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Sommaire Janvier 2006 :

  • 1er Janvier :
    • Munda : l'art de pédaler dans la paella ! : Clic !
  • 2 Janvier :
  • 2 Janvier :
    • Quand le sigle SPQR a-t-il été inventé ? : Clic !
      • Ornait-il de beaux légionnaires tatoués ? : Clic !
  • 3 Janvier :
    • La légende de la vestale Camane : Comme si, quand on n'est pas laide, on avait droit d'épouser Zeus… : Clic !
  • 4 Janvier :
    • Vorenus et Pullo, des personnages synthétiques… mais pas en toc pour autant ! : Clic !
  • 5 Janvier :
    • Julien rompt la glace au beau pays de Liège… : Clic !
2e PAGE :
  • 9 Janvier :
    • La trilogie Le signe de Rome de Jean-François PAYS : Clic !
  • 12 Janvier :
    • Encore quelques réflexions à propos de la lex de imperio vespasiani : Clic !
  • 12 Janvier :
    • Empereurs et papes : des souliers rouges… et des petites turlutes : Clic !
  • 14 Janvier :
    • Marie-Françoise recherche des gravures (ou dessins) de la Villa Hadriana : Clic !
  • 16 Janvier :
    • Un délire incroyable ! : Clic !
      • Domitien II récupéré ? : Clic !
  • 17 Janvier :
    • Un Jésus confectionné en patchwork avec Jean-Baptiste comme toile de fond ? : Clic !
3e PAGE :
  • 18 Janvier :
    • Le Colosse de Néron recyclé en bel Apollon ? : Clic !
    • L"épais mystère des élégantes crolles d'Auguste… : Clic !
    • Auguste était-il du signe du capricorne ? : Clic !
  • 18 Janvier :
    • Comment Titus célébra-t-il son triomphe sur les Juifs : Clic !
  • 21 Janvier :
  • 24 Janvier :
    • Locuste assaisonna-t-elle les petits plats de Caligula ? : Clic !
      • … et le potage de Passienus, le second mari d'Agrippine ? : Clic !
    • Tigellin aconita-t-il ses tontons ? : Clic !
4e PAGE :
  • 27 Janvier :
    • La Victoire du Sénat à tous les diables ? : Clic !
    • Des Romains aux Indes ? : Clic !
  • 27 Janvier :
    • Rendons à Ponce Pilate le grade qui lui revient…  : Clic !
  • 29 Janvier :
    • La persécution de Valérien : le Sénat complice ?  : Clic !
    • Quand Valérien le Jeune mourut-il ?  : Clic !
    • Valérien : pas de tractations avec les ravisseurs irakiens !  : Clic !
  • 30 Janvier :
    • Le chic pour casser du barbare sans états d'âme…  : Clic !
    • Barbares hirsutes et Gallia comata : Clic !
  • 31 Janvier :
    • Quelques modestes réflexions sur la religion du divin Jules  : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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1er Janvier 2006
Jean-Michel a écrit :
 

Sur votre page relatant l'épopée de Jules César, j'ai relevé une petite "coquille" et notamment sur la bataille décisive de Munda.

"La dernière bataille entre le divin Jules et ses adversaires pompéiens se déroula le 17 mars -45 à Munda, non loin de Tolède."

Il me semble, selon mes sources (confirmées par le livre de Max Gallo, César Imperator), que le lieu-dit de la bataille se situe dans les environs de Cordoba (Corduba), aux abords du village de Montilla (Munda), aujourd'hui célèbre pour ses vins blancs sec (technique de fermentation du Xérès, vinification qui ne viendrait-elle pas des Romains ?).

Erreur rectifiée dans votre réponse à un internaute mais laissant apparaître une autre sur la date qui est bien le 17 Mars 45 av. J.-C.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci d'avoir pris la peine de me signaler ces erreurs, que vous êtes assez indulgent pour qualifier de coquilles et que je me suis empressé de corriger.

Cela fait vraiment plaisir que d'être lu par des internautes tel que vous, attentifs et perspicaces !

