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Janvier 2006 (page 3/4)

Sommaire du mois de Janvier : Clic !

 
18 Janvier 2006
Guillaume a écrit :
 

(…) Je voulais revenir sur un point, un détail, mais j'ai cru comprendre que vous y accordiez une certaine importance ; je vous cite :

"Et pourtant, comme un souvenir perpétuel de l'antéchrist Néron, le nom même du grand amphithéâtre des Flaviens, le célèbre Colisée, rappelle encore et toujours qu'une gigantesque statue dorée de Néron, le Colosseum, se dressa pendant des siècles, et sans que personne n'y trouve rien à redire, en plein cœur de la Rome impériale puis chrétienne."

À ce propos, j'ai relevé dans l'ouvrage, Le Forum romain, de Michael GRANT, Hachette, 1971, p. 213, que le visage du colosse de Néron - placé à l'origine sur le Forum - avait été transformé sous Vespasien par une figure plus "conventionnelle" du Soleil. Le colosse n'était donc plus assimilé, semble-t-il, à Néron, quand Hadrien décida, pour dégager le Temple de Vénus et de Rome, de le déplacer (grâce à 80 éléphants) dans la plaine, à proximité du futur amphithéâtre flavien.

 
 
 
RÉPONSE :
 

J'avais effectivement lu quelque part que le colosse dit de Néron représentait une divinité solaire. Mais je pensais qu'il en allait déjà ainsi au temps de Néron, que l'empereur-artiste lui-même s'était fait représenter en Apollon - ce qui n'aurait pas été illogique, vu ses talents de chanteur et d'aurige. Et d'autre part, le fait que cette statue représentait un dieu éminent pouvait aussi expliquer sa préservation de tout vandalisme lors de la chute du régime néronien.

Quoi qu'il en soit, la "normalisation" de cette statue, du fait de Vespasien, ne semble pas avoir été définitive. Je lis en effet chez Dion Cassius (témoin a priori crédible puisque contemporain des faits qu'il rapporte) que Commode, autre empereur mégalomaniaque, fit "ôter la tête du Colosse pour mettre la sienne à la place, puis lui ayant donné une massue, et placé un lion d'airain à ses côtés, afin que cette statue ressemblât à Hercule, y grava une inscription portant (…) ce qui suit : « Le premier combattant des secutores, qui, étant gaucher, vainquit à lui seul douze mille hommes, je crois. » " (Dion Cassius, Histoire romaine, livre 72, 22 - trad. site www.mediterranees.net).

"Destin des statues d'être là têtues… et étêtées !", comme le chantait (presque) jadis le grand Charles Trenet.

 
 
Guillaume réécrit :
 

J'ai une autre question, à vrai dire, assez épineuse… à propos de coiffure.
En effet, j'ai pu lire dans la dernière biographie consacrée à Auguste (Auguste, de Pierre COSME, librairie académique Perrin, août 2005 - il parle de ce point dans les images hors-texte) que l'empereur se coiffait toujours de façon à ce que ses cheveux forment une pince au-dessus de son oeil droit et un "peigne" au-dessus de son oeil gauche ; c'est tout à fait visible sur la statue de la Prima Porta, en particulier.
Voyez-vous une explication à cette "coquetterie" de l'Imperator ?

[En outre] sur de nombreuses représentations d’Auguste, on trouve un capricorne, qui, d’après les commentateurs, serait le signe astrologique de l’Empereur. Pourtant, il me semble qu’Auguste est né en septembre, donc pas sous ce signe. Auguste a-t-il utilisé comme signe astrologique celui de l’octroi de janvier 27 ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je n'ai malheureusement aucune explication à vous fournir quant au détail de coiffure d'Auguste que relève Pierre Cosme. L'historien latin Suétone se contente de noter que le premier empereur avait "les cheveux légèrement bouclés et un peu blonds" (Vie d'Auguste, 79). Un point, c'est tout.

