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Décembre 2003 (page 2/5)

Sommaire du mois de Décembre : Clic !

 

 
3 Décembre 2003
Yvan a écrit : 
 

Ce Titus semble bien ambigu et paraît contenir de nombreux secrets. Était-il bon ? Mauvais ? Tacite dit : "Nous avons cru aux secrets du destin" en parlant de son accession au pouvoir. De sa part, cela semble être une boutade. Y aurait-il donc une trame nébuleuse/inavouable à cette prise de pouvoir ?

Ces questions ont surtout pour objectif de remettre en question la vision positive qui semble être donnée de Titus dans ce site et de s'assurer que ce ne soit pas une affirmation en l'air.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Titus ?… Ben oui, je dois bien avouer que la notice biographique qui figure dans mon site n'est pas (encore) très élaborée. Je la complèterai certainement un jour, quand j'en aurai le loisir. À ce moment-là, sans doute, je profiterai de l'occasion pour la rendre plus "critique". Car vous avez mille fois raison : pour l'instant, ce texte fait peut-être la part trop belle aux relations des historiens antiques qui considérèrent Titus, alias les délices du genre humain, comme un des meilleurs empereurs que Rome eut jamais connu.

Cependant, je suis comme vous : j'ai des doutes !…

Écoutez Suétone : "Outre sa cruauté, on redoutait son intempérance ; car il (=Titus) prolongeait ses orgies jusqu'au milieu de la nuit avec les plus déréglés de ses compagnons. On craignait aussi son penchant à la débauche, en le voyant entouré d'une foule de mignons et d'eunuques, et éperdument épris de Bérénice, à laquelle, disait-on, il avait promis le mariage. On l'accusait aussi de rapacité, parce qu'on savait que, dans les affaires de la juridiction de son père, il marchandait et vendait la justice à prix d'argent. Enfin on croyait et l'on disait ouvertement que ce serait un autre Néron." (SUÉTONE, Vie de Titus, VII)

Voilà donc un homme qui, jusqu'à son avènement, aurait vécu comme un patachon taré, puis serait devenu, brusquement, rien qu'en ceignant la couronne impériale, le parangon de toutes les plus nobles vertus romaines et humaines !

Vous y croyez, vous ?

D'habitude, le pouvoir - surtout s'il est absolu comme celui des empereurs romains - ne rend pas les hommes meilleurs, il les corrompt !

titus

Si vous voulez mon avis, heureusement que Titus n'a régné que peu de temps (moins de deux ans). Comme je le dis dans ce courrier (voir ici : Clic !), si son règne avait duré plus longtemps, ses belles résolutions d'empereur frais émoulu auraient fondu comme neige au soleil, et son impériale hypocrisie serait apparue au grand jour.

Cela dit, d'après ce que j'ai pu lire par ailleurs à ce sujet, je dois reconnaître que la plupart des historiens modernes ne paraissent pas remettre fondamentalement en cause les qualités de souverain de l'empereur Titus.
Pour vous donner un exemple, voici le portrait que Jean-Marie Engel dresse de Titus dans un petit livre fort bien fait :

"Avec Titus, la dynastie (des Flaviens) se décrassa de cette vulgarité qu'on reprochait parfois à Vespasien. Le nouveau prince était un homme brillant. On lui trouvait, malgré sa petite taille et sa tendance à l'embonpoint, une beauté incomparable et un certain air de grandeur ; vigoureux, agile, l'esprit alerte et fort cultivé, doué d'une extraordinaire mémoire, il avait de plus une amabilité qui ne nuisait pas à sa dignité. Son passé militaire était fort beau : il avait sauvé son père encerclé en Bretagne, servi en Judée, pris Jérusalem et reçu les honneurs du triomphe. Associé au gouvernement depuis huit ans, il avait l'expérience des affaires. Bref Titus était un homme séduisant autant que compétent (…).
Mais précisément cette séduction naturelle et élaborée ne laissait pas d'inquiéter. Car Titus aimait les plaisirs et sa liaison fameuse avec la reine Bérénice choquait autant que ses mignons et ses beuveries : on craignait de voir un prince romain épouser une reine d'Orient et suivre le destin d'Antoine. Il avait eu, durant sa préfecture du prétoire, des comportements hypocrites et brutaux qui le rendaient suspect de cruauté. On appréhendait aussi sa « rapacité », et son affabilité pouvait être l'indice d'un penchant à la démagogie. Tous pressentaient en lui « un autre Néron ».

