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Sommaire Décembre 2003 :
  • 1er Décembre :
    • Quelques renseignements, d'ordre très général, sur le culte impérial : Clic !
      • … Ainsi que sur les prêtres chargés de ce culte : Clic !
    • Quelques mots (de Maurice SARTRE) sur le culte impérial en Égypte romaine : Clic !
  • 1er Décembre :
    • Écrivain : un métier dangereux sous le règne de Néron ! : Clic ! 
  • 1er Décembre :
    • La mort de Jésus : attribue-t-on à César ce qui appartient au Sanhédrin ?  : Clic !
    • Et les Gaulois ? Ils comptent pour des prunes ?  : Clic !
  • 3 Décembre :
    • L'Empire romain d'Orient plus résistant que celui d'Occident ? : Clic !

PAGE SUIVANTE 

  • 3 Décembre :
    • Des doutes sur l'angélisme de Titus… : Clic ! 
  • 4 Décembre :
    • Quelques "ressources en ligne" pour l'armée romaine : Clic !
  • 4 Décembre :
    • Des nouvelles des "contorniates" ! : Clic ! 
  • 5 Décembre :
    • "J'aime pas ma femme, mon frère, ma mère ; j'aime pas les nobles matrones ; j'aime pas les évêques ruraux !…" : Caracalla dans le rôle du schtroumpf grognon, en moins drôle ! : Clic ! 
  • 6 Décembre :
    • Qui étaient les prêtres saliens ? : Clic !
  • 6 Décembre :
    • Lyon, capitale de la Gaule romaine : Clic ! 
  • 7 Décembre :
    • Rendons hommage aux fastes de Byzance ! : Clic !
  • 7 Décembre :
    • Tissus romains : un drapeau (vexillum) a été conservé par les sables égyptiens ! : Clic ! 

 3e PAGE

  • 8 Décembre :
    • Le général Maximus (film Gladiator) a-t-il réellement existé ? : Clic !
  • 8 Décembre :
    • Les esclaves noirs (ou asiatiques) pouvaient-ils être affranchis ? : Clic ! 
  • 9 Décembre :
    • "Chacun fait fait fait c'qu'il lui plait plalt plait"… Les empereurs romains aussi ? : Clic !
    • Pourquoi les Romains, païens, ont-ils changé de religion ? : Clic !  
  • 9 Décembre :
    • Qui est ce "CLAVDIO V…" ? : Clic !
  • Quelques petites explications sur les consuls romains et leur couvre-chef… : Clic !
  • 12 Décembre :
    • Les Romains et l'héritage (culturel et scientifique) grec  : Clic !
    • Les limites de la technologie antique - les hypothèses de Peter GREEN  : Clic ! 

4e PAGE

  • 13 Décembre :
    • Néron voyage en Grèce et consulte - bien inutilement - la Pythie de Delphes : Clic ! 
  • 13 Décembre :
    • La révolte des Frisons. Pourquoi Tibère étouffa-t-il cet échec romain ? : Clic !
    • La libération de Barabbas à la place de Jésus : réalité ou mythe ? : Clic !
    • Tibère était-il hostile au régime impérial ? : Clic !
  •  17 Décembre :
    • Qui subit la dernière décimation ? La Légion Thébaine de St Maurice ou les soldats de Crassus ? : Clic !

5e PAGE

  • 18 Décembre :
    • Quelques paroles historiques ou bons mots attribués par Suétone à certains de ses Césars : Clic !
  • 20 Décembre :
    • La belle Cléo et le roi Hérode : une liaison dangereuse ! : Clic ! 
  • 20 Décembre :
    • Saint Thomas, frère jumeau de Jésus ? : Clic !
    • Les dernières paroles de Jésus en croix : tout finirait-il par une chanson ? : Clic ! 
  • 21 Décembre :
    • Limes et expéditions romaines : Clic ! 
  • 30 Décembre :
    • Néron et sa très possessive maman Agrippine : où trouver les textes de Tacite (et de Suétone) ? : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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1er Décembre 2003

"Moos" a écrit : 

Je suis étudiante en Histoire et, dans une matière qui est histoire religieuse égyptienne, j'ai un exposé à faire sur le culte impérial, et j'aimerais avoir, SVP, des directives pour orienter mon exposé car j'ai peur de faire du hors sujet.