Afin d'en savoir plus à ce sujet, je me propose de "publier" votre question dans les pages consacrées au courrier de mon site. Bien sûr, je ne manquerai pas de vous faire part des informations qui, éventuellement, me parviendraient.

Je suis aussi peu féru d'astrologie que de coiffure, mais, si j'en crois Suétone (Vie d'Auguste, 94) et ce site astrotheme.fr spécialisé ès langue des astres, il semblerait qu'Auguste était bien du signe du Capricorne.

 
 
 
18 Janvier 2006
July a écrit :
 

Je fais actuellement des recherches sur l'empereur romain Titus (frère de Domitien).

On sait que l'arc de Titus, situé sur le forum, a été construit après la mort de l'empereur. Titus n'est donc pas passé dessous avec son cortège triomphal. Pourtant, un des bas-reliefs nous montre son triomphe.

Ma question est la suivante :
Le triomphe de Titus a-t-il vraiment eu lieu et surtout sous quelle porte/arc est-il passé ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Rassurez-vous ! Après avoir exterminé des milliasses de Juifs et en avoir réduit en esclavage des dizaines de milliers d'autres, le brave Titus, futur Délices du genre humain, eut bien droit à son triomphe - de concert avec son père Vespasien (dont on connaît le sens de l'économie : "Tu comprends, fiston, il y a autant de bons moments dans un triomphe pour deux que dans un triomphe en solo !")). Le triomphe dudit Titus est en effet attesté, brièvement, dans les Douze Césars de Suétone (Vie de Titus, 6) et, de façon bien plus détaillée, par l'historien d'origine juive Flavius Josèphe. Pour vous épargner de fastidieuses recherches, voici ce texte (que je me suis permis d'abréger quelque peu, car il était un peu longuet ; si vous souhaitez le lire dans "la plénitude de sa splendeur restituée", voyez le site remacle.org).

Voici la relation de Josèphe :

"Peu de jours après [l'arrivée en Italie de Titus, revenant de Judée via l'Égypte], Vespasien et Titus résolurent de ne célébrer qu'un seul triomphe commun à tous deux, quoique le Sénat en eût voté un pour chacun. Quand vint le jour où devait se déployer la pompe de la victoire, aucun des citoyens composant l'immense population de la ville ne resta chez lui ; tous se mirent en mouvement pour occuper tous les endroits où l'on pouvait du moins se tenir debout, ne laissant que l'espace tout juste suffisant pour le passage du cortège qu'ils devaient voir.
Il faisait encore nuit quand toute l'armée, groupée en compagnies et en divisions, se mit en route sous la conduite de ses chefs et se porta non autour des portes du palais, placé sur la hauteur, mais dans le voisinage du temple d'Isis
[c'est-à-dire au champ de Mars, non au Palatin], où les empereurs s'étaient reposés cette nuit-là. Dès le lever de l'aurore, Vespasien et Titus s'avancent, couronnés de lauriers, revêtus des robes de pourpre des ancêtres et gagnent les portiques d'Octavie [A l'ouest du Capitole] où le Sénat, les magistrats en charge et les citoyens de l'ordre équestre les attendaient. On avait construit devant les portiques une tribune où des sièges d'ivoire étaient placés pour les princes ; ils s'avancèrent pour s'y asseoir, et aussitôt toute l'armée poussa des acclamations à la gloire de leur vertu. Les empereurs étaient sans armes, vêtus d'étoffes de soie et couronnés de lauriers.