 
 
 
2 Janvier 2006
François BACHELOT a écrit :
 

À une époque où il faut faire vite, j’ai pris le temps (plus de 20 ans) pour écrire une monographie :

« Éléphants des Armées, de la gloire à l’oubli » (voir : elephants-armees.com)

qui devrait intéresser, je l’espère, les grands et les moins grands.

elephants soldats

Loin des photographies habituelles, usées à force d’être reproduites, représentant les pachydermes regroupés sous un ciel ombrageux autour d’une mare, ce livre s’intéresse à une page glorieuse de leur histoire.
Ils n’ont pas toujours été traqués et chassés par l’homme. Ils ont, avec les empereurs romains d’Orient, partagé leurs ambitions territoriales ; avec les Grands Moghols, ils ont été les acteurs de fêtes fantastiques ; avec les va-nu-pieds de la piste Hô Chi Minh, ils se sont battus pour survivre…

Au désir d’être le plus complet sans être monotone sur le sujet, j’ai ajouté le plaisir de l’illustration, comme savaient le faire nos aînés du XIXe siècle.

Je reste à votre disposition pour vous apporter de plus personnelles informations sur le contexte, le contenu et la forme de ce travail (email : francois.bachelot@elephants-armees.com)

 
 
 
2 Janvier 2006
Audrey a écrit :
 
J'aimerais savoir à quelle période est apparu le symbole SPQR dans l'empire est s'il est vrai que les légionnaires l'avaient tatoué sur l'épaule gauche.
 
 
 
RÉPONSE :
 

À mon humble avis, le fameux sigle SPQR (voir ici : Clic ! et Clic !) doit être presque aussi vieux que la république romaine elle-même. Il devrait donc être apparu aux environs du VIe ou du Ve siècle avant notre ère.
Il faut aussi souligner que ce sigle ne fut jamais abandonné : même dirigée par des empereurs de plus en plus autocratiques, Rome resta toujours, en droit sinon en fait, une République dont les légions combattaient et les magistrats agissaient au nom "du Sénat et du Peuple romain".

Le tatouage de ce sigle sur l'épaule gauche des légionnaires… et en particulier sur celle du général Maximus du film Gladiator ?
Sur ce point aussi, je peux me tromper, mais je n'ai pas l'impression que ce détail est historique. Je pense que tout bon citoyen romain eût été indigné d'être marqué de telle sorte, comme un esclave, ou tatoué comme les barbares scythes, germains ou pictes qu'ils devaient combattre.
Cela dit, il n'est peut-être pas impossible que les déserteurs ou les couards se soient vus apposer une flétrissure de ce genre. Un peu comme, sous l'Ancien régime, on marquait l'omoplate gauche des criminel(le)s à l'aide d'un fer rougi en forme de fleur de lys.

D'AUTRES INFOS SUR
LES TATOUAGES DES LEGIONNAIRES

Voyez par ici : Clic !

 
 
 
3 Janvier 2006
Stéphanie a écrit :
 

J'ai vu récemment à la télévision les épisodes de la série Empire. J'aimerais savoir s'il y a eu, en vrai, de quelconques sentiments entre la vestale Camane et l'empereur Auguste ou, s'il s'agit d'un amour fictif pour donner plus de charme à la série.

Merci d'avance

 
 
 

RÉPONSE DE Michel ELOY (Site PEPLVM - Images de l'Antiquité)

Lucien J. Heldé, du site des EMPEREURS-ROMAINS, qui est aussi le Webmaster de mon site PEPLVM-IMAGES DE L'ANTIQUITÉ, me transmet votre question relative à un feuilleton TV, qui lui semble davantage de mon ressort.

Dans les romans mélos de la fin du XIXe s., quant une femme de la bonne société essuyait une déception amoureuse, elle finissait par prendre le voile et entrer au couvent. Les scénaristes de cinéma - qui se foutent bien de ce que pensaient les Romains, de leur mentalité - s'en sont souvenus comme d'un ressort pour leurs intrigues. Mutatis mutandis, dans la Rome antique, le couvent c'est le collège des Vestales. Ben voyons !
Donc Sophia Loren dans La Chute de l'Empire romain (1964) et Rita Gam dans Hannibal (1960) envisagent de solutionner une passion déçue en entrant dans le collège des Vestales… Il suffisait d'y penser. Dans la version 1937 (inachevée) de I Claudius, Jozef von Sternberg qui avait le sens du show bizz, voulait filmer des dizaines de vestales nues, au grand désespoir de son costumier John Armstrong qui - lui - avait des références. Enfin, dans le Forum en folie (1965), Richard Lester montrait des vestales romaines s'apprêtant à procéder à un sacrifice humain. N'importe quoi. Mais c'est si bon !

