-> emp - vox
courrier site emp
-> emp - vox

Sommaire Mai 2004 :
  • 1er Mai :
    • Deux "grandes familles" impériales : Clic !
    • Les Flaviens : sans lustre, mais serviables… : Clic !
    • Comment un Romain pouvait-il devenir "plus grec qu'un Grec" ? : Clic !
  • 1er Mai :
    • Constantin et le philosophe païen Sopatros : Clic !
  • 2 Mai :
    • L'Évangile de Philippe est sur le Web ! : Clic !
  • 4 Mai :
    • "Vox populi, vox dei"… Quelle est l'origine de cette maxime ? : Clic !
  • 7 Mai :
    • Un soldat féru de discipline plutôt qu'un soudard dévoré d'ambition : Et pourquoi pas un panégyrique de Maximien Hercule ? : Clic !
    • Maximien reprend du service : ambition, devoir… ou destin ? : Clic !
    • Quelques mots sur les derniers jours d'Avitus : Clic !
  • 9 Mai :
    • A la recherche de la Vita hadriani d'Aelius Spartianus… : Clic !

PAGE SUIVANTE

  • 11 Mai :
    • Comment les "Chrétiens" s'appelaient-ils avant de recevoir ce nom ? : Clic !
  • 12 Mai :
    • Titus Labienus, lieutenant fidèle, puis ennemi acharné de César : Clic !
  • 18 Mai :
    • Mauricio, passionné d'arts martiaux, recherche toutes sortes d'infos sur le drill imposé aux légionnaires romains : Clic !
  • 21 Mai :
    • Les Pensées de Marc Aurèle en grec : une question de casquettes ? : Clic !

3e PAGE

  • 22 Mai :
    • L'homosexualité à Rome, nouvel épisode… : Clic !
    • Quelques infos sur Perennis et Cleander, favoris de Commode : Clic !
    • … Ainsi que sur Maternus et la Guerre des déserteurs : Clic !
  • 23 Mai :
    • Un joli dialogue romano-zélote à Massada : Clic !
  • 23 Mai :
    • Qui étaient les lapsi ? : Clic !
  • 23 Mai :
    • Laurent recherche des infos sur les instruments de levage utilisés dans l'Antiquité romaine : Clic !

3e PAGE

  • 25 Mai :
    • Anthemius et Julius Nepos étaient-ils païens ? : Clic !
  • 25 Mai :
    • A la recherche des "écuries de Caracalla"… : Clic !
  • 25 Mai :
    • Julie, victime de sa nymphomanie… ou de son Auguste père ? : Clic !
  • 30 Mai :
    • Un miracle de saint Néron !… : Clic !
  • Mai :
RECHERCHE DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
Google Custom Search

 

 

 

1er Mai 2004
Morgane a écrit :
 

Je dois compléter un questionnaire sur les empereurs romains :

  • Quelles sont les 2 grandes familles d’empereurs ?
  • Suétone : « Une famille obscure dont l’état n’eut aucunement à se plaindre ». De qui parle-t-il ?"
 
 
 
RÉPONSE :
 

La réponse à votre première question n'est pas nécessairement très évidente. En effet, des grandes familles qui régnèrent sur l'Empire romain, il y en a bien plus que deux (voir classement des empereurs par dynasties : Clic !). Cependant, puisque votre seconde question concerne l'historien Suétone, ce que l'on vous demande, c'est sans doute le nom des familles des empereurs dont il relata l'histoire (sans beaucoup d'objectivité) dans ses célèbres Vies des Douze Césars, à savoir : les Julio-claudiens et les Flaviens.

La personne issue d'une famille obscure mais utile à l'État doit être Vespasien. En effet, la phrase que vous citez se trouve (grosso modo, car cela peut varier d'une traduction française à l'autre) dans la Vie que Suétone consacre à cet empereur. Je la cite telle qu'elle figure dans mon édition des Douze Césars : "La famille flavienne était certes obscure et dépourvue d'images d'ancêtres, mais malgré cela, l'État n'eut pas à s'en plaindre" (Suétone, Vespasien, I, 1 - Traduction différente, voir site BCS : Clic !).

 
 
Morgane réécrit :
 

J'ai un autre petit problème :

  • Expliquer l'expression: "plus grec que les Grecs".