Vespasien, après avoir fait bon accueil aux acclamations que les soldats auraient voulu prolonger, fit un signe pour commander le silence qui s'établit aussitôt ; alors il se leva, couvrit d'un pan de son manteau sa tête presque entière et prononça les prières accoutumées ; Titus fit de même. Après cette cérémonie, Vespasien s'adressa brièvement à toute l'assistance et envoya les soldats au repas que les empereurs ont coutume de leur faire préparer. Lui-même se dirigea vers la porte qui a tiré son nom des triomphes, parce que le cortège y passe toujours [la Porta triomphalis, entre le Capitole et le Tibre]. Là, ils prirent quelque nourriture et revêtus du costume des triomphateurs, sacrifièrent aux Dieux dont les images sont placées sur cette porte ; puis ils conduisirent le triomphe par les divers théâtres, pour que la foule pût le voir plus aisément.

Il est impossible de décrire dignement la variété et la magnificence de ces spectacles, sous tous les aspects que l'on peut imaginer, avec ce cortège d'œuvres d'art, de richesses de tout genre, de rares produits de la nature. Presque tous les objets qu'ont jamais possédés les hommes les plus opulents pour les avoir acquis un à un, les œuvres admirables et précieuses de divers peuples, se trouvaient réunis en masse ce jour-là comme un témoignage de la grandeur de l'Empire romain. (…) On portait aussi des statues de leurs dieux [c'est-à-dire des dieux romain ; Joseph écrit pour des Juifs], de dimensions étonnantes et parfaitement travaillées, chacune faite d'une riche matière. On conduisait aussi des animaux d'espèces nombreuses, tous revêtus d'ornements appropriés. (…) Les captifs eux-mêmes, en très grand nombre, étaient richement parés, et l'éclat varié de leurs beaux costumes dissimulait aux yeux leur tristesse, effet des souffrances subies par leur corps. Ce qui excitait au plus haut degré l'admiration fut l'aménagement des échafaudages que l'on portait (…). La guerre y était figurée en de nombreux épisodes, formant autant de sections qui en offraient la représentation la plus fidèle ; on pouvait voir une contrée prospère ravagée, des bataillons entiers d'ennemis taillés en pièces (…). Car voilà ce que les Juifs devaient souffrir en s'engageant dans la guerre. L'art et les grandes dimensions de ces images mettaient les événements sous les yeux de ceux qui ne les avaient pas vus et en faisaient comme des témoins. Sur chacun des échafaudages on avait aussi figuré le chef de la ville prise d'assaut, dans l'attitude où on l'avait fait prisonnier.(…) Les dépouilles étaient portées sans ordre, mais on distinguait dans tout le butin les objets enlevés au Temple de Jérusalem : une table d'or, du poids de plusieurs talents [Table des pains de proposition - ces objets sont figurés sur l'arc de Titus], et un chandelier d'or du même travail, mais d'un modèle différent de celui qui est communément en usage (…). On portait ensuite, comme dernière pièce du butin, une copie de la loi des juifs. Enfin marchaient un grand nombre de gens tenant élevées des statues de la Victoire toutes d'ivoire et d'or Vespasien fermait la marche, suivi de Titus, en compagnie de Domitien à cheval, magnifiquement vêtu ; le coursier qu'il présentait au public attirait tous les regards. triomphe de titus

Le cortège triomphal se terminait au temple de Jupiter Capitolin ; arrivé là, on fit halte, car c'était un usage ancien et traditionnel d'attendre qu'on annonçât la mort du général ennemi. C'était Simon, fils de Gioras ; il avait figuré parmi les prisonniers ; on l'entraîna, la corde au cou, vers le lieu qui domine le Forum [La prison Mamertine], parmi les sévices de ceux qui le conduisaient ; car c'est une coutume, chez les Romains, de tuer à cet endroit ceux qui sont condamnés à mort pour leurs crimes. Quand on eut annoncé sa mort, tous poussèrent des acclamations de joie ; les princes commencèrent alors les sacrifices et après les avoir célébrés avec les prières accoutumées, ils se retirèrent vers le palais. Quelques assistants furent admis par eux à leur table ; tous les autres trouvèrent chez eux un beau repas tout préparé. Ainsi la ville de Rome fêtait à la fois en ce jour la victoire remportée dans cette campagne contre les ennemis, la fin des malheurs civils et ses espérances naissantes pour un avenir de félicité."
(Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, Livre VII, V, 3-6 - trad. site remacle.org).

