->emp - chrono
courrier site emp

Mars 2005 (page 2/2)

Sommaire du mois de Mars : Clic !

 
19 Mars 2005
Gricca a écrit :
 

Marcia, la concubine de l’empereur Commode

Déjà mis en scène dans les années 1960 dans le célèbre péplum « La Chute de l’empire romain », l’empereur Commode a fait un retour en force avec le hollywoodien « Gladiator », mais ces deux films sont du grand spectacle très éloigné de l’histoire. Hors de son cercle familial à l'origine des complots qu'il devra éliminer, Commode a régné pacifiquement (180-192) à une époque où l'économie est au beau fixe et où les légions ne subissent aucun revers. Dans l’ensemble il fut populaire, il sut ainsi remédier à une grande famine en créant une seconde flotte frumentaire et il permit aux chrétiens de pratiquer leur culte. Jean Beaujeu, dans son livre sur la politique religieuse des Antonins paru en 1955, va jusqu’à dire que « le monstrueux Commode oppose, dans l’histoire, sa mansuétude envers les Chrétiens à la cruauté de son père (Marc Aurèle) le plus humain des empereurs ». Le nom de Commode reste d’ailleurs lié à l’invasion des cultes orientaux qui trouvèrent presque tous en lui un adepte enthousiaste et un protecteur efficace. Parmi ses successeurs Septime Sévère (193-211) le réhabilitera en 195 comme frère adoptif, et Trajan Dèce (249-251) frappera des « antoninianus » d’argent commémoratifs au « Divin Commode ». (voir le site : http://www.cgb.fr)

Les historiens contemporains, Dion Cassius et Hérodien, disent de Commode qu’il n’était pas naturellement méchant mais sa paresse et son goût du plaisir le rendaient esclave de son entourage, il ne devint l'empereur mégalo (se prenant pour Hercule), fanfaron et cruel (ce que le cinéma a exploité) qu’après l’exécution de son chambellan Cléandre au début 190, alors que s’épanouit l’influence de l’étonnante Marcia.

De son nom complet, Marcia Aurelia Ceionia Demetrias serait la fille d’un affranchi de Marc Aurèle et Lucius Verus, M. Aurelius Sabinianus Euhodus, un des patrons de la ville d’Anagni (à l'est-sud-est de Rome par la Via Casilina), qui lui éleva une statue et une dédicace pour avoir restauré de ses deniers les thermes de la ville négligés depuis longtemps. Cet Euhodus, [probablement le signum (=sobriquet) de l’affranchi Sabinianus, dont le nom viendrait de Vibia Sabina, femme d’Hadrien], serait le précepteur de Caracalla qui le fera exécuter en 211 (je n’ai pas pu vérifier ce point, mais s’il s’agit bien du même personnage et du père de Marcia, il aurait survécu 18 ans à sa fille). On trouve aussi à Agnani une dédicace à Marcia elle-même, qui lui attribue le statut de « femina stolata », ordinairement réservé aux matrones honnêtes et vertueuses, ou plus simplement aux femmes libres qui ont eu trois enfants (on ignore tout de la descendance de Marcia, ni même si elle en eut avec Commode ?). Sa mère était probablement une affranchie d’une sœur de Lucius Verus (Lucius Ceionius Commodus de son nom d’origine). Le Pseudo-Aurelius Victor, dans « l’Epitome de Caesaribus », est le seul à signaler sa condition d’affranchie.

