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Janvier - Février 2007 (page 4/4)

Sommaire de Janvier- Février : Clic !

 
23 Février 2007
Alexandre a écrit :
 

(…) Ce n'est pas la première fois que je vous écris de mon Québec natal et à chaque fois, il semble que mes interrogations aient été éclairées par votre savoir de "non-professionnel mais curieux". Ces temps-ci, outre-Atlantique, on aborde beaucoup les questions de religion, le Québec (contrairement à la France et je ne sais pas trop pour la Belgique) ne s'étant pas laïcisé totalement (les vestiges catholiques dans les institutions publiques persistent) et se retrouvant à faire des accommodements aux différentes communautés religieuses comme les musulmans ou les juifs hassidiques. De plus, la vente de livres comme le Da Vinci Code interroge et choque les chrétiens plus "fanatiques".

1. C'est justement le Da Vinci Code qui a amorcé mon interrogation. Bon, je sais que ce livre n'est qu'un ouvrage de fiction (de la littérature plus ou moins bonne selon les avis) qui aborde une hypothèse comme quoi Jésus aurait été pratiquement le mari ou le compagnon de Marie Madeleine et qu'ils auraient eu une descendance. Bien que je sois sceptique à cet effet (y a-t-il vraiment des preuves à ce sujet ou n'est-ce que l'hypothèse de quelques farfelus ?), je reste néanmoins amusé de l'hypothèse (avouons qu'il serait amusant que ça soit vrai), mais j'ai été surtout étonné. On aborde dans le livre et je crois bien dans le film dérivé aussi que le Concile de Nicée a servi pour "déifier" Jésus, pour choisir les évangiles qui allaient dans ce sens et éliminer ceux qui "humanisaient" Jésus.

Voilà où je m'interroge. Bon, je ne connais pas vraiment le Concile de Nicée. Je me rappelle qu'il a été initié sous l'égide de Constantin, le fameux empereur qu'on dit "chrétien" mais qui, en fait, s'est fait baptiser à l'article de la mort par peur, j'imagine, des représailles divines. Mais je me demande s'il a vraiment servi à "déifier" Jésus comme on le dit dans le roman. De plus, je me demande quels ont été les évangiles [apocryphes], sont-ils réellement plus "véridiques" que les évangiles canoniques ? Car j'ai été réellement [étonné] d'apprendre l'existence d'évangiles comme celui de Thomas, de Philippe et même, récemment, on a découvert des vestiges de celui de Marie-Madeleine. Je croyais qu'il s'agissait de mythes qui servaient les auteurs d'Hollywood et non qu'il s'agissait de documents "officiels".

Bref, j'aimerais un éclaircissement sur les évangiles [apocryphes] et sur "l'humanité" de Jésus qui a été éludé ou non par le Concile de Nicée.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Le Da Vinci code est un roman qui, ma foi, "se laisse lire" (le film est plus olé-olé, brouillon, mal fichu, biscornu). Pourtant, les "thèses" qu'il présente n'ont vraiment rien de nouveau.
Jésus marié ? Une vieille hypothèse, assez vraisemblable en soi, puisque le célibat était rarissime dans l'Israël antique, mais qu'il est impossible de prouver faute de textes probants. (À ce sujet, voyez ici : Clic ! et Clic !). Et dès lors qu'il était marié, pourquoi lui refuser une descendance qui était dans l'ordre des choses, surtout à cette époque où l'infertilité d'un couple était considérée comme un châtiment divin ? Toutefois, là non plus, aucune preuve n'existe… Même si de fortes et anciennes traditions évoquent bien l'exil dans le sud de la France de Marie-Madeleine, porteuse du sang sacré du Christ.

