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Sommaire Février 2005 :

REMARQUE DU WEBMASTER (30 Mars 2005):

La société ("ifrance"), qui hébergeait jusqu'à présent ce site internet, ayant connu de gros problèmes techniques, je ne puis garantir que toutes mes réponses soient bien parvenues à leurs destinataires, ni non plus d'avoir reçu tout le courrier qui m'aurait été expédié.
Désormais, ce site est confié à un hébergeur bien plus fiable (Nexenservices), et l'accessibilité du site devrait s'en trouver considérablement améliorée, tant du point de vue de la navigation que de celui de la correspondance.
Je vous présente toutes mes excuses pour les désagréments que vous avez subis lors de vos visites, et vous remercie de la patience dont vous avez dû faire preuve à ces occasions. Je suis également désolé si vous trouvez ci-dessous une réponse dont vous n'auriez pas eu la primeur, ou si vous n'en avez reçu aucune de ma part. Dans ce dernier cas, ayez l'obligeance de m'adresser à nouveau votre message - si du moins il n'est pas trop tard !…

 
  • 2 Février :
    • Quelques précisions, de très bon aloi, sur Xanthos de Lycie : Clic !
  • 3 Février :
    • Gay gay, marions-nous (chrétiennement), à la mode de Néron et de Sporus !… : Clic !
  • 4 Février :
    • Les Romains en Chine : quelques pièces à ajouter au dossier : Clic !
  • 5 Février :
    • Biographie express de Dion Cassius : Clic !
2e PAGE
  • 6 Février :
    • A la recherche d'une lettre de St Jérôme sur les invasions barbares : Clic !
    • Une biographie - très gibbonienne - de Stilicon  : Clic !
  • 7 Février :
    • Petite histoire de splendides érections papales… : Clic !
  • 8 Février :
3e PAGE
  • 10 Février :
    • Notre 8e mois est justement celui d'Octave : une coïncidence ? : Clic !
  • 11 Février :
    • Télescopage de barbes d'airain dans le fouillis généalogique Julio-claudien ! : Clic !
  • 12 Février :
    • Les enfants des Marc Aurèle et de Faustine la Jeune : Clic !
  • 15 Février :
    • Marcus Censorinus, compagnon d'infortune de Crassus Jr.…  : Clic !
  • 18 Février :
    • Octave et ses Claudettes… : Clic !
  • 21 Février :
    • Audrey recherche de l'aide en grec… : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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2 Février 2005
Anne-Marie Manière-Lévêque a écrit :
 

C'est par hasard que je suis tombée sur votre site, et j'ai été attentive à la notice sur Xanthos puisque j'y travaille. Je voulais corriger quelques faits car la notice en anglais publiées sur le site Hotels in Turkey comporte des erreurs.

Tout d'abord ce qui est sûr c'est que l'auteur n'est pas allé sur le site sinon il n'aurait pas confondu les bâtiments de l'acropole lycienne avec ceux de l'acropole romaine : il n'y a pas d'église sur l'acropole basse dite lycienne mais des habitations de notables. Mais ce sont surtout les dates avancées qui me font réagir. Je passe les détails de son histoire mouvementée pour ne reprendre que les dates capitales

 

1- aucune installation (ni matériel) antérieure au VII s av. J.-C. n'a été mise au jour sur le site depuis sa découverte par Fellows jusqu'à aujourd'hui !

2- en 545 av J.-C. l'incendie résultant du raid perse incite les Xanthiens à demander protection à Athènes, il s'agit bien d'un protectorat.

3- en 333 av J.-C. Alexandre n'est pas passé par Xanthos, mais plus globalement en Lycie, à la suite de quoi la ville est rattachée à l'empire Hellénistique avant d'être tiraillée par les successeurs d'Alexandre, puis effectivement sous le joug de Rhodes.

4- en 167 av J.-C. elle est la capitale de la confédération lycienne ce qui dénote une relative indépendance de la région par rapport aux grandes puissances du moment. Néanmoins les rivalités entre partisans dans l'empire romain vont provoquer son siège par Brutus. La Lycie est alors rattachée définitivement à l'empire romain.

5- les Arabes sont passés sur la cote Sud de la Turquie, mais pas à Xanthos. Aucun signe de destruction lié à une attaque n'a été mis au jour, les seules destructions relevées sur le terrain pendant cette période proto-byzantine sont liées aux tremblements de terre attestés notamment par les failles du rocher sur lequel la ville est construite.

