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Août 2004 (page 3/3)

Sommaire du mois d'Août : Clic !

 
27 Août 2004
Dominique (site GladiatorStories) a écrit :
 

Je reviens d'un périple en Croatie et lors de la visite de la ville de Pula qui a gardé de nombreux vestiges romains, j'ai découvert dans un des murs extérieurs d'une maison (un édifice public qui a réutilisé l'emplacement et une partie du bâti d'un temple romain se trouvant sur le forum) une stèle avec une dédicace portant le nom d'un empereur mais le nom de ce dernier était martelé. le mot suivant l'"effaçage" était invicto.

Étant donné que Vespasien a contribué grandement à l'aménagement de cette ville, pourrait-on considérer que cette stèle portait le nom de Domitien ?

Quels sont en fait les empereurs dont le nom a été martelé ?
Quelle était la titulature exacte de Domitien ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

La Croatie est paraît-il un fort joli pays, mais je n'y ai hélas jamais mis les pieds. Il m'est donc difficile de te donner des renseignements précis au sujet de cette stèle de Pula (anciennement Pola) que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam (pour ne pas dire "ni des lèvres, ni des dents").

Si j'en crois le site Titulatures impériales, Domitien n'aurait jamais pris le titre d'Invictus ("invaincu"). Il est vrai que les Daces avaient taillé quelques mémorables croupières à ses légions aventurées au-delà du Danube…

Certes, d'autres empereurs que le fils cadet du brave Vespasien furent condamnés à l'oubli, à cette damnatio memoriae infâmante qui constituait le pendant infernal de la glorieuse apothéose. Entre autres, les mémoires de Caligula, Néron, Commode, Élagabal furent condamnées.

stele pula

Stèle de Pula
(Photo agrandie : Clic ! et Clic !)

Cependant es-tu tout à fait certaine que cette inscription concerne réellement un empereur, et qui plus est, à un mauvais empereur ? Au hasard de mes recherches sur Internet, j'ai en effet remarqué que l'actuelle Croatie - et l'ancienne Pola en particulier - était l'un des hauts lieux des cultes solaires. Et puisque tu précises que cette stèle se trouvait jadis dans un temple, je me demande si elle n'invoquait pas tout bêtement la divinité préférée des empereurs-soldats illyriens, ce "Soleil invaincu" auxquels ils dédiaient leurs victoires, leurs monnaies et les édifices qu'ils faisaient construire (Soli invicto, au Soleil invaincu).
Dans ce cas, le "martelage" s'explique aisément : il serait le fait de mains chrétiennes horrifiées d'une telle abominable idolâtrie.

Ceci n'est évidemment qu'une hypothèse gratuite de ma part. De toute façon, je me propose de publier cette correspondance dans la section réservée au courrier de mon site, dans l'espoir qu'un internaute, plus au fait de l'épigraphie latine que je ne suis, pourra éclairer notre lanterne.
Je te tiendrai évidemment au courant des infos qui me parviendraient.

RÉACTIONS À CE COURRIER :
Clic ! et Clic !

 
 

 

 
27 Août 2004
Frédéric a écrit :
 
Je suis cuisinier pâtissier chocolatier glacier. Suite à un concours qui va se faire courant octobre à Barletta, et dont le thème est le colosse de Barletta en sujet (pas très inspiratif mais bon, on va faire des recherches) pourriez-vous me dire les raisons pour lesquelles ce colosse tient une croix dans une main ainsi qu'une boule dans l'autre.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Le fameux colosse de Barletta représente un empereur dont l'identité est controversée (voir ici : Clic !).

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce césar inconnu n'est pas représenté au jeu de pétanque ("Té, Valentinien ! tu tires ou tu pointes ?") : le globe qu'il tient dans sa main gauche, symbolise la domination impériale de Rome sur le monde (voir ici : Clic !). Quant à la croix, elle manifeste évidemment la foi chrétienne de cet empereur ainsi que son désir de protéger et de dilater la religion du Christ.