 

RÉPONSE :

Il m'est assez difficile de répondre précisément à votre question dans le cadre de ce mail. L'instauration (et l'exercice) du culte impérial dans l'Empire romain est un sujet particulièrement vaste et complexe. À peu près chaque empereur eut sa petite idée personnelle quant à la façon d'aborder ce problème. De plus, le sens et les modalités du culte impérial variaient sensiblement d'une région à l'autre de l'Empire : l'empereur divinisé n'était ni perçu ni vénéré de la même façon en Gaule et, par exemple, en Asie mineure.

Il m'est d'autant plus difficile de vous fournir une réponse pertinente que je ne sais si votre exposé porte sur le culte impérial en général, ou sur son application particulière en Égypte.

Si votre étude est d'ordre général, vous devriez trouver dans mon site quelques passages susceptibles de vous intéresser :

  • Sur l'attitude de Tibère (et de son prédécesseur Auguste) face à sa déification : Clic !
  • Sur les prétentions de Caligula à imposer son culte dans toutes les provinces de l'Empire : Clic ! et Clic !
  • Sur l'apothéose des empereurs : Clic !
  • Sur la "proskynèse" (génuflexion rituelle devant l'empereur sacralisé) : Clic !

Pour une vue d'ensemble du culte impérial dans l'Orient romain, je vous invite à consulter cet excellent petit livre (petit seulement par la taille et le prix, car son contenu est fort dense) : Maurice SARTRE, le Haut-Empire romain, Les provinces de Méditerranée orientale d'Auguste aux Sévères, Points Histoire, N° H220.

Et justement, si c'est l'exercice du culte impérial dans l'Égypte romaine qui vous intéresse spécifiquement, j'ai trouvé dans ce livre ce court texte qui devrait vous donner quelques bonnes idées à creuser :

"Empereur et pharaon
Les traditions religieuses égyptiennes exigeaient la présence d'un pharaon, puisque, seul habilité à honorer les dieux, il est le garant de l'ordre cosmique et naturel, dont dépend, entre autres choses, la crue du Nil. Le maître du pays, quel qu'il soit, assume la royauté traditionnelle indigène même s'il n'a jamais été couronné comme tel. Peu importe que la nouvelle dynastie (la XXXIle) soit étrangère, car on a connu des Éthiopiens, des Perses, des Grecs. Dans les temples égyptiens, Auguste, comme tous ses successeurs, figure sous les traits et avec les titres d'un pharaon. L'empereur se comporte d'ailleurs en pharaon lorsqu'il fait reconstruire des temples et curer des canaux, non seulement par souci d'embellissement et de bonne gestion mais comme manifestation de sa piété envers les dieux. Mais c'est la première fois depuis longtemps que pharaon ne réside plus en Égypte. Le préfet, sans être un vice-roi, se comporte à l'occasion comme un substitut de l'empereur, remplissant en son nom les obligations religieuses du roi du pays et subissant à sa place les interdits qui pèsent sur lui, comme l'interdiction de se déplacer sur le Nil pendant la crue.

Quelques initiatives visent à introduire le culte grec du souverain dans les cités et métropoles. Mais ces initiatives sont soit locales (dans des métropoles), soit limitées au règne d'Auguste (Kaisareion d'Alexandrie, dédicace des obélisques d'Héliopolis par le préfet P. Rubrius Barbarus en 13-12 av. J.-C.). Car Auguste ne manifeste aucun souci de créer un culte impérial de type grec en Égypte comme il le laisse faire ailleurs. Le culte impérial n'est pas utilisé pour diffuser une idéologie royale justifiant la domination romaine en Égypte, comme l'avaient fait les Lagides. La présence de l'empereur dans les temples avec la titulature habituelle des pharaons, forme traditionnelle de l'hommage au souverain en Égypte, élaborée par des prêtres qui n'avaient pas de raisons de le désigner autrement, suffisait à établir la continuité du pouvoir royal et la légitimité de celui d'Auguste. Le culte « pharaonique » de l'empereur se situe dans la tradition locale, tout comme son culte grec. Mais l'absence de culte impérial provincial marque la rupture avec le passé : alors que les Lagides avaient imposé leur culte partout et érigé le culte du souverain en instrument de domination, « il ne paraît pas certain que les conquérants aient envisagé les thèmes de la sacralisation du souverain - même s'ils les ont laissés s'exercer à leur profit - comme un instrument indispensable au maintien de leur emprise sur l'Égypte ». (E Dunand, Culte royal et culte impérial en Égypte. Continuités et ruptures, in Das rômish-byzantinische Ägypten, Mayence, Philipp von Zabern, 1983, p. 56).