6- c'est aux XIIe - XIIIe s. ap. que la ville est abandonnée pendant plusieurs siècles jusqu'à l'implantation de populations grecques que CH. Fellows a pu observer sur le site lors de ses passages.

xanthos

Si on parle peu de la ville après la bataille de Brutus c'est tout simplement parce qu'elle n'a plus été l'objet de pillages ou de bataille et de ce fait n'intéressait plus les auteurs antiques. Le centre "économique" et "politique" du secteur (pas de toute la Lycie) s'est déplacé de 6 km, sur la côte, plus exactement à Pattara où d'énormes greniers attestent une activité portuaire intense. Pour autant Xanthos n'est pas totalement éclipsée, elle reste avec le Letoon le centre religieux de toute la Lycie et nombre d'empereurs, consuls ou autres dignitaires grâce à leurs dons ont participé à divers programmes architecturaux de construction ou de reconstruction. Néanmoins il est difficile actuellement de dresser l'inventaire de tous ces donateurs et plus globalement de l'évergétisme au profit de Xanthos car la recherche épigraphique sur le terrain n'a démarré qu'avec le début de ce siècle. Compte tenu de l'ampleur des découvertes faites dans ce domaine depuis 2001 il faudra encore attendre quelques mois avant qu'une publication sérieuse ne puisse voir le jour, mais rassurez vous çà arrive !

Anne-Marie Manière-Lévêque
Laboratoire d'Archéologie de l'ENS

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci pour ces précieux renseignements.

Quand, en mars 2001, j'avais eu à m'intéresser Xanthos afin de venir en aide à un jeune internaute en panne d'inspiration scolaire, je n'avais guère trouvé, pour nourrir mes réflexions, que les maigres renseignements qui existaient alors sur internet, c'est-à-dire surtout des infos à l'usage des touristes. C'est donc vraiment très sympathique de votre part d'avoir pris le temps de remettre à l'heure ces pendules lyciennes en rectifiant les erreurs et approximations présentes dans cette notice.

 
 

 

 
3 Février 2005
Pierre a écrit :
 

Ici en Amérique (Québec), nous sommes plongés en pleine controverse sur le mariage gai. Or, il semble que l'Église des premiers siècles n'ait rien trouvé à redire la question.

Est-il exact que l'empereur Constant promulgua un édit en 342 afin que l'on cesse de célébrer les unions de conjoints de même sexe dans les églises de son territoire ? Il semble que cette pratique ait été courante jusqu'à ce qu'elle soit férocement réprimée par Théodose entre l'an 390 et l'an 392. (Ce qui n'empêcha pas les prêtres de continuer à célébrer des unions homosexuelles, mais sur le perron des églises plutôt que devant l'autel).
Une législation ne change pas les mœurs, mais elle constitue un début.
Pourriez-vous m'éclairer sur ce point et le rôle qu'aurait joué Constant (ou ses successeurs) dans la répression des mariages homosexuels ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je n'ai nulle part trouvé trace d'un édit de l'empereur Constant proscrivant la célébration de mariages homos dans les églises chrétiennes, et à vrai dire, une telle mesure me paraît assez peu vraisemblable. Négligeons le fait que ledit Constant était lui-même homosexuel car cela ne l'aurait peut-être pas empêché de promulguer cette loi : l'Histoire est remplie de souverains qui croient pouvoir expier sur le dos de leurs pauvres sujets leur propre faute (ou "péché", selon la très tolérante expression utilisée naguère par l'ex-futur commissaire européen Rocco Buttiglione pour qualifier l'homosexualité). En fait, ce qui rend cette législation présumée de l'inconstant Constant particulièrement peu vraisemblable, c'est l'attitude constante de l'Église chrétienne à l'égard de l'homosexualité. Jamais, au grand jamais, le catholicisme n'a l'acceptée ! Bien sûr, ce rejet a pu varier dans la forme, passant, au fil des siècles, d'une condamnation ferme (avec, à l'appui, de saints bûchers expiatoires pour les sodomites opiniâtres et récalcitrants) à une commisération apitoyée. Mais le fond est resté inébranlablement fidèle à la vieille sentence biblique : "coucher avec un homme comme on coucherait avec une femme est une abomination aux yeux de Dieu !" (Voyez à ce sujet ce courrier de mars 2003 : Clic ! où j'évoquais la condamnation de l'homosexualité par l'Église naissante ainsi que sa répression par les premiers empereurs chrétiens).

