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Sommaire Février 2004 :
  • 5 Février :
    • A la recherche d'une traduction française des manuscrits de Nag Hamadi : Clic !
    • … Ainsi que l'un livre sur le gnostiscisme : Clic !
  • 8 Février
    • Empereur païen divinisé et empereur chrétien sacré, c'est comme Dupond et Dupont : Clic !
  • 11 Février :
    • SOS DEVOIRS : pour tous ceux qui se posent des questions… et cherchent des réponses : Clic !
  • 13 Février :
    • Quid de l'Empire romain germanique ? : Clic !
  • 16 Février :
    • Caracalla et son secrétaire Festus : Clic !
      • Où Alexandre le Petit se prend pour Achille ! : Clic !
    • A propos de certaines relations de Macrin : Clic !
  • 22 Février :
    • Calocærus : un chamelier empereur romain ! : Clic !

PAGE SUIVANTE

  • 22 Février :
    • A la recherche d'un empereur allergique aux "juments vertes" : Clic !
  • 23 Février :
    • Les mobiles d'Agrippine chez Tacite : Clic !
  • 26 Février :
    • L'invention d'un énigmatique Domitien II : Clic !
  • 26 Février :
    • Quels blasons portaient les empereurs romains ? : Clic !
  • 29 Février :
    • Quelques pages Web sur la citoyenneté et les classes sociales à Rome : Clic !
  • 29 février :
    • Effectifs des armées romaines : Alain trouve que l'on pousse le bouchon un peu loin ! : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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5 Février 2004
Tom a écrit :
 
Ma question n'est pas vraiment en rapport avec l'Empire romain mais avec la chrétienté des origines. Je cherche une traduction française des manuscrits de Nag hamadi. Je voudrais savoir si elle existe dans le commerce ou le Net.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Sauf erreur ou omission de ma part, je n'ai pas l'impression que l'intégrale des textes retrouvés à Nag Hamadi a été publiée en traduction française (dans des collections à l'usage du grand public, bien sûr). En revanche vous trouverez sur le Net les versions anglaises de tous ces manuscrits (voir Gnostic Society Library)

Comme c'est hélas souvent le cas - en domaine comme dans bien d'autres d'ailleurs -, les "sociétés savantes" anglo-américaines ont donc une bonne longueur d'avance sur leurs homologues francophones. À croire que les vieilles traditions de "mandarinat universitaire" sont plus vivaces de ce côté-ci de l'Atlantique que de l'autre…

 
 
Tom réécrit :
 
Merci de votre réponse, je me doutais bien qu'ils n'avaient pas été traduits, je crois qu'il n'y a que l'Évangile de Thomas (version tirée de Nag Hamadi) qui est disponible.
À propos, est-ce que vous connaissez un bon livre bien complet sur le gnosticisme chrétien et les premières hérésies ? (plutôt un livre d'historien et pas un bouquin ésotérique comme on en trouve des tonnes)
 
 
 
RÉPONSE :
 

À vrai dire, l'étude du gnosticisme ne me fascine pas plus que cela : trop "tétratpiloctomique" à mon goût (la "tétrapiloctomie" étant bien entendu, selon Umberto Eco, l'art de couper les cheveux en quatre).

Quand j'ai besoin de quelques infos à ce sujet, je me contente de me référer à volumineuse Histoire du Christianisme (quatorze tomes aux Éditions Desclée, sous la direction de J.-M. MAYEUR, Ch. PIETRI, A. Vauchez et M. VENARD), et dont le premier volume (Le Nouveau peuple [des origines à 250]) évoque brièvement le courant gnostique. Il m'arrive également de consulter l'intelligent petit livre de Jean DANIÉLOU, L'église des premiers temps (Points Histoire, 1985)… Mais je crains que ces ouvrages ne soient pas aussi spécialisés que vous le souhaitez.

 
 

nav emp

 

 
8 Février 2004
Vincent a écrit :
 

Ce qui me semble assez réussi comme virage, ou bien tour de passe-passe, c’est le glissement de sens de l’Empereur divinisé à l’Empereur sacralisé.(Dupond et Dupont).

Je comprends mieux le geste de Napoléon mettant lui-même la couronne impériale sur sa tête, répétant le geste de Frédéric II de Hohenstaufen et marquant aussi la rupture de la révolution avec le sacré.

