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Sommaire Septembre 2005 :

  • 4 Septembre :
    • GRICCA : Une mise au point sur l'empereur Jean : Clic !
        • Quelques conseils de lecture : Clic !
  • 8 Septembre :
    • Un peu de respect pour N.S. Jésus-Christ et ses bons apôtres, que diable ! : Clic !
  • 10 Septembre :
    • Quelques réflexions sur la politique religieuse de Septime Sévère : Clic !
    • … ainsi que sur les morts édifiantes d'empereurs qui le furent bien peu : Clic !
  • 16 Septembre :
    • À la recherche de traces de Chrétiens en Géorgie, sous Trajan : Clic !
  • 18 Septembre :
    • Le surnom (cognomen) des empereurs : Clic !
  • 18 Septembre :
    • Tite-LIve marchait-il pour Auguste ? : Clic !
2e PAGE
  • 22 Septembre :
    • SPQR : précisions d'ordre grammatical : Clic !
  • 23 Septembre :
    • Des infos sur Milevum ? : Clic !
  • 23 Septembre :
    • Matidie la Jeune, une (très) obscure arrière-nièce de Trajan : Clic !
  • 26 Septembre :
    • Où votre cher webmaster s'emmêle les pinceaux à propos des épouses de Tibère : Clic !
  • 27 Septembre :
    • Jésus, fils de Joseph, de Judas de Gamala, d'un soldat romain… ou d'Hérode le Grand himself ? Ubi est veritas ? : Clic !
  • 27 Septembre :
    • Le limes impérial : pour tordre le cou à des idées reçues, quelques précisions d'un historien bien informé ! : Clic !
3e PAGE
  • 28 Septembre :
  • 28 Septembre :
    •  Les frères (et sœurs) de Jésus : simplement ses cousins ? : Clic !
      • Une bonne et saine lecture : Le Manuscrit du Saint-Sépulcre de Jacques NEIRYNCK : Clic !
  • 30 Septembre :
    •  D'autres moyens mnémotechniques pour se rappeler l'ordre de succession des empereurs… : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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4 Septembre 2005
Gricca a écrit :
 

Une mise au point sur l'empereur Jean (423-425)

Pendant les vacances, j’ai eu le loisir de relire plusieurs de vos notices sur les empereurs romains. Un ami, qui a eu la gentillesse de m'héberger quelques jours, m’a fait remarquer que la notice sur Jean lui paraissait quelque peu erronée. De retour chez moi je me suis empressé de vérifier ses dires et en effet une mise au point semble s’imposer.

La carrière que vous donnez à Jean est sans doute tirée du livre de François Zosso et Christian Zingg, « Les empereurs romains 27 av. J.-C. – 476 ap. J.-C. », des éditions Errance. Malheureusement ici les auteurs confondent Jean le futur empereur avec un autre Jean qui fut bien notaire en 394, premier des notaires en 408, maître des offices d’Attale en 409 et préfet du prétoire d’Italie et d’Afrique en 412-413, mais il ne s’agit pas de notre empereur sur lequel on ne sait rien, sinon qu’à la mort d’Honorius, le 15 août 425, il était aussi premier des notaires (primicerius notariorum) c’est à dire le doyen et le chef de tous les notaires impériaux, c’est un personnage clé de l’administration car c’est lui qui délivre les codicilles de nominations de toutes les dignités et charges civiles et militaires.