Notez cependant que cette grande croix ne pourrait être qu'une "interprétation" moderne d'une main gauche vide lors de l'invention de la statue : à l'origine, c'était peut-être l'étendard impérial (le labarum), voire une épée que l'autocrate anonyme brandissait à tout venant.

colosse de barletta
 
 

 

 
29 Août 2004
Maritevand a écrit :
 

Pouvez-vous m'aider à répondre à cette question :

Il en fallait 288 pour faire un AS ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je ne vois vraiment pas que quoi il est question. Les devinettes, ce n'est pas trop mon truc !

Quoique la numismatique soit presque aussi peu mon fort que les devinettes, j'étais parti sur une piste monétaire : l'as est en effet une monnaie romaine. Mais puisque, d'après le peu j'en sais, il s'agissait aussi de la plus petite valeur du système monétaire romain, elle ne pouvait en aucun cas équivaloir à 288 unités plus petites. Autant vouloir diviser un centime d'euro par 288 !

Désolé de ne pouvoir vous aider.

 
 
 
Maritevand réécrit :
 

Pour votre info, 288 scrupules = 1 AS

C'est un internaute qui a répondu à mon problème...

 
 
 
RÉPONSE :
 

Quand je vous disais que je n'étais calé ni en devinettes ni en numismatique !…

 
 

 

 
29 Août 2004
Jean-François a écrit :
 
Passionné d'histoire depuis "toujours" et créateur d'une petite" page perso (L'Histoire - Histoire d'une passion), je suis à la recherche d'études qui tendraient à suivre à la trace les écrits de Pline de Jeune de l'Antiquité à aujourd'hui.
Il semblerait, que des moines copistes aient "enjolivé" ses écrits et qu'en fait nous n'avons pas les écrits authentiques.
Même les professeurs de Latin de mes filles ne se sont jamais posé la question de l'authenticité des écrits anciens !
Avez-vous quelques pistes pour mes recherches ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Personnellement, je ne dispose pas de renseignements d'ordre philologique sur les écrits de Pline. Cependant, il me semble que vous pourriez aisément en trouver en consultant l'apparat critique d'une édition "savante" de ses œuvres (par exemple celles des "Belles Lettres" - Paris).

Cela dit, il est exact que les braves moines copistes du Moyen Age, à qui nous sommes pourtant redevables de la préservation de bien des trésors littéraires, n'ont pas toujours traité les textes contraires à leurs croyances avec tout le respect qui leur était dû. Pourquoi mes écrits de Pline auraient-ils échappé à la censure chrétienne ? La tolérance n'était guère dans l'air du temps !
Je pense cependant que l'écrasante majorité des spécialistes ne doutent pas de l'authenticité globale de la correspondance de Pline à Trajan au sujet des Chrétiens de Bithynie. Ce qui ne veut naturellement pas dire que l'un ou l'autre "adoucissement" du texte n'a pas été opéré, plus particulièrement en ce qui concerne les faits reprochés aux chrétiens…

 
 

 

 
28 Août 2004
Alain a écrit :
 

Bien que le sujet de ce mail ne soit que partiellement concerné par votre site, j'espère que vous pourrez m'éclairer ou à défaut me diriger vers les sources "compétentes" et je vous en remercie par avance…

J'ai lu ou entendu dans le courant des années 90 que l'on avait découvert dans une nécropole gallo-romaine le corps d'un enfant qui serait mort de syphilis. Avez-vous eu connaissance de ce fait si oui me le préciser s'il y a lieu, est-il à votre connaissance avéré et confirmé ? sinon pouvez-vous m'aider à trouver les sources qui pourront me répondre ?

Je croyais en effet, que cette maladie était un don de l'Amérique et de C. Colomb dans le genre passe-moi la variole, je te refile le mal de Naples !

Dans le cas contraire, il faudrait croire que les contacts par le détroit de Behring des populations esquimaudes et aléoutes et la voie ténue de la route de la soie, la maladie avait atteint depuis longtemps l'Occident. Mais alors pourquoi pas de ces épidémies foudroyantes ni en Chine ni dans l'Empire romain comme en a connu l'Europe à partir de la fin du XVe siècle ? Me serai-je trompé quelque part ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Effectivement, les renseignements que vous recherchez sont assez éloignés de ces biographies d'empereurs qui constituent le thème privilégié de mon site internet. Mais ce n'est pas grave : le sujet que vous abordez m'intéresse également, même si je ne dispose pas d'énormément d'info sur l'épidémiologie historique de la syphilis.

