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Novembre 2004 (page 4/4)

Sommaire du mois de Novermbre : Clic !

 
16 Novembre 2004
Olivier a écrit :
 

Bonjour d'un Belge un autre (je crois).

J'aimerais avoir votre avis sur ces séries de BD ayant l'histoire romaine comme sujet :

  • La Dernière prophétie, dessinée par Gilles Chaillet qui a pour thème la "chute" des croyances païennes à Rome et l'avènement d'un Empire romain catholique sous Théodose (Voir : http://www.glenat.com)
  • Vae Victis de Mitton (voir : http://www.soleil-lesite.com)

    Ce sont deux séries très différentes l'une de l'autre, tant par leur dessin que par leur intrigue mais elles sont l'une et l'autre réellement passionnantes.
  • Murena de Dufaux et Delaby. je trouve que le portrait de Néron est très humain dans le sens où l'on sent chez lui des doutes. Enfin ce n'est qu'un avis…
 
 
 
RÉPONSE :
 

Question BD, quoique Belge comme vous (salut, pays !), mes connaissances en ce domaine sont assez limitées.

J'ai cependant bien sûr lu et apprécié les quatre premiers volumes de la série Murena (voyez, sur ce site : Clic !, ainsi que, sur le site associé Péplum - Images de l'Antiquité : Clic ! et Clic !)… Même si, quant à moi, j'ai peur que ses auteurs ne s'orientent, pour les volumes à paraître (bientôt, j'espère), vers un portrait de Néron par trop fidèle à sa "légende noire", alors que cet empereur ne fut probablement pas le monstre que décrivent à l'envi les historiens antiques.

En revanche, je ne connais pas du tout La dernière prophétie ou Vae victis… Merci donc pour ces infos sur ces deux BD qui, effectivement, me paraissent très intéressantes.

 
 

 

 
20 Novembre 2004
Zoé a écrit :
 
Quelle est l'origine de la couronne de lauriers des empereurs romains ? L'ont-ils tous portée ?
Est -il exact que César l'appréciait aussi pour cacher sa calvitie ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer la signification de cette fameuse couronne de laurier lors d'une correspondance avec une autre internaute (voir ici : Clic !).

A Rome, la couronne de laurier n'était donc nullement un accessoire vestimentaire que l'empereur, ouvrant sa garde-robe le matin, pouvait choisir de porter ce jour-là pour changer un peu de look ou pour "faire joli". Dotée d'une symbolique religieuse, elle était réservée aux généraux victorieux, et les empereurs ne l'arboraient que lorsqu'ils célébraient leur "triomphe" sur tel ou tel ennemi. (Pour plus de détails sur la cérémonie du triomphe, voir ici : Clic !).

Quant à Jules César, il était bien trop coquet et bien trop raffiné pour arborer à contretemps une couronne d'aromates. Certes sa calvitie le préoccupait, mais il la camouflait, paraît-il, "en ramenant ses rares cheveux sur l'arrière" (voir ici : Clic !), et non en se déguisant en bouquet garni (avec un peu de laurier sur la tête, du persil dans les narines, quelques branches de thym dans les oreilles et, pour faire bonne mesure, un citron dans la bouche ?)

 
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20 Novembre 2004
Jean a écrit :
 

(…) Sidoine Apollinaire a été assigné à résidence pendant quelque temps à Llivia (en France, près de la frontière espagnole). Or Llivia est une enclave espagnole en terre de France, sans communication avec l'Espagne. Existe-t-il un lien dans le temps ou bien est-ce aléatoire ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

A première vue, je ne vois aucun lien entre le statut actuel d'enclave espagnole en territoire français de Llivia et le séjour forcé du bon Sidoine Apollinaire dans cette ville qui portait alors le doux nom de Julia Livia. Cette situation administrative qui nous paraît aujourd'hui un tantinet absurde est en fait la conséquence du Traité des Pyrénées (1659), par lequel la France reçut trente-trois "villages" de Cerdagne, mais la "ville" de Llivia, resta en possession de l'Espagne.

