->emp - chrono
courrier site emp

Juillet 2005 (page 3/3)

Sommaire du mois de Juillet : Clic !

 
27 Juillet 2005
Benoît a écrit :
 
L’empereur Marc Aurèle a effectué une ambassade en Chine en l’an 919 de Rome (166 de l’ère chrétienne). Quel en était le but ? Je n’en sais rien.
 
 
 
RÉPONSE :
 

À vrai dire, je pense que nul ne possède d'infos très précises sur les "ambassades" romaines en Chine, et ce pour deux raisons. Tout d'abord parce que nous sommes finalement assez mal renseignés sur les règnes de ces empereurs du IIe siècle (Antonin, Marc Aurèle) sous lesquels elles auraient eu lieu (les sources sont assez rares et généralement tardives). Ensuite parce que ces ambassades n'en étaient pas réellement : il s'agissait plutôt de voyages de négociants romains (en fait syriens) désireux d'atteindre le pays de la soie sans transiter par le royaume parthe, l'ennemi héréditaire de l'Empire romain qui contrôlait les routes commerciales d'Asie centrale. Évidemment, ces entreprises privées, initiées par des marchands qui, par crainte de la concurrence, répugnaient à dévoiler leurs secrets professionnels, ont laissé infiniment moins de traces que les voyages officiels de diplomates dûment accrédités.

En définitive, on dirait donc bien que ces contacts, au demeurant très épisodiques et finalement fort peu fructueux, ont davantage retenu l'intérêt des internautes modernes que celui des contemporains de ces hardis marchands. J'en veux pour preuve ces correspondances, émanant d'autres sympathiques visiteurs de mon site, que je vous invite à consulter et qui, me semble-t-il, exposent l'essentiel de ce que l'on sait des tribulations de ces Romains en Chine :

  • Les Romains connaissaient-ils l'Inde ou la Chine ? : Clic !
  • Des clowns romains en Chine ? : Clic !
  • Des légionnaires de Crassus seraient-ils les ancêtres de villageois chinois ? : Clic ! et Clic !
  • Les Romains en Chine - autres pièces à ajouter au dossier : Clic !
 
 
 
30 Juillet 2005
Jean-Marie (site www.chti.net/jmg) a écrit :
 

Comment s'appelait l'engin de supplice romain qui n'était pas une croix, mais un T ?
Certains affirment que Yéshoua dit de Nazareth n'a porté qu'un gros "madrier" qui a été cloué au-dessus du "madrier" laissé en permanence sur le lieu du supplice.

Où puis-je trouver des précisions sur ce thème en français sur la Toile ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Dans son site PÉPLUM - Images de l'Antiquité, mon compatriote et ami Michel ELOY, analysant le (très controversé) film de Mel Gibson, La Passion du Christ, évoque la problématique qui vous intéresse : Clic ! (ne manquez pas de consulter le site mentionné en note : Clic !).

Cela me paraît assez évident : impossible au condamné de porter seul une croix complète. Surtout si, à l'instar de Jésus, il avait subi une épouvantable flagellation (avec des fouets plombés, voire incandescents) avant de s'en aller - pedibus cum jambis - vers le lieu de son supplice. C'est pourquoi il est généralement admis que le supplicié ne transportait que l'élément horizontal de sa croix, le madrier sur lequel il allait être cloué (ou lié). Les éléments verticaux, eux, restaient érigés à demeure sur le lieu assigné aux supplices, marquant, tels les gibets médiévaux, l'horizon de leur silhouette patibulaire.

Quant à savoir si l'élément horizontal était fixé à ce poteau de manière à former un tau ou une vraie croix, c'est une autre paire de manche ! À vrai dire, je n'en sais trop rien… Peut-être, tout simplement, n'y avait-il pas de règle. En fonction de la nature du sol (plus ou moins ferme) et du poids du condamné, les bourreaux cherchaient à réaliser l'assemblage qui leur paraissait le plus stable - la stabilité optimale étant atteinte en fixant la traverse presque au niveau du sol, le condamné étant crucifié la tête en bas.
Du reste, pour ce supplice, tout pouvait faire farine au bon moulin des horreurs : en cas d'urgence (ou lors de crucifions en masse, par exemple lors de la répression de la révolte de Spartacus, où des milliers d'esclaves furent crucifiés le long de la Via Appia), un arbre fourchu, un poteau, voire une porte massive pouvaient faire l'affaire !

crucifixion

Reconstitution d'une crucifixion, d'après un squelette retrouvé à Jérusalem.