Figurez-vous qu'il y a quelque mois, j'ai eu l'occasion de regarder, je crois sur la chaîne TV franco-allemande ARTE, un intéressant reportage sur l'origine de la syphilis, origine fort discutée actuellement. Il y était question de squelettes datant des années 1380--1450 - soit bien avant les voyages de Colomb - retrouvés dans le cimetière d'une maladrerie de Hull (port de Grande-Bretagne) et qui, paraît-il, montraient d'incontestables lésions syphilitiques.

Voyez à ce sujet ces pages internet :

  • Chronique santé - La syphilis avant ou après le Nouveau Monde : Clic !
  • Syphilis may not be American export : Clic !
  • PJ Online - Onlooker - the Colombus Question : Clic !
  • CDC HIV - Prevention news update : Clic ! ,

Je crois également me souvenir que le même docu-tv évoquait certaines traces suspectes, peut-être syphilitiques, sur des ossements encore plus anciens : exhumés de nécropoles romaines voire hellénistiques. Naturellement, jusqu'à aujourd'hui, personne n'avait pensé à rechercher de telles légions sur des cadavres aussi anciens puisque que l'on croyait généralement que le "mal de Naples" n'était apparu dans le Vieux monde qu'après le retour des caravelles de Colomb.
Comme quoi, quand on cherche, on trouve !…
Peut-être pourriez-vous vous adresser à ARTE pour obtenir des infos complémentaires sur ce fameux documentaire.

Cependant, la mise en cause de l'origine américaine de la syphilis n'est peut-être pas ni nouvelle que cela. S'il m'en souvient bien, Jacques ATTALI évoquait déjà cette controverse dans son livre sur l'année 1492. Mais je n'ai hélas pas ce bouquin sous la main, et ne pourrai vérifier avant une quinzaine de jours. (voir note ci-dessous)

Il y a plus longtemps encore, au début des seventies, Robert AMBELAIN, dans sa Vie Secrète de saint Paul (Éditions Robert Laffont, 1972) parlait de la syphilis comme d'une maladie endémique dans l'Orient antique. Selon lui, le roi Hérode le Grand, qui mourut rongé de vers en pourrissant tout vivant, aurait été l'une des plus célèbres victimes de ce terrible mal, et son descendant, Saül-Paul "de Tarse" aurait présenté les tares physiques et psychiques de la syphilis héritée génétiquement de son aïeul Hérode (voir ici : Clic !).

Une hypothèse évidemment très difficilement prouvable historiquement : ce n'est pas parce que saint Paul avait - peut-être - les jambes arquées et qu'il était sujet aux hallucinations qu'il était nécessairement syphilitique congénital. La pratique assidue de l'équitation et un bon verre dans le nez pourraient tout aussi bien expliquer ce prétendu "tableau clinique caractéristique" …

livre ambelain

Note du webmaster.

Voici ce qu'écrit Jacques ATTALI au sujet de la syphilis précolombienne :

"Le mardi 27 novembre (1492), à Genève, un co-syndic de la ville, Jehan Mailliard, sollicite un congé pour se soigner du « mal de Saint-Méen ». L'expression est synonyme de vérole. Comme sainte Claire est invoquée par les aveugles, saint Louis par ceux qui n'ont pas d'ouïe, saint Claude par les boiteux, ceux qui ont mal aux mains (lèpre, gale, dermatose, vérole) s'adressent à saint Méen.
C'est le premier cas déclaré de ce qu'est peut-être la syphilis. « Les édiles genevois se comportent comme s'ils se trouvaient en présence d'un fléau inconnu, comme s'ils n'avaient pas la moindre expérience de la nature spéciale de la maladie. » (WICKERSHEIMER E., La Syphilis à Genève à la fin du XVe siècle, communication de 1926) En tout état de cause, rien ne permet d'avancer qu'il en ait existé d'autres cas auparavant." (Jacques ATTALI, 1492, Éditions Fayard, 1991).

Or, en novembre 1492, Christophe Colomb n'était pas encore rentré de son premier voyage aux "Indes". Pendant que l'édile genevois soignait son étrange maladie cutanée, l'aventurier génois était encore occupé à bourlinguer du côté de Cuba.

