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Sommaire Avril - Mai 2007 :

  • 6 Avril :
    • Saint Justin et la "légion fulminante" ? : Clic !
      • Jesus is back : il surfe sur le Web… et les agnostiques rament ! : Clic !
        • Quelques remarques sur la datation des Évangiles et sur les frères de Jésus : Clic !
  • 16 Avril :
    • "Métroaque"… Kekseksa ? Un concept de mobilité selon Johnny ? : Clic !
      • Commentaire de GRICCA : Clic !
  • 19 Avril :
    • L'homosexualité à Rome : autres tempora, autres mores !… : Clic !
2e Page
  • 23 Avril :
  • 27 Avril :
    • Des précisions sur les Leuques et leur oppidum de Nasium : Clic !
  • 27 Avril :
    • Coalescence de Stephen BAXTER : Clic !
  • 3 Mai :
    • L'Age d'Or d'Auguste : la vision poétique d'une rude époque ? : Clic !
      • La mystérieuse IVe Bucolique de Virgile : Clic !
  • 8 Mai :
    • Patrick recherche des infos très précises sur les vétérans… : Clic !
  • 9 Mai :
    • … Et une petite anecdote croustillante sur Caracalla, une ! : Clic !
    • L'empereur chouchou du Webmaster… : Clic !
  • 9 Mai :
    • Des Torquemada façon péplum ? : Clic !
  • 12 Mai :
    • Bon saint Paul et meuchant Néron ? : Clic !
3e Page
  • 12 Mai :
    • GRICCA : Des livres sur l'Empire romain : Clic !
      • Chronologie de l'Empire romain - Georges GOYAU : Clic !
      • La Fin de l'Empire romain d'Occident - Georges-André MORIN : Clic !
      • La vie sexuelle à Rome - Géraldine PUCCINI-DELBEY : Clic !
      • Rome et l'amour - Pierre GRIMAL : Clic !
      • La Véritable histoire de Jésus - James TABOR : Clic !
      • Vivre et mourir à Rome et dans le monde romain - Hugues MOUCKAGA : Clic !
      • Noms de personnes celtiques dans l’épigraphie classique - Xavier DELAMARRE : Clic !
      • Histoire Antique - hors-série n°13 : Le règne de Trajan : Clic !
      • Le rêve de Caligula - Maria GRAZIA SILIATO : Clic !
      • Théodose : L'apogée de l'empire (379-395) par Bertrand LANÇON : Clic !
      • Vivre en Europe romaine - de Pompéi à Bliesbruck-Reinheim (57) - Collectif : Clic !
  • 15 Mai :
    • Bruxelles, la quatrième Rome ? : Clic !
  • 22 Mai :
    • Un buste de Marc Aurèle pour des admirateurs éclairés ? : Clic !
4e Page
  • 24 Mai :
    • D'utiles précisions sur les derniers jours de Vitellius : Clic !
  • 24 Mai :
    • Anthémius, le dernier empereur païen ? : Clic !
  • 25 Mai :
    • Un livre sur l'empoisonneuse Locuste ? : Clic !
  • 26 Mai :
    • Une Legio VII pas facile à identifier… : Clic !
  • 28 Mai :
    • Plus d'images pour mieux appréhender les merveilles de Rome ! : Clic !
 
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"EMPEREURS ROMAINS"
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6 Avril 2007
Michel a écrit :
 

(…) Depuis quelques semaines, je m’intéresse, comme vous, aux origines du christianisme. Je me suis donc plongé dans cet effroyable chaudron d’opinions diverses et variées sur « Les frères du seigneur », « le recensement de Quirinus », « la datation des Evangiles » et autres joyeusetés …Je sollicite ici vos lumières au sujet d’un texte incroyable que je viens de découvrir. Il s’agit de :
PREMIERE APOLOGIE DE SAINT JUSTIN, PHILOSOPHE ET MARTYR, ADRESSÉE À ANTONIN LE PIEUX, EN FAVEUR DES CHRETIENS.[vous pouvez en trouver le texte sur le site : orthodoxie.club.fr]
Et voici ce qui m’amène :
La fin de ce texte est le suivant :

