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Juin 2006 (page 2/2)

Sommaire du mois de Juin : Clic !

 
22 Juin 2006
Alexandre a écrit :
 
On a souvent tendance à raconter que l’empereur Constantin fut le premier empereur chrétien mais comme vous le dites vous-même ; il fut baptisé sur son lit de mort. À mon avis, ceci est encore une machination de l’Église Chrétienne afin de nous faire croire à une belle histoire comme eux seuls sont capables.
On doute de plus en plus du fameux baptême de Constantin. À mon avis il fut païen toute sa vie et les créations chrétiennes qu’on lui attribue (basilique, batailles au nom de Dieu etc.) sont encore une invention des chrétiens. Un baptême lors qu’on est mort ne compte pas.
Croyez-vous qu’on ait encore affaire à un conte de l’Église afin de nous convertir plus facilement au IVe siècle ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Vous supposez donc que la conversion de Constantin au christianisme ne serait en définitive qu'une fraude chrétienne de plus…Bien sûr cette histoire édifiante regorge sans doute de nombre de pieux mensonges hagiographiques, en particulier à propos de la fameuse "vision" dont l'empereur aurait bénéficié à la veille du bataille du Pont Milvius. Toutefois, il ne faut quand même pas "jeter le bébé avec l'eau du bain", comme on dit trivialement. Force est de reconnaître, avec la plupart des historiens sérieux, que si Constantin ne fut baptisé qu'à l'article de la mort, il nourrissait depuis longtemps d'évidentes et grandissantes sympathies pour la Foi en Christ.

Au début, il ne protégea peut-être (c'est mon avis) les chrétiens que par opportunisme politique : ses concurrents à l'Empire se trouvaient en Orient, là où le parti chrétien constituait déjà une force, certes minoritaire dans l'Empire, mais remarquablement structurée, très motivée et fort remuante. Ensuite, ses convictions pro-chrétiennes semblent s'être affermies, soit que, victorieux sur tous les fronts, il lui fallut bien accorder - finalement d'assez bon cœur - les gages promis à ses alliés, soit qu'il fut sincèrement séduit par la nouvelle religion, dans laquelle il voyait le futur ciment idéologique de l'Empire. C'est pourquoi, aux dires de beaucoup de spécialistes de ces questions, on peut déceler "de façon cohérente et déterminante une influence chrétienne sur la législation de Constantin". Et puis, n'oublions quand même pas le Concile de Nicée, que non seulement l'empereur convoqua et présida, mais où il ne fut s'empêcher d'intervenir, personnellement et de vive voix, pour faire part de ses opinions théologiques à des Pères conciliaires fort probablement aussi ébaubis qu'ébaudis ! De plus, s'il était resté païen, Constantin n'aurait pas pris grand soin de faire élever ses rejetons dans la religion chrétienne… et ceux-ci ne seraient pas tous devenus des monarques fort dévotement chrétiens, voire des fanatiques de la plus belle espèce !

Le ralliement de Constantin au christianisme n'était d'ailleurs pas contesté par ses contemporains. Voyez ce qu'écrit à son sujet son neveu et deuxième successeur, l'empereur Julien, dit "l'Apostat" : "Constantin, qui ne trouvait pas chez les dieux le modèle de sa conduite, découvrant non loin de lui la Mollesse, s'empressa de la rejoindre. Celle-ci le reçut tendrement, l'enlaça dans ses bras, le revêtit et le para de vêtements aux couleurs chatoyantes, puis elle le conduisit à la Débauche. Ainsi le prince put-il aussi trouver Jésus qui hantait ces lieux et criait à tout venant : « Que tout séducteur, tout homicide, tout homme frappé de malédiction et d'infamie se présente en confiance. En le baignant avec l'eau que voici, je le rendrai pur aussitôt, et s'il retombe dans les mêmes fautes, lorsqu'il se sera battu la poitrine et frappé la tête, je lui accorderai de devenir pur. » Ravi de cette rencontre, Constantin emmena ses enfants hors de l'assemblée des dieux." (Julien, Banquet des Césars, 38 - trad. Christian Lacombrade, Les Belles Lettres, 1964).