 
 
 
RÉPONSE :
 
emp 47

Je ne me prononcerai pas en ce qui concerne la rupture avec le sacré que démontrerait le couronnement impérial du "Petit Caporal" (le pape était présent à Notre-Dame, et contrairement à la légende, le bon Napo ne lui arracha pas la couronne des mains pour la placer sur son chef de son propre chef). A ce qu'il me semble, Bonaparte devint Napoléon Ier "avec" l'église catholique, mais ni "contre" elle, ni "par" elle.

Quant à Frédéric II de Hohenstaufen, si ma mémoire est bonne, il profita d'une brève embellie dans ses relations avec la papauté pour se faire couronner empereur germanique dans les règles prescrites. Et si, quelques années plus tard, il posa la couronne du royaume de Jérusalem sur sa tête, c'est parce le patriarche de la Ville Sainte l'avait excommunié pour n'avoir pas à accomplir cette besogne sacrilège.

Du reste, vous avez raison : l'empereur divinisé païen style Dioclétien, adoré comme s'il sortait de la cuisse de Jupiter himself - avec proskynèse et tout le tralala -, et l'Auguste chrétien du "Bas-Empire", ministre et manifestation de dieu sur Terre, c'est un peu chou vert et vert chou.

Je n'ai pas l'impression qu'il en allait de même avec les empereurs des deux premiers siècles de notre ère. À cette époque, le culte impérial relevait plutôt du "patriotisme" : sacrifier devant l'effigie de l'empereur n'était qu'une façon (sans doute la seule) de manifester son allégeance à Rome. En l'occurrence, la personnalité de l'empereur n'avait que peu d'importance : elle était plutôt le support du culte que son objet. Ce qui ne veut toutefois pas dire qu'il était bien vu de se comporter comme un malotru en présence du César. Mais il n'était pas autant nécessaire de ramper devant lui…

 
 
Vincent a réécrit :
 

Mes équations sont un peu simplettes et bien trop laconiques. En fait je ne vois pas le couronnement de Napoléon comme une « démonstration  » de la rupture avec le sacré, mais ce geste, qui me paraissait outrancier, me semble plus clair en y incluant la bonne connaissance que devait avoir l’Empereur de l’histoire de l’Empire Romain et du Saint Empire Romain Germanique.
Je suppose qu’il n’avait pas non plus totalement oublié la Révolution française. Il court-circuite assez bien la monarchie un pied dans le passé et un pied dans la révolution. Il réutilise des symboles, des gestes, des morceaux choisis de l’histoire qu’il réutilise pour établir son pouvoir et sa légende.

Je crois que ce que je dis est toujours aussi simplet pour un historien, car en fait, je ne connais rien de ce Napoléon. Soyez patient, Lucien.

Je vous imagine, doté d’une bonne dose d’humour, que dans mon ignorance, je préfère situer dans une large palette entre celui de Caligula et celui de Philippe Geluck.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci pour cette large palette humoristique que vous prêtez, et dont je vous avoue cependant préférer le pôle belgicain plutôt que le romain : tout calomnié qu'il fût, le brave Caligula devait être quand même être nettement moins fréquentable - et nettement moins marrant - que l'immortel dessinateur du "Chat" (et autres savoureuses couenneries).

En ce qui concerne le brave Napo, sans être moi non plus un vrai historien - et encore moins un fan du "Petit Tondu" -, je crois que vous avez mis dans le mille ! Après la Révolution et sa mythologie très "République romaine", après les Consuls et les Directeurs exportés tout droit de la Rome antique, il était normal que Napoléon, voulant fonder une dynastie, s'appropriât le titre impérial.
Même du simple point de vue chronologique, c'était dans l'ordre des choses.

En fait, c'est toute la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle qui nageait dans la fascination de l'Antiquité romaine. Les bons bourgeois qui tirèrent les ficelles - et les marrons du feu - de la Révolution française ne se voulaient-ils pas les héritiers des Brutus, des Gracques et des Cincinnatus qui firent la grandeur de Rome ? Normal que Napoléon ait prétendu mettre fin à cette époque troublée en se faisant passer pour un nouvel Auguste

Un Gugusse, oui !
Dix ans d'épopée napoléonienne, avec, pour seuls résultats, des centaines de milliers de morts ou d'estropiés, une Europe dévastée, une France dépeuplée, occupée et ruinée, des tyrans autocratiques plus fermes sur leur trône que jamais avec d'innombrables peuples sous leurs bottes dorées sur tranche, et enfin, last but not least, une Belgique transformée en province hollandaise…
Bravo, Napo : du bon boulot !