Tout cela n'a donc aucun rapport avec l'évêque gallo-romain…Sauf bien sûr si l'on ergote en disant que Sidoine Apollinaire s'installa dans cette ville parce que c'était la seule bourgade digne de ce nom dans cette région perdue des Pyrénées, et que c'est également à cause de (ou grâce à) cette qualité éminente de capitale de la Cerdagne (elle le fut jusqu'au XIe siècle) que Llivia demeura espagnole.
Mais c'est peut-être pousser le bouchon un peu loin, non ?

 
 
Jean réécrit :
 

Un grand merci de vos précisions.

Je me permets une appréciation personnelle et, j'espère, constructive du ton de certaines de vos approches. Il se trouve que passionné d'histoire, surtout celle des idées, des religions et de la philosophie antique, je suis néanmoins chrétien militant. D'un point de vue plus large, je suis un fervent défenseur des valeurs chrétiennes, considérant que, d'une manière ou d'une autre, notre civilisation doit essentiel de ses valeurs à la maturation du christianisme. Je trouve instructive et décapante la manière dont vous analysez les premiers temps du christianisme car ce dépoussiérage (qui restait alors un sujet tabou entre spécialistes qui, en gros, sont du même avis) ne peut nuire en aucune façon aux gens honnêtes intellectuellement.

Je note, avec une pointe d'amertume, que cette liberté dont vous usez, dont j'use moi-même dans d'autres domaines, découle précisément de cette maturation du Christianisme mais que personne ne se risquerait aujourd'hui à user de la même liberté envers l'Islam. Parce que, si on voulait "s'amuser", il y aurait du grain à moudre. Serait-ce la démonstration qu'avoir raison c'est une chose, avoir une kalashnikov ou un poignard pour expliquer qu'on a encore plus raison, c'est encore mieux ? C'est une bien triste démonstration que celle-ci !

En tout cas, je vous renouvelle mes encouragements et mes félicitations pour votre entreprise;

 
 
 
RÉPONSE :
 

Dois-je préciser que je souscris entièrement à ce vous écrivez là ?

C'est vrai que si, personnellement, je me suis éloigné du catholicisme dans lequel j'ai été éduqué, je n'ai pas pour autant de "compte à régler" avec cette religion. Je sais parfaitement faire la différence entre les chrétiens convaincus - que je respecte et même d'une certaine façon admire s'ils vivent leur religion honnêtement et sans prosélytisme agressif - et les quelques intégristes fanatiques qui, eux, ne méritent que mépris.

Du reste, c'est surtout l'histoire de la religion chrétienne qui m'intéresse. Et c'est assez logique puisque ce furent précisément les problèmes historiques que posait la naissance du christianisme qui contribuèrent le plus à faire vaciller ma Foi. Toutefois, il est évident qu'en l'occurrence, les évidences historiques sont aussi peu nombreuses que les certitudes théologiques, et les questions plus nombreuses (et certainement aussi plus intéressantes) que les réponses elles-mêmes. Les sources étant maigres et souvent difficilement interprétables, le vrai "Jésus de l'Histoire" restera sans doute à jamais mystérieux. C'est pourquoi vous faites bien de souligner qu'aucune discussion à ce sujet ne pourrait nuire à des chrétiens "intellectuellement honnêtes" : la croyance en la Rédemption, en la Résurrection du Christ ou en la virginité perpétuelle de Marie relève uniquement de la Foi. Aucune "trouvaille" historique ne sera jamais susceptible d'étayer ou de contredire ces dogmes chrétiens. Où serait d'ailleurs le mérite du croyant si les dogmes étaient prouvables scientifiquement ?

Je conviens volontiers que la plupart des valeurs de nos sociétés occidentales proviennent du christianisme. Pourquoi le nier ? Même le concept de "laïcité" ne lui doit-il pas son existence ? Action - réaction - action…
Cela dit, à mon avis, l'essentiel n'est pas d'ergoter sur le quota de valeurs chrétiennes présentes dans notre civilisation européenne ("mélangez dans un shaker 7 parts de christianisme, une part d'hellénisme, une de romanité, une de judaïsme, un trait d'islam, agitez et servez dans un verre laïc avec un zeste d'intolérance"), mais plutôt d'admettre de bonne foi que toutes les civilisations ou sociétés sont porteuses de certaines valeurs positives… Ce qui ne veut naturellement pas dire que toutes les valeurs de toutes les sociétés sont bonnes, ni que certaines bonnes valeurs de sociétés exotiques sont obligatoirement transposables chez nous !