La mort d’Honorius sans héritier laissait le trône vacant, d’autant qu’il venait de se brouiller avec sa demi-sœur Galla Placidia. Celle-ci s’était réfugiée auprès de son jeune neveu Théodose II, à Constantinople, avec ses deux jeunes enfants Honoria et Valentinien issus du co-empereur Constance III décédé en 421.
A l’annonce du décès d’Honorius, elle revendiqua la succession pour son fils Valentinien. Mais Théodose II n’y fut pas favorable et comme il semblait finalement qu’il resterait seul empereur ce qui aurait eu pour conséquence la suppression de la cour occidentale, les fonctionnaires auliques à Rome réagirent en nommant empereur le principal des leurs, Jean, entre septembre et décembre 423 (le 20 novembre 423 selon les annales de Ravenne).
A Ravenne le général (magister militum) Castinus se rallia à lui avec l’armée. Il ne fut pas l’homme de Théodose II, mais le soutien de Jean qui le fit général en chef des armées d’Occident (magister utriusque militiae praesentalis) et consul en 424, non reconnu d’ailleurs par l’Orient qui eut son propre consul, Victor, non reconnu par l’Occident. Car si l’Occident (à l’exception de l’Afrique tenue par Boniface qui se déclara en faveur de Galla Placidia, il faut dire qu’il s’était querellé l’année précédente avec Castinus en Espagne) avait reconnu Jean, Constantinople évidemment lui refusa toute reconnaissance et le traita comme un usurpateur.

jean - johannes

Théodose II se décida alors à soutenir la cause de Galla Placidia et Valentinien III et à envoyer contre le tyran deux armées, l’une par terre commandée par Aspar et Candidien, l’autre par mer dirigée par Ardabur. En cours de route à Thessalonique, Valentinien III était proclamé César le 23 octobre 424 par le comte et maître des offices Hélion.
On connaît la suite, Castinus ne devait pas disposer de beaucoup d’hommes pour faire face à cette double attaque, et Jean se montra trop conciliant envers ses adversaires, espérant peut être toujours une reconnaissance de Théodose II. Capturé à Ravenne, l’usurpateur sera conduit à Aquilée où était arrivée Galla Placidie qui le fera exécuter vers mai/juin 425, les actes de son règne furent invalidés. Castinus sera exilé.

Il est curieux de constater que Jean a laissé plus de souvenir en Orient qu’en Occident qu’il avait d’ailleurs négligé pour l’Italie : Procope de Césarée (c.500-560), dans sa Guerre contre les Vandales, le décrit comme un homme modéré et doux. Théophane le Confesseur (c.760-818), dans sa Chronique, le dit Vandale, mais là il semble y avoir eu confusion avec le vandale Jean, général en Thrace en 44. Enfin, Nicéphore Calliste Xanthopoulos (c.1256-c.1335), dans son Histoire ecclésiastique, dit que Jean était un Goth.

Rubrique : Livres et parutions

Je recommande un petit ouvrage qui vient de sortir sur les Romains exposé sur le site : www.ideesrecues.net

Par ailleurs, sort actuellement en librairie une série de livres anciens ou nouveaux sur l’Afrique romaine, en raison de la nouvelle question posée en Histoire ancienne pour le CAPES 2006 et sur laquelle je renvoie sur le site : www.forum-capes.org

Enfin, pour les amateurs, deux sorties intéressantes annoncées pour le mois prochain :

  • Le 7 octobre 2005 : L'empire gréco-romain de Paul VEYNE - Seuil Collection Des Travaux - ISBN 2020577984 ; 23,75 EUR ; 864 pages
  • Le 15 octobre 2005 : Le Dictionnaire de l'Antiquité de Jean LECLANT - Éditeur PUF ; ISBN : 2-13-055018-5 ; 49,00 EUR ; 2464 pages 200 mm x 150 mm
    Présente les civilisations antiques qui se sont développées autour du bassin méditerranéen du IVe millénaire av. J.-C. jusqu'au VIe siècle apr. J.-C., de la protohistoire jusqu'à Justinien, à travers 3.200 articles. Traite des institutions, des savoirs, des événements, des questions d'environnement, de société, de comportements et de relations internationales. Plus de 500 auteurs ont été mis à contribution.

GRICCA

 
 
 
8 Septembre 2005
Renaud a écrit :
 

Je suis chrétien et je viens de lire quelques lignes de votre site…
Je trouve certains de vos propos irrespectueux vis-à-vis de Pierre ou de Jésus-Christ…
Je vous encourage à lire ce que fut leur vie dans la Bible et vous verrez combien ils furent artisans de paix et hommes de convictions… et tellement plus encore !!!