Il me souvient d'une table ronde dans le sud de la France où se sont empoignés deux universitaires, la laïque protestant contre la désinvolture avec laquelle l'ecclésiastique décrivait Lygie, l'héroïne de Quo Vadis, livrée à la fureur de l'aurochs habillée d'une blanche robe "de vestale". A juste titre, elle fit remarquer qu'il ne serait jamais venu à l'idée des Romains de revêtir des attributs sacrés des vestales une criminelle chrétienne condamnée ad bestias. La comparaison était saugrenue, mais elle traduit bien le mépris et l'ignorance des chrétiens pour les réalités du paganisme (c'est la pruderie des cinéastes américains qui avait revêtu Deborah Kerr d'une robe blanche : dans le roman de Sienkiewicz comme dans les représentations académiques, et aussi dans le récent film de Kawalerowicz, elle était nue, seulement parée de quelques guirlandes de fleurs).

Lorsqu'un condamné à mort conduit au supplice croisait dans la rue une vestale, il était gracié. A la différence des religieuses chrétiennes (en fait, les moralistes chrétiens interdisaient à l'ensemble de leurs coreligionnaires d'assister aux spectacles de cirque ou de théâtre, jugés en bloc comme corrupteurs), les Vestales assistaient aux jeux de l'amphithéâtre - c'est du moins ce qu'a affirmé un polémiste chrétien nommé Prudence. C'est précisément ce fameux passage du Contre Symmaque où Prudence met en doute la pureté des moeurs des Vestales qui est le point de départ de la célèbre toile de Gérôme Pollice verso et de la fameuse controverse du "pouce baissé". Le peintre a représenté lesdites vestales aux premières loges, baissant le pouce pour réclamer la mise à mort du gladiateur vaincu. La réalité était toute autre et leur intervention toujours miséricordieuse. Mais là encore et une fois de plus, le goût du sensationnalisme et l'enseignement du mépris ont prévalu.

Les vestales étaient les servantes de la déesse du foyer, Vesta, dont la flamme brûlait perpétuellement. A l'origine, la fonction était exercée par les filles de rois, plus tard par des jeunes filles issues de l'aristocratie. Au nombre de six, elles habitaient une maison à côté du temple rond (tholos) de la déesse, sur le Forum, juste derrière la Regia - la demeure du Pontifex Maximus, qui les choisissait et exerçait sur elles une autorité paternelle. Aulu-Gelle (Nuits attiques, I, 12) nous a conservé les strictes règles régissant la "prise " (capere) des Vestales : être d'une lignée irréprochable, n'avoir aucune tare physique et, bien sûr, être vierge. On devenait vestale à l'âge de sept ou huit ans. Les jeunes filles prononçaient un voeu de chasteté et demeuraient en fonction pendant trente ans (au début, cinq ans), à l'issue desquels elles retournaient à la vie civile. Elles étaient alors libres de se marier, mais cela demeurait rare une telle union étant considérée comme de mauvais augure.

Si EMPIRE avait été un thriller contemporain, Camane aurait été la gentille "clerc de notaire" déjouant la magouille destinée à spolier le gentil héritier d'un empire milliardaire. Puis elle l'aurait épousé, ensuite elle aurait bien sûr divorcé, puis exigé une pension alimentaire exorbitante, que sais-je encore… Drôle de pays l'Amérique. Je préfère les Romains, plus rassurants.

Non, désolé, Camane est un personnage imaginaire. Du reste, les vestales étant recrutées parmi les grandes familles, il aurait fallu imaginer l'existence d'un - ou plusieurs - Camanius (les filles recevant comme prénom le patronyme paternel, en l'occurrence Camana) lequel brille par son absence dans mes dictionnaires, toutes époques de l'histoire romaine confondues. Camane a été créée par les scénaristes parce que c'était généralement chez les Vestales, sur le Forum, que les nobles citoyens romains déposaient leur testament. Or ce testament de César est bien au centre du débat, dans EMPIRE. Voici le passage de Suétone qui traite du testament de Jules César : "A la requête de Lucius Pison, son beau-père, on ouvrit et on lut dans la maison d'Antoine le testament que César avait écrit aux dernières ides de septembre (45 av. n.E.), dans sa propriété de Lavicum, et qu'il avait confié à la grande Vestale. Quintus Tubéron rapporte qu'il n'avait pas cessé, depuis son premier consulat jusqu'au début de la guerre civile, de désigner pour héritier Cn. Pompée et qu'il avait lu devant l'assemblée des soldats un testament rédigé dans ce sens. Mais dans son dernier testament, il institua trois héritiers, les petits-fils de ses soeurs, Gaius Octavius, pour les trois quarts, Lucius Pinarius et Quintus Pédius, pour l'autre quart; à la fin il déclarait même adopter Gaius Octavius, en lui léguant son nom; il désignait plusieurs de ses assassins parmi les tuteurs du fils qui pourrait lui naître, et même Decimus Brutus parmi ses héritiers de seconde ligne. Il léguait au peuple, collectivement, ses jardins voisins du Tibre, et trois cents sesterces par tête" (Suét., Cés., LXXXIII). telesuite empire - camane