 
 

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11 Février 2004
Jean-Christophe a écrit :
 

J’ai le plaisir de vous informer que votre site a été choisi pour figurer à la rubrique "Histoire" du site SOS Devoirs :

Ce service gratuit, destiné aux enfants et à leurs parents, se veut ouvert à tous… sans limite d'âge et sans restriction : élèves, enseignants, parents, adultes… bref, à tous ceux qui se posent des questions et qui souhaitent trouver des réponses.

SOS Devoirs est proposé par www.ptitclic.net, site ludo-éducatif français. Actuellement, plusieurs milliers d’enfants du monde entier se connectent tous les jours sur ce site. Ce service leur est très utile pour les aider et les accompagner dans leurs devoirs ou dans leurs recherches personnelles.

site sos devoirs

 
 

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13 Février 2004
Nicole a écrit :
 
Comme je ne suis pas très familière avec l'histoire de Rome, j'aimerais comprendre ce qu'était exactement le Saint Empire Romain Germanique.
Merci.
 
 
 
RÉPONSE :
 

En réalité, l'histoire du Saint Empire romain germanique concerne plutôt l'histoire de l'Allemagne que celle de Rome…

Que je vous explique brièvement (en simplifiant donc peut-être outrancièrement) :

Le premier "Empire romain" fut fondé par Auguste en 27 av. J.-C. Mon site internet "Empereurs romains" est exclusivement consacré à ces empereurs romains là, les seuls, les vrais, ceux qui régnèrent sur l'Empire romain, avec Rome pour "capitale", jusqu'en 476 (voir index chronologique des empereurs : Clic !).

Mais n'anticipons pas …

À partir de la fin du IVe siècle ap. J.-C., l'Empire romain est partagé entre deux empereurs. L'un gouverne les provinces orientales (bassin oriental de la Méditerranée, depuis la Grèce jusqu'à l'Égypte, en passant par la Turquie, la Syrie, etc.). L'autre empereur romain se charge de l'Occident (du Portugal au Rhin, et de l'Écosse à l'Afrique du Nord).

En 476, Romulus Augustule, empereur romain d'Occident - en fait un fantoche aux mains des soldats barbares qui ont conquis l'Europe - abdique.
Plus d'Empire romain en Occident. Il ne reste que celui d'Orient, avec Constantinople (auj. Istanbul, en Turquie) pour capitale. Il se maintiendra jusqu'en 1453.

À la fin du VIIIe siècle, Charlemagne, roi des Francs, conquiert la plus grande partie de l'Europe occidentale (Allemagne, France, Nord de l'Espagne et Italie). Or, voilà-t-il pas que le jour de Noël de l'an 800, alors qu'il assiste, à Rome, à la messe de la Nativité, le pape Léon III pose - à l'improviste, paraît-il - une couronne sur sa tête et le proclame "Empereur romain". Il faut dire que Charlemagne lui avait rendu de fieffés services. (sur le couronnement de Charlemagne, voir ici : Clic !)
Par ce geste, le pape Léon restaure l'Empire romain en Occident. Cependant, cet avatar du vieil empire d'Auguste n'a de romain que le nom : son centre politique et militaire ne se situe pas en Italie, mais dans les régions situées entre les vallées de la Meuse et du Rhin (Belgique, Ouest de l'Allemagne). La capitale de l'empereur romain Charlemagne ne se situe pas à Rome, la Ville Éternelle où le Pape est seul maître, mais à Aix-la-Chapelle (Aachen, en Rhénanie).

À la mort de Charlemagne, son empire se disloque rapidement. Ses trois petit-fils se taillent chacun des royaumes "nationaux" (France, Germanie, et entre les deux, la Lotharingie, bande de terre allant du Nord de la Belgique au Sud de l'Italie). Quant au titre d'Empereur romain d'Occident, il devient, d'abord honorifique, puis tombe en désuétude.