Pas moyen de la trouver

 
 
 
RÉPONSE :
 

Difficile d'expliquer cette phrase sans connaître le contexte…
Tout ce que je puis vous dire, c'est que les anciens Romains auraient qualifié ainsi l'un de leurs concitoyens qui aurait admiré la culture et la civilisation au point d'oublier les valeurs authentiquement romaines.
Un Romain "plus grec que les Grecs" aurait été fan de poésie grecque, de chant, de théâtre, de mime, de joutes sportives et regardé avec dédain jeux sanglants de l'amphithéâtre ; il aurait collectionné les œuvres d'art (tableaux, sculptures, vases de prix) au lieu de consacrer au service de l'État ; il aurait admiré la beauté masculine de jeunes éphèbes et délaissé la vertueuse matrone qui se languissait dans le lit conjugal…

Bref, un Romain "plus grec que les Grecs" était, aux yeux des vrais Romains un homme décadent". C'était un dégénéré qui préférait adopter les mœurs et les usages amollissants d'une nation vaincue plutôt que se conformer à noble coutume des Anciens (en latin mos maiorum) qui avait fondé la grandeur et la puissance de Rome.

Attention ! la plupart des Romains reconnaissaient sans difficulté que la civilisation hellénique était, en quelque sorte, supérieure à la leur. Ils étaient conscients que la conquête de la Grèce et des royaumes hellénistiques les avait notablement policés, eux, les rudes paysans-soldats qu'ils étaient. Pour reprendre la formule sévère, ils savaient que "la Grèce conquise avait à son tour conquis son farouche vainqueur", et qu'en gros c'était une bonne chose.
Toutefois, les Romains les plus traditionalistes redoutaient une trop grande hellénisation de leur empire qui aurait pu transformer leurs invincibles légionnaires romains en ballerines en tutu et surtout leurs empereurs en demi-dieux divinisés (voir Caligula), en histrion couronné (voir Néron), en amoureux transi d'un bel ombrageux (voir Hadrien) ou en philosophe babillard (voir Marc Aurèle).

 
 

nav vox - emp

 

 
1er Mai 2004
Gricca a écrit :
 

Constantin et le philosophe païen Sopatros

Constantin fut un empereur païen qui chercha tout au long de son règne sa religion ou mieux son salut, pour finalement se faire baptiser que sur son lit de mort par un évêque même pas orthodoxe mais arien, Eusèbe de Nicomédie. La grande différence avec ses collègues Tétrarques, dont finalement il fut assez proche dans la conduite, c’est, qu’ayant compris la puissance de l’Eglise, non seulement il accorda la liberté de culte aux chrétiens comme Galère et Licinius, mais il fit mieux en collaborant pleinement avec cette institution très active qui venait de sortir d’une longue période de persécution auréolée du sang de ses martyrs (à ce propos voir la note à la fin). C’est pourquoi son attitude envers les païens, alors qu’il pratiquait totalement la politique de l’Eglise, est occultée par les sources chrétiennes du règne.

Constantin était entouré aussi bien de chrétiens (comme l’évêque Osius) que de païens et en particulier du directeur d’une école néoplatonicienne, le philosophe Sopater d’Apamée, qui avait succédé à son maître Jamblique et fréquenté la cour de Licinius. Celui-ci vaincu en 324, Sopater, sachant Constantin ouvert aux idées philosophiques, se rendit à sa cour, probablement encore à Nicomédie. Là son éloquence et sa persuasion plurent à l’empereur qui aimait l’esprit et cultivait les lettres, et il devint bientôt un des favoris du souverain.

Dès le 8 novembre 324 Constantin consacra Byzance sa résidence, suivant en cela les Tétrarques qui avaient multiplié les leurs, Sopater fut invité par l’empereur à présider selon les rites ancestraux à la dédicace des monuments et bâtiments de la nouvelle capitale Constantinople où les centres cultuels païens ne furent pas touchés, ils restèrent même debout assez longtemps quoique désaffectés. Inaugurée le 11 mai 330, Constantinople ne prendra son véritable essor qu’après 360.

Sopater suivit donc la cour à Constantinople et chercha à détacher Constantin d’aller vers le christianisme par la force de ses arguments, il composa même un « Miroir des Princes » et se fit ainsi de nombreux ennemis parmi les chrétiens dont l’influence grandissait.