Ainsi que vous avez pu le lire ci-dessus, Flavius Josèphe ne fait aucune allusion au passage du cortège triomphal sous quelque arc de triomphe que ce soit… lequel, de toute façon - et vous avez mille fois raison de le souligner - ne pouvait en aucun cas être celui dit de Titus, construit ultérieurement.

Personnellement, j'imaginerais volontiers qu'un monument provisoire était réalisé à l'occasion de la cérémonie, pour être remplacé, plus tard, par l'édifice définitif, construit "en dur". Cependant, force m'est d'avouer que je ne dispose d'aucune preuve pour étayer cette hypothèse. Je sais que, durant la Renaissance (XVe, XVIe siècles) de tels arcs provisoires (en bois, plâtre, stuc, etc) étaient réalisés pour célébrer des victoires, des fêtes ou des "joyeuses entrées". En allait-il déjà de même dans la Rome de Titus ? Probable que oui… mais je n'en suis pas certain.

 
 
 
21 Janvier 2006
Elizabeth Antébi (site www.antebiel.com) a écrit :
 

Nous vous informons de la tenue du Deuxième festival européen latin grec, du 10 au 12 mars 2005 à Bécherel, près de Rennes en Bretagne, dans le cadre du Printemps des Poètes.

LE SECOND "FESTIVAL EUROPEEN DE LATIN ET DE GREC" DE BECHEREL S'INTERNATIONALISE.
IL SE DEROULERA DU 10 AU 12 MARS 2006

SON THÈME : L'AMOUR, LA MUSIQUE ET LA DANSE

En 2005 plusieurs centaines de personnes étaient venues découvrir, dans le village breton de Bécherel, près de Rennes, ce bizarre festival consacré au latin et au grec. Une affluence qui en a étonné plus d'un et a, du coup, consacré cette initiative d'Elizabeth Antébi, femme de lettres, mais aussi libraire à Bécherel.

Elizabeth Antébi, la "Dea ex Machina" du festival n'a pas fléchi…Au contraire, la cuvée 2006 s'annonce aussi dense et aussi drolatique que celle de 2005. Placée sous le signe de "l'Amour, la musique et la danse" cette édition réserve bien des surprises.

Eve Ruggieri comme vous ne l'avez jamais vue
Généralement elle fait chanter les autres. Cette année, c'est elle qui donnera de la voix. Dans le DVD exclusif enregistré pour l'ouverture du Festival, la spécialiste de l'opéra et de la musique classique interprétera un air de la Belle Hélène de Jacques Offenbach. À ne pas manquer.

Le répertoire d'Elvis Presley chanté en latin.
Venu de Finlande, le Dr Jukka Ammondt "rockera" en latin.
Professeur de littérature à l'université de Turku (Finlande), il s'est reconverti dans la chanson à 50 ans. Son dada: traduire (et enregistrer) dans des langues anciennes les chansons du XXe siècle. C'est ainsi que le célèbre "I surrender" d'Elvis Presley devient "Nune aeternatis" et "It's now or never" "Nunc hic aut nunquam". À découvrir absolument.

Le latin et le grec, mémoires-passerelles en Europe, attirent les étrangers à Bécherel.
Dr Jukka Ammondt ne sera pas le seul Européen à se déplacer à Bécherel pour ce festival 2006. Une classe d'un lycée de Hongrie (pays dont le latin fut la seconde langue officielle jusqu'au XXe siècle) viendra jouer en latin une pièce de Plaute "Mostellaria". L'occasion d'entendre aussi les « Catulli Carmina » (chants de Catulle) de Carl Orff, suite des Carmina Burana (ces textes du moyen âge mis en musique au XXe siècle, notamment par Orff).
Troisième pays représenté cette année : le Portugal. Luisa de Nazaré Ferreira, professeur de l'université de Coïmbra viendra éclairer le public sur la poétesse grecque Sappho.