68. Si donc cet exposé vous paraît raisonnable et sincère, prenez-le en considération. S'il vous semble peu sérieux, traitez-le comme une bagatelle, dédaignez-le; mais du moins ne condamnez pas des innocents comme vous frapperiez des ennemis coupables, ne les envoyez pas à la mort; car, nous vous le prédisons, vous n'éviterez pas le jugement de Dieu si vous persistez dans votre iniquité. Pour nous, nous nous contenterons de dire : Que la volonté de Dieu se fasse ! Nous pourrions bien vous supplier, aux termes d'une lettre du très-grand et très-illustre César Hadrien, votre père, de nous accorder une information régulière telle que nous la réclamons. Cependant la constitution d'Hadrien ne sera pas le titre principal que nous invoquerons. Notre espoir est dans la justice de notre demande : c'est là ce qui nous a déterminés à composer cette supplique et à détailler ce récit. Néanmoins, nous avons ajouté ici une copie de la lettre d'Hadrien, comme preuve de nos allégations. La voici :

HADRIEN A MINUCIUS FUNDANUS
69. J'ai reçu la lettre du clarissime Serenius Granianus, à qui vous avez succédé. Le fait me semble de nature à demander une enquête, pour éviter les troubles et ne pas laisser prise à la calomnie. Si les hommes des provinces veulent donner suite à leurs pétitions contre les chrétiens et les appeler devant votre tribunal, qu'ils s'y rendent; mais qu'ils s'abstiennent de pétitions et de vagues récriminations. Il est bien plus convenable, s'il y a une accusation intentée, que vous en connaissiez. Ainsi donc, si on accuse les chrétiens, et qu'on démontre qu'ils ont agi contre les lois, jugez-en selon la gravité du délit. Mais si, par malheur, ce n'est là qu'un prétexte de calomnies, faites une enquête sévère de cette cruelle conduite, et ayez soin de tirer vengeance des calomniateurs.

LETTRE D'ANTONIN AUX PEUPLES D'ASIE
70. L'empereur César Titus AeIius Hadrien Antonin Auguste Pieux, grand Pontife, tribun pour la quinzième fois, consul pour la troisième, père de la patrie, aux peuples d'Asie, salut. Je croyais que les dieux se chargeraient d'empêcher que de pareilles gens restassent cachées; car, s'ils le pouvaient, ce serait à eux, bien plutôt qu'à vous, de châtier des hommes qui refusent de les adorer. Vous les tourmentez, vous accusez leur doctrine, vous les taxez d'athéisme, vous leur imputez une foule de griefs que vous ne pouvez prouver. C'est pour eux le plus grand bonheur de mourir pour leur doctrine. Ils triomphent de nous, puisqu'ils nous jettent leur vie, plutôt que d'obéir à ce que vous leur demandez. Quant aux tremblements de terre présents et passés, vous n'avez pas droit de donner des avis, vous qui tremblez lors de ces événements. Comparez votre conduite à la leur : ils ont infiniment plus de confiance que vous en Dieu. Quand la terre tremble, vous semblez avoir oublié qu'il y a des dieux; vous négligez leurs temples, vous ne pensez pas au culte; et vous les persécutez, ceux qui honorent la Divinité, vous les poursuivez jusqu'à la mort. D'autres gouverneurs de province ont écrit à mon divin père au sujet de ces hommes-là. Il leur a répondu qu'il ne fallait pas les inquiéter, tant qu'on ne les surprendrait pas à tramer quelque chose contre l'empire romain. A toutes les demandes que l'on m'a adressées à ce sujet, j'ai répondu dans le même sens que mon père. Si donc quelqu'un accuse un de ces hommes et lui intente une action pour sa qualité, qu'on renvoie l'accusé absous, quand même sa qualité serait prouvée, et que l'accusateur soit puni.