Il démentit ces craintes et devint « les délices du genre humain » : il renvoya Bérénice dès son avènement pour bien montrer qu'il refusait le despotisme à l'orientale ; « il ne se laissa plus vaincre par l'amour » ; aucune condamnation, aucune confiscation, délateurs chassés, jamais de refus à ses solliciteurs, une pluie de bienfaits et des phrases magnifiques... Pour l'inauguration du Colisée, les fêtes durèrent cent jours, 5 000 bêtes féroces parurent en une seule journée ; Titus invitait le public à lui réclamer ce qu'il voulait, s'engageant à ne rien refuser. Parfois ses serviteurs lui faisaient observer qu'il promettait plus qu'il ne pouvait tenir...
Si l'on ajoute les constructions qu'il entreprenait, on est conduit à penser que Titus dépensait trop et on comprend mieux les embarras financiers de Domitien. Ce faste et cette prodigalité, outre « ce désir de plaire au peuple », étaient inquiétants pour la suite du règne, qu'une mort prématurée vint abréger. Malgré les belles apparences, Tacite reste réservé dans son jugement.

Trois catastrophes marquèrent d'ailleurs ce court principat : le 24 août 79, une terrible éruption du Vésuve engloutissait Pompéi, Herculanum et Stabies ; en 80, alors que l'empereur visitait la Campanie éprouvée, un nouvel incendie ravagea pendant trois jours et trois nuits le Champ de Mars et le Capitole ; enfin, une épidémie décima Rome. En somme, ce trop bon prince avait eu un règne malheureux."
(Jean-Marie ENGEL, L'Empire romain, PUF, Que Sais-Je n° 1536).

livre engel
 
 

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4 Décembre 2003

Maddly a écrit : 

Je m'intéresse à l'armée romaine sous les Antonins.

Pourriez-vous me donner des références littéraires ou des liens sur Internet. Je cherche moi-même, mais ne trouve rien de précis et clair.

 

RÉPONSE :

Les pages internet traitant de l'armée foisonnent sur le Web. En voici quelques-unes qui devraient vous livrer tous les renseignements dont vous avez besoin :

  • Dans ce site Empereurs romains, je vous invite à consulter ce courrier de Michel Eloy qui, d'une part, décrit l'équipement "standard" d'un légionnaire romain (voir ici : Clic !) et, d'autre part, fournit une bibliographie relative aux armées antiques (voir : Clic !).
  • Site d'Emilia Robin - L'Armée romaine sous l'Empire : Clic !
  • Site "Empire romain de Karl Claerhout - L'armée impériale romaine : Clic !
  • Sitereynier.com - L'armée romaine sous l'Empire : Clic !
  • Site Collège Roger Bellair - L'armée romaine : Clic !
  • Site "La Main à Rome" - l'armée romaine, "manu militari", la main offensive ou défensive : Clic !
  • Site voila.fr/romanarmy - L'armée romaine : Clic !
  • Site "Histoire romaine" - L'armée romaine : Clic !
  • Site "Ils sont fous ces Romains" - La Légion romaine : Clic !
  • Site "Histoire de la Civilisation romaine" - L'armée : Clic !
  • Site History4War - L'armée romaine du Bas-Empire (par le docteur Philippe Richardot) : Clic !
    (ce n'est pas tout à fait la période de l'histoire romaine qui vous intéresse, mais on ne sait jamais…)

    Répertoires :

  • Site Retiarus - L'armée romaine : Clic !
  • Weblettres - Armée : Clic !
  • Site BCS - Armée, marine, guerre, paix dans le monde antique : Bibliographie d'orientation et ressources en ligne : Clic !
  • Site LacusCurtius - Military and Naval History : Clic !

    En anglais :

  • The Roman Army Page The Roman Army in the Late Republic and Early Empire : Clic !
  • vroma.org : Clic !
  • Roman army - A Bibliography : Clic !