Pourtant, une agitation latente entrecoupée de brusques explosions peut laisser croire qu'il existe une forte opposition à l'occupation romaine, aussi bien chez les Grecs que chez les Égyptiens. En réalité, il faut ramener cette « résistance » à de justes proportions. D'une part, les seules réelles émeutes « politiques » se situent à Alexandrie et, malgré les textes, nous avons bien du mal à déceler les raisons profondes de ces explosions périodiques. Quant aux campagnes, à une exception près qui n'est peut-être qu'illusoire, elles ne paraissent rien connaître d'autre qu'un brigandage de type classique, aggravé par la misère et l'oppression fiscale. Il est vain en tout cas d'invoquer a priori un nationalisme dont on ne trouve guère de traces." (Maurice SARTRE, op. cit.) Pourtant, une agitation latente entrecoupée de brusques explosions peut laisser croire qu'il existe une forte opposition à l'occupation romaine, aussi bien chez les Grecs que chez les Égyptiens. En réalité, il faut ramener cette « résistance » à de justes proportions. D'une part, les seules réelles émeutes « politiques » se situent à Alexandrie et, malgré les textes, nous avons bien du mal à déceler les raisons profondes de ces explosions périodiques. Quant aux campagnes, à une exception près qui n'est peut-être qu'illusoire, elles ne paraissent rien connaître d'autre qu'un brigandage de type classique, aggravé par la misère et l'oppression fiscale. Il est vain en tout cas d'invoquer a priori un nationalisme dont on ne trouve guère de traces." (Maurice SARTRE, op. cit.)

livre empire romain or

"Moos" réécrit : 

Vos informations me sont très utiles. Il y a quand même un domaine dans lequel je n'ai pas beaucoup d'infos c'est en ce qui concerne les prêtres qui honoraient l'empereur. J'ai trouvé quelques infos, mais ce n'est pas très clair. J'aimerais savoir quel est leur nom et leurs fonctions.

 

RÉPONSE :

En simplifiant outrageusement, la célébration du culte impérial était confiée ou bien à des prêtres (sacerdos ou flamines) désignés pour un an ou nommé à vie, ou à des collèges sacerdotaux. (Voir à ce sujet cette page du site d'Emilia Robin : Clic !, ou encore cette autre page du site JB Histoire : Clic !).

Le court texte qui suit devrait aussi contribuer à éclaircir vos idées sur les responsables locaux du culte impérial. Il est extrait d'un livre de Patrick LE ROUX, qui est le pendant pour l'Occident romain de celui de Maurice SARTRE que je vous recommandais précédemment, et est, quant à lui, consacré aux provinces orientales de l'Empire romain :

"Le culte impérial faisait partie intégrante de la religion publique. Adressé en priorité à l'empereur mort, divinisé par la cérémonie de la consécration ou apothéose, il n'excluait pas l'empereur vivant dont le génie ou le « numen » étaient fréquemment honorés ou invoqués, notamment à l'occasion des fêtes anniversaires. Avec les Flaviens, l'association du prince régnant et des « divi » se renforça ; elle répond à une tendance constante du culte impérial sur le très long terme. Des prêtres spécialisés, flamines ou « sacerdos », avaient la responsabilité des célébrations, soit pour l'année, soit à titre perpétuel. Leur titulature montre qu'en Occident, conformément à un vœu d'Auguste, Rome était fréquemment associée à l'empereur vivant. Un collège de 6 membres, les « sévirs », le plus souvent des affranchis, avait la responsabilité (« cura ») de l'organisation matérielle du culte et des cérémonies. (…) Les femmes, exclues du culte, jouaient pourtant un rôle religieux. Le flaminicat des impératrices fut un des honneurs le plus fréquemment conférés par les cités à certaines d'entre elles. Sous d'autres noms (« ministra, sacerdos, magistra » par exemple), un petit nombre ajoutait une contribution supplémentaire à la vie religieuse de quelques « civitates »."

(Patrick Le ROUX, Le Haut-Empire romain en Occident, d'Auguste aux Sévères, Points Histoire).

livre empire romain occ

Si vous souhaitez approfondir vos recherches sur la religion officielle romaine, vous pourrez sans doute très utilement consulter cette bibliographie proposée par le site Bibliotheca Classica Selecta (BCS) de l'Université catholique de Louvain : Clic !