D'après les documents historiques, les crucifixions variaient grandement de l'une à l'autre, même quand elles étaient exécutées par la même équipe de bourreaux. La manière dont la victime était fixée sur la croix et les croix elles-mêmes étaient différentes suivant l'inspiration du moment. Parfois on attachait le supplicié au bois au lieu de le clouer. (…) La preuve la plus éclatante qu'on ait de toute cette gamme de variations nous est venue d'une découverte unique faite en Israël. (…)
En juin 1968, un an après la prise de Jérusalem par les Israéliens, on commença à préparer un terrain au bulldozer pour construire un nouvel immeuble d'appartements sur une colline rocheuse, à quelque mille sept cents mètres de la porte de Damas. Presque immédiatement, on découvrit que ce site (…) avait servi de cimetière pendant une période remontant à l'époque du Nouveau Testament.
Vasilius Tzaferis, archéologue du service des Antiquités et des Musées, fut chargé de faire une fouille rapide. (…) Ce qui intéressa le plus Tzaferis fut un squelette dont les os du talon, les deux calcanéums, étaient maintenus ensemble par un grand clou de fer. (…) A l'université hébraïque de Jérusalem, le Dr Nicu Haas, anatomiste et anthropologiste né en Roumanie, se mit au travail. A force de mesures anthropométriques et d'assemblages, il parvint à reconstituer dans tous ses détails étonnants le squelette d'un homme, d'aspect gracieux, âgé de vingt-quatre ou vingt-huit ans au moment de sa mort, d'environ un mètre soixante-dix de haut. Ses os ne montrant aucune déformation due à un travail manuel, il appartenait probablement à la classe sociale supérieure. (…) Son nom, gravé dans un araméen presque illisible sur l'urne de pierre, était Jéhohanan. L'examen de ses calcanéums rassemblés par un clou de dix-sept centimètres et demi a confirmé, sans aucun doute possible, qu'il était mort crucifié.
Sous la tête du clou, on a retrouvé des traces d'une plaque de bois d'acacia ou de pistachier. Alors que dans le cas de jésus, l'écriteau qui spécifiait son « crime » était fixé, selon les Écritures, au-dessus de sa tête, celui de Jéhohanan avait dû se trouver à ses pieds
(d'où la forme en "tau" de la croix représentée ci-dessus - note du webmaster). Pour le suspendre à sa croix, les bourreaux lui avaient haineusement replié les jambes en une sorte de position en amazone, puis lui avaient transpercé les deux pieds à la fois, toujours de côté, droit à travers les deux calcanéums. Et après sans doute plusieurs heures de souffrance, ils lui avaient brisé les os du mollet, supplice qui, d'après les Évangiles, fut épargné à Jésus parce qu'il était déjà mort. Finalement, pour le descendre de sa croix, on avait dû lui scier les jambes, probablement parce que la pointe du clou s'était recourbée dans le bois de la croix.
Ces détails atroces prouvent que la crucifixion de Jéhohanan a été différente de celle du Christ, ce qui illustre la différence des méthodes qu'on employait.

(Texte et image : Ian WILSON, Le Suaire de Turin, Albin Michel, 1978).

Sans doute faut-il en définitive se résoudre à admettre - et j'ai d'ailleurs déjà eu l'occasion de l'indiquer dans les pages de mon site (mais Dieu sait où ?) - qu'on ne connaît pas grand-chose de précis sur le déroulement des crucifixions romaines. En tout cas davantage d'hypothèses que de certitudes… Et comme pour tout arranger, les renseignements les plus complets dont nous disposons se trouvent précisément dans des textes (les Évangiles) qui décrivent une crucifixion tout à fait hors norme (celle de Jésus). Une exécution probablement si "cochonnée" et si peu réglementaire que la survie du supplicié, pourtant apparemment mort, ne parut pas absolument inconcevable à de nombreux spectateurs, tant Juifs que Romains…