LETTRE DE L'EMPEREUR MARC AURÈLE AU SÉNAT, ATTESTANT QU'IL A ÉTÉ REDEVABLE AUX CHRÉTIENS DE LA VICTOIRE
71. L'empereur César Marc-Aurèle Antonin, Germanique, Parthique, Sarmatique, au peuple romain et au sacré Sénat, salut. Je vous ai fait part de la grandeur de mes desseins, et des avantages considérables que j'ai remportés sur les frontières de la Germanie, depuis que, fatigué et souffrant, je fus enfermé à Cotinum par soixante-quatorze enseignes, qui me resserraient dans un cercle de neuf milles. Mes coureurs m'avaient donné avis de l'approche de l'ennemi, et Pompéianus, maître de la milice, ne tarda pas à me confirmer cette nouvelle. Je n'avais à opposer à quatre-vingt-dix-sept mille hommes de troupes réglés et de Barbares que quelques détachements des légions Première, Dixième, Gémina, et quelques Férentariens des troupes légères. En comparant la multitude des ennemis et le petit nombre des miens, je vis qu'il ne fallait espérer que dans les divinités de la patrie. Je les implorais; mais elles ne m'exauçaient pas : mes troupes étaient réduites à l'extrémité. Je me décidai à mander tous ceux que nous appelons chrétiens; ils répondirent à mon appel, et je fus étonné et irrité de leur grand nombre. Cette colère était injuste; car je ne tardai pas à éprouver leur puissance. Ce n'est pas le cliquetis des armes, le bruit des flèches, le son des trompettes qui excite leur vaillance (tout cela leur déplaît, à cause du Dieu qu'ils portent dans leur coeur; car, il faut en convenir, ces prétendus athées ont dans leur coeur un Dieu qui y réside, les exhorte et les fortifie); ils se précipitèrent à genoux et firent une ardente prière, non seulement pour moi, mais pour toute l'armée, dans l'espoir d'obtenir que notre soif et notre faim fussent apaisées. L'eau surtout nous manquait; il y avait cinq jours que nous n'en avions reçu, car nous étions sur les confins de la Germanie, au milieu d'un pays ennemi. A peine s'étaient-ils prosternés à terre et avaient-ils invoqué leur Dieu, qui m'était inconnu, que tout à coup il tomba du ciel une pluie abondante, qui nous rafraîchissait extrêmement, tandis qu'une grêle de feu accablait les ennemis de Rome. Ainsi se témoigna, aux premiers accents de la prière, la présence du Dieu invincible et irrésistible. Prenant donc en considération tout ceci, nous leur permettons d'être chrétiens, dans la crainte qu'ils n'obtiennent contre nous le secours d'aussi terribles armes. Ainsi je veux que l'on ne puisse pas accuser un de ces hommes à cause de sa qualité de chrétien. Que si quelqu'un accuse un chrétien à cause de sa religion, je veux que le chrétien soit renvoyé absous, s'il n'y a pas contre lui d'autre charge, et que le délateur soit brûlé vif. Quant aux chrétiens qui font profession de leur croyance, et qui prouvent qu'ils ne sont accusés qu'à cause de cette qualité, celui à qui l'administration de la province est confiée ne doit pas les forcer à quitter cette religion, ni les priver de la liberté. Je veux que cette constitution soit confirmée par un sénatus-consulte, et affichée dans le forum de Trajan, pour que le public puisse la lire. Notre préfet, Verasius Pollion, aura soin d'en envoyer des exemplaires dans toutes les provinces, et il sera libre à quiconque en désirera une copie, de la prendre sur l'affiche que nous avons ordonnée.

Voilà le bug : Le Justin en question est censé écrire cette lettre à Antonin en 155 et il cite Marc Aurèle [qui régna de 191 à 180] !
Qu’est-ce que c’est que ce cirque ! Est-ce moi qui ne sais pas lire ? Comment un texte aussi invraisemblable peut-il être exposé officiellement par l’Eglise ? Et d’autre part avez-vous jamais entendu parler de ces deux lettres ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

L'Apologie de Justin est effectivement dédiée à l'empereur Antonin le Pieux (138-161), sous le règne duquel ce philosophe aurait été martyrisé (vers 155, ainsi que vous l'indiquez). Le texte de Justin est d'ailleurs très explicité quant à son impérial destinataire lorsqu'il présente, en annexe, le rescrit d'Hadrien en faveur des chrétiens comme une "lettre du très-grand et très-illustre César Hadrien, votre père".
On remarquera toutefois que seule cette lettre d'Hadrien à Minucius Fundanus (chap. 39) est dûment présentée par Justin comme faisant partie intégrante de son Apologie. On peut donc croire que les autres "annexes" (chap. 70 et 71) furent ajoutées au manuscrit original par quelque copiste zélé, désireux de rassembler au même endroit d'autres "pièces justificatives" démontrant la bienveillance supposée à l'égard du christianisme des grands empereurs de la dynastie des Antonins.

Je ne suis pas philologue, mais peut-être pourrait-on trouver la preuve de cet ajout dans le fait que les rescrits d'Hadrien et d'Antonin le Pieux (chap. 69 et 70 de l'Apologie de Justin) sont également cités dans l'Histoire Ecclésiastique (livre IV, chap. 9 et 13 - voir www.newadvent.org) d'Eusèbe de Césarée (début du IVe siècle).
Même chose pour la lettre de Marc Aurèle au Sénat : elle aussi est citée par Eusèbe de Césarée (Histoire Ecclésiastique, V, 5 - voir : www.newadvent.org). Cependant, ne vous préoccupez pas trop de l'impact de ce prétendu rescrit sur la condition des chrétiens sous Marc Aurèle ! En effet, aujourd'hui, plus aucun historien sérieux ne reconnaît la moindre once de véracité à ce document : à l'instar de bien d'autres "vénérables" archives de l'Église, il s'agit là faux, d'un "pieux mensonge" forgé par les chrétiens pour en justifier un autre, le soi-disant "miracle de la légion fulminante".