Vous conviendrez avec moi que, dans un tel contexte d'hostilité ecclésiale, la célébration de mariages gays dans les premières églises chrétiennes (ou même sur leurs parvis) me paraît rigoureusement impossible, et, selon moi, ce bougre de Constant n'avait donc pas à légiférer en la matière. Défendre aux prêtres catholiques de célébrer des mariages homos, c'eût, par exemple, été comme leur défendre de prêcher que Jésus était le fils de Satan. Pas besoin de loi pour condamner ce qui va de soi !

constant

De surcroît, dans les premiers siècles du christianisme, même le mariage hétéro classique, entre un homme et une femme, était considéré avec beaucoup de suspicion. Dans le meilleur des cas, ce n'était qu'un pis-aller : "Mieux vaut se marier que de brûler", disait le bon saint Paul, jamais en retard d'une formule incendiaire. Certes, les premiers chrétiens pouvaient se marier, mais uniquement pour mettre fin à la concupiscence, afin d'éviter de choir dans le grave péché de fornication, et uniquement dans un but de procréation. Mais à tout prendre, pour l'homme, un célibat chaste et pur, et, pour la jeune chrétienne, une virginité perpétuelle et dénuée d'orgueil étaient infiniment préférables au mariage.
Bref, pour les Pères de l'Église, il eût mieux valu que les enfants naquissent dans les choux, dans les roses, ou fussent apportés par la cigogne. Mais puisque ce n'était pas le cas, il fallait s'accommoder de ces turpitudes inhérentes à la chute originelle… tout en évitant soigneusement d'y prêter la main

Très longtemps, les autorités chrétiennes évitèrent donc de se compromettre dans ces mariages qui n'étaient guère à leurs yeux que du "concubinage légal". Elles se contentaient de reconnaître la validité des unions légales romaines, tout en exigeant que les conjoints se conforment à la morale chrétienne (indissolubilité du mariage, relations fécondes). Et puis c'était tout ! Pas de célébration dans le lieu de culte, ni même de bénédiction nuptiale. Celle-ci n'apparut progressivement qu'à partir du IVe siècle : le prêtre bénissait le voile de la mariée, les anneaux, ou le lit nuptial. Ce n'est que bien plus tard, au Moyen Age, vers les XIe et XIIe, que l'Église chrétienne fit définitivement entrer le mariage dans sa sphère de compétence en instituant le sacrement du mariage. Ce n'est qu'à cette époque que le passage à Église devint obligatoire pour les jeunes mariés… toujours hétéros, ça va se soi !
Notez d'ailleurs, par parenthèse, que - vieux fond de répugnance chrétienne à l'égard des unions charnelles - le mariage est le seul sacrement chrétien où le prêtre officiant n'est qu'un témoin, les ministres étant les deux époux.

À ce sujet, je ne résiste au plaisir de vous citer ce petit texte, extrait d'un vieux missel, et qui, de plus et si besoin est, vous démontrera à quel point le mariage gay et théologie chrétienne traditionnelle sont inconciliables :

"Pour sanctifier la famille, cellule primordiale de la société, le sacrement de Mariage donne aux époux les grâces dont ils ont un si pressant besoin, la grâce de la fidélité absolue et constante, fidélité si difficile au cœur inconstant de l'homme ; la grâce de respecter la sainteté du lit conjugal, malgré les sollicitations contraires de la concupiscence ; la grâce de se consacrer avec un inaltérable dévouement à l'éducation chrétienne des enfants.

Les époux sont les propres ministres de leur mariage, et comme le Christ et son Épouse (= l'Église catholique), à l'autel, ils en sont, pour ainsi dire, les prêtres et les victimes. Dans le mariage, écrit Ozanam, il y a un sacrifice ou mieux deux sacrifices ; la femme sacrifie ce que Dieu lui a donné d'irréparable, ce qui fait la sollicitude de sa mère, sa première beauté, souvent sa santé et ce pouvoir d'aimer que les femmes n'ont qu'une fois.
L'homme à son tour sacrifie la liberté de sa jeunesse, ces années incomparables qui ne reviendront plus, ce pouvoir de se dévouer pour celle qu'on aime, qu'on ne trouve qu'au commencement de sa vie, et cet effort d'un premier amour pour lui faire un sort glorieux et doux. Voilà pourquoi je dis que le mariage chrétien est un double sacrifice ; ce sont deux coupes ; dans l'une se trouvent la vertu, la pudeur, l'innocence ; dans l'autre, l'amour intact, le dévouement, la consécration immortelle de l'homme à celle qui est plus faible que lui, qu'hier II ne connaissait pas et avec laquelle, aujourd'hui, il se trouve heureux de passer ses jours ; et il faut que ces coupes soient également pleines pour que l'union soit sainte, et pour que le ciel la bénisse.
Dans ce calice il y a encore tout ce que l'affection désintéressée suppose de part et d'autre d'inlassable dévouement et de générosité. Dans ce calice que les époux offrent à Dieu, il y a les peines et les souffrances de toute une existence à deux, il y a les douleurs et les soucis d'un père et d'une mère qui doivent donner à leurs enfants et entretenir en eux la vie naturelle et la vie surnaturelle.
Aussi l'Église conseille-t-elle aux époux d'offrir cette coupe d'or toute pleine du sang, peut-on dire, de leur âme, en union avec l'offrande du calice d'or rempli du sang de jésus, de qui leur viendra toute force et toute grâce.