Ces réserves étant faites, notons cependant, pour terminer, que ces fameux évangélistes indiquent, de manière unanime, qu'un écriteau (titulus) fut placé AU-DESSUS de la tête de Jésus crucifié… ce qui, évidemment, exclut sa crucifixion sur un assemblage en forme de tau :

  • "Au-dessus de sa tête, on avait pendu un écriteau portant le motif de son supplice : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs »" (Matt., 27 : 37) ;
  • "Au-dessus de sa tête pendait cette inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs »" . (Luc, 23 : 38) ;
  • "Pilate avait fait faire un écriteau qu'on fixa au-dessus de la croix ; il y était écrit : « Jésus le Nazôréen, roi des Juifs »" (Jean, 19 : 19).
 
 
 
Conclusion de Jean-Marie :
 

PAS D'ACCORD
Si les bras sont en V, on a pu clouer cet écriteau sur le patibulum.
Vous savez que les évangélistes avaient apparemment une première source unique pour les quelques paroles plus ou moins authentique, plus la célèbre source Q(uelle).
Il y a un "premier rédacteur" non témoin qui, pour le moins, devait avoir vu une crucifixion quelque part.

Je crois et je ne suis donc pas totalement sûr, mais avoir tout inventé paraît difficile, qu'un contestataire de la pratique religieuse juive majoritaire du nom de Yeshoua a existé qu'il croyait en Dieu et suggérait d'aimer son prochain. Il a fini par trop dérangé et DES cadres du judaïsme ont demandé à Pilate de le supplicier "à la romaine". Ensuite Paul de Tarse a établi les fondements d'une église chrétienne.

 
 
 
31 Juillet 2005
Gricca a écrit :
 

VILLAS DANS LES ILES, LIEUX D'EXIL

Dans la seconde moitié du Ier siècle av. JC. avec la fin des guerres civiles et la disparition de la piraterie en Méditerranée, les côtes Tyrrhéniennes de l’Italie et particulièrement la côte sud du Latium avec les îles Pontiennes et la baie de Naples, perdirent leur importance militaire. Elles devinrent alors une zone touristique de prédilection pour les familles sénatoriales enrichies par les conquêtes, qui s’empressèrent de faire construire de magnifiques villas pour jouir du climat et de la beauté des lieux. L’archéologie nous a révélé un grand nombre de ces villas, ainsi en Campanie dans la baie de Marina Grande de Bacoli (l’antique ad Baulos) dans le golfe de Pouzzoles (l’antique Puteoli), on a retrouvé sous l’eau une importante villa maritime romaine avec thermes, construite sur une plate-forme qui s’étendait le long de la mer et qu’un pont reliait à la terre ferme. Sa situation et son ampleur permettent de l’associer à la tragique histoire d’Agrippine la jeune (la mère de Néron) à Baules. Ailleurs au nord de Rome, à Santa Marinella (l’antique Punicum) au sud de Civitavecchia (l’antique Centumcellæ), une luxueuse villa maritime a été dégagée, pourvue d’un port et d’un vivier, et serait celle acquise par le fameux jurisconsulte Ulpien dans la première moitié du IIIe siècle.
On pourrait multiplier les exemples ce qui montre bien l’engouement des Romains pour ce genre de villégiature en bord de mer, si bien que, pour fuir ce qui était devenu une « Côte d’Azur », on se mit à bâtir des villas dans les îles proches de la côte à la recherche de l’isolement et de la tranquillité.
Par exemple, la famille sénatoriale des Domitii Ænobarbi liée aux trafics maritimes pour l’exportation en Gaule de leur produits avant tout le vin, furent propriétaires d’une série de villas maritimes le long de la côte Toscane vers le Cosanum litus (la côté du Monte Argentario à Talamone au nord) et au large dans les îles du Giglio (l’antique Igilium) et de Giannutri (l’antique Dianium), les plus méridionales de l’archipel toscan, et qui se trouvaient sur la route suivie par leurs navires.
La villa qui fut aménagée sur la plus petite des deux îles, Giannutri (2,62 km2), couvrait vers l’époque de Trajan (98-117) une superficie d’environ 5 ha. et possédait ses magasins, ses pièces résidentielles décorées avec du marbre, des mosaïques et des stucs, ses pièces serviles, ses thermes somptueux, ses citernes et surtout son grand belvédère face à la mer directement accessible par un escalier. Elle était passée des biens de la famille au patrimoine impérial lors du mariage en 28 de Gnaeus Domitius Ænobarbus avec Agrippine la jeune, les parents de L. Domitius Néron (le futur empereur) et sera abandonnée au IIIe siècle pour des raisons encore ignorées, probablement un séisme qui endommagea gravement les structures de la villa, ou peut-être à cause de l’invasion de rats signalée par le poète Rutilius Namatianus en 419 dans son De Reditu pour avoir entraîné l’abandon de Cosa (aujourd’hui Ansedonia au sud d’Orbetello) le port d’où l’on pouvait embarquer pour Giannutri. Namatianus nous rapporte aussi qu’après avoir dépassé Alsium et perdu de vue Pyrgi, il n’aperçoit plus, en remontant en bateau le long de la côte du Latium à hauteur de Santa Marinella et Civitavecchia que de grandes villas où c’étaient naguère de petites cités.