Quant à l'Islam, j'adresse tous les jours une fervente prière à Allah pour le remercier d'être si opportunément resté en dehors du sujet d'étude de mon site internet !…
Je plaisante, bien sûr… Mais sur ce point aussi, je suis entièrement d'accord avec vous : il est hautement regrettable que les intellectuels musulmans ne bénéficient pas de la même liberté d'expression que les exégètes chrétiens. Car c'est en effet bien là que bât blesse : tant que la majorité des musulmans n'aura pas "intégré" ce que la plupart de leurs érudits éclairés admettent sans problème (du moins quand ils s'adressent à un public d'infidèles), à savoir que si le Coran peut être considéré par les croyants comme un livre inspiré, il n'est en aucun cas la parole de Dieu incarnée et intemporelle. Tant son fond que sa forme témoignent de l'époque de sa composition, des régions où il fut écrit et du public auquel il s'adressait. De plus, le Coran que nous connaissons n'est que l'un des trois qui circulèrent après la mort du Prophète.
Bref, il est aussi vain de chercher dans ces textes une législation immédiatement transposable à nos sociétés modernes que d'espérer y trouver le mode d'emploi d'un téléphone portable !…

Cette transformation de l'Écriture sainte en objet d'étude historique et philologique a été progressivement acceptée par les Églises chrétiennes (quoique certains chrétiens extrémistes considèrent eux aussi leur Bible comme LA Vérité intangible, intemporelle et aboutie). Il est grand temps que l'Islam adopte la même démarche car, sans cela, les sacrificateurs de réalisateurs hollandais, les égorgeurs d'humanitaires occidentaux, les artificiers de touristes balinais, ou les pilotes amateurs d'Al Qaïda auront encore de beaux jours devant eux.

 
 

 

 
21 Novembre 2004
Cindy a écrit :
 
Je me permets de vous écrire car j'aimerais savoir si, durant la République romaine, s'est opérée une évolution des institutions politiques. Je suis un cours de latin au sein duquel ma professeur nous enseigne des points de civilisations. Toutefois, elle nous a tracé deux plans des institutions en montrant comme une évolution.
Pour approfondir mon cours, j'ai consulté le livre de Lucien Jerphagnon qui ne montre pas vraiment d'évolution. Ainsi, je souhaiterais avoir votre point de vue sur cette question.
 
 
 
RÉPONSE :
 

À ce qu'il me semble, dans son Histoire de la Rome antique (par parenthèse, aussi intéressante que jubilatoire), M. JERPHAGNON insiste effectivement sur la permanence de la notion de Républiqueà Rome. "La République, une fois fondée, ne cessera plus d'exister, fût-ce sur le papier, quand s'instaurera cinq cents ans plus tard le régime que nous appelons par commodité l'Empire". Mais il précise aussitôt qu'il ne faut pas "coller" des significations modernes sur les termes utilisés par les Romains : leur res publica, ce n'était, au départ, rien de plus la gestion de la "chose publique", des intérêts communs.

Dans ce sens, cette République fut d'abord confiée aux rois, puis sa gestion passa aux mains du Sénat et du peuple (en fait seulement entre celles des aristocrates fortunés), et enfin fut réservée à des autocrates, de plus en plus absolus, que nous avons coutume d'appeler les empereurs romains.

La permanence des termes masque donc une évolution constante. Même à l'époque dite républicaine, les choses bougent constamment. Les pouvoirs respectifs du Sénat et du peuple ne cessent d'être redéfinis en fonction des circonstances ou de l'action d'hommes providentiels (les Gracques, Marius, Sylla, Pompée, César) qui influencent la vie politique romaine.
Voyez par exemple cet ancien courrier où je décrivais brièvement l'évolution du Sénat romain. Du début à la fin de l'histoire romaine, ce Sénat est présent, mais son rôle ne cesse de s'affadir au fil des siècles. À la fin de l'Empire, son pouvoir n'excède plus guère celui d'un quelconque "conseil municipal".