Au milieu au IXe siècle, un roi de Germanie (= Allemagne) nommé Otton acquiert un immense prestige en écrasant les Hongrois (ou Magyars), guerriers asiatiques qui terrorisaient l'Europe par leurs raids dévastateurs. Pour l'en remercier (et aussi parce qu'il a remis de l'ordre dans les affaires de la Papauté, quasiment agonisante à cette époque) le pape le couronne empereur à Rome, en 962.
Otton Ier devient ainsi le premier empereur de l'Empire romain germanique (ou "Saint Empire").
Ouf, nous y voici enfin !

Il faut toutefois préciser que si l'Empire fondé par Otton Ier est romain, c'est, certes, parce qu'il revendique sa qualité (à mon avis quelque peu usurpée,) d'héritier et de continuateur de ceux d'Auguste et de Charlemagne. C'est aussi parce que, pour être légitimes, ses empereurs doivent être couronnés par le pape, évêque de Rome (d'où Saint Empire).
Mais dans la réalité des faits, l'Empire romain d'Otton et de ses successeurs est avant tout germanique (et il le deviendra toujours davantage au fil des siècles). Ses souverains sont des Allemands, qui, pour la plupart, ne descendront guère en Italie que pour régler leurs comptes avec les papes qui, eux, voient d'un mauvais œil les prétentions de ces "barbares allemands" à empiéter sur leurs plates-bandes, qu'elles soient spirituelles ou temporelles.

Mais ça, c'est une autre histoire…

Le Saint Empire romain germanique survivra (mais pas dans forme originelle) jusqu'en 1806. Après la bataille d'Iéna, Napoléon le supprime et le remplace par une "Confédération du Rhin".

En fait, comme je vous l'ai signalé d'emblée, mes pages internet sur les "Empereurs romains" se limitent à l'étude des "vrais" empereurs romains. Cependant, si vous souhaitez en savoir davantage sur ce soi-disant Empire romain fondé par Otton, bien trop tardif pour moi, je vous invite à consulter l'excellent site Atrium qui lui consacre une fort intéressante section (voir ici : Clic ! et suivantes).

 
 

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16 Février 2004
Caro a écrit :
 

Je dois faire un commentaire d'un texte d'Hérodien sur les secrétaires palatins de Caracalla :

Après avoir visité tous les vestiges de cette cité, il (= Caracalla) vint au tombeau d'Achille, qu'il orna de couronnes et de fleurs magnifiques. Ce fut cette fois Achille qu'il s'efforça d'imiter. Comme il cherchait un Patrocle, il procéda de la sorte. Il avait pour favori un affranchi qui s'appelait Festus et dirigeait le secrétariat impérial. Or ce personnage mourut lors du passage de l'empereur à Ilion : il avait, selon certains, péri par empoisonnement parce qu'on voulait l'enterrer comme Patrocle, tandis que selon d'autres, il avait été enlevé par la maladie. Antoninus (alias Caracalla) ordonna d'apporter son cadavre, de dresser, avec force madriers, un bûcher et de placer le corps au milieu de celui-ci. Après un sacrifice d'animaux de toutes sortes, l'empereur mit le feu au bûcher, prit une coupe, fit des libations et adressa une prière aux Vents. Mais il était chauve et, lorsqu'il chercha à déposer des boucles de cheveux sur les flammes, on se gaussa de lui.
(Hérodien, IV, 8, trad. Denis ROQUES, Les Belles Lettres, Paris, 1990)

Avez-vous des infos ?

Mon problème c'est que je ne trouve pas d'informations sur la fonction de secrétaire palatin et sur le premier secrétaire mentionné dans le premier paragraphe. Le second est connu puisqu'il assassine Caracalla et prend sa suite.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je n'ai pas l'impression que l'on dispose de beaucoup d'informations sur Festus, ce secrétaire impérial qu'aux dires d'Hérodien, Caracalla aurait sacrifié pour réaliser un fantasme homérique, à savoir la reconstitution des funérailles de Patrocle.

Ce Festus - qu'il ne faut pas confondre avec Marcius Festus qui complota contre Néron (voir Tacite, Annales, XV) - était un affranchi qui exerçait les fonctions de chambellan et d'a memoria, c'est-à-dire de chef du secrétariat de l'Empereur. (A propos de la chancellerie impériale, voyez cette page du site internet d'Emilia Robin : Clic !).

