas eu beaucoup de sens. Comme vous, je suis également assez sceptique sur le modus operandi du "recensement de Quirinus" tel que décrit par l'Évangile selon Luc. Sans même prendre en compte les problèmes de sécurité dans ce pays infesté de brigands et périodiquement ravagé par de sauvages révoltes, obliger les contribuables à venir se faire inscrire dans le lieu d'origine de leur famille me semble singulièrement contre-productif du point de vue administratif et fiscal. Imaginez : un paysan galiléen qui, comme le brave saint Joseph, se trouvait être "de la lignée de David" aurait été tenu de se faire enregistrer à Bethléem de Judée (lieu de naissance du Roi David), alors que les terres dont il tirait profit se situaient à plus de cent kilomètres de là. Voilà qui ne facilitait pas la tâche du percepteur !
En outre, le bon Joseph n'avait strictement aucune raison de se soumettre au recensement de Quirinus : habitant de Galilée, il n'était pas sujet de Rome mais d'Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée. Pourquoi diantre les fonctionnaires romains auraient-ils dépensé leur temps et leur énergie à recenser des individus qui ne dépendaient pas directement du pouvoir de Rome ?

Je partage donc assez l'avis de nombreux spécialistes qui estiment que le recensement de Quirinus n'apparaît dans les Evangiles qu'à des fins utilitaires, mais sans vraie logique historique. Pour se conformer aux prophéties, il fallait que le Messie naquît à Bethléem de Judée, berceau de la lignée du roi David. Or, tout le monde savait que Jésus était un Galiléen pur jus. On tira donc parti d'un (bien réel) recensement réalisé du temps de Quirinus pour justifier a posteriori la présence, autrement inexplicable, de la "Sainte Famille" en Judée, et plus précisément à Bethléem, au moment (présumé) de la venue au monde de Jésus. Nous sommes là en pleine reconstruction historique…

A nos yeux, selon notre esprit rationnel, cette fraude semble inconcevable tant elle nous paraît grossière. Imaginez : utiliser un événement dûment attesté historiquement (le recensement de Quirinus, réalisé en 6 de notre ère) pour justifier les circonstances d'une naissance antérieure d'une bonne dizaine d'années au moins (Jésus serait né, au plus tôt, en 4 avant Lui-Même). Fallait oser ! Mais nous, nous raisonnons trop logiquement, trop rationnellement… En réalité, le fait que ce recensement fut réalisé plusieurs années après la vraie naissance du Christ ne troubla probablement ni la conscience du rédacteur de l'Évangile selon Luc, ni la Foi des premiers chrétiens. Car de la date de naissance de Jésus, tout ce petit monde s'en souciait comme de colin-tampon. Tant pis si un Évangile le faisait naître "au temps d'Hérode le Grand" et un autre plus de dix ans plus tard ! Qui se souciait de l'âge du Rédempteur puisqu'il était enfin venu accomplir sa mission divine ? Ce qui, en revanche, leur importait, c'était de vérifier, point par point, la merveilleuse concordance entre les prophéties des Saintes Écritures juives et la vie de leur Christ. Voir avec quelle précision toutes les circonstances de sa naissance, de sa vie, de sa mort avaient été prédites par les Prophètes d'Israël, ça c'était révélateur, impressionnant, signifiant ! nativite de jesus

Bref, eux s'intéressaient à ce qui nous paraît anecdotique, et nous, nous faisons précisément le contraire.

 

 
 
François-Dominique réécrit :

Dans votre réponse, vous me dites : En outre, le bon Joseph n'aurait eu strictement aucune raison de se soumettre au recensement de Quirinus : habitant de Galilée, il n'était pas sujet de Rome mais d'Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée. Pourquoi diantre les fonctionnaires romains auraient-ils dépensé leur temps et leur énergie à recenser des individus qui ne dépendaient pas directement du pouvoir de Rome ?
Mais autre part vous dites aussi que vous pensez que la naissance de Jésus se situe vers l’an 9 avant notre ère. Il y a visiblement contradiction entre vos deux écrits, l’un situant la naissance de Jésus, votre réponse à mon mail, vers l’an 6 de notre ère, et l’autre, 15 ans auparavant.