De sa jeunesse, on ne sait rien, sinon qu’elle aurait eu pour père nourricier un eunuque chrétien Hyacinthe. Elle apparaît dans la maison d’un neveu de Marc Aurèle, M. Ummidius Quadratus, dont elle deviendra la maîtresse. A la suite du complot de Lucilla contre son impérial frère Commode en 182, une répression s’abattit sur son entourage dans laquelle Ummidius Quadratus fut exécuté et ses biens confisqués. Son personnel fut épargné, puisque Marcia et le chambellan du défunt, Eclectus, un affranchi d’origine égyptienne de Lucius Verus, le seul resté au service de Marc Aurèle après la mort de son patron, selon l’Histoire Auguste [Vie de L. Verus, IX-5-6, Dion Cassius le place sous le patronage de Quadratus], dont le destin sera lié à celui de Marcia, gagnèrent, volontairement semble-t-il, le palais impérial de leur nouveau patron, Commode. Tandis qu’Eclectus, un homme de tempérament vif, se mettra au service du tout puissant chambellan M. Aurelius Cleander, Marcia faisait sa place dans le « harem » de l’empereur. L’Histoire Auguste y va de ses ragots à ce sujet [Vie de Commode, V-8-10-11], signalons seulement que Commode maria sa concubine préférée Damostratia à son tout puissant « ministre » Cléandre et que Marcia en profita pour la remplacer auprès de l’empereur.

Vers la fin 189, à la suite d’une disette, une révolte de la plèbe romaine éclata qui allait entraîner l’exécution de Cléandre et de quelques acolytes et concubines avec lesquelles il avait eu des enfants, dont Damostratia. Eclectus, qui avait su gagner la confiance de l’empereur et devenir son chambellan, put prendre la succession de Cléandre au début de 190 grâce à l’appui de Marcia qui désormais était considérée pratiquement comme une impératrice, sauf qu’elle n’en avait pas le titre et que devant elle on n’allumait pas le feu sacré.

Marcia sut subjuguer son amant, qui lui accordait tout, en satisfaisant et probablement en tempérant sa mégalomanie. Commode se fit appeler Hercule et posséda dans un anneau le portrait de Marcia représentée en amazone ainsi qu’il avait la fantaisie de l’habiller [Histoire Auguste, Vie de Commode, XI-9], (de la même façon que Néron qui déguisait ses concubines en Amazones, Caligula aussi avec Césonia, n’hésitant pas en plus à la présenter en « costume d’Eve » à son entourage). Commode reprend son prénom de Lucius et donne le nom de Colonia Lucia Antoniniana Commodiana à Rome dont il se considère le refondateur en réparant les dégâts de l'incendie de 191 (voir ici : Clic !). Cette folle idée rapportée comme conçue au milieu de ses ébats amoureux avec Marcia par l’Histoire Auguste [Vie de Commode, VIII-6] est confirmée par une monnaie - voir le site : monnaie-romaine.chez.tiscali.fr ou le site : http://perso.wanadoo.fr/frederic.weber, en bas de page à Articles : « Quand Commode renomma Rome, de son nom »).