 
vision de constantin

RÉACTION À CE COURRIER

14 Septembre 2006
Laurent a écrit :
 
Je vous écris en réaction aux propos d'Alexandre, à propos de Constantin et de sa conversion tardive, voire trop tardive à son goût.
Il est vrai qu'au premier abord, il semblerait ridicule, surtout pour une personne de notre époque, de se faire baptiser sur son lit de mort. Pourtant, cette pratique est avérée, du moins à l'époque de Constantin. Et elle trouve une explication tout à fait simple et logique. Le baptême n'a pas toujours eu cette signification d'introduire l'être humain à la religion chrétienne, d'être le commencement du parcours chrétien, d'autant plus que les enfants étaient "exclus" du processus du baptême, car le clergé considérait, au III et IVe siècle après J.-C. en tout cas, que le baptême était un engagement sérieux et grave ne pouvant émaner que d'un adulte consentant.
En réalité, sous Constantin, puisque c'est la période qui nous intéresse, le baptême symbolisait l'acceptation de ne plus céder au pêcher. Être baptisé signifiait "introduire les préceptes du Christ dans son quotidien", ce qui aurait été très dur pour un homme "politique" tel que Constantin. Les coups bas, les guerres, et autres joyeuseries de la Constantinople impériale ne permettaient pas une telle promesse de la part d'un homme tel que Constantin. Si bien qu'il était plus facile d'être baptisé à quelques minutes de passer de vie à trépas. Bien sûr, la pratique remonte à des moments antérieurs au règne de Constantin.
Sur ce sujet, je ne peux pas vous renseigner davantage. Je termine donc en rappelant qu'en effet, il y a une propagande chrétienne qui a sévi sur les sources de l'Antiquité, la morale occidentale et orientale et la spiritualité pendant des siècles, mais il ne faut pas prêter une telle intention à tous les chrétiens que la Terre a connus.
 
 
 
RÉPONSE DU WEBMASTER :
 

Je suis tout à fait d'accord avec vous, tant pour la signification chrétienne du sacrement du baptême - qui, d'ailleurs aujourd'hui encore, garde cette dimension rédemptrice, purificatrice qui séduisit tant Constantin…et dont il avait si impérieusement besoin - qu'en ce qui concerne les chrétiens, auxquels il ne faut pas imputer toutes les falsifications de l'histoire, ni tous les maux, passés, présents et à venir, de notre bonne vieille terre.

Une petite précision toutefois, que j'ai omise dans cette correspondance du 22 juin 2006 que vous me faites l'honneur évoquer. Le vrai problème qui se pose avec Constantin n'est pas la réalité de son baptême, qu'il reçut - tout le monde en convient - sur son lit de mort (voir ici : Clic !). La question controversée, c'est l'époque de sa conversion au christianisme. Quand cessa-t-il, in petto, d'être un païen idolâtre pour devenir un chrétien sincère ? Lors de cette fameuse vision qui précéda la bataille du Pont Milvius (312) ? Après sa victoire définitive contre Licinius (323) ? Après les exécutions de son fils Crispus et de son épouse Fausta (326) ? À l'extrême fin de sa vie ?… Voire jamais ! En effet, le christianisme étant la seule religion fournissant un viatique si puissant pour jouir de la vie éternelle, l'empereur put très bien n'user du baptême, in extremis, que comme un "savon spirituel" qui laverait son âme plus blanc que blanc, et rester intimement le païen qu'il avait toujours été.

J'ai déjà lu plusieurs hypothèses contradictoires à ce sujet, mais, personnellement, je n'ai pas encore pu me faire une religion, si j'ose dire !

 
 
 
26 Juin 2006
Éric a écrit :
 

Je me permets de vous écrire pour vous signaler une petite erreur sur votre site.

A cette page, vous écrivez :

« On raconte qu'un jour la Sibylle, qui résidait habituellement à Cumes (près de Naples), se présenta devant le roi Tarquin, à Rome, et lui proposa de lui acheter les neuf livres où était consignée la destinée de sa Ville. »

Il me semble qu’elle lui proposa de lui vendre les neufs livres. Je pense qu’il s’agit surtout d’une erreur de frappe, puisque le reste de votre explication colle parfaitement avec l’idée d’une vente de la Sibylle à Tarquin et non pas d’un achat :

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci d'avoir pris la peine de me signaler cette tournure quelque peu alambiquée.
Je voulais bien sûr dire que la Sibylle proposa à Tarquin de "lui acheter" (c'est-à-dire d'acheter à elle-même) ses neuf livres de prédictions.
Mais vous avez raison, mieux vaudrait être plus direct, dire les choses clairement et simplement, ainsi que le prescrivent les règles d'un marketing efficace : la Sibylle (qui, par parenthèses, en termes de stratégie commerciale agressive, se posait un peu là) vend et Tarquin achète !… J'ai corrigé cela.

 
 
 
26 Juin 2006
Gérard a écrit :
 
Toujours sur les traces de notre bon vieux Jules, je voulais savoir ceci : Comment. alors que Labienus était en campagne, celui-ci arriva en renfort pour aider Le Grand Pontife qui était sur le point de perdre la bataille de la Sabis ? (Sambre ou autre ?).
Ce passage de "l'écriture de César" me chiffonne. Je n'y crois pas beaucoup. Qu'est-ce qu'il est bien pu arriver à cette époque ? Dans mes recherches sur la guerre des Gaules, il était vraiment loin, mais arriva vite sur les lieux !
 