C'est bien évidemment votre droit de ne pas croire que Jésus est le fils de Dieu, de notre Dieu créateur, mais soyez, je vous prie, respectueux, de ces hommes qui ont donné leur vie (au propre comme au figuré) et de tous ceux qui croient en ce qu'ils ont professé…

REACTION A CE COURRIER :
Voir ici : Clic !

 
 
 
RÉPONSE :
 

Lorsque, il y a maintenant presque cinq ans, j'ai créé ce site internet consacré aux empereurs romains, dans lequel je m'attache également, et plus spécifiquement, à leurs rapports avec le christianisme naissant, je m'attendais à recevoir nombre de réactions réprobatrices - voire furibardes - de Chrétiens outrés par mes propos - je l'admets bien volontiers - souvent irrévérencieux. Or, ce ne fut pas le cas !… Si j'ai reçu de très nombreux mails d'internautes (même émanant de croyants convaincus ou d'ecclésiastiques à l'esprit ouvert !) approuvant ma démarche et appréciant le ton familier de textes traitant de ces matières dites sacrées, je peux compter sur les doigts d'une seule main ceux émanant de croyants offusqués par ma prose.
Naturellement, je ne publie que rarement les messages élogieux qui, à vrai dire, relèvent plutôt de la sphère personnelle et dont le caractère répétitif risquerait, à la longue, de lasser les fidèles visiteurs de mon site. En revanche, je me fais un devoir de mettre en ligne toutes ces critiques stigmatisant mon prétendu parti pris antichrétien ainsi, évidemment, que mes réponses à ces reproches que j'estime, le plus souvent, assez mal fondées ou nettement exagérées.

Comme j'ai cru comprendre que votre visite sur mon site fut assez brève, voici - au cas où elles vous intéresseraient - les liens qui vous permettront d'accéder à ces correspondances dont vous n'avez probablement pas eu le temps de prendre connaissance :

  • Une volée de bois vert : Clic !
  • Acharnement anti-chrétien ? : Clic !
  • Ce site risque-t-il de "polluer" de jeunes esprits influençables ? : Clic !
  • Néo paganisme suspect ? : Clic !
  • Un combat contre le christianisme ? : Clic !
  • Valeurs chrétiennes et extension du droit d'exégèse critique à toutes les religions… : Clic !
    Et enfin :
  • "Paix aux hommes de bonne volonté" : Clic !

Cela dit, je ne comprends pas très bien pourquoi je me devrais d'être respectueux envers Jésus ou saint PIerre. À mon modeste niveau - qui est celui d'un "historaillon" amateur - j'essaye d'agir comme les exégètes "professionnels", croyants ou non, qui s'échinent à disséquer les Écritures dites Saintes afin de distinguer les minces indices qui permettraient d'accéder à une ébauche de vérité historique. Dans cette optique, les personnages du Nouveau Testament sont nécessairement réduits au statut d'objets d'histoire, si j'ose dire. Pour ces "personnages objectivés", on peut, certes, éprouver de la sympathie ou, au contraire, de l'aversion. Mais jamais au grand jamais, il n'est permis de les respecter : ce serait les rendre intangibles, les statufier - ou les momifier - une fois pour toutes ! Respecter la Bible et ses protagonistes, cela revient, en fait, à renoncer à tout travail d'exégèse.
Autant revenir à une époque où les Livres saints chrétiens étaient considérés de la même façon que le Coran l'est encore aujourd'hui par beaucoup de Musulmans, c'est-à-dire comme la parole, incarnée, intangible et universelle, de Dieu Lui-Même ! On sait assez à quelques dérives peuvent mener de telles conceptions…

En revanche, j'éprouve - mais plutôt individuellement que collectivement - beaucoup de respect pour tous les croyants, quels qu'ils soient. Croyez bien qu'il n'entre nullement dans mes intentions de forcer qui que ce soit à croire ce que je crois (que, d'ailleurs, je serais bien en peine de formuler puisque, en l'occurrence, mes questions métaphysiques sont nettement plus nombreuses que mes réponses dogmatiques). Tout qui accède à mon site internet est libre, sans bourse délier, soit de poursuivre sa lecture si ce que j'exprime lui agrée et si mon ton impertinent ne l'agace pas trop, soit de zapper vers d'autres pages Web plus conformes à ses convictions.
Dans un cas comme dans l'autre, cet internaute aura fort bien fait !…