Amen !…

Pour conclure en revenant à Constance, il m'est donc difficile d'imaginer que le christianisme originel aurait admis le mariage gay alors que, d'une part, il avait déjà beaucoup de mal à sanctifier celui d'un homme et d'une femme, et que, d'autre part, il abhorrait l'homosexualité.
En outre, comme je le signalais dans cet ancien courrier, il me paraît assez vain, voire dangereux, de chercher dans l'Antiquité des précédents qui justifieraient des tolérances modernes. Si le mariage homo est reconnu dans mon pays, en Belgique, ce n'est pas parce que des peuples d'une Antiquité quelconque (et imaginaire) le connaissaient, mais parce qu'aujourd'hui, une majorité significative de Belges estiment qu'il est normal que, quel que soit le sexe des partenaires, tous les couples souhaitant légaliser leur union bénéficient des mêmes dispositions légales. Au fond, si nous acceptons le mariage homosexuel, c'est parce que nos sociétés démocratiques occidentales reposent sur un principe d'égalité… Ce qui n'était évidemment pas le cas des civilisations antiques, foncièrement esclavagistes et brutalement inégalitaires !

 
 
 
Pierre réécrit :
 

Merci de votre réponse exhaustive et étayée. Étant moi-même issu du Québec des années cinquante, une société ultra-catholique entièrement manipulée par les soutanes et les cornettes, j'ai grandi dans un univers où le fait de manger autre chose que du poisson le vendredi était socialement « un manquement grave », où le journal de Spirou était « approuvé pour le dortoir » et où, comme vous l'avez très bien évoqué en parlant du passé, le célibat et la virginité étaient le modèle de la perfection vers laquelle tout être humain se devait de tendre.

La vision du mariage véhiculée par l'Église catholique de l'époque était en fait stratosphériquement éloignée de la chose « sacrée » pour laquelle certains dinosaures de l'Esprit montent maintenant aux barricades ici, en Amérique, sous prétexte de défendre rien de moins que les fondements de la civilisation. Imaginez : :
1. Le premier choix de tout jeune québécois devait être celui de la prêtrise.
2. À défaut, s'il ne pouvait assumer le seul appel vraiment digne d'un homme bien né, il pouvait se résoudre à être célibataire.
3. Si même ce statut était trop élevé pour lui, il pouvait descendre encore au niveau du sacro-saint mariage, mais sans relations sexuelles (sic) !!!
4. Par contre, s'il le fallait vraiment, compte tenu de ses faiblesses, il lui était possible de s'avilir davantage, jusqu'au mariage consommé, soit le dernier niveau de la condition humaine qui fut « acceptable » ici. Ce dernier étage constituait très majoritairement (et humainement) celui de ce que nous appelions en reniflant « le peuple » dans ma famille, ceci sur un ton d'une condescendance inimitable (et heureusement disparue au cours de ce que l'on appela ici la « révolution tranquille »).

Du fait que, malgré sa bassesse, l'état matriarcal était préférable à « la sexualité débridée des païens et des animaux », il nous était enseigné à l'école que l'union d'un homme et d'une femme « pouvait » parfois être bonne car elle « pouvait » souvent contribuer à assurer le « Grand Dessein de Dieu » pour la suite du monde (et cela malgré l'impureté de la femme, source du Péché Originel). Mais, à l'époque, les petites gens condamnés à vivre pareil avilissement au péché de la chair connaissaient leur classe et leur rang (le dernier) et en avaient honte. Mes parents devaient conséquemment se sentir doublement inclus dans cette dégringolade morale et sociale, puisqu'ils étaient rien de moins que des anges déchus !