Les choses ne furent pas faciles entre Octave et Antoine, et avant de finir par se réconcilier contre Cassius et Brutus, les deux rivaux eurent même à s'affronter sur un champ de bataille, à Mutina (Modène). C'est d'ailleurs cette bataille qui clôture la télésuite EMPIRE, mais son déroulement fut bien différent de ce que raconte le film - pas de "légion perdue" retrouvée; et Octave y participa en temps que préteur, sous l'autorité des consuls Pansa et Hirtius qui commandaient les forces légales de la république.

D'une manière générale, le scénario d'EMPIRE est très fantaisiste, Octave était suffisamment entouré pour n'avoir jamais eu à se cacher de ses ennemis, et moins encore à se retrouver esclave dans une école de gladiateurs lovecraftiennement nommée Arkham. Pure fantaisie aussi que ce général nègre nommé Magonius, fidèle à César : s'il y eut probablement quelques hommes de couleur parmi les mercenaires numides de César, aucun de ces auxiliaires ne risquait d'un jour devenir un "général romain". Si la chose vous tente, vous pouvez retrouver la relation exacte de ces treize mois qui séparent l'assassinat de César (15 mars 44) et la bataille de Modène (14 avril 43), qui font l'objet d'EMPIRE, dans n'importe quelle bonne bio d'Auguste, par exemple celle de Pierre Cosme (Auguste, Perrin, 2005), ou le roman d'Allan Massie (Auguste. Mémoires d'un Empereur, Flammarion, 1986).
Notez que la télésuite nous présente Octave comme un dragueur impénitent (la fille du sénateur Cimber, puis Camane). La sexualité d'Octave a toujours été assez trouble, à la fois débauché et puritain en tant qu'Auguste. Il faut savoir que, devenu maître de Rome (j'hésite à écrire "empereur") il encouragea le mariage et la natalité, la guerre civile ayant décimé les grandes familles romaines. Pour cela, il eut à sévir parmi ses courtisans portés aux frivolités; ainsi il condamna à l'exil le poète des amours, Ovide. C'était néanmoins un sacré petit "drôle", notre Gus ! Un sacré coureur de jupons. N'oublions pas qu'avec son assentiment, il… "confisqua" pour en faire son épouse l'ambitieuse Livia, mariée à un Tiberius Claudius Nero plus tout jeune (et à cette occasion, écrit Suétone, il aima à se comparer au fondateur de Rome, Romulus, enlevant une Sabine à son mari).
Il faut toujours prendre avec beaucoup de prudence les affirmations concernant la sexualité de ces personnages historiques : les accusations de débauche ou d'inversion faisaient partie de la rhétorique politique, armes ordinaires dans l'univers machiste romain pour dénigrer un adversaire. Que n'a-t-on glosé sur Jules César "mari de toutes les femmes, femme de tous les maris", ainsi que chantaient ses légionnaires pour conjurer le mauvais sort. Or si l'on examine son "tableau de chasse", on n'y trouverait que des succès féminins !
Ainsi, selon Allan Massie (Auguste. Mémoires d'un Empereur), Octave aurait été adolescent l'amant de Mécène (personnage oublié de la télésuite EMPIRE). Pure conjecture, basée sur les moeurs générales du temps (mais voyez néanmoins Suét., Aug., LXVIII).