En 331 avait eu lieu un inventaire des temples païens accompagné de la confiscation de certains trésors, mais Constantin n’était pas le premier empereur à l’avoir fait quand le besoin d’argent devenait pressant. Dans un contexte anti-arien on aurait brûlé des livres porphyriens (du philosophe païen Porphyre, auteur antichrétien, mort vers la fin du règne de Dioclétien) assimilés aux ariens. Toutefois, comme il existe d’autres formes de censure, cet épisode restera longtemps totalement isolé, mais il indique déjà, de la part d’une certaine frange de l’Eglise triomphante, une intolérance nouvelle et active qui conduira par exemple au « lynchage » de la philosophe païenne Hypatie dans les rues d’Alexandrie en 415
Sous Constantin (mort en 337), nous n’en sommes pas encore là, mais la fin de Sopater à quelque chose de similaire sous une forme à l’apparence légale. La faveur de Sopater éveilla en effet l’inquiétude des prêtres et des moines. Une famine éclata à Constantinople du fait du retard de l’arrivée de la flotte de l’annone de blé égyptien bloquée par des vents contraires l’empêchant de remonter la Propontide et d’entrée dans la Corne d’Or. La foule de l’Hippodrome, toujours disposée au fanatisme éclata en murmures séditieux, il lui fallait un bouc émissaire, et à l’instigation du préfet du prétoire, le chrétien Ablabius, on désigna Sopater qui fut accusé d’avoir enchaîné les vents et empêché la flotte d’arriver par des conjurations magiques. Constantin effrayé de ce mouvement, sacrifia le philosophe favori à ses ennemis et lui fit trancher la tête vers 331.
(Constantin, par certains côtés, se comportait comme ses prédécesseurs païens Néron ou Commode, mais au lieu d’être considéré comme un antéchrist ou un monstre, il bénéficiera des louanges de tous les historiens chrétiens pour avoir choisi d’aider l’Eglise à triompher pour les siècles à venir).

L’historien païen Eunape de Sardes, auteur d’une Chronique de 270 à 404 (continuation de celle de Dexippe) et de Vies des Sophistes, considéra l’injuste condamnation de Sopater comme l’acte initial de la décadence de l’empire chrétien. Cet historien, dont la Chronique n’a pas été préservée par les byzantins en raison de son hostilité aux chrétiens, voit depuis le règne de Constantin l’hostilité croissante des chrétiens à l’égard des temples et, en conséquence, la vie religieuse païenne se déplacer des sanctuaires officiels vers des lieux de culte privés ou clandestins et grandir l’omniprésence de la divination sous toutes ses formes.

Note : C’est Eusèbe de Césarée qui a répandu le mythe du triomphe irrésistible de l’Eglise à travers les persécutions et exalté les martyrs. La persécution de Dioclétien, Galère et Maximin Daïa, qu’il dit violente et générale, n’a pas désorganisé les communautés chrétiennes, l’Eglise se porte très bien après la mort des persécuteurs. Dans les conflits civils qui caractérisent la Tétrarchie, les chrétiens, dans leur diversité - alors qu’Eusèbe insiste sur la succession et l’unité de l’Eglise - ne sont pas un enjeu mais une force d’appoint dans ces luttes, car en effet les chrétiens, depuis longtemps, ont infiltré l’administration, l’entourage des princes et même la famille impériale. Ils sont donc pour certains (suspects, trublions et provocateurs asociaux) victimes des persécutions ; les édits de 311 à 313 seront pris pour réadmettre dans l’empire des partis impliqués dans les conflits. Galère en avril 311 rétablit le droit d’assemblée des chrétiens à condition qu’ils n’agissent pas contre la discipline, Constantin, lui se concilie la religion chrétienne et la protège conformément aux lois. - Sur ce sujet voir l’intéressant ouvrage de Roland TOURNAIRE : Genèse de l’Occident chrétien – L’Harmattan 2001.

GRICCA

 
 

nav vox - emp

 

 
2 Mai 2004
Jean-François a écrit :
 

Le 11 octobre 2003, je te demandais des renseignements sur l'Evangile apocryphe de Philippe.
Je l'ai trouvé le site Histoire-Christianisme-Gnose : Clic !