Des ensembles vocaux et instrumentaux et des conférenciers érudits pour captiver l'assistance
Le thème du Festival "l'amour, la musique et la danse" sera illustré par des ensembles vocaux et instrumentaux ou des artistes inspirés par l'antiquité. Comme l'ensemble Convivium musicum de Rennes, La Maurache ou la compagnie Demodocos ou la comédienne Anastassia Politi.
De nombreux universitaires, conférenciers seront également présents à Bécherel pendant ces 3 jours pour parler, entre autres thèmes, de la danse antique, du phrasé des Grecs anciens, ou de la révolution grégorienne dans la musique liturgique.
Les écrivains ne seront pas absents! Ils seront nombreux à dédicacer leurs livres. Cette année en effet plusieurs éditeurs (Le Rocher, Assimil, Les Belles Lettres) s'associent au FELG.

festival de becherel

A partir de 2007 le Festival se déclinera dans d'autres pays européens
De par la présence de plusieurs spécialistes et artistes européens, l'édition 2006 est le premier maillon de l'exportation du FELG dans d'autres villes européennes. Ainsi en 2007, les 2 premiers jours du FELG se dérouleront à Bécherel, puis il sera relayé pendant 3 jours en Hongrie où, dans le cadre des du partenariat avec la Fondation Karolyi, une classe d'un lycée français ira donner un spectacle.

Le Festival Européen de Latin et de Grec (FELG) de Bécherel a été créé en 2005 par Elizabeth Antébi, femme de lettres, mais aussi l'une des 15 libraires de Bécherel (660 habitants, à une trentaine de kilomètres au nord de Rennes).
Le succès qu'il a rencontré lui permet de se pérenniser. Il va même se déployer en Europe à partir de 2007.
Fortement appuyé dès sa création par Edith Guimard présidente de l'association des libraires de Bécherel, le FELG est particulièrement soutenu cette année par Marie-Claire Mussat, présidente de l'Orchestre de Bretagne et professeur émérite de musicologie à l'Université de Rennes II et Albert Foulon, maître de conférences à l'Université de Rennes II.
Le FELG est inscrit au programme officiel du Printemps des Poètes.
 
site antebiel site antebiel
 
 
 
24 Janvier 2006
Nicolas Vincent a écrit :
 

J'écris un livre (modestement, ce n'est pas du tout mon métier) sur l'histoire des poisons depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. En ce moment je m'occupe des poisons végétaux, aconit, ellébore, ciguë, digitale, if, décoction de fleur de pêcher, laurier cerise… si vous connaissez anecdotes qui mentionnent ces toxiques, je suis évidemment intéressé.
Au sujet des poisons romains je pense que les principaux ingrédients étaient l'aconit, et des composés d'arsenic. (d'aconit est mentionné régulièrement par Pline et Ovide et les mines d'arsenic étaient on ne peut plus florissants)
Avez-vous des infos là-dessus ?

J'aurais [plus particulièrement] besoin de vos lumières : est-ce que Locuste était de mèche dans la première conspiration (ratée) contre Caligula ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Bien que, contrairement à vous, je ne sois pas très versé en toxicologie, j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer, à propos de l'affaire Britannicus, les poisons antiques lors dune intéressante correspondance avec un autre sympathique internaute, (voir ici : Clic !). D'après le peu que je sais à ce sujet, les Romains ne disposaient donc pas de poisons vraiment foudroyants (voyez aussi, sur le site PEPLVM - Images de l'Antiquité : Néron, l'empoisonneur - Bon sang de bœuf ne saurait mentir - Circé, Médée, Canidie, Locuste et le bouillon d'onze heures et Le retour des poisons).