 
 
 
10 Septembre 2005
Vivien a écrit :
 

Je viens de lire votre article consacré à Septime Sévère. Une thèse veut que cet empereur, le premier non-romain de souche - bien que l'Italo-espagnol Trajan et qu'en général pas mal d'empereurs n'étaient pas des Romains de l'Urbs, généraux revenant pour une intronisation comme Vespasien, par exemple - une thèse veut donc que cet empereur se soit progressivement identifié à Sérapis, dont le culte était très apprécié à Lepcis Magna (future capitale de la Tripolitaine de Dioclétien un peu plus tard d'ailleurs).

Le monnayage - présent sur votre page - montrant l'empereur avec une barbe fourchue, chevelure bouclée et stature droite est une première indication, son épouse, Iulia Domna, identifiée, quant à elle, tantôt à Cybèle, tantôt à Déméter. Le second indice provient du fait qu'il dressa un temple consacré à Sérapis à Rome. Enfin, Sérapis, qui évolue en "Zeus Helios Serapis", sorte de mix culturel des influences Romaines, Puniques et Africaines, connaîtra son apogée sous Élagabal, grand prêtre du culte solaire dérivé de ce culte à Sérapis.

D'autre part, peut-on maintenant supposer le revirement de Septime Sévère envers les Chrétiens & Juifs, comme vous l'avez justement présenté, comme une réaction purement religieuse, de persécution ? je suis totalement de votre avis à ce sujet : pour les empereurs, la persécution n'a qu'une visée de protection politique envers un groupe social jugé dangereux, et non d'affirmation ou de domination religieuse.

Quand on voit comment le vieux Septime s'est joué de ses adversaires en nommant Clodius Albinus César pour dézinguer l'autre prétendant Pescennius Niger, on peut supposer qu'après avoir pacifié les Chrétiens par des mesures qui leur étaient favorables (sans doute en Syrie et dans les provinces Africaines, où les Agents ne pouvaient comme à Rome surveiller de près les activités de ces larges communautés), la stabilité politique revenue une fois ses opposants directs éliminés, il s'agissait ensuite de mettre un terme au "danger Judéo-chrétien" qui subsistaient de façon endémique au Proche-Orient.

emp 22

Cela expliquerait en effet pourquoi à Rome, comme vous l'avez fort bien présenté, que l'empereur ne s'attaque pas aux Chrétiens - comme Dèce quelques dizaines d'année plus tard - mais plutôt refait de nouveau une campagne à la mode des Flaviens et des Antonins contre une énième révolte juive (qui n'a de cesse depuis la conquête de Pompée) appuyée par des éléments Chrétiens. La religion n'entre pas en ligne de compte, c'est simplement une révolte à mâter, et l'Histoire Auguste que vous reprenez semblerait corroborer cette idée. L'interdiction de la conversion, et surtout de la propagande se veut, pour ma part, un instrument d'étouffement d'un mouvement pouvant générer une grave menace interne, affaiblissant l'empire sur un second front. Ce que ne pouvait ignorer Septime Sévère.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci pour ces sagaces remarques à propos de Septime Sévère.

II est certain que la plupart des empereurs tentèrent d'unifier idéologiquement les populations, ô combien hétérogènes, de leur vaste empire. Si des césars comme Caligula, Néron ou Domitien ordonnèrent qu'on élève partout des autels où serait célébré le culte des dieux vivants qu'ils prétendaient être, ce n'est pas nécessairement parce qu'ils étaient fous à lier. En l'occurrence ils étaient plutôt en avance de trois siècles sur leur temps ! Même les bons empereurs de la dynastie des Antonins, ces empereurs libéraux, eurent à cœur la diffusion de ce culte impérial qu'ils jugeaient indispensable à la cohésion de l'Empire. Aucun d'eux ne répugna à ce que nous appellerions aujourd'hui "le culte de la personnalité", et beaucoup enrichirent cette religion civique en la dotant de nouveaux éléments propres à rallier les amateurs de cultes plus personnalisés (dieux ou déesses intercesseurs, plus ou moins explicitement amalgamés à des divinités bienfaisantes, comme l'Antinoüs d'Hadrien ou la Faustine l'Ancienne d'Antonin le Pieux).
Évidemment, l'avènement de dynasties plus exotiques, comme celle des Sévères, ne pouvait qu'amplifier le mouvement…