Si l'on en croit l'Histoire Auguste (Vie de Macrin, IV, 4), c'est grâce à la protection de l'affranchi Festus que Macrin (qui succéda à Caracalla après l'avoir fait assassiner), avait pu accéder à la classe des chevaliers. Toutefois, on sait que les informations fournies par l'Histoire Auguste ne sont pas des plus fiables, ce recueil de biographies impériales étant très tardif (début du Ve siècle) et son auteur, anonyme, fort sujet à l'affabulation.

Cela dit, je ne sais si notre Hérodien ne souffre pas de la même tare que le fantaisiste auteur de l'Histoire Auguste quand il nous relate cette sombre histoire de reconstitution des funérailles de Patrocle sur le dos de ce pauvre Festus. En effet, Dion Cassius (LXXIX, 32 : 4 - Trad. anglaise : Clic !) signale que l'année qui suivit la mort de ce plaisantin de Caracalla, un affranchi impérial nommé Festus - est-ce le même ? est-ce un autre ? - abandonna le parti de Macrin pour se rallier à celui de son rival et futur successeur, Élagabal…
À moins d'être un revenant, difficile, à la fois de mourir empoisonné par Caracalla et d'empoisonner la vie de son successeur, n'est-ce pas ?

 
 
Caro réécrit :
 
J'ai du mal à comprendre le passage qui concerne la mort de Festus. Vous dites que ce serait Caracalla qui l'aurait empoisonné mais n'est-il pas écrit que c'était là son favori ? J'ai peu de connaissance en histoire romaine, pourriez-vous m'éclairer sur l'histoire avec Achille et surtout le fait que l'empereur cherchait un Patrocle ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Je n'aurai sans doute pas été suffisamment explicite…

Cette histoire de reconstitution des funérailles de Patrocle fait référence à un épisode de l'Iliade, célèbre poème épique d'Homère (IXe siècle av. J.-C. ?) qui, en quelque sorte, constitue l'acte de naissance de la littérature grecque antique.

On croit souvent que cette épopée narre l'interminable siège de la ville de Troie (Asie Mineure - actuelle Turquie) par les Grecs (les"Achéens). C'est à la fois vrai et faux. En fait, Homère raconte surtout la colère d'Achille, le plus vaillant des héros grecs.
Furieux de s'être fait souffler une jolie captive (Briséis) par le commandant en chef des forces grecques (Agamemnon), le "bouillant Achille aux pieds légers" se retire dignement sous sa tente et boude interminablement, laissant ses camarades se dépatouiller avec les Troyens qui, bien qu'assiégés, n'en sont pas moins agressifs en diable.
Achille étant aussi têtu qu'invulnérable (talon excepté), la situation aurait pu s'éterniser si le plus sémillant guerrier de Troie, Hector, n'avait vaincu et occis Patrocle (nous y voilà) en combat singulier. Or, ce Patrocle n'était autre que l'ami le plus cher et le plus intime du bouillant Achille. Celui-ci fut alors bien forcé de sortir de sa tente ainsi que de sa réserve. Il fit sa paix avec Agamemnon puis vengea son cher Patrocle en trucidant le brave Hector. Et enfin, après avoir lavé la mémoire de son pote dans le sang chaud de l'ennemi, Achille célébra dignement les funérailles du brave Patrocle (Chant XXIII de l'Iliade - Trad. française : Clic !).
Ensuite Achille sera tué par une flèche bien ajustée, ce qui n'empêchera toutefois pas la prise et la ruine de la ville assiégée (ruse du "cheval de Troie"). Puis Ulysse "aux milles ruses" partira pour son odyssée
Mais cela c'est une autre histoire…