Faut-il prendre au sérieux l'allégation de cette vieille concierge de Suétone lorsqu'il évoque ces rumeurs de sodomie qu'Auguste - précise-t-il - nia toujours avec la plus grande énergie (Suét., Aug., XCVIII) ? Pierre Kast (Les mémoires du tyran [il s'agit de Tibère]), a pour sa part fait ses délices d'un autre passage du même paragraphe, selon lequel Auguste n'aimait rien tant que de déflorer des vierges, que des rabatteurs lui amenaient. Pourtant, sa première épouse Clodia (belle-fille d'Antoine, née d'un premier lit de Fulvia avec le trublion P. Clodius Pulcher), qu'il avait épousée à peine nubile pour sceller son alliance avec Antoine, fut répudiée après quelques jours sans que leur union ait été consommée. C'est peut-être cette Clodia renvoyée chez elle encore vierge qui a suggéré aux scénaristes d'EMPIRE l'histoire de la Vestale Camane, à laquelle sagement Octave renonça.

MICHEL ELOY

 
 
 
4 Janvier 2006
Jérôme a écrit :
 
Je viens de regarder la série Rome, et je voudrais savoir si Lucius Vorenus et Titus Pullo ont réellement existé ?
Ont-ils récupéré l'aigle volé en Gaule à César ? Ont-ils survécu à la disparition de la XIIIe légion alors qu'elle se rendait en Grèce ? Ont-ils combattu au côté de César en Egypte ? Vorenus est-il vraiment devenu un magistrat puis un sénateur ? et Pullo a-t-il vraiment été un assassin ?
 
 
 

RÉPONSE DE Michel ELOY (Site PEPLVM - Images de l'Antiquité)

Lucien J. Heldé, du site des EMPEREURS-ROMAINS, qui est aussi le Webmaster de mon site PEPLVM-IMAGES DE L'ANTIQUITÉ, me transmet votre question relative à un feuilleton TV, qui lui semble davantage de mon ressort.

Oui, Titus Pullo et Lucius Vorenus ont bien existé. Mais qu'ils aient appartenu à la XIIIe légion n'est qu'une possibilité, non une certitude. Etaient-ils aux côtés de César en Egypte, c'est possible, plausible même, mais on n'en sait rien. Pullo assassin, Vorenus sénateur… c'est du roman, plausible bien entendu, mais du roman (encore que de l'extraction bassement prolétarienne de Vorenus, fils d'un affranchi… à un siège au sénat, il y a loin).
La XIIIe fut-elle engloutie en traversant la mer, entre Brundisium (Italie) et Palaeste (Grèce) ? Oubliez ça. Aucune des trois ou quatre bios de César que j'ai consultées ne parle de légion engloutie, pas même d'un seul légo qui se serait noyé en vomissant par-dessus la rambarde ! Il est vrai, par contre, que les effectifs de César avaient… fondus. Des douze légions césariennes convoquées à Brundisium pour poursuivre Pompée, cinq seulement furent au rendez-vous, et encore en sous-effectif (désertions, maladies). Arrivé à Brundisium à la mauvaise saison - le 22 décembre 49 selon le calendrier préjulien (soit le 17 novembre 49 [Le Verrier] ou le 26 octobre 49 [Groebe] dans notre calendrier julien - merci Jules !) -, César attendit bien sagement que la tempête s'apaise. Voici ce qu'écrit Eberhard Horst : "Le 4 janvier 48, la mer étant un peu plus calme, César donna l'ordre d'appareiller. Seuls 21.000 hommes se trouvaient péniblement entassés à bord des rares transports disponibles. Ils débarquèrent près de Palaeste (Palasa) sur la côte de l'Epire au sud de Valona, l'actuelle Vlorë en Albanie. Cette traversée de l'Adriatique avec des forces si réduites représentait un risque énorme. Que César l'eût assumé ne peut s'expliquer que par sa volonté de ne jamais laisser à l'ennemi le temps de se ressaisir, et de toujours garder l'initiative.
L'effet de surprise réussit, bien que 600 navires pompéiens environ eussent surveillé la mer. Personne ne s'attendait, en cette saison, à un débarquement venant de l'[ou]est, ni Pompée qui conduisait lentement son armée sur le côte, ni le commandant de sa flotte, Bibulus, qui croisait au large de Corcyre (Corfou) avec 110 bateaux. Ce dernier manqua l'occasion de mettre fin rapidement à l'entreprise de son ancien coconsul haï. Seuls les transports qui repartaient à vide chercher le reste des légions à Brundisium tombèrent entre ses mains; il en coula trente avec leur équipage" (Eberhard Horst, César. Une biographie, Fayard, 1981, p. 284).