Bref, ces "révélations" de Dan Brown ne sont pas absolument invraisemblables. Elles sont seulement impossibles à étayer par des preuves même relativement probantes. D'ailleurs, ces thèses dites "iconoclastes" ne sont nullement éludées par certains exégètes fort sérieux qui, même s'ils ne les défendent pas, ne les écartent pas non plus a priori. Puisqu'il est patent que l'on ne sait rien de la vie sexuelle et/ou conjugale de Jésus, on peut soit se livrer à des suppositions éventuellement fécondes, soit se taire comme se taisent les Écritures saintes.
Autre chose est évidemment de faire de la postérité de Jésus la souche des Mérovingiens. Là, on entre en pleine fiction… par ailleurs fort amusante !

Venons-en maintenant au Concile de NIcée.

Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ci-dessous une sélection de quelques textes du génial Voltaire, dans lesquels il décrit les enjeux et le déroulement de cette vaste assemblée d'ecclésiastiques.
Vous verrez le Patriarche de Ferney y répondre - bien mieux et certainement bien plus plaisamment que je ne pourrais le faire - à la plupart de vos interrogations :

"Voici une question incompréhensible qui a exercé depuis plus de seize cents ans la curiosité, la subtilité sophistique, l'aigreur, l'esprit de cabale, la fureur de dominer, la rage de persécuter, le fanatisme aveugle et sanguinaire, la crédulité barbare, et qui a produit plus d'horreurs que l'ambition des princes, qui pourtant en a produit beaucoup. Jésus est-il Verbe ? S'il est Verbe, est-il émané de Dieu dans le temps ou avant le temps ? S'il est émané de Dieu, est-il coéternel et consubstantiel avec lui, ou est-il d'une substance semblable ? est-il distinct de lui, ou ne l'est-il pas ? est-il fait, ou engendré ? Peut-il engendrer à son tour ? a-t-il la paternité ou la vertu productive sans paternité ? Le Saint Esprit est-il fait ou engendré, ou produit, ou procédant du Père, ou procédant du Fils, ou procédant de tous les deux ? Peut-il engendrer, peut-il produire ? son hypostase est-elle consubstantielle avec l'hypostase du Père et du Fils ? et comment, ayant précisément la même nature, la même essence que le Père et le Fils, peut-il ne pas faire les mêmes choses que ces deux personnes qui sont lui-même ?

Je n'y comprends rien assurément; personne n'y a jamais rien compris, et c'est la raison pour laquelle on s'est égorgé.

On sophistiquait, on ergotait, on se haïssait, on s'excommuniait chez les chrétiens pour quelques-uns de ces dogmes inaccessibles à l'esprit humain, avant les temps d'Arius et d'Athanase. Les Grecs égyptiens étaient d'habiles gens, ils coupaient un cheveu en quatre ; mais cette fois-ci, ils ne le coupèrent qu'en trois. Alexandre, évêque d'Alexandrie, s'avise de prêcher que Dieu étant nécessairement individuel, simple, une monade dans toute la rigueur du mot, cette monade est trine [= triple].
Le prêtre Arios ou Arious, que nous nommons Arius, est tout scandalisé de la monade d'Alexandre ; il explique la chose différemment; il ergote en partie comme le prêtre Sabellious, qui avait ergoté comme le Phrygien Praxeas, grand ergoteur. Alexandre assemble vite un petit concile de gens de son opinion, et excommunie son prêtre. Eusèbe, évêque de Nicomédie, prend le parti d'Arius : voilà toute l'Église en feu.