Sur le “De Reditu” de Namatianus voir le site remacle.org

La mode des îles avait été favorisée par Auguste dès le début de son règne (27 av. J.C.-14 ap. J.C.) par l’acquisition au sud du Latium de l’île de Ponza (l’antique Pontia) où il se fit bâtir une villa pour y séjourner l’été et, de là, il étendit son intérêt à l’île plus petite et retirée de Ventotene (l’antique Pandataria) qu’il voulut comme patrimoine personnel, et il s’y fit construire aussi une villa à l’extrémité nord de l’île. Signalons que non seulement Ponza et Ventotene, mais aussi Capri et presque toutes les petites îles italiennes appartinrent aux Julio-Claudiens qui y firent bâtir des villas. Rien qu’à Capri (l’antique Capreæ) Tacite a relevé la construction de 12 villas aux masses impressionnantes, dont la célèbre « villa Iovis » de Tibère, dominant la mer au-dessus de la falaise. Il faut dire que la main d’œuvre ne manquait pas, avec les prisonniers des guerres civiles et des conquêtes impériales, pour « bétonner » les côtes et les îles. La preuve en est sur les deux îles de Ponza et Ventotene qui durant tout le Ier siècle ap. J.C. bénéficièrent de travaux colossaux (dignes des Romains !) hydrauliques (aqueducs, viviers et citernes) et techniques (ports et galeries), lesquels encore aujourd’hui caractérisent leur physionomie brièvement décrites ici :

Pour l’emplacement des îles Pontiennes voir le site : itsa.ucsf.edu/~snlr (petite précision, la carte ne laisse voir à gauche vers le haut que la fin -ia de l’île de Palmaria aujourd'hui Palmarola).

PONZA (PONTIA), la plus grande des îles Pontiennes, d’origine volcanique, fait 7,5 km2 et est entourée de hautes falaises de couleurs claires : blanche ou jaunâtre. Au Ier siècle av. J.C. la topographie de l’île fut redessinée : le choix de la rade de Santa Maria pour servir de port de par sa position bien protégée des courants et des vents obligea à réaliser une série de structures (tunnels, percement de chemins) aptes à relier la zone au reste de l’île. Un port auxiliaire fut organisé sur l’autre côté de l’île dans la baie de Chiaia di Luna pour servir aussi d’abri en cas de vent contraire. Un tunnel, long d’environ 170 m. éclairé par de larges prises d’air en haut de la voûte, reliait à terre les deux ports. Les Romains construisirent aussi un imposant aqueduc pour chercher l’eau potable et la distribuer à travers tout un système de canalisations jusqu’au port.
Auguste fit bâtir sa grandiose villa sur un promontoire (Punta della Madonna) fermant au sud-est la baie de Santa Maria, avec terrassement à divers niveaux, un petit théâtre, une piscine creusée à vif dans la roche. A côté et dépendant de la villa, on trouvait des grottes avec une nymphée et des viviers, constitués de plusieurs vasques, taillés dans la roche et reliés entre eux par des canaux permettant le renouvellement de l’eau. On y élevait des poissons mais avant tout les célèbres murènes considérées par les Romains comme un mets de choix. C’est la construction romaine la plus caractéristique de l’île, elle est connue sous le nom de « Grotte di Pilato ».
Il y avait d’autres villas sur Ponza, datant surtout de l’époque d’Auguste. Enfin une vaste nécropole (il faut bien enterrer les morts sur l’île) est datable du Ier siècle av. J.C. au Ier ap. J.C..
Si l’île ne fit plus guère parler d’elle par la suite, elle réapparaît dans l’histoire après la chute de l’empire romain, en effet un petit concile s’y tint en 503, mais surtout le pape Vigile fit exiler son prédécesseur Silvère dans la toute petite île de Palmarola (l’antique Palmaria) à côté de Ponza au couchant, où il mourut de malnutrition et d’épuisement en 537. Il n’en fallut pas plus pour qu’il devint le patron de l’île et que l’année suivante fut fondée à Ponza l’abbaye bénédictine de Santa Maria.