 

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4 Décembre 2003

Laurent a écrit : 

Je lisais votre réponse sur les contorniates (voir ici : Clic !). Les ouvrages d'Alföldy doivent effectivement être consultés. Ces médaillons sont frappés par la noblesse romaine, y compris sous le règne d'empereurs chrétiens. La noblesse romaine bénéficie longtemps d'une grande liberté de mouvement. La puissance politique de l'aristocratie sénatoriale interdit de le traiter trop durement. Les idées d'Alföldy accordent cependant trop d'importance au conflit entre païens et chrétiens qui commence plus tard que ne l'affirme celui-ci (sur l'accommodation entre païens et chrétiens à Rome, voir SALZMAN, On Roman Time, ou plus ancien mais très bien, Gaston BOISSIER, La fin du paganisme).

A PROPOS DES CONTORNIATES

Voyez également cet autre courrier : Clic !

 

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5 Décembre 2003

Gricca a écrit : 

Sur un empereur mal connu au nom très connu : Caracalla


Caracalla (211-217), le sobriquet de cet empereur est très connu car lié aux célèbres thermes de Rome (inaugurés probablement en 216 en l'absence de l'empereur alors en Orient), et son impérial buste illustre souvent les ouvrages sur la Rome antique. Le personnage lui-même n'a laissé que la réputation d'un tyran féroce coupable de nombreux meurtres et massacres. Dion Cassius le surnomme aussi Tarautas, d'après le nom d'un gladiateur très petit et extrêmement laid au caractère particulièrement violent et sanguinaire, une caricature de l'empereur en somme, que je souhaiterais mieux faire connaître en apportant quelques informations sur son comportement envers les femmes (autres que sa mère Julia Domna), sur sa curieuse garde rapprochée, et sur son implication personnelle dans la persécution contre les chrétiens.

Tout d'abord avec sa femme Publia Fulvia Plautilla, fille du très puissant préfet du prétoire de Septime Sévère Gaius Fulvius Plautianus et peut être d'une certaine Hortensia. Le mariage avait été célébré à Rome le 15 avril 202, après des fiançailles qui avaient eu lieu plus d'un an auparavant alors que la famille impériale était encore en Orient. Dion Cassius rapporte qu'il vit, sur le forum, défiler vers le palais la dot de Plautilla, et l'estima à l'équivalent de celle de cinquante princesses royales. Des monnaies furent frappées mettant en exergue la "Concordia" entre les époux, mais cette union voulue par Septime Sévère se révéla catastrophique car les jeunes gens ne s'appréciaient pas du tout, Caracalla repoussait et négligeait Plautilla la trouvant effrontée et sans pudeur et celle-ci le méprisait et se plaignait auprès de son père de son comportement odieux et de ses menaces de mort, ce qui avait le don d'exaspérer Plautien. Pourtant il semblerait, d'après des monnaies, qu'un enfant serait né du couple en 204, toutefois sans autres indications sur ce sujet, soit il ne survécut pas, soit il s'agit d'une fille qui suivra le sort de sa mère, soit finalement ces monnaies ne feraient qu'émettre des vœux pieux pour une maternité (Les historiens étant muets, il faut bien émettre des hypothèses).
Finalement Caracalla ne supporta plus les remontrances de son beau-père ; toute cette rancœur et animosité accumulées aboutit au brutal assassinat de Plautien dans le palais impérial le 22 janvier 205, quelqu'un lui coupa alors une partie de sa barbe pour aller la montrer à Julia Domna et à Plautilla qui se trouvaient ensemble dans une autre pièce, ignorantes du drame qui venait de se produire, "Regardez votre Plautien" dit-il, et à cette vue, Julia Domna, qui n'avait jamais apprécié le personnage et son influence sur son mari, laissa manifester sa joie, tandis que Plautilla entra dans une grande douleur.
Jouet malgré elle d'un drame politique, elle ne dut la vie sauve qu'à Septime Sévère qui l'envoya, dépouillée de tous ses biens et de son titre d'Augusta reçu lors de son mariage, à Lipari, une des îles Éoliennes au nord de la Sicile, avec son frère Plautius. Plautilla, dont le père avait fait discrètement castrer chez lui cent citoyens romains, enfants, jeunes hommes et hommes, certains mariés, tant pour la servir que pour l'éduquer dans tous les arts, particulièrement la musique, se retrouva, du jour au lendemain, privée de son père, de son entourage d'eunuques et de tout son confort, sous la surveillance d'une petite garnison de soldats, sur une île volcanique austère d'environ 37 km2. À cela s'ajoutait le souvenir de la promesse faite par son ex-époux de la tuer le jour où il accéderait au pouvoir. Le 4 février 211 la mort de Septime Sévère lui enleva sa dernière protection et dès lors l'attente se transforma en angoisse. Toute voile apparaissant à l'horizon pouvait apporter la mort. L'ordre finit par arriver dans l'année en cours englobant aussi Plautius. Le cruel et sans piété Caracalla devenu empereur avait tenu sa sinistre promesse.