De quoi s'agit-il ? Lors d'une campagne de Marc Aurèle en Germanie, un orage extrêmement violent sauva l'armée romaine d'un désastre militaire aussi catastrophique que celui subi jadis par Varus (voir aussi, sur le site Péplum - Images de l'Antiquité : Clic !). La propagande impériale imputa tout naturellement ce sauvetage miraculeux aux divinités tutélaires de Rome. L'épisode est d'ailleurs évoqué par un bas-relief de la colonne de Marc Aurèle (voir : cf.geocities.com/legioqc). Mais les apologistes chrétiens (dont le bouillant Tertullien, cet Africain que les exagérations rebutaient aussi peu qu'un gars de la Canebière) tentèrent, eux aussi, de récupérer à leur profit ce providentiel caprice météorologique. Ils imaginèrent ainsi qu'une des légions de Marc Aurèle, la Legio fulminata, était entièrement composée de soldats chrétiens (tu parles, dans l'armée romaine du IIe siècle, les soldats chrétiens pouvaient sans doute se compter sur les doigts de la main !) et que c'est pour sauver ces braves croyants que Jésus déclencha ce providentiel météore. La fameuse lettre de Marc Aurèle au Sénat fut alors forgée pour accréditer cette falsification, pourtant assez grossière.

Voici ce qu'écrit à ce sujet Gibbon, dans sa célèbre Histoire du Déclin et de la Chute de l'empire romain : "On prétend que l'édit de Marc Aurèle [c'est-à-dire cette lettre citée chez Justin et par Eusèbe] fut l'effet de la dévotion et de la reconnaissance de ce prince pour sa délivrance miraculeuse dans la guerre des Marcomans. La situation déplorable des légions, la pluie qui tomba si à propos, la grêle, les éclairs et le tonnerre, l'effroi et la défaite des Barbares, ont été célébrés par la plume éloquente de plusieurs auteurs païens. S'il se trouvait des chrétiens dans l'armée, il était bien naturel qu'ils attachassent quelque mérite aux prières ferventes qu'ils avaient offertes, à l'instant du danger, pour leur propre conservation et pour la sûreté publique. Mais les monuments d'airain et de marbre, les médailles des empereurs et la colonne Antonine, nous assurent aussi que ni le prince ni le peuple ne furent touchés de ce service signalé, puisqu'ils attribuèrent leur salut à la providence de Jupiter et à l'intervention de Mercure. Durant tout le cours de son règne, Marc Aurèle, méprisant les chrétiens comme philosophe, les punit comme souverain." (Gibbon, op. cit., chap. XVI, Éditions Robert Laffont, coll. Bouquins).

legio fulminata
 
 
Michel réécrit :
 

(…) J’avoue être un peu épaté par cette histoire de « legio fulminata » ! Tout de même les thuriféraires chrétiens sont sans vergogne ! Je savais bien qu’ils avaient fait assassiner Julien. Et grâce à vous je connais les détails croustillants, la fatwa codée d’Athanase façon John Le Carré : « Le charpentier fabrique un cercueil » chapeau ! Radio Alexandrie : les chrétiens parlent aux chrétiens…. Mais enfin… Un faux de Marc Aurèle… C’était l’Empereur tout de même ! Voilà qui laisse rêveur sur l’authenticité des diverses sources pieuses que je rencontre. J’ai le sentiment après 5 semaines de recherches intensives d’être tombé dans un puits sans fond dans lequel chaque information est, non pas seulement un problème mais une source infinie de problèmes !

Vous dire qu’en ces matières je suis un béotien. D’éducation catho (j’étais toujours premier au caté entre 7 et 8 ans !), j’ai viré agnostique versant quasi-athée à l’adolescence après avoir lu, entre autres, « La Fable de Jésus Christ » de Guy Fau. Par-là suite, la seule question qui m’apparaissait pertinente était de savoir pourquoi le Christianisme avait réussi à liquider le monde Antique et à fonder notre civilisation. Question bien plus philosophique qu’historique.
Bien sûr, de çà de là j’ai bien lu quelques livres sur le Baptiste, les manuscrits de la Mer Morte ou saint Paul ; Mordillat, comme tout le monde et tout dernièrement Caccioli, mais sans vrai souci d’approfondir. Une vague petite sympathie, au feeling, pour la thèse mythiste qui ne semble point trop vous séduire, mais sans conviction établie.
Je reviens à ce sujet sur le tard, suite à une épidémie de conversions chez mes amis et dans ma famille. Jesus is back. Très tendance en ce moment… Un peu grisé par les ressources incroyables d’Internet, j’ai eu l’idée, peut être outrecuidante, de me forger une conviction raisonnée sur ces sujets.