Quant à Locuste (voir aussi ici : Clic !), je crois bien qu'aucune source antique n'indique qu'elle fût déjà en activité durant le règne de Caligula (37-41 ap. J.-C.). Du reste, je ne crois pas qu'il fut question d'empoisonner le jeune empereur lors du complot dit "de Gætulicus et de Lepidus", déjoué en octobre 39, et auquel participèrent, entre autres, deux de ses sœurs. Le poignard devait apparaître à ces conjurés comme un moyen moins hasardeux que ces mixtures alambiquées… et ce sera également l'avis des assassins conduits par Chaerea qui, deux ans plus tard, finiront par avoir la peau dudit Caligula.

L'ineffable Suétone prétend cependant que cet empereur Caius aurait bien été victime d'un empoisonnement, mais que celui-ci fut accidentel, et que s'il ne lui coûta pas la vie, il le rendit fou. L'historien latin raconte en effet que son épouse Cæsonia, en nymphomane insatiable qu'elle était censée être, aurait fait boire à son impérial mari un philtre d'amour si corsé qu'il en devint complètement cinglé, après avoir frôlé la mort d'un cheveu (Vie de Caligula, 50 : 6).
Cherchez la femme, bien sûr !… Depuis qu'Ève persuada son grand dadais d'époux de croquer la pomme, dès qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond sur ce man's world qu'est notre pauvre terre, c'est la faute à ces dames qui mènent les mecs, par tous les bouts, à leur perdition !

Certes, Caligula ne fut pas le plus équilibré des empereurs. Mais son enfance et son adolescence pour le moins chahutées expliquent au moins aussi bien sa "folie" (d'ailleurs probablement toute relative) que d'hypothétiques poudres de perlimpinpin instillées par une épouse en proie aux fureurs génésiques.

 
caligula
 
Nicolas réécrit :
 

Un grand merci pour toutes ces précisions, et encore deux questions :

1. Agrippine à fait empoisonner son deuxième mari afin d'être dispo pour séduire Claude, Locuste était-elle dans le coup ?

2. Juvénal dans sa première satire parle de Tigellin comme ayant "versé l'aconit à ses trois oncles" avez-vous des précisions sur le sujet et sur l'identité de ces trois fameux oncles ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Effectivement, le décès de C. Sallustius Crispus Passienus, deuxième mari d'Agrippine la Jeune, pourrait paraître bien suspect… s'il ne s'était produit assez longtemps avant le remariage (au début 49) de sa veuve avec Claude. En effet, si j'en crois le site DIR - De Imperatoribus romanis, ce pauvre Passienus mourut avant 47, c'est-à-dire in tempore non suspecto, à une époque où rien ne laissait présager la chute de Messaline (août 48), l'exécution de celle-ci, et le veuvage de Claude.
Bien sûr, on ne prête qu'aux riches, et, puisqu'il semble bien avéré qu'Agrippine envoya son troisième mari ad patres pourquoi n'aurait-elle pas agi de même avec le deuxième ?
D'accord… Mais encore faut-il un mobile, et avant 48, celui-ci ne saute pas aux yeux.

Certes, cette langue de vipère de Suétone évoque bien une affaire de gros sous : Néron, écrit-il, "s'enrichit de l'héritage de son beau-père, Crispus Passienus" (Vie de Néron, VI, 6). Agrippine n'aurait-elle trucidé son époux que pour s'emparer de ses richesses et en faire profiter son gros joufflu de fils unique et préféré ?
Personnellement, j'ai des doutes : Agrippine ne devait pas être fauchée au point de commettre un crime crapuleux… Et en bonne justice, le doute doit profiter à l'accusé.

Cela précisé, si - dans un grand moment de prémonition - Agrippine empoisonna son époux Passienus afin d'être libre de convoler avec son tonton Claude deux ou trois ans plus tard, il n'est probablement pas impossible qu'elle bénéficia de la complicité de la redoutable Locuste. Mais tout cela reste hautement hypothétique.