Pompée non plus n'avait essuyé de pertes. Il avait fait franchir le canal d'Otrante à ses troupes en deux fois : le 4 mars 49, les deux consuls et trente cohortes avaient embarqué pour Dyrrachium; le 17 mars [26 janvier, calendrier julien], le proconsul Pompée et la vingtaine de cohortes demeurées en Italie traversèrent à leur tour (J. Van Ooteghem, Pompée le Grand, bâtisseur d'Empire, 1954, pp. 551-552).

Vous savez, il faut accepter que certains détails soient montés en épingle, modifiés, transposés ou exagérés pour rendre l'histoire plus intéressante. Cette tempête, c'est César lui-même qui l'a essuyée dans une barque de pêcheur, quelques semaines plus tard lorsqu'encerclé par les Pompéiens en Grèce, il tenta de rentrer seul en Italie pour aller chercher des renforts ("Que crains-tu ? Tu portes César et la fortune de César", aurait-il dit au pauvre nautonier effrayé). En ces circonstances, son questeur Marc Antoine, demeuré en Italie, prit l'initiative de lui amener des renforts et manoeuvra brillamment pour duper la vigilance des Pompéiens et faire sa jonction avec César pour leur infliger une défaite. Je ne pense pas que ce détail ait été mis en valeur dans ROME (que j'ai vu en VO, le détail m'a peut-être échappé).

Mais revenons à Pullo et Vorenus. Tout ce que nous savons d'eux tient en une seule anecdote de la guerre des Gaules (V, 44) dont j'ai reproduit le texte sur mon site : ils étaient tous deux centurions (dans le téléfilm, seul Vorenus est centurion, Pullo est un simple légionnaire), mais César ne nous précise pas à quelle légion ils appartenaient. Les centurions Pullo et Vorenus se trouvaient dans le camp de Q. Cicéron, quelque part sur la Sambre, lorsque les Nerviens etc. vinrent les y assiéger à l'automne 54, et qu'ils se signalèrent par un acte de bravoure que rapporte César, lequel aimait magnifier ses centurions, soldats professionnels (au contraire de ses légats, ses "généraux"). A quelque distance de là, et au même moment, les légats Sabinus et Cotta sont assiégés dans l'Atuatuca par les Eburons. Ils ont sous leurs ordres quinze cohortes, soit une légion et demie, appartenant aux légions XIII et XIV. Nous ignorons quelle part exactement de leur effectif se trouvait dans l'Atuatuca… ou ailleurs : ce qui veut dire que Vorenus et Pullo - qui n'étaient pas dans l'Atuatuca - pouvaient aussi bien appartenir à une vexillation de la XIII, de la XIV ou d'une autre (sur les différentes légions de César pendant la guerre des Gaules, je vous renvoie à mon dossier VERCINGETORIX). Les scénaristes, eux, ont choisi. Il le faut bien.

J'ai gardé l'aigle pour la fin. L'aigle perdue est un vieux fantasme de la littérature romanesque, j'en ai déjà traité sur le site des EMPEREURS-ROMAINS (voir ici : Clic !) Et je viens, du reste, de pondre un gros dossier pour PEPLVM-IMAGES, consacré à ARMINIUS et au massacre des trois légions de Varus, où il est entre autres question de deux aigles légionnaires conquises par les Germains. A ma connaissance, César n'a jamais perdu aucune aigle pendant la guerre des Gaules. Il en a peut-être perdu une, mais alors il ne s'en est jamais vanté. En effet, dans l'épisode de l'Atuatuca sus-évoqué, César raconte que l'aquilifer Lucius Petrosidius se fit tuer sur place pour protéger l'aigle qu'il avait jetée par-dessus les remparts du camp. Quelques jours plus tard, les quinze cohortes de la XIII et de la XIV qui étaient dans le camp sont exterminées. Quid de leur aigle, chèrement sauvegardée par l'héroïque Lucius Petrosidius ? César n'en dit rien. Mais les scénaristes de ROME s'en sont visiblement inspirés, au gré de leurs paramètres de crédibilité…

J'aime vraiment beaucoup cette télésuite ROME, car elle montre la précarité du petit peuple, des esclaves, des anciens combattants qui essaient de survivre à côté de leurs nobles généraux lesquels tiennent le haut du pavé. Devenir brigands ou chômeurs, il n'y avait pas grand choix pour les démobilisés. Tel fut le problème des grands condottieres de la fin de la république : "caser" leurs vétérans, des gens qui ne possédaient rien, et à qui il fallait donner quelque chose au terme de leur engagement, pour s'assurer leur clientèle. Mais les grands propriétaires du sénat étaient généralement hostiles à ces distributions.