L'empereur Constantin était un scélérat, je l'avoue, un parricide qui avait étouffé sa femme dans un bain, égorgé son fils, assassiné son beau-père, son beau-frère et son neveu, je ne le nie pas ; un homme bouffi d'orgueil, et plongé dans les plaisirs, je l'accorde ; un détestable tyran, ainsi que ses enfants, transeat ; mais il avait du bon sens. On ne parvient point à l'empire, on ne subjugue pas tous ses rivaux sans avoir raisonné juste.
Quand il vit la guerre civile des cervelles scolastiques allumée, il envoya le célèbre évêque Ozius avec des lettres déhortatoires aux deux parties belligérantes. « Vous êtes de grands fous, leur dit-il expressément dans sa lettre, de vous quereller pour des choses que vous n'entendez pas. Il est indigne de la gravité de vos ministères de faire tant de bruit sur un sujet si mince. »
Constantin n'entendait pas par mince sujet ce qui regarde la Divinité, mais la manière incompréhensible dont on s'efforçait d'expliquer la nature de la Divinité. Le patriarche arabe qui a écrit l'Histoire de l'Église d'Alexandrie fait parler ainsi Ozius en présentant la lettre de l'empereur :
« Mes frères, le christianisme commence à peine à jouir de la paix, et vous allez le plonger dans une discorde éternelle. L'empereur n'a que trop raison de vous dire que vous vous querellez pour un sujet fort mince. Certainement si l'objet de la dispute était essentiel, Jésus-Christ, que nous reconnaissons tous pour notre législateur, en aurait parlé (…) »

Ozius parlait à des opiniâtre. (…) Constantin convoqua [donc], assembla dans Nicée, vis-à-vis de Constantinople, le premier concile œcuménique, auquel présida Ozius. On y décida la grande question qui agitait l'Église touchant la divinité de Jésus-Christ. Les uns (…) se fondaient surtout sur ces paroles de Jésus-Christ : « Mon père est plus grand que moi » ; et ils regardaient Jésus comme le premier-né de la création, comme la plus pure émanation de litre suprême, mais non pas précisément comme Dieu.
Les autres, qui étaient orthodoxes, alléguaient des passages plus conformes à la divinité éternelle de Jésus, comme celui-ci : « Mon père et moi, nous sommes la même chose » ; paroles que les adversaires interprétaient comme signifiant: « Mon père et moi avons le même dessein, la même volonté; je n'ai point d'autres désirs que ceux de mon père. »

Alexandre, évêque d'Alexandrie, et après lui, Athanase, étaient à la tête des orthodoxes ; et Eusèbe, évêque de Nicomédie, avec dix-sept autres évêques, le prêtre Arius, et plusieurs prêtres, étaient dans le parti opposé. La querelle fut d'abord envenimée, parce que saint Alexandre traita ses adversaires d'antéchrists.
Enfin, après bien des disputes, le Saint Esprit décida (…) que le Fils était aussi ancien que le Père, et consubstantiel au Père.
Cette décision ne s'entend guère ; mais elle n'en est que plus sublime.
Dix-sept évêques protestent contre l'arrêt, et une ancienne chronique d'Alexandrie, conservée à Oxford, dit que deux mille prêtres protestèrent aussi ; mais les prélats ne font pas grand cas des simples prêtres, qui sont d'ordinaire pauvres. Quoi qu'il en soit, il ne fut point du tout question de la Trinité dans ce premier concile.La formule porte: « Nous croyons Jésus consubstantiel au Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré et non fait ; nous croyons aussi au Saint Esprit. »
Le Saint Esprit, il faut l'avouer, fut traité bien cavalièrement.

Il est rapporté dans le supplément du concile de Nicée que les Pères, étant fort embarrassés pour savoir quels étaient les livres cryphes ou apocryphes de l'Ancien et du Nouveau Testament, les mirent tous pêle-mêle sur un autel; et les livres à rejeter tombèrent par terre. C'est dommage que cette belle recette soit perdue de nos jours.
(…)

Arius fut exilé par Constantin ; mais Athanase le fut aussi bientôt après, et Arius fut rappelé à Constantinople; mais saint Macaire pria Dieu si ardemment de faire mourir Arius avant que ce prêtre pût entrer dans la cathédrale que Dieu exauça sa prière. Arius mourut en allant à l'église, en 330. L'empereur Constantin finit sa vie en 337. Il mit son testament entre les mains d'un prêtre arien, et mourut entre les bras du chef des ariens Eusèbe, évêque de Nicomédie, ne s'étant fait baptiser qu'au lit de mort, et laissant l'Église triomphante, mais divisée.”