Il me paraît toutefois toujours aussi difficile de ramener l'hostilité de pouvoir impérial romain l'égard du christianisme à la seule composante d'une lutte entre ce culte officiel de plus en plus prégnant et une superstition bénigne, mais illicite. En effet, les prétendues persécutions des Ier, II et IIIe s'expliquent tout aussi bien - voire mieux - par des raisons politico-militaires que religieuses. Est-ce par hasard si les répressions des Chrétiens, de Rome ou d'ailleurs, coïncident systématiquement avec des révoltes juives (souvent de type messianique) et/ou avec des opérations militaires au Proche-Orient ? Est-ce une coïncidence si la persécution de Dèce suit immédiatement le règne d'un empereur (Philippe l'Arabe) si favorable aux chrétiens que l'on peut le soupçonner d'avoir lui-même été un peu plus qu'un simple sympathisant de la secte ? Et pourquoi l'empereur Valérien, jusque-là plutôt du genre tolérant, déclencha-t-il une persécution précisément au moment où le Roi des Rois Sapor attaquait l'Orient romain et s'emparait, avec une facilité déconcertante, d'importantes métropoles déjà fortement christianisées ?

Il en va sans doute de même pour les mesures par Septime Sévère contre les Chrétiens. Alliés circonstanciels lorsqu'il s'agissait d'éliminer Pescennius Niger, ils devenaient gênants, voire dangereux, dès qu'il fut question d'attaquer la Perse et des conquérir la Mésopotamie… L'expérience de Trajan, confronté à une gravissime révolte de la diaspora juive (à laquelle s'étaient fort probablement associés les chrétiens les plus radicaux) alors qu'il guerroyait au-delà de l'Euphrate démontrait à suffisance que les exaltés juifs et judéo-chrétiens demeuraient les alliés objectifs de l'ennemi héréditaire parthe. Et cela ne rata pas ! A peine les légions de Septime Sévère s'éloignèrent-elles vers l'Est que des troubles messianistes éclatèrent, en particulier à Alexandrie (le père du grand théologien Origène fut exécuté lorsque les Romains reprirent en main la turbulente ville).

Dans ce contexte, chercher des motifs religieux à la prétendue persécution de Septime Sévère me paraît assez illusoire : l'empereur africain se contentait de prévenir ou de réprimer les révoltes sporadiques d'indécrottables trublions. Un point c'est tout !

 
 
Vivien réécrit :
 
Merci de toutes ses précisions. Je complète actuellement votre site avec l'excellent livre de François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs Romains, 27-476 ap JC, Éditions Errance, bourré de petites anecdotes supplémentaires amusantes (Par exemple, la mort de Valérien, vue par des auteurs chrétiens, qui dixit, "fut empaillé et peint en rouge" ; il est vrai qu'ils ne pouvaient que se réjouir de sa disparition, mais tout de même !).
 
 
 
RÉPONSE :
 

Oui, moi aussi, j'apprécie beaucoup le bouquin de ZOSSO et ZINGG, fort bien fait, et qui me sert souvent de pense-bête (ô combien !). Et c'est vrai que cette histoire de l'empereur Valérien, horrible persécuteur de chrétiens devant l'Eternel, naturalisé par les taxidermistes perses, farci de paille tel un Gille de Binche (avec ses pauvres vieux grelots en guise d'apertintailles ?), puis passé au minium comme un vulgaire bout de ferraille, vaut son pesant de cacahuètes rissolées à la haine chrétienne !
Notez toutefois que, dans le genre grandquignolesco-macabre, les polémistes chrétiens ont encore fait mieux avec cet autre démon incarné que fut Galère (le bien nommé), pourrissant tout vivant, dévoré par des myriades de répugnantes bestioles au nombre indéfini de pattes (voir ici : Clic !).