Le Romain étant conservateur par nature, la seule façon de faire accepter les réformes nécessaires était de les "camoufler". Théoriquement les institutions traditionnelles demeuraient, mais en changeant radicalement de nature. Comme l'écrit fort justement Lucien Jerphagnon : "Tout devait bouger et rien ne devait changer".

 
 

 

 
21 Novembre 2004
Marjorie a écrit :
 

(…) Je cherche des infos sur l'Edit de Milan de 313 et sur la lettre de Constantin et Licinius au gouverneur de Bithynie, qui a été retranscrite par Lactance dans la Mort des persécuteurs (48, 2-12).
C'est le passage où Constantin et Licinius autorisent la liberté de religion (christianisme) et qu'ils demandent aux Romains de rendre les terres et autres locaux aux chrétiens (persécutions) en parlant de tranquillité publique.

J'ai déjà remarqué quelques infos sur votre site, mais si vous trouvez autre chose, cela serait très gentil de votre part de me les faire parvenir.

 
 
 
RÉPONSE :
 

La Lettre de Licinius au gouverneur de Bithynie, dites-vous ? Je présume qu'i s'agit de ce texte :

"Licinius, lui, recueillit une partie des troupes de Maximin, qu'il répartit parmi les siennes. Quelques jours après la bataille, il passa en Bithynie avec son armée et fit son entrée à Nicomédie. Il rendit grâce à Dieu, dont le secours lui avait donné la victoire, et, le quinze juin de l'année où lui-même et Constantin étaient consuls pour la troisième fois [cad en 313], il fit afficher une lettre circulaire adressée au gouverneur, concernant le rétablissement de l'Église. La voici :

« Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi, Licinius Auguste, réunis heureusement à Milan, pour discuter de tous les problèmes relatifs à la sécurité et au bien public, nous avons cru devoir régler en tout premier lieu, entre autres dispositions de nature à assurer, selon nous, le bien de la majorité, celles sur lesquelles repose le respect de la divinité, c'est-à-dire donner aux Chrétiens comme à tous, la liberté et la possibilité de suivre la religion de leur choix, afin que tout ce qu'il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice, à nous-mêmes et à tous ceux qui se trouvent sous notre autorité. 
C'est pourquoi nous avons cru, dans un dessein salutaire et très droit, devoir prendre la décision de ne refuser cette possibilité à quiconque, qu'il ait attaché son âme à la religion des Chrétiens ou à celle qu'il croît lui convenir le mieux, afin que la divinité suprême, à qui nous rendons un hommage spontané, puisse nous témoigner en toutes choses sa faveur et sa bienveillance coutumières. Il convient donc que Ton Excellence sache que nous avons décidé, supprimant complètement les restrictions contenues dans les écrits envoyés antérieurement à tes bureaux concernant le nom des Chrétiens, d'abolir les stipulations qui nous paraissaient tout à fait malencontreuses et étrangères à notre mansuétude, et de permettre dorénavant à tous ceux qui ont la détermination d'observer la religion des Chrétiens, de le faire librement et complètement, sans être inquiétés ni molestés.

 Nous avons cru devoir porter à la connaissance de Ta Sollicitude ces décisions dans toute leur étendue, pour que tu saches bien que nous avons accordé auxdits Chrétiens la permission pleine et entière de pratiquer leur religion. 
Ton Dévouement se rendant exactement compte que nous leur accordons ce droit, sait que la même possibilité d'observer leur religion et leur culte est concédée aux autres citoyens, ouvertement et librement, ainsi qu'il convient à notre époque de paix, afin que chacun ait la libre faculté de pratiquer le culte de son choix. Ce qui a dicté notre action, c'est la volonté de ne point paraître avoir apporté la moindre restriction à aucun culte ni à aucune religion.