VENTOTENE (PANDATARIA) est située à mi-chemin entre Ponza et Ischia (l’antique Ænaria). L’île n’atteint pas 1,25 Km2, d'aspect, elle est assez différente de Ponza. Plus compacte, elle révèle ses origines volcaniques avec ses terres rougeâtres et brunes, couvertes d'une végétation basse comme les lentisques. La côte entourée d’écueils est escarpée, entrecoupée de petites criques aux plages solitaires, partout les fortes tonalités du tuf rose issu des coulées de lave contrastent avec le bleu de la mer.
Les Romains durent d’abord aménager un petit port protégé des vents dans un terrain tufacé de la partie nord de l’île, dont les quais sont surmontés de suggestifs arcs naturels également en tuf. (photo sur le site - en italien - : ventotene.it).
Auguste fit bâtir sa villa sur un promontoire au nord de l’île (Punta Eolo). Il a fallu aux architectes un effort considérable pour adapter la construction à la configuration irrégulière du terrain. La villa se composait de trois parties distinctes, en gros : le secteur sud donnant sur le port avec une grande terrasse centrale et les services attachés à la villa comme les cuisines et citernes, c‘est la « domus » qui comprend aussi une salle de réunion (exèdre) établie vers la petite vallée qui permet de gagner le bout du promontoire « la Punta Eolo » sur lequel se trouvait la résidence proprement dite. Cette dépression forme le secteur central correspondant à un « xystus » (promenade ou terrasse) permettant de relier les deux parties principales de la villa. Le secteur nord enfin correspond au cœur de la villa, c’était une succession de nymphée, piscines et petites pièces donnant sur une vaste terrasse face à la mer regardant vers le couchant, le tout était raccordé par des escaliers et terrasses. De chaque côté de toutes ces installations, on trouvait deux spectaculaires descentes vers la mer.
De ce qu’il reste de la villa qui fait au moins 300 m. de long et environ 100 de large, il est encore possible de nos jours de reconnaître les cours, les pièces, les couloirs, jardins, citernes, thermes etc. Elle devait être impressionnante et bénéficiait en outre de toutes les commodités : en hiver, lorsque les vagues venaient exploser sur la falaise et que le vent froid et humide d’embrun marin pénétrait les pièces, celles-ci pouvaient être réchauffées par un réseau de tube en terre cuite laissant passer de l’eau chaude, de plus près du port un vivier taillé dans le roc avec trois bassins permettait l’élevage des poissons dont s’occupait un personnel de service.
Ventotene, contrairement à Ponza, n’ayant pas de source pour l'approvisionnement en eau potable, il a fallu pour faire face aux nécessités de la somptueuse villa impériale creuser dans le tuf, plus ou moins dans la partie sud de l'île, deux énormes citernes pour recueillir l’eau de pluie et d’infiltration (on estime qu’elles pouvaient recueillir entre 700 et 800 milles litres d’eau par an) et aménager tout un réseau d’aqueducs, de galeries et de conduits pour l’amener à destination. On trouve aussi dans la partie sud de l’île une nécropole curieusement perchée au-dessus d’une crique sans doute en raison du manque de place adéquate.
Bref à l’origine cette villa était faite pour jouir d’un grand confort et de la tranquillité dans un cadre étonnant, mais c’est justement cet isolement et la dimension réduite de l’île qui lui valut de devenir un lieu d’exil, choisi d’abord par Auguste pour sa fille Julie.
Grâce à Tacite, Suétone, Dion Cassius, on connaît les exilées de Pandateria :