Comme vous le sous-entendez, il faut prendre toutes ces historiettes morbides avec un solide grain de sel - voire avec tout un camion d'épandage hivernal ! L'éminent historien Lucien JERPHAGNON, l'a d'ailleurs montré : les procédés utilisés par les historiographes antiques pour stigmatiser les mauvais empereurs sont le plus souvent stéréotypés, répétitifs. Tous boivent comme des trous, forniquent à tout va, commettent des incestes divers et variés ; tous sont cupides, impies et cruels ; beaucoup ont la singulière manie de piétiner leur épouse enceinte… et tous, païens ou chrétiens, meurent "de malemort".
"C'est simple, c'est parlant, et cela met les choses au point. Le modèle du genre serait le « De mortibus persecutorum » de Lactance, qui ne se gêne pas avec l'histoire dès lors qu'il a quelque chose de cet ordre à transmettre : les Césars qui ont persécuté les chrétiens ont tous - doivent tous avoir - des fins éprouvantes, voire horribles. Mais il n'est pas le seul à voir les choses ainsi, et l'on peut à bon droit parler d'un genre littéraire, répandu chez les païens aussi bien que chez les chrétiens. Dans les textes chrétiens, Judas va se pendre et crève par le milieu. Hérode meurt rongé par les vers. De même, Hérodien fait mourir Caracalla dans des conditions peu glorieuses : un soldat le tue alors qu'il s'était posé à l'écart de la troupe à des fins hygiéniques. De même, Héliogabale est rejoint par ses meurtriers dans les toilettes où il s'était placardé à tout hasard, et son corps est jeté dans un égout, qui le vomit aussitôt, façon de dire que le corps du César était plus pollué que les eaux résiduelles de la Ville. De même encore, Arius l'hérétique s'en va rendre aux latrines du forum d'Alexandrie sa vilaine âme : du moins est-ce Athanase qui décerne à sa mémoire cette délicatesse, etc." (Lucien JERPHAGNON, Au bonheur des sages, pp. 280-281, Éditions Desclée de Brouwer, 2004).
livre jerphagnon
 
 
 
Conclusion de Vivien :
 
C'est vrai que c'est assez répétitif, et souvent pour justifier le passage d'une dynastie à une autre (Commode) ou le passage du flambeau lors de l'anarchie des "empereurs guerriers", qui joyeusement prenaient le pouvoir quelques mois, quelques années avec de la chance, se faisaient soit massacrer par leur troupes, soit par un complot qu'ils avaient été moins habiles qu'à l'habitude à contrecarrer, soit sur le champ de bataille (et il y a le choix, en Germanie, devant les Perses ou de peste en Grande-Bretagne).
 
 
 
16 Septembre
Bidzina a écrit :
 

Sur la tombe (romaine) d'Amazasp - commandant d'armée géorgien (Ibérie) qui avait aidé l'empereur Trajan contre les Parthes en 114 - se trouve une inscription où ce "brave et puissant combattant" est comparé à la "timide virgins".
Selon les sources géorgiennes, le frère de Amazasp pourrait être considéré comme en Chrétien, et peut-être cette étrange métaphore dans l'inscription nous montre-t-elle la manière de caractériser cette personne comme un Chrétien.
A votre connaissance y aurait-il un exemple similaire pour le début du Christianisme ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Malheureusement, non, je ne connais absolument rien de similaire à cette étrange inscription. Je ne me souviens d'ailleurs pas avoir jamais rencontré les mots "timide virgins" dans un contexte chrétien… ni païen d'ailleurs.

Tout ce je peux donc faire, c'est répercuter votre question auprès des visiteurs de mon site internet, en espérant que l'un ou l'autre se montera plus perspicace que nous. Le cas échéant, je ne manquerai bien sûr pas de vous transmettre les éléments de réponse qui me parviendraient.