J’avais manifestement sous-estimé l’ampleur du problème : Pas une seule contradiction, impossibilité manifeste, absurdité patente qui ne soit discutaillée, ergotée, pinaillée jusqu’au vertige, souvent à l’aide d’une éblouissante érudition par la nuée d’exégètes culs-bénits qui pullule sur la Toile ! J’ai passé une semaine pleine avec les frères du Seigneur ! « Adelphos » me paraissait convaincant jusqu’à ce qu’un docteur en antiquité pieuse m’explique que le grec de Luc étant très pur, le style d’icelui ressemblerait à celui de Démosthène ! Lequel, à l’en croire, employait parfois « adelphos » au sens de vague parent !
Que répondre à cela ! Je ne vais quand même pas apprendre le grec à bientôt soixante ans !

Sur la datation des Evangiles, prés de 30 000 sites sont disponibles ! . J’en ai consulté une bonne centaine. En gros 2 laïques pour 98 chrétiens ! Pas plus avancé qu’au premier jour ! 135/140 après Bar Kocheba et l’arrivée de Marcion à Rome comme le soutiennent les mécréants ? 70/90 comme le veut la grande majorité, peut-être un peu trop politically correct ? Ou carrément, comme à ma grande stupéfaction soutenu par 15 à 20% des cathos et beaucoup d’évangélistes, 45, 40 voire même 35 pourquoi pas ? « Les évangiles sont des reportages !!! »
Et si encore je ne rencontrais que des illuminés, des prophètes fous façon Phillipulus ! Mais point du tout ! Que des pointures ! Docteurs en Tout ! jonglant avec 5 ou 6 langues mortes sur une jambe, les yeux fermés ! Des qui font leurs mots croisés en araméen et peuvent vous indiquer à la demi-heure près ce que faisait Hérode Antipas le 17 de Nizan de l’an 22 !!!

« Je suis venu calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles
Vers les hommes des grandes villes
Ils ne m’ont pas trouvé malin… » !!

Un peu assommé, je tentais une manœuvre de contournement que je crus habile : examiner les textes chrétiens les plus archaïques pour voir à quel moment ils commenceraient à citer explicitement au moins un évangile. Commençons par le commencement : Ignace d’Antioche. On trouve ses épîtres sur (entre autres) : peresdeleglise.free.fr. Nous v’là rendus ! Et là… Stupeur et tremblement, pas un verset d’Ignace qui ne soit ponctué d’un : (Lc 35-12) ou (Jn 23-48) !!! Ignace fut martyrisé en 110 ! Que conclure ? Sinon que les partisans des évangiles tardifs sont de sombres buses qui ne savent pas lire ou des fanatiques anti-chrétiens qui nient l’évidence ?
Un autre site sur le même sujet. Mêmes notes dans le corps du texte, sans aucune possibilité de savoir si elles sont de la main de l’exégète qui veut marquer les ressemblances ou bien de celle du ci-devant Ignace. (C’est vrai que c’est un petit nom charmant quand on y pense…)

« Y’a quelque chose qui cloche là-dedans !
J’y retourne immédiatement ! »

Trois sites comme ça ! J’allais renoncer quand je me souvins d’avoir enterré dans les tréfonds poussiéreux de ma bibliothèque un « Les Pères Apostoliques » ! Editions du Seuil 1980 ; traduction et introduction de France Quéré, dont il suffit de lire la prose quelques secondes pour savoir qu’il ne s’agit pas d’une pétroleuse anarchiste espagnole.
Et là que croyez –vous ? Aucune référence à Mathieu, Marc, Paul ou quiconque de la sainte bande !! Rien ! Que dalle ! Nib de nib !! Ils sont taquins nos exégètes informatiques ! Vous ne trouvez pas ?

Et c’est dans ce contexte que je tombe sur l’Apologie du Justin. A ce point, trop c’était trop ! Et je sollicitais vos lumières. Elles sont aveuglantes et je vous en remercie encore. Malgré cela je suis un peu découragé : trop de chausse-trappes, trop de faux, d’interpolations invisibles après traductions, trop de textes orientés. J’ai bien entendu dire qu’Eusèbe de Césarée par exemple est appelé le faussaire, mais comment le sait-on ? Qui l’a démasqué et comment ? J’ai bien peur de ne pas être à la hauteur…

Voilà… J’espère que ma prose ne vous aura pas paru trop fastidieuse… Si je ne craignais d’abuser de vos bontés, toutes indications pour me repérer dans ce labyrinthe seraient les bienvenues…

 
 
 
RÉPONSE :
 

Mais c'est moi qui vous remercie, Michel, pour ce message pétillant d'intelligence et d'impertinence.