La mort de nobles dames : Le meurtre de Geta, projeté le 26 décembre 211 et reporté au 26 février 212 (semble-t-il pour concilier ces deux dates données par les historiens modernes), avait rendu Caracalla complètement paranoïaque pour tout ce qui lui rappelait son souvenir et il s'ensuivit des exécutions massives des amis proches ou lointains de son frère cadet allant jusqu'à l'absurdité. En revenant du Capitole au palais impérial, Caracalla trouva sa mère, Julia Domna, entourée de dames de la cour, pleurant avec Cornificia, la sœur de Commode (donc la belle sœur fictive - par adoption - de Julia Domna), sur la mort de Geta, ce qui le mit en grande fureur. Ne voulant pas ajouter un matricide à un fratricide face à une opinion déjà révoltée, il se retint de faire exécuter sa mère mais lui interdit désormais de verser une seule larme sur Geta. On sait par la suite que Julia Domna et Caracalla trouvèrent un compromis où chacun trouva son compte dans la gestion de l'empire ; quant à Cornificia, déjà âgée, elle reçut son arrêt de mort, lui laissant comme un honneur spécial le choix dans la manière de le faire. Après s'être lamentée sur son sort, Cornificia, en digne fille de Marc Aurèle, débarrassée de ses parures, affronta la mort en se coupant les veines. Une parente qui avait cru devoir présenter des condoléances à Julia Domna à la suite du meurtre de Geta, reçut la visite de deux centurions qui la mirent à mort de la part de Caracalla. Il ordonna aussi d'enterrer vivantes quatre vestales sous l'accusation d'adultère (c'est la sanction traditionnelle depuis le roi Tarquin pour cette faute), trois d'entre elles, Clodia Laeta, Aurelia Severa et Pomponia Rufina, périrent de cette façon, la dernière Cannutia Crescentina préféra se jeter dans le vide du toit de sa maison. Clodia Laeta, qui avait été outragée par l'empereur quand il était encore capable de le faire car après il devint impuissant (dixit Dion Cassius), protesta à voix haute avant de périr, rappelant que Caracalla savait qu'elle était vierge et pourquoi, car elle avait su résister à sa tentative de la déshonorer. Précisons ici qu'il n'est pas certain que la mort de Cornificia et des Vestales ait eu lieu tout de suite après le meurtre de Geta, mais peut-être plus tard durant l'hiver 213-214, après le retour à Rome de Caracalla d'une campagne militaire contre les Alamans dans la vallée du Main, où, un grand nombre de femmes furent capturées après que les Romains eurent forcé le camp d'une de leurs tribus. Caracalla leur fit demander si elles préféraient être vendues comme esclaves ou égorgées. Courageuses elles choisirent la mort, alors Caracalla ordonna de les faire vendre comme esclaves par les trafiquants qui suivaient toujours l'armée, mais elles préférèrent se tuer, plusieurs après avoir sacrifié leurs enfants d'abord.

Sur la garde rapprochée de Caracalla on sait que l'empereur s'entourait toujours, pour sa protection, de plusieurs lions apprivoisés, son favori était Akinakès (c'est le nom d'une dague perse courte et large à deux tranchants - attention aux coups de griffes !) qu'il avait auprès de lui à table et même au lit qu'il caressait et qu'il embrassait. En quittant Antioche au printemps 216 pour sa dernière campagne (il passera l'hiver 216-217 à Édesse) et comme il franchissait la porte de la ville, ce lion avait semblé vouloir empêcher son maître de partir en lui déchirant ses vêtements avec ses griffes, un pressentiment en somme de la fin brutale de Caracalla, tué par un de ses soldats le 8 avril 217.