 

 

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1er Décembre

Anne a écrit 

Je suis étudiante en histoire et je prépare un dossier sur "le suicide chez les poètes romains sous le règne des empereurs fous". C'est un sujet que j'ai choisi alors si vous pouviez me donner quelques infos.
On m'a dit d'aller voir Tacite. On m'a parlé de plusieurs légendes.

En fait les empereurs romains condamnaient des poètes à mort par suicide. On m'a dit qu'il y avait pas mal d'anecdotes, notamment une histoire avec un poète se décousant le poignet a chaque fois que la conversation l'ennuyait.

 

RÉPONSE :

Effectivement, l'Historien Tacite relate quelques "suicides commandés" d'écrivains, tous victimes de la folie de Néron, qui fut, comme chacun sait (ô persistance des idées reçues), l'empereur fou par excellence.

Pour faire bref,

1. Sénèque, philosophe et ancien précepteur Néron se suicida parce qu'il était soupçonné - sans doute à juste titre - d'être une des chevilles ouvrières de la conjuration de Pison, En fait, Sénèque aurait même été pressenti pour succéder à son élève une fois que celui-ci aurait été liquidé.
Sa mort est rapportée au livre XV, chap. 60-64 des Annales de Tacite : "Après ces exhortations, qui s'adressaient à tous également, il (= Sénèque) embrasse sa femme (Pauline), et, s'attendrissant un peu en ces tristes instants, il la prie, il la conjure « de modérer sa douleur ; de ne pas nourrir des regrets éternels ; de chercher plutôt, dans la contemplation d'une vie toute consacrée à la vertu, de nobles consolations à la perte d'un époux. » Pauline proteste qu'elle aussi est décidée à mourir ; et elle appelle avec instance la main qui doit frapper. Sénèque ne voulut pas s'opposer à sa gloire ; son amour d'ailleurs craignait d'abandonner aux outrages une femme qu'il chérissait uniquement. « Je t'avais montré, lui dit-il, ce qui pouvait te gagner à la vie : tu préfères l'honneur de la mort ; je ne t'envierai pas le mérite d'un tel exemple. Ce courageux trépas, nous le subirons l'un et l'autre d'une constance égale ; mais plus d'admiration consacrera ta fin. » Ensuite le même fer leur, ouvre les veines des bras. Sénèque, dont le corps affaibli par les années et par l'abstinence laissait trop lentement échapper le sang, se fait aussi couper les veines des jambes et des jarrets. Bientôt, dompté par d'affreuses douleurs, il craignit que ses souffrances n'abattissent le courage de sa femme, et que lui-même, en voyant les tourments qu'elle endurait, ne se laissât aller à quelque faiblesse ; il la pria de passer dans une chambre voisine. Puis, retrouvant jusqu'en ses derniers moments toute son éloquence, il appela des secrétaires et leur dicta un assez long discours. Comme on l'a publié tel qu'il sortit de sa bouche, je m'abstiendrai de le traduire en des termes différents." (Pour texte complet, voyez cette page du site BCS : Clic !).
Notez cependant qu'une fois Sénèque dûment passé de vie à trépas, Néron ordonna que l'on bandât les plaies de Pauline, contre qui il n'avait aucun grief. Finalement, l'épouse du richissime philosophe échappa donc à la mort dans laquelle son égoïste de mari l'avait entraînée avec un époustouflant cynisme.
Admirable Sénèque ! Admirable Sénèque ! Comme il craint qu'à la vue de ses propres souffrances, sa femme ne change d'avis et décide de lui survivre ("Comment serait-ce Dieu possible ?"), il l'envoie se vider de son sang toute seule, à l'écart de ses nobles yeux, dans une chambrette isolée.
Et ça se prétendait philosophe !

2. Ayant également participé à la conjuration de Pison, le poète Lucain, neveu de Sénèque, fut contraint au suicide comme son vieux tonton. Cependant de mauvaises langues rapportent que ce n'était là qu'un prétexte, et que si Néron condamna Lucain à mort, c'était surtout par rivalité poétique, parce qu'il avait peur que la muse de l'auteur de la Pharsale n'éclipse la sienne.
Voici comment Tacite relate la mort du neveu de Sénèque : "Le prince (= Néron) ordonne ensuite le meurtre de Lucain. Pendant que le sang coulait de ses veines, ce poète, sentant se refroidir ses pieds et ses mains, et la vie se retirer peu à peu des extrémités, tandis que le cœur conservait encore la chaleur et le sentiment, se ressouvint d'un passage où il avait décrit, avec les mêmes circonstances, la mort d'un soldat blessé, et se mit à réciter les vers : ce furent ses dernières paroles." (Annales, Livre XV, 70).