De plus, en ce qui concerne la communauté des Chrétiens, voici ce que nous avons cru devoir décider : les locaux où les Chrétiens avaient auparavant l'habitude de se réunir, et au sujet desquels les lettres précédemment adressées à tes bureaux contenaient aussi des instructions particulières, doivent leur être rendus sans paiement et sans aucune exigence d'indemnisation, toute duperie et toute équivoque étant hors de question, par ceux qui sont réputés les avoir achetés antérieurement, soit à notre trésor, soit par n'importe quel autre intermédiaire.
De même, ceux qui les ont reçus en donation doivent aussi les rendre au plus tôt auxdits Chrétiens. De plus, si les acquéreurs de ces bâtiments ou les bénéficiaires de donation réclament quelque dédommagement de notre bienveillance, qu'ils s'adressent au vicaire, afin que par notre mansuétude, il soit également pourvu à ce qui les concerne. Tous ces locaux devront être rendus par ton intermédiaire, immédiatement et sans retard, à la communauté des Chrétiens.
Et puisqu'il est constant que les Chrétiens possédaient non seulement les locaux où ils se réunissaient habituellement, mais d'autres encore, appartenant en droit à leur communauté, c'est-à-dire à des églises et non à des individus, tu feras rendre auxdits Chrétiens, c'est-à-dire à leur communauté et à leurs églises, toutes ces propriétés aux conditions reprises ci-dessus, sans équivoque ni contestation d'aucune sorte, sous la seule réserve, énoncée plus haut, que ceux qui leur auront fait cette restitution gratuitement, comme nous l'avons dit, peuvent attendre de notre bienveillance une indemnité.
En tout cela, tu devras prêter à la susdite communauté des Chrétiens ton appui le plus efficace, afin que notre ordre soit exécuté le plus tôt possible, et afin aussi qu'en cette matière il soit pourvu par notre mansuétude à la tranquillité publique.
Ce n'est qu'ainsi que l'on verra, comme nous l'avons formulé plus haut, la faveur divine, dont nous avons éprouvé les effets dans des circonstances si graves, continuer à assurer le succès de nos entreprises, gage de la prospérité publique.

 Afin, d'autre part, que la mise en forme de notre généreuse ordonnance puisse être portée à la connaissance de tous, il conviendra que tu fasses faire une proclamation pour la promulguer, que tu la fasses afficher partout et que tu la portes à la connaissance de tous, de façon que nul ne puisse ignorer la décision prise par notre bienveillance. »

 A cette lettre qui fut affichée, il ajouta encore la recommandation verbale de rétablir les lieux de réunion dans leur état primitif. Ainsi, de la ruine de l'Église à sa restauration, il s'écoula dix ans et environ quatre mois."

( Trad. J. Moreau in Lactance, De la mort des persécuteurs, Paris, 1954, I, pp. 131 ss. - Cité par le site : Université Pierre Mendès-France - Grenoble).

Je dois avouer que je n'ai pu recueillir beaucoup de documentation à ce sujet. Mais peut-être un petit rappel chronologique ne serait-il pas inutile