Tu me disais qu'il faisait partie de la bibliothèque copte de Nag Hamadi, en effet, les "versets" 26 et 44b et 45, ne parlent pas de Claudia Schiffer, mais bien de Marie-Madeleine et de Jésus !

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci d'avoir pensé à me communiquer cette intéressante adresse internet.

Effectivement, l'Évangile apocryphe de Philippe présente donc bien la Madeleine comme ayant été "la bonne amie" de Jésus…
Faut croire qu'elle aussi "le valait bien" !

 
 

nav vox - emp

 

 
4 Mai 2004
Fernando a écrit :
 
D'où vient la phrase Vox populi, vox Dei ? Un auteur particulier ? C'est populaire anonyme ? Quel philosophe l'a utilisé pour la première fois ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

L'expression latine Vox populi, vox Dei (= la voix du peuple, c'est celle de Dieu) ne trouve pas son origine chez un auteur particulier. Il s'agit donc bien d'un adage anonyme qui proviendrait, semble-t-il, des premières communautés chrétiennes. A cette époque lointaine, les évêques n'étaient pas encore nommés par le Vatican mais désignés par l'assemblée des fidèles de l'église qu'ils auraient à régenter. Cette élection s'effectuant par acclamation, le choix qui s'exprimait par la voix du peuple chrétien réuni (la vox populi) était réputé être celui de Dieu lui-même (vox Dei).

Aujourd'hui, cet adage est un peu mis à toutes les sauces (par moi également puisque la rubrique consacrée au courrier de mon site s'intitule ainsi). On invoque cette vox populi - parfois avec soupçon d'ironie lorsque cette prétendue voix de Dieu profère d'énormes âneries - en justice, lors de manifestations, d'élections, d'émissions de télé-réalité…

Puisque cette belle maxime démocratique a été reprise par la "sagesse des Nations" et utilisée par de très nombreux auteurs dans toutes sortes ouvrages de genres très variés, j'ignore totalement quel philosophe l'aurait utilisée pour la première fois. Toutefois, si son usage philosophique vous intéresse, je vous conseille la lecture de cette page de l'excellent site d'Emilia Robin : Clic !

 
 

nav vox - emp

 

 
7 Mai 2004
Denis Muzerelle écrit :
 

Pro Maximiano Herculio (Augusto etc.)

Maximien Hercule est généralement jugé de manière très sévère (sans jeu de mots !) par les historiens, qui imputent habituellement ses manigances à une insatiable soif de pouvoir. Mais dans ce cas, ses manœuvres paraissent bien incohérentes, alors qu'on l'avait vu agir jusque-là de manière plus sensée.
Une interprétation différente est sans doute possible.

À la relecture des sources, il semble en effet :

  • que Dioclétien n'ait pas eu trop de difficultés à convaincre Maximien de déposer la pourpre en même temps que lui, là où tant d'autres se seraient purement et simplement rebellés ;
  • qu'il ait eu quelque réticence à avaliser la proclamation de Maxence par les Prétoriens ;
  • que ce soit Maxence qui ait pris l'initiative de lui rendre la pourpre pour rallier les légions de Sévère II ;
  • que ce soit la mise à mort de Sévère - en dépit des promesses faites - qui l'ait poussé à rompre définitivement avec son fils et à chercher (vainement) l'appui de Constantin pour le détrôner ;
  • qu'il ait, dès avant l'entrevue de Carnuntum, tenté de convaincre Dioclétien de revenir au pouvoir.

Cette dernière démarche me paraît particulièrement éclairante : dans un esprit légaliste, Maximien n'aurait vu d'autre moyen de mettre un terme aux usurpations et à l'anarchie qui se dessinait que de "remettre les compteurs à zéro" et de revenir à la diarchie des années 287-293. Il n'aurait tout simplement pas compris qu'il est impossible d'arrêter l'histoire lorsqu'elle s'est mise en marche.