Quant à la seule participation directe de Caracalla à la persécution contre les chrétiens, elle est connue grâce à la Passion de Saint Alexandre, évêque de Baccano, rédigée par Adon, évêque de Vienne (859-875) qui, à défaut de datation (on situait le martyr sous Marc Aurèle ou au IVe siècle), est d'une précision remarquable pour la localisation, grâce à elle et à la suite de fouilles archéologiques, il est très probable que le saint martyr ait été jugé par Caracalla en personne. En voici l'histoire :

À l'époque impériale, la région près de l'actuel lac Sabatino (ou de Bracciano), au nord de Rome, avaient vu se construire de splendides villas par des riches romains attirés par l'aménité des lieux, pour venir s'y délasser. Parmi ces villas, se trouvait au 17e mille de la via Cassia, le praetorium (= villa) Fusci appartenant à Annius Fuscus, le père de Pescennius Niger. Après la mort de Niger au début du printemps 194, ses biens furent confisqués et sa villa entra dans le patrimoine de Septime Sévère, puis dans celui de Geta. Durant cette période commencèrent des travaux d'embellissement : la présence de pâte vitrée bleue et de marbres non italiens confirme la noblesse de l'édifice. La villa devenue celle des Sévères avait deux étages avec revêtements de marbres, stucs, peintures, mosaïques et décorations en pâte vitrée particulièrement dans les thermes au rez-de-chaussée avec des mosaïques bi-colores figurant des scènes marines ; au deuxième étage se trouvaient deux pavements distincts : un plus grand, de forme rectangulaire, avec le panneau de Flora entouré de panneaux plus petits représentant les Muses. L'autre représentant les auriges (on connaît la passion de Geta pour les cochers et ses disputes avec son frère à ce sujet) des quatre factions du cirque - ces quatre factions se distinguaient par la couleur de leur tunique, à savoir le blanc (alba), le rouge (russata), le vert (prasina) et le bleue (veneta) - (Actuellement soixante-quatre de ces panneaux peuvent être admirés à Rome au Museo Nazionale Romano, Palazzo Massimo alle Terme).

caracalla

Nouveau propriétaire après le meurtre de son frère Geta (février 212), Caracalla s'y rendit pour surveiller les embellissements. C'est là qu'on lui amena l'évêque local de Baccano (sur l'actuelle commune de Campagnano di Roma, à l'est du lac Sabatino), nommé Alexandre, il y fut jugé et condamné à mort, car après le meurtre de son frère, l'empereur n'était pas d'humeur à l'indulgence. De la villa des Sévères, Alexandre fut conduit au vicus Baccanensis et jeté dans un four à côté des thermes publics. Il sortit indemne des flammes et fut décapité en dehors des habitations près du 20e mille de la via Cassia. Un ami du martyr obtint d'un propriétaire voisin du lieu du supplice, la concession d'un terrain de 300 pieds carrés où Alexandre fut enterré. Sur le tombeau fut placée une inscription "Hic requiescit sanctus e venerabilis martyr Alexander, cuius deposito celebratur undecimo kal. octobris". Par la suite d'autres sépultures y furent pratiquées. Dans une crypte voisine creusée dans le tuf volcanique un autre martyr, Herculanus, fut enterré vers la même époque. Une église sera construite sous Constantin, sur le tombeau de St Alexandre.

J'espère avoir éclairé un peu le personnage de Caracalla sur lequel il y aurait encore beaucoup à raconter, en attendant, les fêtes de fin d'année approchant, je tenais à signaler la sortie de trois ouvrages remarquables sur l'Antiquité romaine :

  • Tout d'abord un magnifique ouvrage sur L'Algérie antique De Massinissa à saint Augustin" de Serge LANCEL aux éditions Mengès (Paris novembre 2003), qui s'ajoute aux autres ouvrages de la même collection, La Libye antique, La Tunisie antique et L'Arabie chrétienne.
  • Ensuite L'Antiquité retrouvée de Jean-Claude GOLVIN aux éditions Errance (octobre 2003) avec ses très suggestifs dessins de restitutions des villes et monuments antiques de l'empire.
  • Et enfin l'intéressant catalogue Da Pompei a Roma, Histoires d'une éruption, Pompei Herculanum Oplontis, sorti à l'occasion de l'exposition qui se tient aux Musées royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles du 9 octobre 2003 au 8 février 2004 - passionnant sur un sujet souvent traité.