"Et que vient faire Caracalla là-dedans ?", me direz-vous.
Eh bien, si vous avez eu l'occasion de parcourir la brève notice biographique que je lui ai consacrée (voir ici : Clic !), vous vous serez certainement rendu compte que, question équilibre mental, ce garçon aurait eu grand besoin d'un "lifting cérébral" style Karcher, si vous voyez ce que je veux dire. Parmi tous les "Césars fous" qui régnèrent sur l'Empire romain, Caracalla fut peut-être le plus cruel, et presque certainement le plus déséquilibré.
C'est ainsi que, se prenant pour la réincarnation d'Alexandre le Grand, il voulut reproduire point par point l'expédition militaire de son illustre modèle. Il partit donc de Macédoine (ancien royaume du grand Alex) à la tête de ses troupes afin d'attaquer l'Empire perse (qui entre-temps était devenu le royaume des Parthes). Il traversa le Bosphore puis, arrivé sur le lieu des exploits des héros d'Homère, il exigea de sacrifier sur les tombes des guerriers grecs tombés lors du siège mythique de Troie, ainsi que l'avait fait Alexandre.

caracalla

C'est à ce moment précis que se situe votre fameux texte d'Hérodien :
Arrivé près des ruines de Troie, notre Caracalla se trouve en proie à une nouvelle lubie : il se prend pour un nouvel Achille. Mais il y a un hic : il n'a pas de Patrocle !
"Qu'à cela ne tienne, s'exclame-t-il alors. Festus, mon secrétaire impérial, fera parfaitement l'affaire !".
Évidemment, pour aller jusqu'au bout de son rôle, et afin que l'empereur puisse, comme Achille, célébrer le belles et nobles funérailles de son ami défunt, ce Festus doit mourir. Or, coïncidence extraordinaire, le fonctionnaire trépasse à point nommé pour que l'empereur accomplisse les rites funéraires décrits par Homère.

L'historien Hérodien se contente de rapporter les rumeurs qui circulèrent au sujet de cette mort suspecte : certains affirmaient que Festus avait succombé à une maladie qu'il traînait depuis longtemps, d'autres pensaient que Caracalla l'avait fait empoisonner pour aller jusqu'au bout de son délire homérique.
Cependant, il est évident que si le Festus mentionné par Dion Cassius (LXXIX, 32 : 4 - Trad. anglaise : Clic !) - celui qui aurait abandonné la cause de Macrin (successeur de Caracalla) pour se rallier à Élagabal (voir mail précédent) -, ne fait qu'une seule et même personne avec son homonyme, secrétaire impérial de Caracalla, toute cette histoire de funérailles troyennes n'est qu'un tissu de fariboles.

Mais naturellement, si Caracalla n'a pas commis ce forfait, il en aurait bien été capable, le bougre… Lui qui projeta la mort de son père ; lui qui assassina son frère puis extermina méthodiquement tous les amis, partisans, relations de ce frangin détesté ; lui qui fit passer au fil de l'épée des dizaines de milliers d'habitants d'Alexandrie trop caustiques à son gré aurait très bien pu hâter la mort d'un de ses subordonnés pour assouvir une de ses lubies.
On ne prête qu'aux riches…

 
 
Caro a réécrit :
 

Merci encore pour vos réponses qui me sont très précieuses. Mes recherches avancent, mais j'ai du mal à trouver des informations sur certains termes et personnages cités dans ces autres textes, de Dion Cassius ceux-là :

  • Macrin était un Maure de naissance, originaire de Césarée, fils de parents tellement obscurs, qu'on l'a comparé avec beaucoup de justesse à l'âne conduit par le génie dans le palais ; il avait d'ailleurs une oreille percée à la façon de la plupart des Maures mais sa modération couvrait la bassesse de son extraction ; quant aux lois, il était moins habile dans leur connaissance que fidèle à les faire appliquer. Aussi la défense d'un ami en justice lui ayant valu la connaissance de Plautien, il fut d'abord son intendant ; puis après avoir failli périr avec lui et avoir été sauvé contre toute attente par l'intercession de Cilo, il fut préposé par Sévère aux véhicules de la voie Flaminia ; enfin, après avoir reçu pour peu de temps une procuratèle d'Antonin, il fut nommé préfet du prétoire et remplit cette charge avec habileté et justice dans tout ce qu'il fit de son propre chef.
    (DION CASSIUS, Histoire romaine, 78, 11, 1-3)
  • Car il (Macrin) avait sur-le-champ rappelé les gouverneurs de ces provinces, Sabinus et Castinus, prétendant qu'il voulait leur compagnie, mais en réalité parce qu'il craignait leur esprit fier et leur amitié pour Caracalla; et il envoya ensuite Agrippa en Dacie et Decius Triccianus en Pannonie. Le premier avait été un esclave travaillant comme coiffeur pour quelque dame et jugé pour cette raison par Sévère, quoiqu'il ait aussi été avocat du fisc ; banni plus tard dans une île pour avoir trahi quelque cause, il avait été par la suite rappelé, avec les autres, par Tarautas, chargé de ses décisions judiciaires et de sa correspondance et finalement relégué à la position de sénateur avec le rang de prétorien, parce qu'il avait admis des garçons trop jeunes dans l'armée.
    (DION CASSIUS, Histoire romaine, 78, 13, 3-4)