  • 305 : Abdication de Dioclétien et de Maximien "Hercule". Constance Chlore et Galère sont élevés au rang d'augustes (empereurs principaux) et prennent comme adjoints (césars) Sévère et Maximin Daïa.
    Il faut noter que Constance Chlore, père de Constantin, n'avait pas mis un grand zèle dans l'application des édits antichrétiens. Mais il est vrai qu'il "régnait" sur les régions (Gaule, Grande-Bretagne) où les chrétiens n'étaient pas très nombreux.
  • 306 : Constance Chlore meurt. Officiellement, Sévère, son adjoint, lui succède. Mais Constantin, fils de Constance Chlore ne l'entend pas de cette oreille : il prend le titre d'Auguste. Une longue de lutte de succession va s'ensuivre (pour plus de détails, voir chronologie de la tétrarchie). Finalement (en 310), Constantin et Maxence se partagent l'Occident romain, Licinius gouverne les Balkans, et Galère (théoriquement le plus "gradé" des empereurs) règne sur l'Orient avec Maximin Daïa.
    Soulignons encore qu'à cette époque, les édits de persécution de Dioclétien sont toujours en vigueur et scrupuleusement appliqués par Galère et Maximin Daïa (et probablement par Licinius également). De leur côté, Constantin ni Maxence, eux, ne les appliquent plus.
  • Mai 311 : l'empereur Galère, atteint d'un mal atroce, promulgue un édit de tolérance - le premier du genre - ordonnant la fin des persécutions anti-chrétiennes et demandant à ses anciennes victimes de prier pour son rétablissement. Faut cependant croire que les chrétiens n'y mirent pas beaucoup d'entrain, car Galère mourut quand même peu après. Cet édit fut évidemment ratifié par Constantin et Licinius. Quant à Maximin Daïa, il se contenta de suspendre un moment la persécution, puis la raviva un an après la mort de Galère.
  • 312 : Bataille du Pont Milvius. Constantin liquide Maxence et entre triomphalement dans Rome. Les Chrétiens prétendent qu'une vision divine serait à l'origine du triomphe du premier empereur chrétien. Ce qui reste à prouver !….
    Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment, Constantin montre de plus en plus d'intérêt pour le christianisme et commence à favoriser les chrétiens.
  • Printemps 313 : Constantin et Licinius se rencontrent à Milan pour s'allier contre Maximin Daïa. Les deux empereurs en profitent également pour faire connaître leur avis sur la question chrétienne : c'est le fameux Edit de Milan. En gros, il reprend le thème de l'édit de tolérance de Galère ("il convient que les chrétiens prient pour le salut des empereurs") avec, en plus, la rétrocession aux chrétiens de leurs lieux de culte.
    En fait, cet "édit de Milan" constituait surtout une arme de propagande : avant d'attaquer Maximin Daïa, grand persécuteur devant l'Éternel, il convenait de se rallier les chrétiens, très nombreux dans les provinces orientales que contrôlait cet "ennemi juré de la Foi".
  • 313 : Licinius écrase et liquide Maximin Daïa. il prend le contrôle de l'Orient romain. C'est de cette époque que date la lettre circulaire mentionnée ci-dessus

Ainsi que je l'ai signalé plus haut, la grosse différence entre ce texte et l'édit de tolérance de Galère (voir ici : Clic ! et Clic !) ce sont ces dispositions visant à restituer aux chrétiens leurs lieux de culte. Ceci revenait à rendre aux communautés chrétiennes leur qualité de "personne morale", que l'empereur Gallien (253-268) leur avait déjà implicitement reconnue lorsqu'il avait mis fin à la persécution initiée par son père, Valérien, mais que Dioclétien leur avait ôtée lorsqu'il avait mis la religion chrétienne "hors-la-loi".

constantin

 

 

 
26 Novembre 2004
Grégory a écrit :
 

1. Dans votre site, vous dites que l'empereur Caligula (si je ne me trompe pas) avait séjourné à Lyon. Je voulais savoir de quelle(s) source(s) est issue cette information si cela est possible.
De plus il me semble que cette ville était assez peu fréquentable pour les empereurs qui y ont été assassinés à plusieurs reprises. À moins que je me trompe sur ce point ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Le séjour de Caligula à Lyon (fin 39n début 40 ap. J.-C.) est attesté par les deux principales sources latines relatives à son court règne : Suétone (Vie de Caligula, 17 et 20), et Dion Cassius (Histoire romaine, LIX, 22 - trad. anglaise : Clic !).
A noter aussi que, toujours dans la Vie de Caligula (chapitres 39 et 48), Suétone fait également état de sa présence "en Gaule", sans préciser davantage.

Si j'en crois Daniel NONY (Caligula, Ed. Fayard, 1986), si Caligula séjourna à Lyon, ce n'est pas uniquement pour y organiser des jeux. Soucieux d'acquérir la gloire militaire qui lui faisait défaut, il aurait profité de ce voyage en Gaule pour "planifier" l'invasion de la (Grande-)Bretagne, un projet qu'il appartiendra à Claude, son oncle et successeur, de concrétiser. Parmi ces préparatifs, la fameuse vente aux enchères des biens impériaux que relate malignement Suétone (Vie de Caligula, 39). En effet, cet apport financier n'était destiné ni aux "menus plaisirs" de ce dépravé de Caius, ni à assouvir son insatiable rapacité, mais devait permettre de lever et payer les troupes d'invasion.