voltaire - dictionnaire philodophique

(VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique, extraits des articles Arius, Christianisme et Conciles - Textes complets, voyez : www.voltaire-integral.com)

Ainsi que vous avez pu vous en rendre compte en lisant ces textes jubilatoires, le Concile de Nicée ne fut pas le lieu d'une vaste conspiration chrétienne destinée à doter Jésus d'une panoplie de Dieu toute neuve et sur mesure. En réalité, Constantin, qui était à l'origine de cette assemblée, voulait surtout maintenir la paix civile en évitant que les querelles dogmatiques de l'Église chrétienne dégénèrent en guerre civile. Au fond, peu lui importait que telle ou telle thèse l'emporte - il passa d'ailleurs dans le camp des ariens dès qu'il se rendit compte que ceux-ci étaient majoritaires dans l'Église. Que Jésus fût d'essence divine ou un simple mortel divinisé, cela ne l'empêchait pas de dormir. En revanche, quand les chrétiens, montés les uns contre les autres, mettaient à feu à sang des quartiers entiers d'Alexandrie et entravaient l'indispensable ravitaillement en céréales de Constantinople et de Rome, ça, cela le tracassait et l'irritait fabuleusement !

Du reste, cette théologie faisant de Jésus un Dieu à part entière était largement antérieure au Concile de Nicée. C'était déjà la thèse des Gnostiques. Quelques années seulement après la mort du Christ (fin du Ier et début du IIe siècle) ceux-ci l'avaient déjà dépouillé de sa nature humaine, et ne voyaient plus en lui qu'un pur esprit, un éon, une entité divine totalement désincarnée.
À l'opposé des ratiocinations assez ébouriffantes de ces sectes gnostiques, très diversifiées, la majorité des communautés chrétiennes, encore largement judaïsées, considéraient encore Jésus comme un homme élu de Dieu : vrai prophète inspiré, dans la lignée de Moïse ou d'Élie, ou Messie qui les libérerait, très concrètement, du joug romain.
Il fallut attendre l'échec de la dernière grande révolte juive, celle de Bar Kochba (en 135 ap. J.-C.) et la rupture définitive entre la christianisme et le judaïsme pour que, sous l'influence de la religion et de la philosophie païennes, la thèse d'un Jésus "Vrai Dieu, Fils de Vrai Dieu" commence à se répandre dans des églises chrétiennes. Normal ! Désormais, celles-ci n'accueillaient presque plus de Juifs, seulement des païens que cette apothéose de Jésus ne scandalisait nullement. (À ce sujet, voyez : Clic !)

Ces Gnostiques dont je viens de parler sont à l'origine de la plupart de ces évangiles apocryphes, ceux-là dont vous vous inquiétez de la véracité…

Bon, comme je vous l'ai dit, du Jésus terrestre, les Gnostiques s'en fichaient comme de leur première hypostase ! Pour eux, ce n'avait été qu'un genre de fantôme, une apparition, une illusion. Jésus avait fait semblant de naître, de vivre et de mourir sur la croix. Par contre, ce qui les intéressait, c'était ce qui s'était passé après sa mort apparente. C'était là la vraie histoire sainte ! Décrire comment le Christ avait parcouru les divers ciels, rencontré diverses entités, et fini par se fondre dans la Divinité suprême et immanente, ça, c'était passionnant !
C'est vous dire que rechercher une vérité historique dans un évangile gnostique, qu'il soit selon Thomas, selon Philippe ou même selon Judas, cela reviendrait un peu à rechercher une description cochonne dans L'imitation de Jésus-Christ. Ces textes ne furent pas écrits pour cela !