GRICCA

 

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6 Décembre 2003

Olivier a écrit : 

Je voudrais savoir qui étaient les prêtres saliens et plus précisément comment ils fonctionnaient et qui ils étaient sous les Antonins.

 

RÉPONSE :

Les Saliens (en latin Salii) étaient prêtres romains, consacrés au culte de Mars. Ils tiraient leur nom du verbe latin salire (= danser). Ils formaient une confrérie (une "sodalité") très ancienne, de douze, puis, plus tard de vingt-quatre membres. Ils étaient recrutés uniquement dans la classe des patriciens et, au moment de leur admission, leur père et leur mère devaient encore être en vie. Les prêtres saliens portaient un costume remarquable. Il s'agissait en fait de l'ancienne tenue de guerre des peuples italiques (remontant peut-être à l'âge du bronze). Leur panoplie comportait une épée, un pectoral en bronze, un court manteau militaire, et une sorte de coiffure à aigrette (apex). À la main droite, ils portaient un glaive ou un javelot, et, à la gauche, le bouclier sacré (ancilla), en forme de huit. On racontait que le bouclier originel ses saliens était tombé du ciel au temps du roi Numa et que les onze autres avaient été forgés sur ce modèle par un forgeron mythique.

Les prêtres saliens jouaient un rôle important en mars et en octobre, les mois qui marquaient le commencement et la fin de la saison des campagnes militaires. Certains jours déterminés, ils sortaient en procession dans Rome et, s'arrêtant à certains endroits, ils exécutaient des danses rituelles complexes, frappant leur bouclier avec leur javelot et chantant le carmen saliare (= chant des Saliens), composé en vers saturniens. Ce chant, dont quelques fragments sont parvenus jusqu'à nous, était si ancien que, selon l'orateur Quintilien (Ier siècle ap.. J.-C.), même les prêtres saliens comprenaient à peine sa signification.

Comme c'était le cas d'autres collèges huppés de prêtres romains, les réunions de la confrérie des Saliens étaient aussi surtout prétextes à d'extraordinaires gueuletons. Le luxe des repas du collège des Saliens était,, paraît-il, proverbial.

(D'après : UNIVERSITÉ D'OXFORD, Dictionnaire de l'Antiquité, Robert Laffont, Coll. Bouquins - Jean-Paul THUILLIER, Dictionnaire de l'Antiquité grecque et romaine, Hachette).

Je n'ai rien trouvé de particulier au sujet des prêtres saliens de l'époque des Antonins… Si ce n'est que l'Histoire Auguste, un recueil anonyme de biographies impériales de la fin du IVe siècle (ou du début du Ve siècle), rapporte que, dans ses jeunes années, le futur empereur Marc Aurèle fit partie de ce collège sacerdotal : "Il (Marc Aurèle) fut élevé sous la surveillance attentive d'Hadrien qui (…) l'introduisit à huit ans dans le collège des saliens. C'est dans cette confrérie qu'il reçut un présage de son destin impérial : tandis que, selon la coutume, ils jetaient tous sur le lit sacré des couronnes qui tombaient çà et là, la sienne, comme s'il l'y avait posée à la main, aboutit sur la tête de Mars. Dans le cours de cette fonction religieuse, il fut chef de danse, puis prophète et maître de la confrérie, il présida à un grand nombre de consécrations et de démissions [de membres] sans que personne ait besoin de lui dicter les formules rituelles qu'il avait déjà apprises tout seul". (Histoire Auguste, Vie de Marc Aurèle, IV, 1-4, trad. A. Chastagnol, Éd. Robert Laffont, Coll. Bouquins).

 

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6 Décembre 2003

Raphaelle a écrit : 

Pourriez-vous me renseigner s'il y a eu des batailles à Lyon, et des Romains ? Vers quelle époque ?