Restent ses tentatives pour reprendre le pouvoir après qu'il eut trouvé refuge en Gaule. Sur ce sujet, notre information dépend essentiellement des biographies de Constantin, dont on sait à quel point elles ont été "polluées" par les hagiographes et auteurs chrétiens : rappelons-nous simplement le black-out qu'ils sont parvenus à créer autour de l'exécution de Crispus et de Fausta. La fin de Maximien baigne dans le même flou.
En reprenant la pourpre, Maximien ne pouvait qu'indisposer Constantin qui, du même coup, retombait du rang d'Auguste à celui de César. Mais son but était-il de s'opposer à son gendre, ou bien à ce fils contre qui il luttait depuis un bon moment déjà ? La vraisemblance porte plutôt à la seconde alternative. Et il n'y aurait pas à s'étonner que Constantin ait refusé d'entrer dans la combinaison qui lui aurait permis de se débarrasser de son rival (au prix, il est vrai, d'une rétrogradation), puisqu'il l'avait déjà fait en 307.

Maximien, un soudard dévoré d'ambition ? Plutôt, je crois, un grognard un peu borné, victime de son sens de la discipline.

Denis MUZERELLE
resp. de la section "Paléographie latine"
Institut de recherche et d'histoire des textes.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Éloquente tentative de réhabilitation !

Bien sûr, Maximien Hercule ne fut certainement aussi monolithiquement brutal, ambitieux et intrigant que voudrait le faire croire une littérature biaisée par la propagande chrétienne. La réputation de persécuteur de celui qui fut le bras droit de Dioclétien, ce nouvel Hérode massacreur de Saints Innocents, ne pouvait qu'influencer négativement les historiens panégyristes de Constantin "le Grand".

En fait, il n'y a pas de raison de croire que Maximien différait fondamentalement de ses prédécesseurs et collègues, les "empereurs-soldats" illyriens, de ces Claude, Aurélien et autre Probus, qui s'attachèrent prioritairement, au prix d'efforts quasi surhumains, à restaurer la grandeur d'un Empire en pleine déliquescence. Des hommes qui furent, certes, peu raffinés, tant par l'aspect que par le style - avec "les traits austères et la main plus rude que le gant" du bandit décrit par le Père Hugo -, mais leur patriotisme et leur volonté d'œuvrer pour le bien commun n'est pas contestable.
Maximien Hercule, comme Dioclétien (et sans doute la plupart des premiers tétrarques) appartenaient à cette race d'hommes ; pour eux, l'action primat, et seuls comptaient les résultats obtenus. Ils étaient conscients que l'on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs… et étaient prêts à en casser des tonnes afin que leur impériale omelette soit digne de celle de la Mère Poulard !

maximien hercule

Pour le reste - et sans prétendre contester votre analyse, ma connaissance des textes antiques ne pouvant certes pas rivaliser avec la vôtre - il me paraît bien difficile de connaître les motivations secrètes de notre brave Maximien. Tout est question d'interprétation, et dans ce domaine, vous êtes certainement mieux outillé méthodologiquement que je ne le suis.

Maximien accepta-t-il de bon gré de renoncer à la pourpre en 305 ? Si son indéfectible loyauté envers Dioclétien plaide en ce sens, son apparente volonté de s'accrocher au titre d'Auguste me paraît toujours troublante…
De même le "légalisme" de Maximien, tentant de convaincre Dioclétien de revenir aux affaires lors de la conférence de Carnuntum, peut s'expliquer par son souci de mettre fin au désordre et de sauver le système tétrarchique qui partait à vau-l'eau… comme par sa volonté de légitimer, a posteriori, son parjure de 306.
Et ses manigances visant à renverser son fils Maxence, fût-ce au prix d'un conflit avec Constantin, son gendre et allié…Serait-ce là une autre preuve du légalisme d'un Maximien prêt, à l'instar du premier Brutus, à sacrifier son fils sur l'autel de la République… ou de l'obsession d'un homme accoutumé à voir tout plier devant lui et tentant désespérément de reconquérir son pouvoir perdu ?

Chi lo sa ?

Peut-être Maximien fut-il ce "grognard un peu borné, victime de son sens du devoir" que vous décrivez… Mais sous le vernis de patriotisme romain, apparaissaient peut-être aussi, par places et plaques, l'avidité, l'ambition et l'obstination paysannes héritées de ses rudes ancêtres illyriens, viscéralement attachés à leur terre et à leur autorité patriarcale.

 
 
 
Denis Muzerelle réécrit :
 

Merci de votre réaction. Permettez-moi de poursuivre un peu cet intéressant débat.