1) Julie la Jeune en 2 av. J.C. officiellement exilée par son père Auguste en raison de ses adultères (elle avait enfreint les règles morales de la Lex Iulia), elle y resta jusqu’en 4 ap. J.C. lorsque son père l’envoya en résidence surveillée à Reggio di Calabria (l’antique Rhegium). A la mort d’Auguste, il y avait 15 ans que Julie était reléguée. Le peuple de Rome, qui d’abord s’était fort intéressée à elle, avait eu le temps de l’oublier, mais Tibère, le nouvel empereur, n’avait pas oublié son mariage forcé avec elle et il lui fit aussitôt couper les vivres, Julie mourut de faim à la fin de l’an 14. La villa de Ventotene porte actuellement son nom, la Villa de Julie (en italien Giulia), puisqu’elle fut celle qui y résida la première et le plus longtemps.

2) En 29, c’est la fille de Julie et d’Agrippa, Agrippine l’Ancienne, veuve de Germanicus, que Tibère, sous prétexte de complot, fit exiler à Pandateria avec son fils aîné Néron à Pontia où il se suicida en 30. Le second fils Drusus, qui avait contribué avec le ministre Séjan à perdre sa mère et son frère, fut à son tour arrêté en 30 et jeté dans la prison du Palatin à Rome où il mourut de faim en 33, et quelques semaines après, le 18 octobre, Agrippine se laissait à son tour mourir de faim. En 37, Caius (Caligula) le plus jeune fils d’Agrippine, aussitôt devenu empereur ira récupérer les corps de sa mère et de son aîné Néron qu’il transporta en grande pompe à Rome en remontant le Tibre sur une birème leur rendant ainsi un hommage posthume.

3 et 4) En 39, Caligula exila pour adultère et impiété ses deux sœurs, Agrippine la Jeune (la mère de Néron) et Livilla la Jeune, en fait pour avoir été mêlée à la conjuration de Gaetulicus et Lepidus. Un passage de Dion Cassius précise que Caligula les envoya "sur des îles du Pont (= Pontiennes)", ce qui laisse penser que les deux sœurs ont pu être séparées, l’une à Ponza et l’autre à Ventotene. L’assassinat de leur frère en 41 permit leur retour à Rome.

Sur ces quatre personnages féminins, voir sous les Julio-Claudiens le site Noctes gallicanae.

5) Octavie, l’épouse malheureuse de Néron y fut exécutée le 9 juin 62 : Sur sa mort voir le site lemonderomain.free.fr

6) Domitien enfin y bannit; en 95, sa nièce Domitille, accusée d’athéisme et de judaïsme. Voir ce qu’en disait Jérôme Carcopino dans La Vie quotidienne à Rome à l’Apogée de l’Empire, sur le site art-sacre.net.

Sur les conditions de vie des exilées le plus pénible fut sans aucun doute l’interdiction de quitter l’île jointe à l’incertitude de son sort.

Pour Julie, éloignée de Rome et du palais par son père pour mauvaise conduite et accompagnée volontairement par sa propre mère Scribonia, son séjour dans l’île dut être celui d’une riche retraitée actuelle dans une petite île de Méditerranée bénéficiant d’une grande villa confortable et de serviteurs. Julie avait sa liberté de mouvement et elle ne devait pas se sentir seule sur son île en raison de l’activité y régnant, le port voyait l’approvisionnement continuel (sauf par mauvais temps) en main d’œuvre, en matériaux et autres biens, et des visiteurs devaient y débarquer, peut être un peu trop au goût d’Auguste qui décida d’envoyer sa fille encore plus loin de Rome et de la baie de Naples, tout au bout de la péninsule italienne.