 
 
RÉPONSE :
 

À l'époque, assez lointaine, où j'essayais d'apprendre le latin, le récit de la bataille de la bataille de la Sabis constituait un grand moment de gloriole patriotique. Nos ancêtres Belges - de tous les peuples de la Gaule, les plus braves, comme de bien entendu - poussaient César dans ses derniers retranchements, au propre comme au figuré, celui-ci n'étant sauvé, de justesse par l'irruption -très "7e de Cavalerie" - des renforts du fidèle Titus Labienus sur le champ de bataille. Et nous lisions, bombant fièrement nos torses belgicains, l'ultime hommage du Grand Jules à l'ennemi courageux vaincu, "[ces] hommes si intrépides [qui avaient] osé traverser une large rivière, gravir ses bords escarpés et combattre dans une position désavantageuse : ces difficultés, leur héroïsme les avait rendues faciles" (César, Guerre des Gaules, II, 27 - Voir site bcs.fltr.ucl.ac.be).
"Ah, les braves gens !"

Pour en venir au problème qui vous turlupine, bien que je ne sois guère un très fin connaisseur de l'histoire militaire romaine, d'après ce que j'ai pu comprendre du déroulement de cette bataille, le brave Labienus et ses trois légions n'opéraient pas très loin du camp romain menacé par les Belges. Ayant eux aussi traversé la rivière, mais dans le sens inverse que celui emprunté par les hordes belges, ils s'étaient quant à eux emparés du camp ennemi. Depuis cette position dominante, le lieutenant de César avait pu mesurer tout le danger que courait le gros de l'armée romaine. Ce qui le poussa à retraverser la Sabis (la Sambre ?) pour secourir son général mis en difficulté.

Si cela vous intéresse, je reproduis ci-dessous deux plans de cette fameuse bataille, que je viens de retrouver dans un vieux livre scolaire, et qui vous aideront peut-être, comme ils l'ont fait pour moi, à mieux comprendre le récit - évidemment subjectif - du "divin" Jules.

bataille de la sabis
Cartes :
La Guerre des Gaules, César chez les Belges (Préparation)

par Paul COLLIN S.J.,Tony SEVERIN S.J. et Jacques DERENNE (illustrations),
Editions H. Dessain, Liège, 1952
bataille de la sambre
 
 
 
26 Juin 2006
Lescurej a écrit :
 

Quelques lectures contradictoires m'amènent à vous demander votre avis :

  • Ptolémée XVI Phylopractor et Césarion sont-ils deux noms du même personnage ou bien s'agit-il de deux enfants distincts (naissances -47 et -44) ?
  • Qui Ptolémée Philadelphe (-36 à -30) fils de Cléopâtre VII a-t-il pour père ?
  • Alexandre Hélios a-t-il fait partie du triomphe d'Octave ou bien était il déjà mort avant ?
  • Alexandre Hélios et Cléopâtre Séléné sont ils bien jumeaux ?
  • Sont-ils les enfants de Marc Antoine ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

D'après les éléments que j'ai pu recueillir sur les frères et enfants de Cléopâtre, il semblerait bien que :

  • Cléopâtre (ou Cléopâtre VII) eut comme frères - nés comme elle de Ptolémée XII "Aulète" (voir wikipedia.org) et d'une concubine dont le nom nous est resté inconnu :
    • Ptolémée XIII (voir wikipedia.org) mort lors d'une bataille contre César
    • Ptolémée XIV (voir wikipedia.org) mort [empoisonné ?] vers 40 av. J.-C (sur les circonstances de cette mort, voir ici : Clic !).
  • Cléopâtre elle-même donna naissance à :

Je ne pense pas que les enfants d'Antoine et Cléo furent exhibés lors du triomphe d'Octave puisque Suétone nous rapporte qu'excepté Césarion, qu'il fit exécuter, le vainqueur d'Actium "" (voir : bcs.fltr.ucl.ac.be).les traita comme ses proches, et leur fit un sort conforme à la dignité de leur naissance

cleopatre
 
 
 
29 Juin 2006
"Momu" a écrit :
 
Auriez-vous par hasard connaissance d'un élément relatif à l'empereur Constantin : il aurait inauguré une Basilique, séjourné à Trèves (Trier) sur les bords de la Moselle. Pouvez-vous m'en dire plus ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Effectivement, selon cette page Web, Constantin résida à Trèves (Trier) de 306 à 312. ap. J.-C.. Il profita de son séjour pour initier un imposant programme d'embellissement de cette ville, promue au rang de résidence impériale. Certains vestiges de ces superbes monuments sont encore visibles de nos jours, en particulier ceux d'une basilique - c'est-à-dire un édifice civil "multifonctionnel" (justice, administration, prestige) - dont l'imposante salle principale (Aula Palatina) servit peut-être (?) aux audiences impériales de Constantin.
Plus tard, cette basilique constantinienne fut "recyclée" en église chrétienne avant d'être transformée, après la Réforme, en temple protestant.