Il y a moins de cinquante ans de cela, mais quand même, quelle époque ! En vérité, en vérité, je vous le dis, quel pouvoir nous avions au sein de cette société-là... Je dis « nous », car étant moi-même le fruit de l'union théoriquement et socialement condamnable d'un clerc et d'une religieuse, j'ai grandi entouré de chanoines, de mères supérieures et d'évêques tout puissants (issus des deux familles) dans une espèce de cocon doré (je n'ai jamais fait la queue nulle part dans mon enfance, car tout cédait « magiquement » le passage devant les soutanes et autres corneilles empesées qui m'entouraient). Belle hypocrisie en vérité que celle de ce système social où les enfants du péché issus du système, comme moi, avaient « de facto » préséance sur « les autres » du seul fait de leur origine quasi divine (après tout, n'étions-nous pas issus des rangs des élus du Seigneur) ? Il y a des jours où il me semble avoir été pape et je n'avais même pas 8 ans... Passons, même si Alexandre VI fut, à bien y penser, un modèle humainement très tentant à imiter !

Vatican II a détruit tout ce microcosme, mais je ne regrette absolument pas le sentiment de toute puissance qui auréolait ma « famille » à cette époque, même si aujourd'hui je combattrais semblable société si elle existait encore ici, car ce passé à la fois proche à l'échelle humaine et déjà lointain à l'échelle sociale m'aide à appréhender sereinement les « différences » à l'échelle planétaire et séculaire entre les cultures. Bref, pour l'Église locale (du moins le peu qu'il en reste), je suis très certainement à la fois un péché vivant et une saloperie d'ingrat. Ajoutons que si en plus j'étais homosexuel, je serais sans aucun doute pour eux l'Antéchrist, mais la nature m'a ainsi fait que je dois renoncer - à mon grand regret - à cette haute et très tentante fonction ! §:o)

Tout ceci pour vous dire que je suis franchement conscient de ce qu'était l'Église de Saint-Thomas d'Aquin et de ses successeurs, ainsi que très sensible son hostilité viscérale à tout plaisir charnel quel qu'il fut. Mais je sais aussi que, dans cet univers théocratique, constipé et hypocrite, il y avait très largement place pour des « accommodements », en fonction des personnes à accommoder et de la puissance temporelle de leurs géniteurs et cela récemment (1956-1964) comme sans nul doute antérieurement (disons les deux derniers millénaires, pour faire bonne mesure).

Ce pourquoi je n'ai pas été vraiment surpris, à la lumière de travaux de certains chercheurs de l'Université Yale, d'apprendre qu'il y aurait eu antérieurement une Église beaucoup plus ouverte sur la question des unions religieuses entre personnes de même sexe que ce que ma culture sclérosée pouvait ne serais-ce qu'imaginer. En fait, semblables cérémonies qui, malgré leur caractère franchement « déviantes », me paraissent plausibles du fait de mon propre vécu en matière d'exception issue d'une orthodoxie toute puissante, apportent logiquement une perspective nouvelle sur l'Église des premiers siècles ainsi que, naturellement, de l'eau au moulin des tenants d'une officialisation tant religieuse que civile des unions de conjoints de même sexe malgré leur caractère instinctivement improbable aux simples mortels que nous sommes.

Il nous faut refuser les certitudes, car elles mènent à l'erreur, mais également questionner les idées nouvelles !

À ce propos, un correspondant m'a promis de tenter de me transmettre sous peu (je l'espère) le texte latin de l'édit de 342 promulgué par l'empereur Constant sur le bannissement des unions homosexuelles des églises d'Italie et de Sicile, ainsi que la référence sur les rites religieux « pour faire des frères» ayant été codifiés vers l'an 740 et subséquemment. Il semblerait que cette première tentative de l'empereur Constant ait été contrecarrée par son successeur païen (ou apostat ?), ce qui expliquerait sa mise en application effective seulement un demi-siècle plus tard par Théodose (toutefois avec un effet mitigé et ce au moins jusqu'au XIe siècle), tout cela bien avant les saints bûchers expiatoires que mettront en place une bande de sadiques au moins aussi pervers que ce qu'ils prétendaient réprimer, lesquels ont cependant fortement influencé notre manière d'appréhender le monde ici-bas et je le déplore autant que je m'en méfie.