3. L'auteur que vous évoquez, celui qui se serait suicidé à petit feu, n'est autre que Pétrone. Sa mort est également relatée dans les Annales de Tacite (Livre XVI, 18-19). Mais, a
Ayant déjà longuement évoqué dans mon site internet (voyez ici : Clic !, Clic ! et Clic !), et la vie de cet énigmatique personnage, et sa mort (finalement bien plus "philosophique" que celle de l'indigne Sénèque), et son Satiricon, ce roman "picaresque" qu'on met - un peu abusivement, semble-t-il - sous son nom, je n'y reviendrai pas.

 

 

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1er Décembre 2003

Antoine a écrit : 

Je viens de découvrir votre site, après avoir vu Gladiator. Énerve par la falsification historique (le Sénat en 190, ha ha !) je naviguais sur le Net quand j'ai trouvé le vôtre. (…)
Je l'ai trouvé formidable (la preuve : il est 4 heures du mat, je devrais être couché depuis deux heures, mais impossible de décrocher)

Toutefois, deux petites critiques :

1. Je vous trouve un peu trop systématiquement anti-chrétien. Je ne suis pas spécialement chrétien moi-même, mais j'ai l'impression que vous minimisez TOUJOURS les persécutions anti-chrétiennes et accentuez TOUJOURS les persécutions anti-païennes.
De même, dire que ce sont les Romains qui ont tué Jésus, c'est un peu fort. Pilate s'en foutait, c'était le "clergé" et le peuple juif de l'époque qui voulaient sa mort. Le fait que cette interprétation a causé des drames via antisémitisme n'est pas une excuse pour nier la vérité. (perso, je trouve absurde qu'un chrétien puisse en vouloir à une autre communauté pour des faits que ceux-ci ont fait, il y a 2000 ans, la faute du père ne rejaillit pas sur le fils dans le Nouveau Testament, je crois (à l'inverse de l'Ancien, d'ailleurs)

 

RÉPONSE :

J'espère que, frais et dispos, vous avez maintenant récupéré vos forces après cette longue nuit blanche, passée d'abord en compagnie du brave général Maximus (excellent spectacle, même si le film prend beaucoup de libertés avec l'histoire), ensuite avec "mes" empereurs romains.

C'est vraiment très sympathique de votre part d'avoir pris la peine de m'écrire, au beau milieu d'une froide nuit, afin de me faire part - à chaud (faut le faire en hiver !) - de votre satisfaction et me signaler les quelques petites choses qui vous agaçaient dans mes pages internet. Tout aussi sympa (et tout aussi courageux, ô insomniaque ami), votre deuxième mail (non "publié" - Note du Webmaster) m'avisant que vous aviez fini par dénicher, dans le dédale de mon site, les passages qui, je l'espère, vous ont rassuré quant à mon prétendu acharnement contre les Chrétiens. Je n'y reviendrai donc pas ici.

… Un petit mot quand même sur la responsabilité des Juifs dans la mort de Jésus.

En fait, je suis d'accord avec vous : l'initiative du "procès de Jésus" revient à certains notables juifs. Toutefois (et même si les Évangiles entretiennent à cet égard une ambiguïté lourde d'antisémitisme), ce ne sont pas ces "chefs des Juifs" qui condamnèrent effectivement Jésus à mort, ni eux qui l'exécutèrent. La sentence fut prononcée par un préfet romain, et ce furent des soldats romains qui clouèrent le condamné sur la croix.

Ce passage de la notice consacrée à Tibère (voir ici : Clic !) - celui qui, à ce que je crois, aurait titillé votre sens critique - visait surtout à dénoncer l'incohérence de certains chrétiens antisémites. En effet, comment est-il possible de soutenir que le sacrifice rédempteur du Christ fait partie du plan éternel de Dieu, et, en même temps, accuser les Juifs de déicide ? Ne furent-ils pas, à l'instar du préfet romain Ponce Pilate, les agents nécessaires à la réalisation de ce plan divin ? Si le Sanhédrin n'avait pas estimé que Jésus représentait un danger pour l'ordre public, et si Pilate avait mieux résisté aux pressions des "chefs des Juifs", l'humanité n'aurait pas été libérée de la faute originelle.