Comme le remarque judicieusement Daniel Nony, les historiens antiques critiquent acerbement chez Caligula les mêmes expédients financiers qu'ils louent hautement chez Marc Aurèle. Ils ne trouvent rien à redire -que du contraire ! - lorsque l'empereur-philosophe vend le luxueux bric-à-brac impérial afin de lever de nouvelles légions pour bouter les Germains hors des provinces romaines, mais vouent aux gémonies ce "fou de Caius" alors qu'il agit de même pour un motif non moins excellent : la conquête de la Bretagne…
Comme disait Caliméro : "C'est trop injuste !".

caligula

Daniel Nony souligne encore que les jeux donnés par Caligula dans la métropole des Gaules ne doivent pas être considérés comme une preuve du caractère futile d'un prince présumé débile. Je cite : "César puis Auguste avaient à la fois raflé l'or des Gaules et constitué une armée solide, et Caligula s'inspira de leur exemple. Lyon était d'ailleurs le meilleur endroit pour rencontrer les notables gaulois et les spectacles organisés par l'empereur le meilleur prétexte pour les faire venir. Loin d'être les marques d'un esprit porté aux futilités, les jeux avaient une utilité politique. " (Daniel Nony, op. cit.).

Bien que ni Suétone ni Dion Cassius ne l'affirment explicitement, ce serait également lors de son séjour à Lyon que Caligula aurait fait arrêter et exécuter son cousin, le roi de Maurétanie, Ptolémée (petit-fils de Cléopâtre et de Marc Antoine).

Probablement était-il impliqué dans le complot de Gaetulicus, auquel participèrent aussi - cruel manque d'esprit de famille ! - les deux sœurs de l'empereur. Mais, naturellement, le partial Suétone ne vit dans cette sombre affaire qu'une occasion de plus de dénigrer l'empereur Caius. Oubliée, la légitime défense d'un souverain entouré de conspirateurs ! Si Caligula liquida son royal cousin d'Afrique, c'est, bien sûr, uniquement parce qu'il était jaloux du beau manteau rouge que Ptolémée avait pompeusement exhibé pour assister à des jeux de l'amphithéâtre (ceux de Lyon ?). Voir Suétone, Vie de Caligula, 26 et 35.
Ben voyons !

Dans votre mail, vous évoquez aussi une étrange fatalité qui aurait frappé les empereurs romains séjournant à Lyon… À première vue, cette ville n'aurait porté malheur qu'à :

 
 

2. Enfin en lisant votre courrier des lecteurs, je suis tombé (voir ici : Clic !) sur votre modification des propos de César sur les Belges (confusion entre fortissimi et bravissimi) et j'ai peut-être trouvé l'origine de votre erreur : vous ne cachez pas en effet votre attachement à la BD Astérix, or, en relisant Astérix chez les Belges il y a quelques jours, je suis tombé sur les propos du légionnaire romain (représenté sous les traits de Pierre Tchernia) qui affirmait que César avait dit que les Belges étaient "les plus braves".

 
 
 
RÉPONSE :
 

Mes Belges bravissimi en droite ligne du succulent Astérix chez les Belges ?
Oui, vous avez sans doute raison : les boutades de Goscinny doivent - bien involontairement, cela va de soi - être "pour quelque chose" dans le malheureux pataquès que j'ai commis… Toutefois, il est possible que cette bévue provienne de bien plus loin, à savoir de vieux souvenirs scolaires, notablement altérés après un trop long séjour dans des neurones altérés par le temps et les boissons corsées.

En effet, lorsque je rédigeai la première mouture de la notice biographique consacrée à Jules César, je m'étais souvenu de mon vieux prof de latin qui, commentant cette célèbre phrase dudit Jules, avait cru bon de modérer notre enthousiasme national et patriotique en nous expliquant qu'il ne s'agissait pas précisément d'un compliment. En fait, ce que le général romain voulait dire, c'était seulement que les "anciens Belges" étaient de grosses brutes incultes, et rien de plus ! Et d'ajouter qu'aux yeux de César, nos ancêtres étaient courageux à la façon de ces taureaux de corridas que l'on qualifie de braves, c'est-à-dire surtout sauvages (en espagnol, toros bravos = "taureaux sauvages").
D'où ma confusion lexicale… et les rectificatifs d'internautes plus respectueux que moi de la noble prose du divin Jules !