Par exemple, a votre remarquable réponse ci-dessus, j'ignorais totalement que l'empereur Constant était lui même un sodomite (en bon Nord-Américain, j'imaginais plutôt que c'était une manière de texan fruste, borné et inculte manipulé par des religieux extrémistes), mais j'aurais pourtant dû le subodorer, ne pouvant à la réflexion que citer ce bon vieux Claude comme empereur strictement hétéro (au sens où nous l'entendons aujourd'hui) au sein d'une longue liste de gens ayant exercé le métier à (vraiment très) haut risque d'empereur des romains.

Ceci dit, ce ne serait pas la première fois qu'un puissant personnage politique se livre paradoxalement à la persécution acharnée de « ceux de son espèce ». Ici, le souvenir de Hoover (le tout puissant chef du FBI) est encore frais dans bien des mémoires puisqu'il avait ses émules de notre côté de la frontière, et qu'ils étaient au moins aussi hypocrites et déviants que lui.

Mais peu importent ! Retenons que le délire judéo-chrétien totalement artificiel dans lequel j'ai grandi au siècle dernier valorisait plus volontiers les fratries et les sororités, que « la bestiale fornication où s'avilissaient le prolétariat et les païens ». À l'instar de ce qui se fit en Europe pendant des siècles, l'institution du mariage au Québec des années Duplessis (une manière de Salazar ou de Franco local) était, comme vous l'avez si bien exprimé, « un pis aller » dans le cadre d'un vieux fond de répugnance envers le péché de la chair (en fait, c'était TOUJOURS un péché, même dans le cadre du devoir conjugal, que de jouir) et toute « personne bien née » devait fuir cet état sous peine de déchéance sociale envers les personnes de son Rang. Ridicule, mais affreusement exact, et tout cela en valorisant en sourdine la famille, le travail et la patrie (slogan connu se passant de commentaires) ce qui était par ailleurs en absolue contradiction avec l'idéologie inculquée dans toutes nos écoles !

Aussi, à la lumière de ces années à la fois lumineuses et sombres de mon enfance, je m'interroge sur la logique interne ayant pu cautionner d'éventuelles unions homosexuelles sanctionnées par le pouvoir religieux en place aux premiers siècles de l'ère chrétienne. Il me semble que c'est une possibilité que nous ne pouvons pas écarter malgré un évident non-sens doctrinal. Ce n'était pas si bête au fond ; c'était un cul de sac génétique et en plus ça éloignait de bons chrétiens de la source primordiale du MAL qui était indubitablement la femme (et son impureté) dans la démonologie biblique. Bien sûr, cela allait à l'encontre de deux ou trois lignes dans le Lévitique, mais cela était par ailleurs en harmonie avec la singulière vie de Jésus, lequel vivait en célibataire (bien qu'il ait passé trente ans bien sonnés) et cela entouré d'hommes qui avaient plaqué femmes et enfants pour vagabonder à ses côtés par-dessus le marché... Situation singulièrement des plus inusitées pour un juif (et encore davantage pour un rabbi) à moins que nous n'imaginions des choses absolument innommables pour les gens bien pensants que nous sommes (ou devrions être selon nos parents)...

Je ne manquerai pas de vous transmettre les documents anciens que j'attends avec impatience et vous assure dans l'intervalle de mon très grand intérêt envers votre site dont j'apprécie particulièrement le ton rafraîchissant ainsi que la rigueur intellectuelle exemplaire dont il fait preuve.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Ce serait vraiment très sympathique de me transmettre ces documents relatifs à ce fameux décret de Constance (par parenthèse, on peut très bien être un Texan fruste, borné, intolérant, manipulé par son clergé et être néanmoins - excusez l'expression - "pédé comme un phoque" : il suffit d'allier la tartufferie à la bêtise !). Dans mon mail précédent, je ne faisais guère qu'émettre, a priori, l'hypothèse d'une Église primitive certainement aussi peu favorable au "crime pédérastique" (comme dirait Brassens) que celle qui verra le jour après Constantin et son Triomphe de la croix. Mais comme je ne suis pas borné et que le problème de la réalité ou de l'inexistence de mariages homos chrétiens aux doux temps d'Hadrien et d'Élagabal ne m'empêchera pas de dormir du sommeil du juste, je ne demande qu'à être convaincu par d'irréfutables documents.