Le fin mot de l'histoire ne serait-il pas tout simplement que le statut d'ex-Auguste est non seulement inédit, mais proprement inconcevable dans le système qui s'est mis en place au cours du IIIe siècle ? La seule source de pouvoir réside dans la fidélité des légions, et la foi jurée à l'imperator est un lien de nature religieuse (d'où les mesures à l'égard des chrétiens), que la mort seule peut dissoudre. Il faut assassiner l'imperator ou le suivre, quoi qu'il fasse.

Dioclétien était sans doute le seul à avoir assez de caractère pour tenter d'échapper à ce "fatum" en s'enfermant au fond d'un palais (les monastères n'offraient pas encore leur retraite, en ce temps !). Maximien semble avoir tenté d'en faire autant dans les premiers temps de son abdication. Mais le remuant Maxence est venu le tirer par la manche (qui, elle non plus, n'existait pas encore !). Dès lors, l'engrenage était engagé : Maximien ne pouvait être accueilli dans une ville de garnison qu'au cri de "Vive l'empereur"… ou par les armes.

Cruel destin, qui aurait bien dû inspirer quelque dramaturge classique ou romantique : j'y verrais volontiers cet alexandrin :
Et d'Elbe, à chaque pas, Maximien revenait…

 
 
 
RÉPONSE :
 

Oui, je crois que vous avez raison. D'ailleurs, sauf erreur de ma part, aucun autre "empereur romain" n'abdiqua jamais (sauf peut-être Avitus, éphémère fantoche impérial du VIe siècle qui, du reste, ne paraît pas avoir survécu bien longtemps à son sacrifice).

Si l'on considère les événements de 305-306 sous cet angle, on peut penser que notre Maximien dut louvoyer entre deux devoirs devenus contradictoires : son adamantine fidélité envers son vieux compagnon d'armes Dioclétien, et le respect d'une institution dont il ne doutait pas du caractère sacré. Bien sûr, il ne se prenait pas, stricto sensu, pour une émanation du dieu Hercule, mais il estimait sans doute que la fonction dont il avait été investi était, elle, bien d'essence divine. Et, naturellement, si son titre d'auguste "procédait" de la divinité, il était douteux que l'on pût s'en dépouiller au bout de vingt ans, comme on le ferait d'un vieux manteau usagé. N'était-il pas sacrilège de renoncer volontairement à ce sacerdoce, même pour d'excellentes raisons de haute politique ?

Dans cette optique, Maximien ne se rendit pas coupable de parjure lorsqu'il reprit du service en 306, que du contraire ! C'était l'année précédente qu'il avait "blasphémé les dieux" en croyant pouvoir renoncer à un imprescriptible "fatum" impérial, et maintenant, il rentrait dans l'obéissance aux décrets divins. Et puis, de toute façon, le beau système tétrarchique de Dioclétien, bien ordonné et tout, avait volé en éclats dès le moment où Constantin et Maxence avaient usurpé le trône de leurs pères et trouvé des troupes pour appuyer leurs prétentions. En un an, le contexte politique s'était radicalement modifié : la guerre civile était là, et les serments solennels de l'année précédente devenaient aussi obsolètes que ceux d'un veuf à l'adresse de son épouse décédée : ils étaient désormais sans objet.

emp 47

Ce qu'il y a d'"amusant" là-dedans, c'est que ces arguments, que Maximien ne se fit probablement pas faute d'exprimer à la conférence de Carnuntum, nourrirent peut-être les regrets du vieux Dioclétien, retiré à Salone et en butte à l'hostilité croissante de Constantin et de Licinius qui venaient d'éliminer tous leurs rivaux. Certains historiens anciens (Pseudo-Aurélius Victor, Suidas) rapportent en effet que l'auguste retraité se serait suicidé (poison, pendaison ?) ,afin d'échapper à la mort infâmante que ses jeunes successeurs voulaient lui infliger.
Au moment de se passer la corde au cou ou d'avaler sa bolée de ciguë, peut-être Dioclétien songea-t-il - mais il était trop tard - que, finalement, c'était son vieux camarade Maximien qui avait vu juste, qu'il était illusoire d'espérer échapper à un destin tracé par les dieux et que son retour aux affaires aurait sans doute évité bien des catastrophes, tant publiques que privées. La mort paisible d'un vieux jardinier, dans son lit de douleurs après une longue maladie ou dans son camp de poireaux après un infarctus foudroyant, ne pouvait décidément être accordée à cet homme qui, après avoir régi l'Univers, avait - pour parler vulgairement - "craché dans la soupe des dieux".