Même chose pour Tigellin : ce n'est pas parce que Juvénal l'accuse d'avoir empoisonné ses oncles qu'il a réellement commis ces crimes. Ce genre d'accusation relève le plus souvent de l'invective stéréotypée. Tout mauvais citoyen romain était censé s'en prendre à sa propre famille. Par exemple, leurs adversaires accusèrent Catilina (Ier siècle av. J.-C.) et l'empereur Vitellius (Ier siècle ap. J.-C.) d'avoir tué leur propre fils pour accaparer leur héritage, alors que cette accusation était probablement infondée… et même que - serais-je tenté d'ajouter - la plupart de leurs contemporains n'étaient sans doute pas dupes de ces calomnies.

Dans son excellent livre Au bonheur des Sages, le non moins excellent Lucien Jerphagnon a parfaitement montré de quels stéréotypes usait l'historiographie romaine pour "charger" la mémoire d'empereurs qu'elle voulait transformer en infâmes tyrans. Ils sont systématiquement accusés d'impiété envers les dieux, de cruauté arbitraire, de lubricité, de démesure ; ils commettent des exactions financières, ils s'abrutissent dans la vinasse… et ils ne manquent de maltraiter leur propre famille

Ces gens [les mauvais empereurs] sans égards pour les dieux n'en ont pas davantage pour la famille, la leur ou celle d'autrui. Suétone parle de haine pour définir les relations de Tibère avec la sienne, et il ne consacre pas moins de quatre chapitres à énumérer ses mauvais procédés. Il n'avait pas honoré Livia, sa mère, de son vivant ; morte, il lui marchande, selon Tacite, les honneurs funèbres. Caligula va plus loin, en tachant d'un inceste la mémoire d'Auguste : le fondateur de la dynastie aurait eu un enfant de sa propre fille. Suétone laisse entendre que le même Caligula aurait empoisonné Antonia, sa grand-mère, qu'il frustra ensuite de tout faste funéraire : on dit qu'il regarda flamber le bûcher du haut de sa salle à manger. Il élimine successivement son frère et son beau-père, et couche avec toutes ses sœurs. Néron n'a pas été arrangé non plus.Il passe pour avoir couché avec sa propre mère, puis pour avoir fait supprimer à la file son frère adoptif Britannicus - non sans l'avoir une fois ou l'autre violé, Agrippine, sa mère, à qui il consent des obsèques misérables et dont il salit la mémoire devant le Sénat, sa tante Domitia Lepida, sa femme Octavie sous le faux prétexte d'adultère, et sa seconde femme Poppée, qu'il tua d'un coup de pied alors qu'elle se trouvait enceinte (…). Domitien, lui, haïssait son frère Titus, Aurelius Victor soutenant même qu'il l'avait dépêché dans l'autre monde et lui avait ensuite, bien sûr, refusé les honneurs funèbres. Domitien ose insinuer que c'est à lui que Vespasien son père et Titus devaient le trône, et pour faire bonne mesure, il séduit sa nièce, puis la fait avorter : elle en meurt avec l'enfant qu'elle avait de lui. Encore le même détail. Commode, le fils du divin Marc Aurèle, n'avait rien de son père : il tue une de ses sœurs, couche, paraît-il, avec les autres, donne le nom de sa mère à l'une de ses maîtresses et passe finalement, dans l'Histoire Auguste, pour parricide.” (Lucien JERPHAGNON, Au bonheur des Sages, Éditions Desclée de Brouwer, 2004, pp147-148)

livre jerphagnon

Il en allait probablement un peu de même pour les "mauvais bougres" issu du commun des mortels dans le genre de Tigellin : ils ne pouvaient être que chargés de tous les défauts du monde… quitte à tordre la vérité historique afin qu'elle colle parfaitement au projet littéraire des historiens antiques, qui étaient aussi et avant tout des moralistes.