C'est vrai qu'à la réflexion, votre raisonnement se tient. Il n'est peut-être pas exclu que des Églises hérétiques qui insistaient sur la nature démoniaque de la Création et qui rejetaient toute référence aux Écritures sacrées juives (et en particulier aux anathèmes homophobes du Lévitique), aient pu considérer que les infécondes unions homosexuelles étaient, à tout prendre, moins peccamineuses que ces copulations légales qui perpétuaient l'œuvre de Satan. Si des chrétiens hérétiques - mais l'on sait que, dans la première église, les hérésies précédèrent longtemps le dogme et les exceptions furent peut-être longtemps une règle assez commune - tinrent ce raisonnement tordu, alors la condamnation par Constance de ces déviances à la fois théologiques et morales devient sans doute possible.

Mais quoi qu'il en soit, toute info relative à cette question sera la bienvenue.

 
 

 

 
4 Février 2005
Mulot a écrit :
 

Je suis tombé par hasard sur votre site et du même mouvement sur la question concernant ce que les Romains connaissaient de la Chine (voir ici : Clic !).
Des textes, Han me semble-t-il, attestent le débarquement de commerçants Romains, en 166, dans la région de Saigon qui, alors appartenait à la Chine. Le commerce de la soie en était la cause.
Ils nommaient la Chine "le Pays des SERES". Auparavant la soie fut importée en Europe en passant par le Grand Tibet (sans doute à travers le Petit Tibet et la Boukharie, par-delà la Perse, etc). Les Romains nommaient le pays Serica.

Attestations :

  • Emmanuel KANT, Projet de paix perpétuelle
  • Bernard WERBER, "Encyclopédie des savoirs absolus et relatifs" :
    Bateleurs en Chine : "Les annales de l'empire chinois signalent aux environs de l'an 115 de notre ère l'arrivée d'un bateau, vraisemblablement d'origine romaine, que la tempête avait malmené et qui s'échoua sur la côte après des jours de dérive. Or les passagers étaient des acrobates et des jongleurs qui à peine à terre voulurent se concilier les habitants de ce pays inconnu en leur donnant un spectacle. Les Chinois virent ainsi - bouche bée - ces étrangers au long nez cracher le feu, nouer leurs membres, changer les grenouilles en serpents, etc. Ils en conclurent à bon droit que l'Ouest était peuplé de clowns et de mangeurs de feu. Et plusieurs centaines d'années passèrent avant qu'une occasion de les détromper ne se présente."
  • Jean-Noël ROBERT, Quand les Romains allaient en Chine : Clic !
 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci pour toutes ces intéressantes attestations.

Le texte amusant de Bernard WERBER concernant le "choc des civilisations" provoqué par le débarquement en Chine de bateleurs romains ne m'était pas inconnu. Je le cite d'ailleurs dans un courrier, échangé en mai 2003 avec une autre sympathique internaute, où j'évoque ce que les Chinois savaient de Rome (voir ici : Clic !). Et puisque le sujet paraît vous intéresser, je me permets de vous signaler, au cas où vous ne l'auriez pas repéré, cet autre ancien courrier traitant de l'étrange aventure de légionnaires de Crassus, dont les descendants habiteraient encore les confins de la Chine.

 
 

 

 
5 Février 2005
"Titif" a écrit :
 
Pour dimanche maxi il me faudré la biographie de Dion Cassius. jsui en fac d'histoir. le site é super il va bocou m'aidé. j'atten vite ta réponse au pire dan la semaine. merci é encor bravo.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Dion Cassius (Cassius Dio Cocceianus) était un proche parent, probablement le petit-fils, de l'orateur célèbre, Dion de Pruse, dit Chrysostome (= “Bouche d’Or”), et était, comme lui, originaire de Bithynie. Son père, Cassius Apronianus, sénateur romain, occupa les postes de gouverneur de Cilicie et de Dalmatie.

Les rares détails connus concernant la vie de Dion proviennent d’allusions occasionnelles rapportées dans son œuvre. On situe généralement sa date de naissance entre 155 et 164 ap. J.-C. Nous savons qu'il accompagna son père lors de son dernier gouvernorat de Cilicie, et l'on suppose qu'il vint à Rome après la mort de ce dernier, probablement vers 180. En effet, lorsqu’il décrit le comportement de Commode envers le Sénat et d'autres événements du début du règne de cet empereur, il déclare que son récit est dorénavant le fruit d’observations personnelles et non de quelconques rumeurs. Il semble donc raisonnable de penser qu'était déjà membre du Sénat à cette époque, il devait alors être âgé d'au moins vingt-cinq ans.

En 193, Pertinax lui promit la préfecture du prétoire pour l’année suivante, mais cet empereur, puis son successeur (Didius Julianus), ayant été renversés, il dut attendre le règne de Septime Sévère (193-211) pour assumer cette fonction.