commode

Tous les mois furent nommés d’après Commode, soit en partant de janvier : « Amazonius, Invictus, Felix, Pius, Lucius, Aelius, Aurelius, Commodus, Augustus, Herculeus, Romanus, Exsuperatorius », les légions sont Commodiennes (l’évidence des inscriptions indique que l’empereur ne nomma pas systématiquement les légions comme cela). Tout cela restait encore puéril et Marcia put user de son influence sur l’empereur pour aider les chrétiens par l’intermédiaire du vieil eunuque Hyacinthe, son ancien père nourricier, devenu prêtre à Rome. « Philotheos » (= aimant Dieu), dit d’elle le rigoriste chrétien Hippolyte (pape rival de Calliste en 217) dans ses « Philosophumena », Marcia fréquentait les chrétiens (assez influents à la cour finalement très « ouverte» de Commode même si l’accès à sa personne était strictement contrôlé) et était très attachée au nouveau pape qui venait de succéder à Eleuthère, l’énergique Victor (189-198) un africain, dont elle se fit communiquer la liste des chrétiens condamnés au travaux forcés en Sardaigne, et après avoir fait approuver par Commode leur grâce, envoya Hyacinthe les délivrer, celui-ci obtiendra même du procurateur la libération de Calliste, futur pape (217-222), omis sur la liste et qui réussit à apitoyer Hyacinthe pour se faire libérer.
Faut-il aussi voir dans l’élimination de Bruttia Crispina, l’épouse de Commode, l’influence de Marcia ?. Après l’exécution de Lucille en 183, Crispine restait la seule « Augusta », puisque les autres sœurs de Commode ne portaient pas ce titre. Bruttia Crispina était la fille de C. Bruttius Praesens, consul romain en 153 et 180 et de Laberia Hostilia Crispina Moecia Cornelia, fille de M. Laberius Maximus, gouverneur de Mésie Inférieure vers 100/102 et consul en 103 avec Trajan. De grande beauté elle épousa Commode vers l'été 177, après que celui-ci eut été associé au pouvoir de son père Marc Aurèle l'année précédente. Commode reçut le titre d'"Auguste" et elle, d'"Augusta" au grand déplaisir de Lucille, qui, aussi "Augusta" en tant que veuve de Lucius Verus, régnait seule sur le palais en cette qualité depuis la mort de sa mère. L’Histoire Auguste semble présenter l’exil et la mort de Crispine comme une des conséquences du complot de Lucille. Dion Cassius de même, mais tous deux disent aussi que l’adultère fut la cause de son exil à Capri où elle aurait été étranglée. Toutefois cette hypothèse se heurte à quelques évidences historiques, comme le fait que quelques inscriptions nous montrent Crispine encore en honneur jusqu’en 187 et qu’un de ses parents, L. Bruttius Crispinus fut consul ordinaire cette année là, cela indiquerait que l’exil, puis plus tard l’exécution de Crispine n’ont pas de rapport avec la conjuration de Lucille (la confusion de Dion et de l’Histoire Auguste viendrait du fait que Lucille et Crispine furent exilées puis exécutées toutes deux à Capri). Il est fort possible que Commode ait inventé un prétendu adultère, puis complot pour se débarrasser de son épouse et rester seul détenteur du pouvoir impérial sans aucune Augusta. Marcia participa t-elle à cette action éliminant ainsi une rivale et flattant du même coup l’ego de Commode, lequel n’oublions pas est le premier empereur « Porphyrogénète » c’est à dire né alors que son père était empereur, porteur de la pourpre ?. Ce que l’on peut dire c’est que l’année de la mort de Crispine ne nous est pas connue, si elle fut exécutée avant 190, Cléandre était encore tout puissant à la cour, après ce fut Marcia.

Cependant le caractère fantasque et ombrageux de Commode s’aggravant le rendait fort redoutable pour son entourage qui décida de l’éliminer. L’Histoire Auguste dans sa Vie de Commode signale par deux fois [en V-5 et XV-1] qu’il lui arrivait de tuer ses valets de chambre (=cubiculaires). Les sources divergent quelque peu quant à son assassinat, la version généralement admise est que le poison donné par Marcia ne fut pas mortel et que Commode fut finalement étranglé par le jeune athlète Narcisse. C’est Hérodien qui donne le récit le plus précis et le plus complet de l’attentat contre Commode, avec Aurelius Victor, sauf que celui-ci ne cite pas Marcia et est le seul à faire intervenir le médecin (serait-ce le célèbre Galien médecin de Marc Aurèle, Commode et Septime Sévère ?) présenté comme chef de la conjuration !. Eutrope dit que Commode mourut de mort subite au point qu’on crut qu’il avait été soit étranglé, soit tué par le poison.
Le drame eut lieu dans la nuit du 31 décembre 192 au 1er janvier 193 dans la villa Vectilienne qui jouxte le Colisée à l'instigation d'Eclectus et de Marcia, avec l’accord du préfet du prétoire l’africain Quintus Aemilius Laetus. Commode, irrité par un sage conseil de Marcia, aurait, selon l’Histoire Auguste, décidé la mort de Marcia, Laetus, Eclectus et autres consulaires, cela peut être vrai mais aussi une histoire circulant après le meurtre pour le justifier. Dans les intrigues on est jamais sûr de rien, en tout cas Dion Cassius, Hérodien et l’Histoire Auguste donnent à Marcia le rôle principal. Zosime relève même le courage viril de Marcia en ces circonstances (elle prenait en effet un gros risque, si l’on songe à Nerva qui avait dû faire exécuter les assassins de son prédécesseur Domitien).