Plus loin, Jacques Attali écrit encore :

"Un autre événement de 1492, passé alors inaperçu, jouera un rôle considérable dans la formation de la morale bourgeoise : au moment où l'homme croit triompher des épidémies, où peste et lèpre reculent et s'estompent, une maladie nouvelle surgit du bout du monde et bouleverse toute la conception qu'on peut avoir en Europe de la transmission du mal : la syphilis. Lorsqu'on aura compris que son mode de transmission est sexuel, elle transformera le rapport au mariage, accélérant la valorisation de la famille et des concepts qui la fondent : restreindre, épargner, contenir - sexuellement et financièrement.
Peut-être apparue, on l'a vu, en 1492 à Genève, la syphilis est en tout cas repérée sans conteste en 1494, quand le médecin d'Alexandre VI, Nicollo Leonicero, note la première manifestation à Rome de ce qu'il nomme le mal « morbus gallicus », après avoir constaté son apparition lors du passage dans la ville des soldats de Charles VIII. De fait, il paraît évident aux observateurs contemporains que la maladie se répand alors en Europe en suivant la route des armées du souverain français, venus par Gênes, puis de retour d'Italie : on note qu'à Lyon, le 27 mars 1496, les officiers du roi décident de « faire sortir de la ville les malades de la grosse veyrolle »; en avril de la même année, à Besançon, la municipalité accorde des indemnités à diverses personnes, dont une « povre fille joyeuse », atteinte de la maladie dite « de Naples » ; à Paris, la première mention du mal est le fait d'un prieur de l'Hôtel-Dieu, le comte de Jehanne Lasseline qui note en septembre 1496 l'existence à l'hôpital de la « grosse vérolle de Naples »." (Jacques ATTALI, op. cit.).

livre attali

Les contemporains de Christophe Colomb n'auraient donc pas recherché outre-Atlantique l'origine de la "grosse vérole". Pour eux, ce mal nouveau serait venu "de France" (de Genève ?) et aurait été diffusé par les soldats de Charles VIII, partis voir Naples… et mourir d'amour

Il faut avouer que ça pourrait coller : l'armée d'invasion du roi de France passa certainement du côté de Genève avant de pénétrer en Italie, et les soldats ne se privèrent sûrement pas goûter aux joies du "repos du guerrier" entre les bras d'accortes dauphinoises. Mais le problème, c'est que l'on n'est pas sûr à 100 % que le fameux notable fut réellement atteint de syphilis.
Car, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'appellation populaire "Mal de Saint Méen" n'offre guère de garanties scientifiques…

 
 

 

 
29 Août 2004
Roger a écrit :
 
Je suis à la recherche d'une liste des amphithéâtres romains avec, leur lieu, leur date de construction, leur taille.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Bien sûr, on connaît les principaux amphitéâtres de France :

Mais quant à recenser tous les amphithéâtres que les Romains édifièrent de par leur vaste monde, c'est une autre paire de manches ! Ils en construisirent tant dans tous les pays qu'ils dominèrent que je ne pense pas qu'il existe de liste exhaustive de tous ces monuments.

Pour vous faire une idée du nombre d'amphithéâtres édifiés aux quatre coins de l'Empire, je vous invite à jeter un coup d'œil sur cette page internet consacrée aux amphithéâtres de Tunisie (voir ici : Clic !). Elle mentionne, rien que pour ce pays, ceux de Sicca Veneria, de Pupput, de Bararus, de Carthage, de Lepti Minus, de Mactaris, de Sufetula, de Thapsus, de Thignica, de Thuburbo Majus et d'Ulissipira. Et également ceux, moins importants ou connus uniquement par des sources littéraires d'Acholla, d'Agbia, de Bulla Régia, de Carpi, d'Hadrumetum, de Pheradi Majus, de Seressi, de Simitthu, de Thaenae, de Thibar, de Thuburbo Minus, d'Uchi Majus, d'Upenna, d'Uthina, d'Utica, Jebel Moraba.

De quoi se précipiter à la pharmacie la plus proche pour constituer un stock d'aspirine !…

À PROPOS DES AMPHITHÉÂTRES :

Voyez aussi : Clic ! et Clic !