Sur la basilique constantinienne de Trèves, voyez aussi : www.euratlas.com et catholique-lille.cef.fr.

 
constantin
 
 
30 Juin 2005
Pierre a écrit :
 
J’aimerais vous poser quelques questions sur les révoltes en Judée et en Galilée sous les empereurs romains, principalement celles de 70 et de 135 après JC. s étaient les effectifs de part et d’autre (ceux-ci varient considérablement selon les sources c’est pourquoi j’ai besoin de quelqu’un d’objectif) et quelles difficultés les Romains ont-ils traversées ? Quelles furent les pertes romaines ? (encore une fois les chiffres varient énormément)

Dernière question, cela ne touche pas vraiment l’empire romain, mais on peut comparer avec les questions précédentes. La révolte des Maccabées m’a toujours intriguée. Ces derniers ont-ils vraiment remporté la victoire tous seuls contre les séleucides ? J’avoue que tous les récits sur cette révolte que j’ai lu, y compris celui des écritures, me semblent peu fiables et tiennent de la louange. Qu’en pensez vous ?

Même question en ce qui concerne les batailles.Car au point de vue militaire, le fait que quelques milliers d’hommes mal équipés mettent la pâtée à des troupes expérimentées, souvent 5 fois plus nombreuses, armés de pied en cap à la Grecque, le tout conduit par des généraux sûrement rompus à l’art de la guerre me semble absolument surréaliste.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Bien que, personnellement, les problèmes relatifs à l'armée romaines, ses tactiques et ses effectifs ou ceux de ses ennemis divers et variés ne me fascinent guère, j'ai pu, en feuilletant rapidement la Guerre des juifs de Flavius Josèphe, relever certains chiffres susceptibles de vous intéresser. Ainsi, Vespasien serait entré en guerre avec 60.000 hommes, dont environ 7.500 cavaliers (Guerre des Juifs, Livre III, 4, 2). De son côté, Josèphe, le futur historien pas encore passé à l'ennemi, disposait sensiblement des mêmes effectifs - donc 60.000 hommes - pour protéger la Galilée de l'offensive romaine (Guerre des Juifs, Livre II, 20, 7). Plus tard, en vue du siège de Jérusalem, Titus mobilisa quatre légions (20-25.000 homes), plus de nombreux contingents alliés et auxiliaires (Guerre des Juifs, Livre IV, 1, 6). Les assiégés, eux, pouvaient aligner contre les Romains - enfin, lorsqu'ils ne s'entretuaient pas entre eux - plus ou moins 24.000 hommes (Guerre des Juifs, Livre V, 6, 1).

D'après ce que j'ai pu déduire d'un passage des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, je crois que la dernière grande révolte juive, celle de Simon Bar Kochba, ne nécessita l'intervention "que" de trois légions - plus les contingents auxiliaires, évidemment. Quant aux forces des révoltés juifs, les chiffres dont je me souviens sont manifestement si exagérés que j'ose à peine les répéter : les sources juives que j'avais consultées in illo tempore parlaient, si mes souvenirs sont bons, de plus de 500.000 combattants.
Un demi-million d'insurgés. Rien que ça !…

Naturellement, je puis encore moins vous renseigner sur la révolte dite "des Macchabées" qui sort complètement de l'objet d'étude de mon site Web. Mais, en ce qui concerne votre remarque finale, cette victoire juive - bien réelle puisque l'indépendance de leur royaume fut reconnue - ainsi que les succès initiaux des Juifs lors de leurs révoltes de 70 et de 135, peuvent sans doute s'expliquer, d'une part, par leur connaissance parfaite du terrain et, d'autre part, par l'effet de surprise. En effet, tant la phalange macédonienne que la légion romaine, infanteries lourdement armées, n'étaient pas des mieux adaptées à la guérilla, menée par des contingents mobiles au point devenir quasiment insaisissables, qui opéraient dans un pays propice aux guets-apens et qu'ils connaissaient comme leur poche.

Bref, dans ces guerres, conflits que l'on qualifierait aujourd'hui d'asymétriques, les guérilleros juifs étaient comme "le poisson dans l'eau" du président Mao, tandis que les phalangistes grecs et les légionnaires devaient s'y sentir aussi à l'aise qu'une baleine dans un aquarium…