La personnalité de Vorenus désapprouvant la politique de son patron César (pourtant toujours enclin à pardonner à ses idiots de concitoyens qui, ne partageant pas ses vues, avaient pris les armes contre lui), me rappelle Titus Labienus. C'était, en Gaule, le meilleur des généraux de César. Mais, originaire du Picenium comme son patron Pompée, il avait pris du service dans l'armée de César lorsque les deux triumvirs étaient amis. Un observateur superficiel dira que Labienus trahit César. Je serais plus nuancé : Labienus demeura fidèle à son patron Pompée, et il faut louer sa loyauté. L'attitude du pur républicain Vorenus est assurément calquée sur ce personnage historique. Et Vorenus ne fut certainement pas le seul Romain à avoir dû, un jour, faire un choix de ce genre…

telesuite rome

MICHEL ELOY

 
 
 
5 Janvier 2006
NIcole a écrit :
 

J'ai lu - et je ne sais plus où, bien entendu… - que l’empereur Julien faisait chaque jour briser la glace sur la Meuse pour assurer la navigabilité des cursoriae.

Pourriez-vous me confirmer cette information et me donner quelques références ? Je cherche en outre des informations sur les navires-courriers (navigation fluviale).

Merci infiniment pour votre réponse très attendue ! ;-)

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je ne suis pas très qualifié pour disserter sur la batellerie gallo-romaine… En revanche, cette anecdote relative à l'empereur Julien, dit "l'Apostat" est davantage dans mes cordes.

Au livre XVII de son Histoire de Rome, Ammien Marcellin rapporte que le jeune César (à cette époque, il n'était encore que le co-empereur de son auguste cousin Constance II), revenant d'une campagne victorieuse conte les Alamans, apprit qu'une bande de 600 pillards francs s'était réfugiée dans des fortins en bord de Meuse (sans doue aux environs de Lixhe, près de Visé). Il décida donc de les assiéger, histoire de démontrer aux Barbares de tout poil que, dorénavant, aucune incursion hostile en territoire romain ne resterait impunie. "Mais à cause de l'incroyable opiniâtreté des barbares, les travaux de siège traînèrent en longueur pendant cinquante-quatre jours, c'est-à-dire la presque totalité des mois de décembre et de janvier. Les nuits étant alors sans lune et la rivière gelée, le prévoyant Julien craignit que l'ennemi ne profitât de cette circonstance pour faire retraite. Aussi, il fit quotidiennement, du coucher du soleil jusqu'au lever du jour, croiser sur le fleuve des soldats montés sur des barques légères [en latin, « lusoriæ naves », c'est-à-dire des navires de surveillance, ou « vedettes », affectées également aux patrouilles sur le Rhin] allant et venant pour briser la couche de glace et interdire à quiconque de forcer le blocus. Voyant cette ressource leur manquer, et réduits aux abois par la fatigue et la faim, les Francs se firent reddition, et furent aussitôt dirigés vers la cour de l'empereur [Constance II]. Une foule de Francs avait essayé d'opérer une diversion pour les dégager ; mais apprenant que leurs compatriotes avaient été pros et déportés, ils rebroussèrent chemin sans pousser plus loin la tentative. La campagne étant donc terminée, César [Julien] alla passer le reste de l'hiver chez les Parisiens." (AMMIEN MARCELLIN, Histoire de Rome, livre XVII, chap. 2 - voir : agoraclass.fltr.ucl.ac.be).

Ainsi que vous avez pu le lire, ne n'est donc pas pour faciliter la navigation hivernale que Julien ordonna que l'on brise les glaces qui recouvraient la Meuse. Il s'agissait seulement d'une opération stratégique ponctuelle, destinée à éviter que de dangereux ennemis parviennent à s'échapper et recommencent à mettre à sac d'autres provinces romaines.

julien soldat, julien l'apostat

Julien dit l'Apostat