Bien sûr, il existe aussi d'autres évangiles, qui ne sont pas de tradition gnostique, et qui sont cependant dits apocryphes puisqu'ils ne furent pas repris dans la liste officielle (le "canon") de l'Église…

Vous avez lu - avec amusement, je l'espère - l'anecdote que rapporte Voltaire : on aurait flanqué tous ces bouquins, en vrac, sur un autel béni, et ceux restés dessus auraient été réputés "canoniques" tandis que ceux tombés à terre auraient été rejetés…
Oui, bon, là, le philosophe de Ferney pousse peut-être le bouchon un peu loin. Malgré mon goût prononcé pour les belles légendes édifiantes, je ne peux imaginer une telle mascarade ! En outre, si cela avait été, il faudrait alors reconnaître la validité du procédé puisque les Évangiles canoniques sont, effectivement, plus anciens, donc potentiellement plus authentiques que tous les autres textes du même ordre connus de nous. Les exégètes s'accordent en effet à dater les Évangiles canoniques de la deuxième moitié du Ier siècle, le plus ancien, l'Évangile selon Marc remontant aux années 60 tandis que celui selon Jean, le plus récent, aurait été écrit dans la dernière décennie du siècle. Or, aucun apocryphe (gnostique ou autre) ne peut prétendre être aussi vieux : pas un ne remonte avant 150 ap. J.-C.

Cela dit, ces datations "officielles" des Évangiles canoniques restent quand même sujettes à discussion. En effet, leurs manuscrits les plus anciens ne sont pas plus vieux que ceux des apocryphes : on n'en trouve pas avant la seconde moitié du IIe siècle. Les dates traditionnelles de rédaction de ces quatre Évangiles ne sont donc que des reconstructions, des hypothèses de savants exégètes qui présupposent que, pendant presque un siècle (entre 60 et, disons, 150 ap. J.-C.) ces textes n'auraient subi que peu modifications… alors que ces mêmes exégètes présupposent souvent que trois ou quatre versions primitives de ces Évangiles auraient existées avant leurs versions définitives, fixées une fois pour toutes avant la fin du Ier siècle.

Moi je veux bien ! Qui suis-je d'ailleurs pour contredire des spécialistes maîtrisant à la perfection toutes les langues de l'Orient ancien ? … Cependant, je ne puis m'empêcher de penser que les copistes du IIe siècle n'eurent guère de scrupules à infléchir des passages des Évangiles, tout à fait anodins aux yeux des premiers chrétiens mais qui, à eux, leurs paraissaient scandaleux. On peut admettre que le texte de l'Iliade ou de l'Odyssée a été, grosso modo, respecté, bien qu'il soit passé par une multitude de copistes avant de nous parvenir : il s'agissait d'une œuvre de fiction. En revanche, les Évangiles, textes de nature religieuse et à fonction liturgique, devaient "parler" aux croyants, édifier, convaincre les fidèles assemblés pour la Cène. Or, les Chrétiens des années 60-90, encore fortement imprégnés par le judaïsme, n'étaient plus du tout les mêmes que ceux de la deuxième moitié du IIe siècle, dont la grande majorité provenait du paganisme.
Comment croire que les copistes auraient pieusement respecté des passages des Écritures que leurs auditeurs ne comprenaient plus parce qu'empreints d'une tradition juive qui leur était devenue totalement étrangère, ou qui pouvaient se justifier dans un contexte de lutte juive contre l'occupation romaine, mais qu'il devenait dangereux de propager dès lors que le christianisme tentait de composer avec la romanité et l'Empire ?

 
 

2. Par la même occasion, tant qu'à parler de religion, je me demande pourquoi les Romains (avant la christianisation de l'Empire) ont conservé en grande majorité la religion grecque. En effet, avec l'ajout de quelques dieux, la latinisation des noms des dieux et héros et quelques récits ajoutés, la mythologie, qu'on dit d'ailleurs gréco-romaine, est pratiquement la même.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je ne suis pas très féru de religion antique, mais à ce qu'il me semble, les Romains ne se sont pas "convertis " à la religion grecque. Ils ont seulement assimilé les dieux grecs. C'est-à-dire que, voyant que certains divinités de l'Hellade ressemblaient peu ou prou aux leurs, ils en ont conclu qu'il s'agissait seulement de variantes locales des divinités qu'ils vénéraient. Mais les dieux grecs n'ont pas pour autant remplacé les dieux traditionnels de Rome : le temple de Jupiter Capitolin ne devint jamais celui de Zeus Olympien, même si tout un chacun savait que Jupiter et Zeus (ou Amon, ou Baal, car Alexandre le Grand s'était déjà livré à cet exercice lors de son expédition d'Asie), c'était grosso modo chou vert et vert chou !
Les Gaulois feront d'ailleurs la même chose avec les leurs dieux, qu'ils tenteront de rattacher aux divinités de leur vainqueur romain.