 
 
 
18 Septembre 2005
Sophie a écrit :
 
Quel et le cognomen des empereurs romains ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Voyez tout d'abord cet ancien courrier : Clic !.
Quelle que fut leur famille d'origine, tous les empereurs romains reprirent donc le cognomen (= surnom) Cæsar (César) qui était, à l'origine, l'apanage de la gens Julia (= famille des Iules) à laquelle appartenait le grand Jules César. Cependant, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, dans la titulature officielle des empereurs, ce terme Cæsar n'était pas considéré comme le surnom, mais comme le nom de famille.

Prenons un exemple, ce sera plus simple.

Avant d'accéder au pouvoir, Vespasien s'appelait : Titus (prénom) Flavius (nom de famille) Vespasianus (surnom).
Et une fois empereur, son nom officiel devint :
Imperator (prénom impérial) Cæsar (nom de famille impérial) Ti Flavius Vespasianus (ses trois noms distinctifs) Augustus (surnom impérial).

Bref, pour répondre en un mot à votre brève question, le cognomen des empereurs romains est AUGUSTUS.

 
 
 
18 Septembre 2005
Mathilde a écrit :
 
Je cherche depuis plus de 3/4 d'heure "les relations entre Tite-Live et le Pouvoir Romain". En fait, je ne sais même pas si Tite-Live vivait au moment des empereurs romains ...
C'est pour une recherche en latin.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Tite-Live (59 av. J.-C. - 17 ap. J.-C. - voir ici : Clic !) appartint bien à l'époque impériale puisqu'il fut, à peu de chose près, l'exact contemporain du premier vrai empereur romain, Auguste (63 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.).

Ainsi que vous vous en êtes certainement rendu compte en parcourant mon site, je ne me préoccupe des œuvres des historiens latins que pour autant qu'elles soient en rapport avec le sujet qui m'intéresse, c'est-à-dire avec les faits et gestes des empereurs. Or, ce n'est pas réellement le cas de Tite-Live puisque les derniers livres de son Histoire romaine, qui traitaient du règne d'Auguste (jusqu'en 9 av. J.-C.), sont perdus depuis le Moyen Age. Les livres dont nous disposons encore (livres I à 45 - traduction française : bcs.fltr.ucl.ac.be) relatent l'histoire de Rome, de la fondation de la Ville (en 753 av. J.-C.) aux guerres contre les royaumes hellénistiques (jusque vers 167 av. J.-C.).
C'est dire qu'il n'y est pas souvent question d'empereurs !
Mais bien sûr, cela ne signifie pas pour autant que ces livres, tout consacrés à des vieilleries qu'ils fussent, ne reflétaient pas les préoccupations politiques, morales et sociales des contemporains de Tite-Live… Et surtout celles du pouvoir en place ! En effet, comme presque tous ses collègues écrivains (Virgile, Horace, Properce), Tite-Live fut, en quelque sorte, un agent de la propagande d'Auguste : "Avec une joie certaine, il s'associe à l'œuvre de restauration nationale entreprise par Auguste, il s'enrôle parmi les écrivains qui se grandirent en mettant leur talent au service de leur pays. Par l'histoire ou par la légende, il s'agissait de recréer l'âme romaine à une époque où les conquêtes, l'enrichissement, l'entassement, dans la Ville surtout, d'une population issue de tous les coins du monde l'avaient paralysée, étouffée. Il fallait, pour ressusciter cette âme, ce patriote ardent : il fallait aussi bien un grand artiste, et la phrase de Tite-Live a ceci de particulier que son ample développement entraîne, échauffe le cœur comme elle permet de suivre les faits dans leur déroulement dramatique." (Georges CHAPPON, préface de l'Histoire romaine de Tite-Live, Éditions Hatier, 1966).

À propos de Tite-Live, voyez aussi :

  • Encyclopédie de l'Agora - Tite-LIve : Clic !
  • Wikipedia - Tite-Live : Clic !
  • Imago Mundi - Tite-Live : Clic !
  • Ac-Versailles - Conférence de Catherine SALLES sur Tite-Live : Clic !
  • Site Dialogus : Auguste et Tite-Live, le "pompéien" : Clic !