Maximien l'avait pourtant prévenu : même enfermé dans un palais-forteresse, on n'échappait au "fatum".
Il n'en avait eu cure.
Tant pis pour lui…

 
 
Denis Muzerelle conclut :
 

Le malheureux (et insignifiant) Avitus n'y a probablement pas échappé, bien que son cas ne soit pas parfaitement clair: les sources sont affreusement confuses (et elliptiques) à son sujet.
On a essayé de le neutraliser en le faisant évêque de Plaisance, et il aurait survécu un an environ avant d'être mis à mort par Majorien, en 457. Mais il semble qu'il y ait eu des tentatives pour le restaurer: on a interprété dans ce sens une énigmatique "conjuration de Marcellus" mentionnée par Sidoine Apollinaire (Epist. I,xi,6). C'est ce qui motiverait son élimination par Majorien, qui n'avait été pour rien dans sa déposition et n'avait donc guère de motif de s'en prendre à lui. En tout cas, il s'était déjà "échappé" de Plaisance. (Cette thèse est reprise dans l'excellent site DIR - De Imperatoribus romanis)

Un ex-Auguste est décidément bien encombrant ?

 
 

nav vox - emp

 

 
9 Mai 2004
Anne-Sophie a écrit :
 

Je ne trouve pas la traduction d'un texte latin écrit (je crois) par Aelius sur Hadrien et qui commence par "Origo imperatoris Hadriani…" et dont le titre est "De Vita Hadriani".

Si vous en savez plus sur ce texte et surtout sur cette FAMEUSE TRADUCTION EN FRANCAIS ce serait vraiment super serviable de votre part de m'en faire parvenir les infos !

En fait pour conclure mon dossier de fin d'année je dois absolument trouver 50 vers sur Hadrien écrit par n'importe quel auteur et même par lui-même, donc si vous ne trouviez pas la traduction de "De Vita…" vous pouvez toujours me donner 50 autres vers du moment qu'ils parlent d'Hadrien (au niveau politique, amoureux, caractère,... peu importent !) et qu'il est traduit en français.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Ce texte que vous recherchez, attribué à un certain Ælius Spartianus, est en fait la Vie d'Hadrien insérée dans ce que l'on a coutume d'appeler l'Histoire Auguste, un recueil tardif (fin du IVe siècle ap. J.-C.) et anonyme (Aelius Spartianus, c'est le pseudo d'un auteur resté aussi anonyme que mystérieux) de biographies impériales, dans le genre des plus célèbres Douze Césars de Suétone.

Malheureusement, à ma connaissance, il n'existe pas de traduction française de cette Vie d'Hadrien sur le Web. Seule une version anglaise semble disponible actuellement : Clic !.
Mais heureusement, l'Histoire Auguste, avec texte latin, traduction française et nombreux commentaires éclairés, est très aisément disponible chez n'importe quel bon libraire (et accessoirement, mais sans doute plus rapidement, via les librairies en ligne) : cette œuvre a en effet été récemment éditée en "édition populaire" chez Robert Laffont.

Voici les références exactes de cet indispensable ouvrage :

  • Histoire Auguste, les empereurs romains des IIe et IIIe siècles (édition bilingue latin-français établie par André CHASTAGNOL), Édition Robert Laffont, Collection "Bouquins", Paris, 1994.
livre hist auguste

Puisque vous m'écrivez que vous êtes à la recherche d'informations sur l'œuvre poétique d'Hadrien, peut-être pourriez-vous (si du moins vous ne l'avez point encore fait à l'occasion de vos précédentes incursions dans site internet) jeter un coup d'œil sur cette réponse à ce courrier du mois d'octobre dernier : Clic ! . Vous y trouverez quelques-uns des poèmes de l'empereur, traduits par Marguerite Yourcenar - ce qui n'est pas rien !
Par acquit de conscience, je vous signale également ces autres courriers où est évoqué le plus célèbre des poèmes d'Hadrien, celui qui commence par les mots latins "Animula vagula blandula" et où il s'adresse ses ultimes recommandations à sa pauvre petite âme bientôt orpheline de son grand corps de brute : Clic ! et Clic !.

 
 

nav vox - emp

nav vox populi