 
 
 
23 Février 2007
Jean-Pierre DEDIEU a écrit :
 

Objet : Légion à Genabum

Passionné d’histoire, et d’archéologie, je m’intéresse à la centuriation gallo-romaine dans la région nord-est d’Orléans (45), je pense l’avoir restitué de manière pratiquement certaine.
Cette centuriation est souvent associée, quelquefois alignée sur une voie romaine, l’ensemble étant réalisé par les ingénieurs topographes des légions romaines, « mensors », qui implantaient également les camps.
Compte tenu de certaines observations concernant la datation des centuriations et constructions de voies, je pense que ces réalisations pourraient avoir été réalisées lors de la campagne de César en 52 av JC, (ou immédiatement après).

Ma question : (si vous pouvez y répondre) avez-vous une idée sur la légion - ou plutôt les légions, puisque César indique laisser pour l’hiver deux légions dans Genabum (Orléans) qui ont fait campagne à Genabum ? .

J’ai l’intuition que cela pourrait être la VIII Légion mais je n’ai rien trouvé qui confirme.
Le camp de Lambèse en Algérie (de la VIIIe légion) ressemble à tout point de vue, taille, forme, etc à Genabum.

Merci d’avance si vous pouvez m’aider dans cette recherche.

Jean-Pierre DEDIEU

 
 
 
26 Février 2007
Claire a écrit :
 
Nous travaillons en latin sur la science chez les Romains. Nous avons quelques éléments de réponse quant au fait qu'ils n'aient pas beaucoup innové dans ce domaine, mais avez-vous plus d'informations sur leur rôle de vulgarisateurs de la science ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Si, par ce mot vulgarisation, vous vous voulez dire que les Romains auraient largement diffusé la science grecque afin de la rendre accessible à tous, et en particulier au petit peuple ignorant, vous feriez fausse route. Cette préoccupation "démocratique" était totalement étrangère à tous les peuples anciens ! Jusqu'à très récemment (XVIIIe - XIXe siècles), on estimait qu'il était inutile, voire dangereux d'encombrer de connaissances pour eux inutiles les cerveaux faiblards des artisans, ouvriers, paysans ou esclaves. Ce vernis de connaissances ne pouvait que leur donner des idées de grandeur et l'espoir illusoire d'une impossible promotion sociale, bref leur conférer des rêves néfastes à la stabilité d'une société basée sur une intangible hiérarchie des classes sociales.
"Si tous les paysans savent lire, qui voudra encore labourer les champs !" s'écriait en substance, en plein XVIIIe siècle des Lumières, Voltaire (dont ce n'est pas le plus grand titre de noblesse !)

En revanche, si vous entendez par là que les Romains ont généralisé les applications pratiques de nombreuses découvertes théoriques des Grecs, et ont ainsi contribué à la transmission de la science grecque, là nous sommes d'accord ! (À ce sujet, voyez ici : Clic ! et, plus généralement, sur les sciences et techniques de l'Antiquité : Clic !).

 
 
 
26 Février 2007
Laurent a écrit :
 
Je voudrais avoir votre avis sur un point précis :
Will Durant déclare, dans son encyclopédie, que les conflits entre les chrétiens des premiers âges ont causé plus de morts que les seules persécutions Romaines. Qu'en pensez-vous ? est-ce exagéré ?
Où pourrais-je obtenir des informations sur ce point ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Il est évidemment impossible de connaître le nombre exact des victimes tant des persécutions anti-chrétiennes du chef des païens que des persécutions anti-païennes, déclenchées par les chrétiens désormais soutenus par l'État (voir ici : Clic !), ou encore d'estimer le bilan humain des luttes inter-chrétiennes qui déchirèrent l'Église triomphante.