En fait, je crois que vous avez tout compris. En cinq semaines de recherches seulement, vous en êtes arrivé à la même conclusion que moi, qui ai mis une bonne dizaine d'années pour aboutir à ce point, à savoir qu'en matière d'histoire de l'Église primitive, la seule attitude intellectuellement valable est le doute systématique. Lorsque l'on pénètre dans ce labyrinthique domaine de recherche, il convient, à l'instar des héros de Dante, "d'abandonner toute espérance" de déceler la moindre certitude infrangible, la moindre vérité indiscutable, la moindre preuve formelle. Vos pérégrinations sur la Toile vous ont d'ailleurs démontré à l'envi que, quand un savant exégète énonce une idée un tant soit peu originale, celle-ci est aussitôt battue en brèche par une flopée d'autres savants exégètes… qui, à leur tour, ne sont d'accord sur aucune de leurs thèses respectives.

Cette recherche de nos origines religieuses, que nous avons abordé, cher MIchel, armés seulement de notre bon sens, et avec nos gros sabots de simples amateurs d'histoire ne peut déboucher que sur le doute systématique. Ici, rien n'est certain, et c'est précisément pour cela qu'il faut fuir comme la peste, le choléra et le typhus réunis, tous ces fanatiques, ces bigots, cagots, escargots, ces fanatiques, ces extrémistes, ces intégristes qui assènent péremptoirement les prétendues vérités intangibles du Message évangélique.
En vérité, en vérité, je vous le dis, quasi tout est hypothétique.

Vous évoquez la datation des Évangiles
En effet, la plupart des exégètes "de bonne foi", tant laïcs que religieux, situent leur rédaction entre 60 (pour Marc, le plus ancien) et 90-95 (pour Jean, le plus récent). J'en admets volontiers l'augure ! Toutefois, à ce jour, les plus anciennes traces manuscrites de ces textes (des fragments de papyrus égyptiens) ne remontent pas au-delà de 150 av. J.-C. J'admets encore volontiers que ce délai entre la date supposée de rédaction et le "premier manuscrit" (fort lacunaire) est très raisonnablement court, surtout pour des œuvres antiques. Toutefois, je me pose des questions lorsque je vois des savants exégètes affirmer sans ciller que, pendant près d'un demi-siècle (de 100 à 150 ap. J.-C.) ces textes n'auraient guère subi de modifications, alors que ces mêmes exégètes présupposent souvent trois ou quatre versions primitives de ces Évangiles avant leurs versions définitives, fixées une fois pour toutes avant la fin du Ier siècle.
Donc, pour résumer, entre 30 et 90 ap.J.-C., un foisonnement de versions différentes des Évangiles, qui se croisent, se copient, s'influencent les uns les autres, puis entre 90 et 150, plus rien, le texte reste invariable, comme gravé dans le marbre !

Ainsi que je l'écrivais naguère : « Moi je veux bien ! Qui suis-je d'ailleurs pour contredire des spécialistes maîtrisant à la perfection toutes les langues de l'Orient ancien ? … Cependant, je ne puis m'empêcher de penser que les copistes du IIe siècle n'eurent guère de scrupules à infléchir des passages des Évangiles, tout à fait anodins aux yeux des premiers chrétiens, mais qui, à eux, leurs paraissaient scandaleux. On peut admettre que le texte de l'Iliade ou de l'Odyssée fut, grosso modo, respecté, bien qu'il soit passé par une multitude de copistes avant de nous parvenir : il s'agissait d'une œuvre de fiction. En revanche, les Évangiles, textes de nature religieuse et à fonction liturgique, devaient "parler" aux croyants, édifier, convaincre les fidèles assemblés pour la Cène. Or, les Chrétiens des années 60-90, encore fortement imprégnés par le judaïsme, n'étaient plus du tout les mêmes que ceux de la deuxième moitié du IIe siècle, dont la grande majorité provenait du paganisme. »