Je retrace mon passé. Je ne connais pas bien la France car je vis au Brésil depuis 22 ans et je n'y suis plus jamais retournée. J'avais 9 ans quand j'ai quitté la France.

 

RÉPONSE :

Étant aussi peu Français que vous, moi non plus je ne connais pas l'histoire lyonnaise aussi bien que je le voudrais. Cependant, je peux quand même vous confirmer qu'à l'époque romaine, Lyon était déjà une ville d'une importance considérable. Elle était même la capitale administrative de la Gaule romaine.

Lugdunum, qui deviendra Lyon, fut d'ailleurs fondée par un Romain, un certain Munatius Plancus que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans mon site internet (voir ici : Clic !). L'empereur Claude y naquit, et son neveu Caligula y résida. C'est également dans cette ville, sous le règne de l'empereur-philosophe Marc Aurèle, que furent exécutés les fameux "martyrs de Lyon", (saint Pothin, sainte Blandine, etc. - voir ici : Clic !).

Vous parlez de batailles ? Effectivement, le 19 février 197, non loin de Lyon, une grande bataille opposa deux prétendants à l'empire romain : Clodius Albinus et Septime Sévère. Ce fut ce dernier qui l'emporta. Si vous voulez en savoir plus sur cet affrontement, voyez cet ancien courrier : Clic !

Vous pourrez encore trouver d'autres renseignements sur Lyon et son histoire dans ces autres pages internet

  • lyon-france.com : Présentation de Lyon : Clic !
  • Guide touristique complet pour la ville de Lyon : Clic !
  • Mairie de Lyon :
    • Musée de la civilisation gallo-romain : Clic !
    • Parc archéologique de Fourvière : Clic !
    • Archéologie : Clic !
  • Centrale Lyon - Sites Gallo-romains : Ciic !

 

 

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7 Décembre 2003

David a écrit : 

Je souhaite préciser que la fin de l'empire romain c'est plutôt 1453. N'oublions jamais que l'empire dit byzantin est en fait l'Empire romain d'Orient, que ses habitants étaient des Romains et leur nation s'appelait la Romanie (qui va inspirer le nom de la Roumanie).

Un superbe site sur l'empire romain d'orient existe : byzantina.com

Je vous laisse le soin de voir le point commun entre Rome et Constantinople, le nom devrait aider c'est une curiosité de l'histoire et de la mythologie romaine très intéressante.

 

RÉPONSE :

Vous avez entièrement raison : l'Empire romain d'Orient - celui que l'on qualifie, un peu péjorativement, de byzantin - prolonge l'Empire romain (tout court) ; Constantinople fut la deuxième Rome (voir ici : Clic !) ; et la chute définitive de l'Empire romain se produisit précisément le 29 mai 1453, lorsque les Janissaires de Mehmed II s'emparèrent de la capitale du dernier héritier des Césars, l'empereur romain Constantin XI Dragasès.
Naturellement, certains ergoteront sur chacun des termes de cette phrase… Mais puisque cela a déjà été fait alors que mon site internet sortait à peine des fonts baptismaux (voir ici : Clic !), je ne vois guère l'utilité de revenir là-dessus.
Finalement, tout cela est assez subjectif. Pourquoi, quand et comment des civilisations meurent-elles ? Dans quelle mesure s'influencent-elles mutuellement ? L'une succède-t-elle à l'autre, et si oui, quand, comment et pourquoi ?… On pourrait écrire des livres entiers là-dessus sans arriver à l'ébauche d'une conclusion !

Merci aussi de m'avoir rappelé l'existence de l'excellent site Byzantina. Cela faisait un bon moment que je n'étais plus allé le visiter.

 

David réécrit :

Merci de m'avoir répondu.

Je ne voulais pas ergoter, simplement que soit respectée la mémoire des Romains d'Orient pour qui j'ai la plus grande admiration et quand je vois le démantèlement de Constantinople, je suis saisi d'une profonde tristesse.

Enfin, une curiosité qu'il faut sans doute inscrire sur votre site (si vous êtes d'accord), c'est que Rome (selon la légende) fut fondée par Romulus, le dernier empereur d'occident fut Romulus Augustule, Constantinople a été fondée sur ordre de Constantin Ier le Grand et la chute du dernier des empereurs romains (excepté le Basileus de Trébizonde) fut effectivement (comme vous l'avez noté) Constantin XI Dragasès.
C'est curieux cette similitude d'évènement de l'Histoire de l'Empire qui pour ma part survit dans l'Europe.