Le début du règne, relativement modéré, de ce souverain suscita l’enthousiasme de Dion et lui parut comme l’annonce d’une nouvelle ère glorieuse et prospère. C’est sans doute à ce moment que Dion Cassius entreprit la rédaction de son œuvre littéraire. Il commença par un petit ouvrage sur les rêves et les présages qui avaient annoncé le règne glorieux de Septime Sévère. Il est probable qu’il tenait le récit des prodiges relatés dans cet opuscule, aujourd'hui perdu, de la bouche de l’empereur lui-même. Croyait-il lui-même à ces fables ? C’est fort possible puisque les textes que nous avons gardés de lui n'omettent jamais de mentionner ce genre de prodiges. Quoi qu’il en soit, l'accueil favorable que l'empereur réserva à cette œuvre courtisane encouragea Dion à rédiger une histoire des événements qui avaient précédé l’accession au trône de son impérial sponsor. Naturellement, cette œuvre, aussi "politiquement correcte" que la précédente, fut elle aussi fort bien reçue, tant de l’empereur que du public. Et notre Dion Cassius, flatté dans sa vanité d'auteur, d'aiguiser à nouveau sa plume afin d'entreprendre son œuvre majeure, la seule dont nous pouvons encore lire certaines parties, une grande Histoire de Rome, de la fondation de la Ville jusqu’à son époque.

Sous prétexte de se consacrer à ses travaux d’écriture, mais en réalité parce qu’il était de moins en moins d’accord avec la politique, arbitraire et violente, de l’empereur, Dion Cassius se retira alors presque complètement de la vie publique, et passa le reste du règne du Septime Sévère dans sa villa des environs de Capoue.

En 216, il accompagna Caracalla, fils et successeur de Septime Sévère, lors de le son expédition en Orient. Il passa l’hiver suivant à Nicomédie, mais ne participa pas à la guerre contre les Parthes. Macrin, assassin et successeur de Caracalla, le nomma à la tête des villes de Pergame et de Smyrne, en tant que curator ad corrigendum statum civitatum (genre de censorat local ?), fonction dans laquelle le confirma Élagabal, le successeur de Macrin. Sous Alexandre Sévère, il devint préfet d’Afrique, puis fut nommé gouverneur successivement en Dalmatie et en Pannonie. En 229, il obtint un deuxième consulat, avec l’empereur en personne comme collègue. Mais certaines mesures autoritaires, qu'il avait prises lors de gouvernorat de Pannonie et que les soldats avaient jugées trop sévères, l’avaient rendu impopulaire auprès des Prétoriens, ce qui l'obligea à se tenir éloigné de Rome. Bientôt, il obtint la permission de se retirer définitivement dans sa ville natale de Nicée. À cette époque, Dion Cassius avait déjà atteint l’âge, respectable pour l’époque de 70 ans. On ne sait rien de plus à son sujet.
On situe généralement sa mort vers 235 ap. J.-C., mais c’est peut-être un peu trop optimiste…

Son Histoire romaine, en 80 livres et écrite en grec, relate donc tous les événements historiques de l'arrivée d'Énée en Italie jusqu'à 229, soit l'année du consulat de son protecteur, l'empereur Alexandre Sévère. Malheureusement seuls les livres 36 à 60 (couvrent la période de 69 av. J.-C. à 46 ap. J.-C.) sont conservés dans leur intégralité. Il subsiste également des fragments étendus des livres 1 à 35. D’autre part, on peut se faire une idée du contenu des livres perdus grâce à l'abrégé des livres 61 à 80 qu'en a donné l’historien byzantin Jean Xiphilin (IXe siècle). Pour le siècle d'Auguste, Tite-Live constitue bien évidemment la source narrative privilégiée. Pour le Haut Empire, l'on doit se référer, en premier lieu, à Tacite. Bien qu'incomplète, l'œuvre de Dion Cassius n'est pas sans valeur, même si l'on déplore également que le jugement de l'écrivain soit souvent obscurci par ce sentiment d'attachement par trop excessif qu'il affiche envers la personne et la politique impériales. On peut résolument encore considérer Dion Cassius comme un écrivain atticiste qui colore son œuvre d'une touche archaïsante et excelle à composer des discours fictifs, aussi étendus qu'abondants où il fait généreusement appel aux procédés de la rhétorique antique.

(Sources : Site LacusCurtius : Clic !, et Dictionnaire des Auteurs grecs et latins de l'Antiquité et du Moyen age, Edtions Brepols, 1991)