Le lendemain matin, 1er janvier 193, le préfet de la Ville, Pertinax, choisi par Eclectus et Marcia parce que fidèle de Commode bien que n’approuvant pas ses excès, était proclamé empereur. Enfin libre Marcia lia son sort par un mariage avec celui qu’elle fréquentait depuis longtemps, Eclectus, qui conserva son poste auprès du nouvel empereur, dont une des premières mesures fut de débarrasser le palais de tous les esclaves, mimes, mignons et courtisanes qui avaient entouré son prédécesseur et même de ses meubles, chevaux et armes (ironiquement on dirait que c’est Pertinax qui joue à l’Hercule nettoyant les écuries d’Augias). Mais la vie du nouveau couple fut de courte durée, le chef des prétoriens Laetus, déçu par la politique austère de Pertinax, se rebella avec ses hommes et Pertinax fut assassiné dès le 28 mars 193, Eclectus périt à ses côtés, le seul resté à le défendre avec courage. Le riche sénateur Didius Julianus qui acheta l’empire vacant aux prétoriens, pour se concilier les nombreux nostalgiques de Commode, fera mettre à mort dès avril 193 ses assassins, c’est à dire avant tout Laetus, dont il craignait qu’il ne prit parti pour Septime Sévère qui avait pénétré en Italie, et Marcia dans la foulée, car Narcisse sera livré plus tard aux bêtes fauves par Septime Sévère.

Ainsi périt cette femme étonnante, chrétienne de cœur - elle ne devait pas être baptisée - plongée au milieu d’une cour impériale où régnaient intrigues, corruption et immoralité, obligée de suivre son empereur dans ses bains, ses festins, ses exhibitions dans l’arène et sa fréquentation des gladiateurs, assistée aux massacres d’animaux dans les propriétés impériales et autres monstruosités commises par Commode dans l’arène, durant ses festins ou les cérémonies religieuses, que rapporte avec complaisance l’Histoire Auguste. Le Pseudo-Aurelius Victor vante la beauté et les talents de courtisane de Marcia, mais elle devait forcément posséder d’autres qualités pour s’attacher ainsi les hommes de son temps, certainement du dévouement de sa personne, de la fidélité, de la tempérance, mais aussi de la résolution, de l'ambition et un sacré courage pour subir les excès incontrôlés de son impérial amant.

Dans l’Histoire de Rome par Indro Montanelli, augmentée et adaptée par le professeur canadien Jacques Légaré, l’auteur ne comprend pas très bien comment Marcia, chrétienne, pouvait concilier l'austérité de sa foi avec un amant aussi débauché que Commode et même participer à son meurtre. Voir le site : /oeuvres-de-jacques-legare (NB : Une erreur dans ce texte fait de Lucille la tante de Commode au lieu de sa sœur). A mon avis les chrétiens ont pardonné à Marcia sa vie « pas du tout catholique » en raison des importants services qu’elle put rendre à la communauté toujours sous la menace de persécutions. C’était la première fois que les chrétiens approchaient, par son intermédiaire, l’empereur même. Lorsque Marcia comprit que son influence sur Commode vacillait et qu’elle risquait sa vie, elle n’hésita pas à prendre les devants pour l’éliminer et le remplacer. Si le choix de son successeur Pertinax fait dans la précipitation était idéal en théorie, sa politique de remise en ordre trop brutale fut rapidement un échec, car si les sénateurs (ceux qui avaient subi les purges et ceux écartés du pouvoir au profit de l’ordre équestre et des affranchis) s’étaient réjouis de la disparition de Commode, l’empire dans son ensemble regrettait ses libéralités, en particulier les prétoriens, l’armée, l’administration, le peuple aussi malgré sa versatilité.