 

RÉPONSE :

Encore une fois, je suis entièrement d'accord avec vous. L'Empire d'Occident, celui de la Rome du légendaire Romulus et du divin Auguste, mourut avec un "Romulus Augustule" pour dernier empereur. Et mille ans plus tard, Constantinople, la métropole d'Orient fondée par Constantin le Grand, tomba avec le peu qui restait de son Empire d'Orient alors que régnait un onzième Constantin.
On dirait bien que, parfois, l'Histoire est plus douée pour l'ironie que le grand Voltaire lui-même !

Pour terminer, je tiens à vous signaler que lorsque je parlais d'ergotage sur les questions de survie de l'Empire romain, ce n'était pas votre prose que je visais. En effet, je partage - grosso modo - vos idées sur ce sujet. Comme vous, je rends hommage à ces "Romains byzantins" à qui la culture occidentale doit une fière chandelle. La "Renaissance" des XIVe, XVe et XVIe siècles se serait-elle produite si Constantinople n'avait servi de conservatoire à l'humanisme gréco-romain ?
Je voulais seulement dire que toutes ces questions de succession entre les deux empires romains, de ré-hellénisation de l'Orient byzantin, de spécificité orientale de l'Empire des basileus, etc., sont extrêmement controversées. Selon ses opinions philosophiques, politiques, ou religieuses, chaque érudit a sa petite idée sur ces problèmes, ce qui entraîne nécessairement d'interminables ergotages - ou plutôt, au risque de vous choquer, des querelles… byzantines !

 

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7 Décembre 2003

Jérôme a écrit : 

Petite précision :

En répondant à un certain Philippe en Novembre 2003 (voir ici : Clic !) vous affirmez que "les seuls tissus antiques dont nous disposions encore proviennent de bandelettes de momies égyptiennes".

Et bien c'est faux ! J'ai découvert, dans un livre de Michel FEUGERE qu'un "drapeau" de l'armée impériale d'Égypte avait été découvert (préservé grâce au climat sec).

Voici ce texte :

"En ce qui concerne le vexillum, enseigne qu'emportent les détachements de cohorte ou d'ala lorsque le gros de la troupe doit rester au camp, c'est comme son nom l'indique un petit voile de forme carrée, ordinairement de couleur rouge, qu'on fixe par une traverse sous la pointe d'une lance ; on y peint, en lettres dorées ou de couleur vive, les symboles et peut-être le nom du corps d'origine. Le vexillum impérial est lesté de lourdes franges dorées, et généralement accosté de deux sangles alourdies de pendentifs.

Le climat exceptionnellement aride de l'Égypte a permis la conservation d'un vexillum presque intact, publié par Rostovtzeff en 1913 et 1942. C'est une pièce de lin presque carré, large de 50 cm et haute de 47 cm, qui a conservé dans l'ourlet supérieur la pièce de bois transversale qui servait à suspendre le vexillum au sommet d'une hampe ; les côtés latéraux sont ourlés, la base devait être laissée en frange. De couleur écarlate, ce document unique a conservé un décor peint qui a permis à son éditeur de la placer, sous toutes réserves, au début du IIIe siècle de notre ère : entre quatre motifs d'angle, une Victoire montée sur un globe brandit à droite une couronne, à gauche une palme.
Une découverte effectuée il y a une dizaine d'années en Égypte, à l'occasion de fouilles anglaises, nous permet peut-être de disposer aujourd'hui d'un second vexillum ; c'est une pièce de tissu assez grossier, de dimension analogues au précédent, mais dont le décor beaucoup moins élaboré représente un simple motif cruciforme, d'inspiration florale ou géométrique. "

(Michel FEUGERE, Les armes des Romains : de la République à l'Antiquité tardive, Éditions Errance,1993).

vexillum

Il faut noter qu'il n'est pas si rare de découvrir lors de fouille de petits fragments de tissu. Peut-être existe-il même des pièces plus importantes ?

 

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