N’étant pas un historien de formation, je vous posais la question de savoir : si Sulpicius Quirinus a été précepteur de Caius César, mais à quelle époque ? Mais je n’ai pas eu de réponse. Comme ce pauvre Caius avec une vie très courte et sa légation en Syrie, la question que je me pose est de savoir si cette…. comment dire, tutelle, professorat, ou autre, - le latin m'étant étranger, comme le grec, - a été exercée pendant une éventuelle légation de Quirinus en Syrie, alors qu’il semble que le jeune Caius était assis auprès d’Octave, à Rome ?

Au début de votre réponse, vous me renvoyez sur site. D’accord… Mais vous ne faites aucune référence aux assertions de Théodore Mommsen, pourquoi ?

 
 
 
RÉPONSE :

Je me serais donc mal exprimé… Ce que je voulais dire, c'est que l'évangéliste selon Luc a utilisé le fameux recensement de Quirinus pour justifier la naissance du Galiléen Jésus à Bethléem de Judée. Et cela malgré l'invraisemblance du modus operandi décrit et bien que ce recensement ait été réalisé plusieurs années après la naissance du Christ (que nous savons par ailleurs né sous le règne d'Hérode le Grand, en 4, 6 ou 9 avant notre ère). C'est pour cela que, dans ma réponse, je précisais qu'aux yeux des rédacteurs des Évangiles, la date de naissance de Jésus avait moins d'importance que la réalisation des prophéties de l'Ancien Testament.

Pour Quirinus, l'encyclopédie Wikipédia signale qu'il fut donné comme conseiller (rector) à Caius César en 1 ap. J.-C., à l'époque où celui-ci était chargé de représenter Auguste dans la partie orientale de son empire. J'en accepte volontiers l'augure… D'autant plus que cette mission en Orient préparait notre Quirinus à sa future légation en Syrie qu'il inaugura en 6 ap. J.-C. soit deux ans après le mort du jeune Caius César (4 ap. J.-C.).

Quant à Mommsen, je n'ai pas lu ses œuvres, mais si j'ai bien compris votre message précédent, il était tenant (voire le fondateur) de la thèse d'un premier mandat de Quirinus en Syrie, exercé environ douze années avant celui qui est historiquement avéré, légation durant laquelle il aurait également réalisé un recensement. Or, dans la correspondance à laquelle je vous renvoyais , j'évoque bien cette thèse -mais, il est vrai, sans citer nommément Mommsen :

« D'autres exégètes, sans doute plus respectueux des textes évangéliques, déployèrent de louables efforts afin de concilier les informations des deux grands Évangiles synoptiques. Avec un certain culot, mais sans preuves bien solides, ils soutinrent qu'en fait, Quirinius aurait exercé deux mandats en Syrie : l'un, bien connu, entre 6 et 9 ap. j.-C., mais aussi un autre, antérieur d'environ douze années.(…)
Dois-je vous préciser que ni Tacite ni l'historien juif Flavius Josèphe ne font état ni de ce premier séjour de Quirinius en Syrie, ni de ce premier recensement. (…)
Le premier mandat de Quirinius en Syrie me paraît donc extrêmement douteux… Et Luc s'est sans doute tout bonnement "emmêlé les pinceaux" lorsqu'il a situé la naissance de Jésus à l'époque du recensement de 6 ap, J.-C. (lequel est attesté historiquement : il était nécessaire à bonne perception de l'impôt dans la province romaine de Judée, nouvellement créée après la destitution d'Archelaüs, fils d'Hérode le Grand). Signalons toutefois à la décharge de l'Évangéliste qu'il avait impérativement besoin d'un prétexte pour arracher le bon saint Joseph de son atelier de menuiserie, le déloger de son trou perdu au fin fond de la Galilée, afin de faire naître son fils Jésus à Bethléem, la ville de David. » (Pour le texte complet, voyez ici : Clic !)