Qu'est ce que "l'intercession de Cilo" ? qui sont Sabinus, Castinus, Agrippa (la définition de Cassius n'est pas très claire) et Decius Triccianus ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Fabius Cilo fut consul suffect en 193. Aux dires de l'Histoire Auguste (Vie de Commode, XX, 1) c'est à lui que l'on aurait confié le soin de procéder à l'inhumation - nocturne - de l'empereur Commode, assassiné). Il fut également gouverneur de Pannonie de 196 à 202, consul ordinaire en 204, et préfet de la Ville de Rome de 204 à 212. Tuteur de Caracalla, il courut cependant de grands dangers après que son impérial pupille eut assassiné son frère Geta : Cilo avait en effet eu le tort de tenter de réconcilier les deux frères qui, comme on le sait, se haïssaient mortellement.

"L'intercession de Cilo" ?
Dion Cassius - et l'Histoire Auguste après lui - rapportent que ce Cilo sauva la tête du futur empereur Macrin lorsque celui-ci, alors intendant de Plautianus (= Plautien, favori et l'âme damnée de Septime Sévère), faillit être entraîné dans la chute de son maître dont l'arrogance grandissante avait inquiété les deux fils ennemis du Sévère Septime.

En ce qui concerne les autres personnages cités dans ce texte, j'ai l'impression qu'il est assez vain de rechercher des informations détaillées à leur sujet. Les "personnages secondaires" de l'acabit de ces Sabinus, Castinus ou autre Agrippa n'apparaissent sans doute nulle part ailleurs qu'à cet endroit, au détour d'une phrase de l'œuvre - du reste fort mutilée - de Dion Cassius.
Force nous est donc de nous contenter des maigres informations fournies par ce texte :
Macrin craint que les gouverneurs des Balkans, et en particulier Sabinus et Castinus, ne tentent de lui ravir ce trône impérial sur lequel il vient se s'asseoir. Pourquoi ? Parce qu'ils commandent aux redoutables légions du Danube, et parce que, comme tous les soldats, ils adoraient le feu empereur Caracalla que lui, Macrin, vient de faire assassiner. Aussi, sous de fallacieux prétexte, il rappelle auprès de lui ces usurpateurs potentiels et les remplace en Dacie et en Pannonie par deux de ses fidèles : Agrippa, l'ancien esclave, et Decius Triccianus.

 
 

 

nav emp

 

 
22 Février 2004
Gricca a écrit :
 

Un chamelier empereur romain !

L’histoire de l’empire romain nous réserve toujours des surprises, en effet, plusieurs historiens (Aurelius Victor, Jérôme, Orose, l’Anonyme de Valois, Théophane) mentionnent la proclamation d’un chamelier comme empereur romain sous le règne de Constantin Ier (+ 337), c’est d’ailleurs la seule usurpation connue sous cet empereur, mais aucun d’entre eux n’apporte de précisions sur les causes et circonstances de cet événement, ainsi que sur le personnage lui-même. Nous sommes donc réduits à bien des incertitudes à commencer par la date des faits : 333, 334 ou 335, j’opterais pour celle du milieu, mais après tout qu’importe, ce que l’on sait c’est qu’une révolte éclata dans l’île de Chypre et un nommé Calocærus ou Calocerus (nom d’origine grecque signifiant le sage, le beau), profitant du mécontentement général, se fit proclamer empereur et prit la tête du mouvement antigouvernemental. On ignore le rôle joué par le gouverneur (præses) de l’île, ainsi que « l’étincelle » qui a déclenché le soulèvement des Chypriotes, mais on peut trouver des causes générales à ce soulèvement. Ainsi en 333, nous rapporte Jérôme, des calamités s‘étaient abattues sur les provinces voisines de Syrie (famine) et de Cilicie (peste), des émeutes avaient éclaté dans la région d’Antioche et de Cyrrhus (environ à 75 Km au Nord d’Alep) à cause du prix élevé du blé et Constantin avait chargé les « églises » d’en faire la distribution aux hôpitaux, aux pauvres, aux veuves, aux clercs, entraînant la frustration des païens. Ajoutons la pression fiscale et économique qu’avait entraîné la construction de la nouvelle capitale Constantinople (inaugurée en 330) et surtout le fait que depuis 329, date de la nomination à la préfecture du prétoire d’Orient du fervent chrétien Ablabius, Constantin entamait une politique de plus en plus ouvertement favorable à l’Église. Peut-être qu’à Chypre la révolte fut attisée par les païens qui interprétèrent comme une condamnation divine du régime chrétien de Constantin un tremblement de terre qui avait, vers 332-333, détruit surtout la principale ville portuaire de l’île, Salamine (aujourd’hui Famagouste) faisant de nombreuses victimes.