Comment donc croire que les premiers copistes chrétiens des Évangiles respectèrent pieusement des passages qui n'étaient plus compris par ceux auxquels ils étaient destinés ? De nombreux versets des "Évangiles primitifs" étaient certainement imprégnés d'une tradition juive qui était devenue absolument étrangère aux "chrétiens de base" de la seconde moitié du IIe siècle, lesquels étaient majoritairement de culture gréco-romaine. Et que dire de ces passages qui, probablement, insistaient sur la mission messianique de Jésus, voire sur son hostilité radicale au pouvoir romain ? Ces diatribes anti-romaines (du même tonneau de celles de l'Apocalypse) étaient devenues extrêmement gênantes pour un christianisme "officiel" qui tentait, vaille que vaille, de se démarquer du judéo-christianisme messianique (et de son aile militante, proche des zélotes ?) pour composer avec la romanité et l'autorité impériale. À mon avis, ici encore, les ciseaux de la censure s'affairèrent, sans respect excessif de l'Écriture sainte, de la Parole de Dieu, mais dame, l'efficacité et la sécurité primaient !…

Un petit mot, pour terminer, sur les frères de Jésus.
In illo tempore, j'ai eu l'occasion de m'entretenir à ce sujet avec internaute, certes aussi sympathique (tous mes visiteurs le sont d'office) que charmante, mais fort peu encline à voir dans les frangins du Christ autre chose que de vagues cousins à la mode de Galilée. Je ne sais si vous avez déjà repéré cet ancien courrier, mais, si ce n'est pas le cas, je vous invite à y jeter un coup d'œil, histoire de savoir ce que je pense, en toute modestie, de cette question : Clic !.

 
 
 
16 Avril 2007
Émilie a écrit :
 

Je suis étudiante en 2e année d'histoire, et j'étudie un texte concernant le culte de Cybèle à Lyon.
Au fil de mes recherches, j'ai rencontré un terme auquel je ne trouve aucune définition claire. Il s'agit du culte métroaque.

J'ai cherché dans un dictionnaire d'Antiquité, de mythologie, mais aucune info pour m'éclairer sur le terme de métroaque. Voilà, si vous avez des infos concernant ce terme, je vous serais reconnaissante…

 
 
 
RÉPONSE :
 

Désolé, Émilie, mais moi non plus, je n'ai pas trouvé - même sur la Toile - de définition précise du mot "métroaque".
Bien sûr, je devine plus ou moins la signification de cet adjectif : parler du culte métroaque, c'est une façon (à mon avis quelque peu pédante) de désigner le culte de la déesse Cybèle, la Grande Mère, qui était (entre autres) vénérée au Métrôon d'Athènes.
Mais le fait est que ce terme n'est repris dans aucun des dictionnaires que je possède.

RÉACTION À CE COURRIER

12 Mai 2007
GRICCA a écrit :
 

Métroaque, dionysiaque, isiaque, mithriaque… Complément au courriel du 16 avril

Comme dionysiaque, pour Dionysos/Bacchus, isiaque, pour Isis, mithriaque, pour Mithra, le mot métroaque sert à spécifier tout ce qui concerne le culte de la Magna Mater, Grande Mère des Dieux (la déesse Cybèle de Phrygie et son parèdre Attis). Le nom vient du grec meter qui signifie mère, qu’on retrouve dans mètrôon, nom du sanctuaire dédié à la Grande Mère, ou dans métragyrte, ce prêtre ambulant qui promène une statue de la déesse en disant la bonne aventure pour recueillir des aumônes.
On dit donc taurobole métroaque, pour désigner le sacrifice du taureau lié au culte de Cybèle, et pour le distinguer du taurobole mithriaque fait au dieu Mithra. Ou encore, on dit danse métroaque pour celle des Corybantes, ces hommes armés de Cybèle qui dansaient jusqu’à la transe au son des tambourins et cymbales en choquant leurs épées contre leurs boucliers, pour ne pas la confondre avec la danse des Bacchantes ou Ménades.
On parle d'inscription métroaque, lorsqu’il s’agit d’une dédicace à la Grande Mère, et de numismatique romaine du culte métroaque, parce que, sur des monnaies ou médailles concernant particulièrement les impératrices des époques Antonine et Sévérienne, Cybèle apparaît, représentée en déesse protectrice de cités, drapée et couronnée de tours ou murs, avec ses symboles : crotalum (crotale une sorte de castagnettes) ou tympanum (tambourins), une pomme de pin ou un sceptre.

On pourrait continuer ainsi avec tout ce qui touche à son culte, dont le caractère orgiaque (auto-flagellation et danse extatique) et la castration des prêtres (galli = les galles) scandalisaient l’aristocratie romaine, si bien qu’Antonin fit une réforme du culte métroaque, pour le rendre acceptable aux Romains, avec la reconnaissance officielle du taurobole public et la création de l’archigallat (voir à ce sujet Antonin le Pieux, le siècle d’or de Rome 138-161, de Bernard RÉMY chez Fayard 2005, pp. 264-268).