Pour plus d’informations sur Commode, voir la traduction en français des historiographes du règne (Dion Cassius, Hérodien, [où on peut y lire le récit dramatique de l’assassinat de Commode], Aurelius Victor, Eutrope et Aelius Lampridius dans l’Histoire Auguste), sur le site : mediterranees.net

GRICCA

 
 
 
22 Mars 2005
Camille a écrit :
 

Pouvé vous me dire ou je pouré trouvé dé chose sur 3 grande fame romène :

  • Didon
  • Boudicca
  • Zènobie

Merci d'avance é sory pr l'orto:je sui obligé d'écrir o plus court

 
 
 
RÉPONSE :
 

Vous trouverez dans mon site internet une notice biographique consacrée à Zénobie, cette reine de Palmyre qui fut, un temps, l'impératrice de l'Orient romain : Clic !. (N'omettez pas de consulter les liens vers d'autres site référencés au bas de cette page).

Toujours dans mon site quelques infos sur la reine Boudicca (on dit aussi Boudica, Boadicée, Boadicéa ou Bodicéa), reine des Icéniens (ou Icènes - tribu celte de Grande-Bretagne) qui se révolta contre les légions de Néron Clic !.
Voici également quelques autres sites où vous devriez trouver des renseignements complémentaires sur cette reine guerrière :

  • Site library.flawlesslogic.com - Boadicéa, reine des Icéniens : Clic ! (avec les textes des historiens romains Dion Cassius et Tacite relatant sa révolte)
  • Site Civitas-fr.com - Boudicca : Clic !
  • Site cgb.fr - Une monnaie de la révolte de Boudicca (et quelques informations historiques) : Clic !
  • Site roussesland.com - Boudicca, la reine rousse : Clic !

    Et, bien sûr,, si les péplums vous intéressent, sur le site (ami autant qu'associé) PEPLUM - IMAGES DE L'ANTIQUITÉ de Michel ELOY :

  • Boudica, Warrior Queen : Clic !

Quant à Didon, mythique reine fondatrice de la ville Carthage, et amante désespérée du héros troyen Énée, non moins mythique ancêtre du peuple romain, sa légende sort résolument du sujet d'étude de mes pages internet. Aussi, je ne puis guère que vous renvoyer à ces quelques autres sites :

  • wikipedia.org - Elyssa (Didon) : Clic !
  • ac-nancy-metz.fr - De l'Enéide aux images : Clic !
  • Et si vous souhaitez consulter le texte de l'Enéide", la fameuse épopée latine de Virgile qui est à l'origine de la légende des amours de Didon et Énée, voyez (Site AgoraClass de l'U.C.L.) : Enéide, livre I et Enéide, livre IV

    (Vous pouvez aisément compléter courte liste, donnée à simple titre indicatif, en effectuant une recherche rapide dans un bon moteur de recherche, genre Google)

 
 
 
23 Mars 2005
Sylvie a écrit :
 
Je dois trouver deux grandes réalisations qui ont vu le jour sous le règne de Constance II.
Pouvez-vous me les indiquer et des suggestions de livres à consulter sur le sujet ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

À vrai dire, je ne comprends pas bien ce que vous entendez par réalisations… surtout quand ce mot prétend s'appliquer au règne, désastreux à plus d'un titre, du triste Constance II.
C'était certes lui le plus doué les trois fils de Constantin le Grand, mais vu l'insuffisance des deux autres, cela n'est pas nécessairement un gage de qualité. Autant parler du plus futé des frères Dalton !