Mais revenons à notre curieux personnage qu’était Calocère, en effet avant d’endosser la pourpre, il était “magister pecoris camelorum”, c'est-à-dire intendant de l’administration chargée de l’entretien des troupeaux de chameaux, ici en l’espèce du dromadaire, animal très utile pouvant être employé comme monture ou bête de somme, et dont on tirait aussi parti de son poil, de son cuir, de sa viande, de son lait. Ajoutons que le caractère difficile et sauvage du dromadaire même domestiqué nécessite du chamelier une certaine maîtrise de soi et l’on peut donc supposer que Calocère devait être un fonctionnaire de sang-froid, jouant un rôle important dans l’île et qui, très probablement païen, ne manquait pas d’ambition. En tout cas le nouvel empereur, dont on ignore l’action dans l’île, ne resta pas inactif puisqu’il finit par s’embarquer pour le continent, accostant en Asie Mineure voisine, pour, sans doute, trouver du soutien à son équipée. Entre temps, la nouvelle de son usurpation était parvenue à Antioche où résidait, avec le titre de « censor », le demi-frère de Constantin Ier, Dalmatius (certains l’ont confondu avec son fils Dalmatius fait César le 18 septembre 335). Avec une troupe, Dalmace se rendit en Cilicie où il vainquit facilement les « chameliers » de Calocère. Ce dernier, fait prisonnier, sera jugé avec ses complices et brûlé vif devant le peuple à Tarse comme un vulgaire brigand. La révolte prit fin avec son supplice.

Plus tard, dans Chypre, l’empereur Constance II (337-361), après un second tremblement de terre survenu en 342, rebâtira la ville de Salamine aussi étendue que celle classique et hellénistique et lui donnera le nom de Constantia qui aura pour évêque, de 365 à 403, un prêtre moine originaire de Palestine, Epiphane, personnage qui déploya une grande activité missionnaire et catéchistique, faisant de Chypre, comme le dit St Jérôme (+ 419), le point de rencontre des moines du monde entier. Chypre, évangélisée depuis l’époque de St Paul et de son compagnon Barnabé, un chypriote, n’avait envoyé au concile de Nicée en 325, que trois évêques, ceux de Salamine, de Paphos et de Tremithous (ou Trimythonte) dont le titulaire était Saint Spiridion (+ 348), un confesseur de la foi pendant la persécution de Dioclétien. Aux Ve - VIe siècles, Constantia (Salamine), devenue métropole autocéphale de l’île, comptera jusqu’à 12 évêchés suffragants, à savoir : Amathonte, Arsinoé, Chythroï, Karpasia, Kérynéïa, Kition, Kourion, Lapéthos, Paphos, Soles, Tamassos et Tremithous. L'île de la déesse Aphrodite, native de Paphos, était devenue complètement chrétienne.

L’usurpation de Calocaerus est mentionnée à la page 26 du Constantin (306-337) de Bernard Lançon paru aux PUF dans la série Que-sais-je ? n° 3443. Dans la même collection citons pour nos empereurs romains : le n° 3029, Néron; de Guy Achard ; le n° 3280, L‘empereur Hadrien, de Raymond Chevallier et Rémy Poignault ; et le n° 3418, Dioclétien et la tétrarchie, de Bernard Remy.

 
 

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