Parmi les sites sur la déesse Cybèle, j’en indique seulement deux en français :

Comme ouvrage de référence sur la pratique du culte de la Grande Mère avec la description de ses rites sanglants, voir : Les cultes orientaux dans le monde romain, de Robert TURCAN, aux éditions Belles Lettres 1989, dont le premier chapitre est consacré à la Grande Mère et ses eunuques.

GRICCA

 
 
 
 
19 Avril 2007
Virginie a écrit :
 
Vous ne semblez pas envisager, dans vos débats sur les inclinations et positions de nos aïeux, la possibilité que "hétérosexualité" et "homosexualité" soient des notions relatives. C'est-à-dire que nos "frontières" morales, mentales, sentimentales, lexicales, n'avaient rien à voir avec les leurs. Nous, nous avons "amitié" et "amour" : imaginez le spectre (arc-en-ciel) entre les deux… Et vos "disputes", au sens noble sans doute, ne seraient-elle pas bien stériles ?…mais avec ma reconnaissance pour la qualité de votre site !
 
 
 
RÉPONSE :
 

Peut-être n'ai-je pas toujours été assez clair à ce sujet, ou alors le problème précis qui m'était soumis (à savoir, l'homosexualité présumée de tel ou tel empereur) ne me permettait-il pas d'entrer dans des considérations d'ordre plus général, mais, en fait, je suis entièrement d'accord avec vous. Dans cet ancien courrier, j'ai d'ailleurs cité - en m'y ralliant - cette réflexion de mon compatriote et ami Michel Eloy (du site Péplum - Images de l'Antiquité) à propos d'Alexandre le Grand, et qui va tout à fait dans le sens de votre objection :

Alexandre le Grand était-il homosexuel ? Bouffre ! le vilain mot - qui du reste n'existait pas à l'époque - synonyme de « Cage aux Folles » et autres caricatures ! Alexandre avait la sexualité de son temps et de son milieu. Toutes civilisations confondues, les Anciens avaient des libertés, mais aussi des tabous, qu'aujourd'hui nous n'imaginons que difficilement." Et encore : "Alexandre le Grand était-il homosexuel… Hephæstion était-il son amant ? Question oiseuse. Alexandre le Grand était Alexandre le Grand, et son « orientation sexuelle » - comme on dit fort joliment aujourd'hui -, quelle qu'elle fut, ne change rien à sa gloire. Le fait qu'Alcibiade se soit glissé sous la couverture de Socrate change-t-il quelque chose aux mérites de Socrate, à ses capacités de raisonnement philosophique ? Entre un Adolf Hitler qui avait une stricte hygiène de vie et un Winston Churchill qui carburait au whisky, notre choix est fait depuis longtemps, n'en déplaise aux honnêtes gens !
(Texte complet : Clic !).

peplums

De mon côté, j'ai également souvent insisté sur l'impossibilité foncière de connaître vraiment les "préférences sexuelles" de tel ou tel empereur, et sur l'intérêt uniquement anecdotique de ces coming out tardifs. Paraphrasant Brassens et ses Trompettes de la renommée, je me suis demandé, à plus d'une reprise, si cela conférait une once de plus-value à ces personnages antiques de savoir avec qui et en quelle position ils plongeaient dans le stupre et la fornication. "Le crime pédérastique aujourd'hui ne paie plus", écrivait Tonton Georges. Certes, et aujourd'hui moins que jamais ! Néanmoins, de nos jours, et malgré la (fort bienvenue) banalisation et "déstigmatisation" de l'homosexualité, certains militants de la cause gay paraissent encore et toujours vouloir exciper des mœurs présumées hyper-délurées de l'Antiquité romaine pour justifier la légitimité de leur combat (sinon de leur "orientation sexuelle"). Une démarche à mon sens assez vaine, illégitime, voire assez dangereuse. (À ce sujet, voyez - entre autres : Clic ! et Clic !).

Plus généralement, je pense, comme vous, qu'il est difficile de "plaquer" des interprétations modernes sur (le peu que vous savons) des comportements sexuels des gens de l'Antiquité. On trouverait parfaitement incongru de considérer avec nos œillères d'Occidentaux soi-disant "civilisés" les coutumes de peuples que l'on appelle maintenant premiers (pour ne plus dire primitifs). Pourtant, certains n'hésitent pas à appliquer une terminologie moderne (voire des critères moraux restrictifs ou libertaires) à la sexualité présumée de personnes mortes depuis plus de 2.000 ans.
Dans les deux cas, l'ethnocentrisme est patent !