Quoique… Dans son excellent bouquin sur Julien l'Apostat, l'éminent historien Lucien Jerphagnon trace un portrait de ce Constance qui tranche quelque peu sur la détestation quasi-universelle dont fait l'objet ce pauvre empereur. J'ai déjà cité ce texte dans un ancien courrier, mais je ne résiste pas au plaisir de le reproduire à nouveau :

"On lui connaissait un caractère torve, teigneux même, et surtout méfiant. Plusieurs fois échaudé, il ne voyait que par ses services secrets. Mais le moyen de faire autrement quand un empire s'offre six usurpations à la file ?
Ce n'était pas que Constance manquât des qualités qu'il faut pour maintenir un empire : s'il n'avait jamais vaincu personne, estimant qu'il y avait des généraux pour cela, il n'avait jamais non plus manqué de courage et il portait toute son attention aux frontières. Il maintenait.
Sur le plan civil, son gouvernement n'était pas non plus sans mérites ; sa gestion était probe ; il luttait tant bien que mal contre les effets dramatiquement inflationnistes de la réforme monétaire héritée de son père. Sa législation allait dans le sens d'un ordre moral inflexible, vaguement inspiré du christianisme, mais appuyé de supplices qui font songer au cauchemar d'un sadique plutôt qu'aux Béatitudes. Lui-même se donnait pour chrétien convaincu, encore qu'il attendît le dernier moment pour concrétiser la chose par le sacrement : même avec le Bon Dieu il estimait qu'on n'est jamais trop prudent. (…)
D'ailleurs, obsédé par l'unité de l'Empire, qu'il sentait jusque dans ses os, il ne se gênait pas, quand il le jugeait bon, pour intervenir de tout son poids, mais toujours de façon oblique, dans les affaires intérieures de l'Église, ou plutôt des Églises, tranchant toujours entre les diverses factions au bénéfice de la seule raison d'État. (…)
Paradoxalement, il était plus rigoureux envers les chrétiens qui n'étaient point de sa secte qu'à l'endroit des païens, maintenant minoritaires en Orient, dès lors que ces derniers ne l'obligeaient pas à faire de la discipline. Il n'est pas sûr que Julien l'ait sur ce point exactement compris. Faux comme il n'est pas permis, mais doué de l'exacte mémoire de ses sincérités successives, capable de mentir au Bon Dieu lui-même, ne laissant jamais deviner à qui que ce soit la moindre de ses faiblesses dès lors qu'elle n'était pas feinte, ni du reste la plus fugitive de ses intentions, Constance n'était certes pas sympathique, mais c'était un grand patron.
(Lucien Jerphagnon, Julien dit l'Apostat, Seuil, 1986)
constance II

Pour en revenir à votre demande, je ne vois donc pas clairement de quelle réalisation l'Empire romain, sinon l'Humanité toute entière (n'en demandons pas trop !), serait redevable à ce pauvre Constance. Bien qu'il ait, comme le souligne Lucien Jerphagnon, triomphé de multiples usurpateurs (Magnence, Vétranio, Népotien, Silvanus), et tenté d'imposer une législation d'inspiration chrétienne et déjà (vaguement) anti-païenne, son importance historique provient surtout de ses relations, d'abord tendues, puis franchement hostiles, avec Julien dit l'Apostat, son cousin, adversaire, puis successeur.

À mon avis, la principale réalisation dont on pourrait créditer Constance II serait donc d'avoir "lancé la carrière" du dernier vrai grand empereur romain… Mais comme il ne recula devant rien pour limiter les succès de ce Julien qu'il avait pourtant lui-même sorti de l'anonymat, la reconnaissance des talents de celui qui fut l'une des plus belles figures de l'Antiquité tardive ne peut pas non plus être portée au crédit du troisième fils de Constantin le Grand. Et puis d'ailleurs qu'importe que Constance ait "créé" Julien ou non puisque cette réalisation se solda elle aussi par un échec cuisant. Faute de temps, de bonnes volontés, d'énergie, ou de Dieu sait quoi, la tentative de rénovation religieuse, politique et économique de l'Empire romain moribond initiée par le successeur, si peu désiré, du dernier fils de Constantin échoua, et à la mort de l'empereur apostat, les jours de domination de la Rome impériale étaient comptés.