Rappelons que nous ne disposons que de sources chrétiennes pour tenter d'appréhender la nature et l'étendue des persécutions contre les chrétiens. C'est bien simple, ou bien les auteurs païens ne s'intéressèrent pas à cette répression (pourtant assez singulière), ou bien tous leurs écrits ne nous sont (fâcheuse coïncidence !) jamais parvenus. C'est dire les seuls textes qui nous parlent des tentatives païennes de contrer le christianisme sont hautement suspects de partialité !

Force est cependant bien de constater qu'aucune persécution généralisée ne fut ordonnée avant le milieu du IIIe siècle. Il n'y eut rien que des genres de pogroms, plus ou moins violents, plus ou moins étendus (à l'échelle d'une ville, d'une province, d'une région), et plus ou moins mortifères. C'est pourquoi le polémiste chrétien Tertullien pouvait écrire, au début du IIIe siècle, qu'il était facile aux chrétiens de nommer et de dénombrer leurs martyrs "parce qu'il y en avait eu très peu et seulement à certaines époques".
C'est l'empereur Dèce qui, le premier, aurait édicté des lois contre le christianisme, interdisant sa diffusion, prohibant son culte. Mais il faut sans doute restreindre la portée de ces édits (c'est du moins mon avis), ainsi d'ailleurs que celle de la persécution de Valérien , qui ne suivit que de quelques années celle de Dèce.

En réalité, la toute grosse (sinon la seule grande) épreuve qu'eut à souffrir le christianisme naissant fut la persécution générale dite "de Dioclétien", dont les motifs me paraissent toujours assez flous, mais dont la morbidité paraît quant à elle n'avoir été que trop réelle.
Mais attention ! ce ne fut quand même pas Auschwitz, ni le Rwanda, ni même le Darfour. Loin s'en faut ! Les historiens qui osent ce livrer à cet exercice situent, je crois, le nombre de victimes de cette répression dans une fourchette allant de 5.000 à 15.000 morts… Ce qui demeure certes beaucoup, et de toute façon beaucoup trop, mais qui restait en somme inférieur au coût en vies humaines de la moindre compagne militaire, victorieuse ou non, de l'époque.

Il est encore plus difficile d'estimer la mortalité consécutive aux bisbrouilles entre églises chrétiennes rivales, entre orthodoxes et hérétiques de tout poil… On sait que certaines de ces querelles à l'origine théologiques dégénérèrent quasiment en guerres civiles, qui constituent, par nature, les conflits les plus acharnés et les plus sanglants…
Pour se rendre compte des dégâts humains de ces disputes, on ne doit pas non plus perdre de vue l'incroyable diversité des motifs de discorde (nature du Christ, nature et nombre de ses volontés, ses relations avec le Père et le Saint Esprit, statut de la Sainte Vierge, culte des images, etc) ainsi que la longueur de cette période de luttes dogmatiques (en gros, du Concile de Nicée, en 325, à celui de Constantinople de 843, qui mit fin à la crise iconoclaste).

persecutions chretiennes

Bref, même sans données chiffrées réellement fiables, je serais plutôt d'accord avec l'info de votre encyclopédie : il n'est pas déraisonnable de penser qu'entre le IVe et :le IXe siècle, les luttes entre les chrétiens firent beaucoup plus de morts que les persécutions antichrétiennes. Et n'oublions pas non plus que les victimes de la "liquidation" du paganisme par les Chrétiens furent sans doute aussi très nombreuses.

(Sur la christianisation de l'Empire romain, les persécutions, et le "triomphe de la Croix", voyez aussi : Clic !)