Plus difficile à aborder est le séjour d’Agrippine arrivée dans l’île 25 ans après le départ de sa mère. Ses conditions de détention furent plus dures en raison de l’accusation de complot mais surtout de son inimitié avec Tibère qui maudira sa mémoire devant les sénateurs, car comment expliquer autrement l’attitude de l’empereur qui, dès 30, avait fait venir son fils Caius avec ses trois sœurs, près de lui à Capri où il s’était retiré, comme pour les protéger de Séjan ; pourquoi avoir attendu un an avant de faire exécuter Séjan coupable entre autres d’avoir comploté contre les enfants de Germanicus, et pourquoi ne pas avoir alors apporté un soulagement au sort d’Agrippine ? (J’écarte Drusus, encore vie en prison, doublement fautif d’avoir comploté contre sa famille avec Séjan). Ici les Annales de Tacite présentent une lacune sur les derniers mois de vie de Séjan et nous empêche de tout comprendre. A cela s’ajoute l’ambiguïté du suicide d’Agrippine. On prétendit en effet qu’elle et ses fils s’étaient privés d’aliments volontairement : Néron parce qu’il aurait été terrifié par le bourreau qui lui faisait voir la corde et le croc (Suétone, Tib., 54) ; Drusus agonisa pendant 9 jours dans son cachot ; Agrippine parce qu’elle ne voyait pas d’adoucissement à son sort (Suétone,Tib., 53 et Tacite, An., VI, XXXI 1) ; pour Tibère elle devait rester suspecte et englobée dans l’affaire Séjan. Mais pourquoi Agrippine, si telle avait été son intention, aurait-elle attendu deux ans jour pour jour après la mort de Séjan pour mettre fin à ses jours ?. Son « suicide » demeure donc très suspect car l’on sait que les empereurs se débarrassaient de victimes gênantes et de procès embarrassants en les privant de nourriture camouflant ainsi leur assassinat en mort volontaire. Si c’était le cas, le séjour d’Agrippine dans l’île, malgré les restrictions que l’on peut imaginer de déplacement, de visiteurs, de services, devait être plus ennuyeux qu’insupportable.

Sur les deux filles d’Agrippine, les jeunes Agrippine et Liville, arrivées 6 ans après la mort de leur mère, on raconte qu’elles furent forcées de plonger sous l’eau pour récolter des éponges afin de gagner leur vie, ce qui permet bien des interprétations, en tout cas elles pouvaient nager en mer et par la même occasion gagner de l’argent pour s’acheter du surplus au nécessaire accordé. Quant à Octavie, elle ne fut conduite dans l’île que pour y être exécutée à l’écart des stations balnéaires de Campanie.

Il y eut d’autres exilés princiers dans d’autres îles de la mer Tyrrhénienne : En 7 ap. J.C., un sénatus-consulte condamnait à la détention à perpétuité Agrippa Postumus (dernier fils survivant de Julie et d’Agrippa) en raison de sa violence devenue pathologique. Son grand-père Auguste le fit reléguer sur l’île de PIANOSA (10,2 km2) dans l’archipel Toscan (l’antique Planaria ou Planusia) où il fut tué en 14. Tacite accuse Livie, la dernière épouse d’Auguste, d’avoir fait éliminer le seul prétendant possible pouvant barrer la route à l’empire de son propre fils Tibère, mais il n’est pas impossible que l’ordre d’exécution soit venu d’Auguste lui-même juste avant de mourir.
La villa, qu’on suppose construite durant la période de l’exil d’Agrippa Postumus, était composée de pièces résidentielles et thermales, et même d’un théâtre pouvant recevoir 200 personnes. Sa fréquentation semble cesser vers l’an 100. Plus tard on connaît l’exil et l’exécution à Capri de Lucille et Crispine, sœur et épouse de Commode (180-192) ainsi que l’exil et la mort à Lipari de l’épouse de Caracalla (211-217) Plautille avec son jeune frère.
Bien sûr l’exil dans les îles ne fut pas uniquement réservé aux membres des familles impériales, elle concerna aussi bien d’autres personnages politiques.

Petite lecture conseillée : le livre de Catherine Salles, L’art de vivre au temps de Julie, fille d’Auguste, chez NiL éditions Paris 2000. Et sur la villégiature en général, le Que sais-je ? n° 2728 aux PUF, La Villégiature romaine, de Jean-Marie ANDRE.

GRICCA