En bonne théologie chrétienne, Jésus, fils de Dieu, se sacrifie volontairement pour le salut des hommes. Il n'est pas mis à mort par les Juifs, mais pour les Juifs (ainsi que pour tous les autres peuples de la vaste terre, ça va de soi !)

2. Ma critique qui me tient le plus à cœur : non, Vercingétorix n'était pas un révolté "arverne", mais bel et bien gaulois. Les propagandistes de Jules Ferry disaient vrai : il a existé une nation gauloise. Les druides du pays se réunissaient dans la forêt des Carnutes, qui se trouve (et ce n'est pas un hasard) presque au centre de la Gaule. La civilisation gauloise est méconnue à tort. Plus peuplé, plus civilisée qu'on l'a dit, je trouve dommage qu'elle soit quasi-ignorée en France. (et si la Gaule n'était pas une nation, comment se fait-il que Clovis a eu un royaume qui en épousait presque la forme ? hasard ? je ne pense pas… de même les rois capétiens n'ont jamais cherché à dépasser le "pré carré" gaulois).

 

RÉPONSE :

Je conviens volontiers que vos chers Gaulois formaient une grande nation… culturellement parlant du moins, car au niveau politique, c'était autre chose.

Cela dit, mieux vaudrait sans doute parler de civilisation celte plutôt que gauloise. En effet, ce sont les Romains qui nommaient (avec un brin de condescendance amusée) galli (= "les coqs" ?) des peuples qui se désignaient eux-mêmes comme "Celtes". Et ces Celtes occupaient un territoire qui s'entendait bien au-delà du "pré carré" français. Si on laisse de côté ces Galates parvenus, au fil de leurs migrations, jusqu'au beau milieu du plateau anatolien (en Turquie), il y avait des Celtes un peu partout en Europe occidentale : en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Italie du Nord, dans tout l'arc alpin, en Europe centrale, etc…

Si l'on a tendance à confondre Gaulois (de France actuelle) et Celtes, la faute en revient surtout à Jules César qui voulut faire croire à son opinion publique qu'il avait conquis et pacifié "la Gaule entière" ; étant entendu que tous les peuples qui habitaient de l'autre côté du Rhin n'étaient pas des Gaulois, mais des "Germains" !

Puisque la civilisation celte vous intéresse, je vous recommande vivement le dernier numéro de l'excellente revue L'Histoire (n° 282 - Décembre 2003) qui consacre un dossier aux "Celtes et Gaulois".

Pour vous mettre l'eau la bouche, voici un extrait d'un article de ce dossier, intitulé "Des Barbares très civilisés", et qui se trouve être, ô heureuse coïncidence, directement en rapport avec la question qui nous préoccupe :

"(…) Il n'y a pas une Gaule, mais des Gaules, et les auteurs anciens n'utilisaient le mot Gallia, au singulier, que pour désigner un concept géographique, jamais pour indiquer une entité politique. Encore faut-il ajouter que les Latins, quand ils évoquaient ce pays, y incluaient toute l'Italie padane, voire une partie de la côte adriatique jusqu'à Ancône, région conquise par les Celtes au début du IVe siècle av. J.-C.
En outre, nous savons aujourd'hui que le Rhin ne séparait pas strictement les Germains des Gaulois tout au long de son cours, contrairement à ce qu'affirme César, qui souhaitait montrer à Rome que sa conquête s'inscrivait dans un cadre géographique homogène et borné. L'historiographie française, à l'heure de la construction des États-nations, a récupéré cette idée des « frontières naturelles » qui permettait d'assimiler la Gaule à la France et de faire du Rhin une limite fondée sur une légitimité historique, incontestable puisqu'elle remontait aux origines.
Mais le monde celtique était en réalité beaucoup plus vaste : il constituait un ensemble considérable qui s'est étendu sur toute une partie de l'Europe, et même de l'Asie Mineure.

L'archéologie nous confirme que la Gaule de César ne forme pas un ensemble unique, homogène du point de vue culturel, religieux, voire ethnique. Ainsi les Aquitains sont-ils fortement marqués par leur parenté avec les populations d'outre-Pyrénées. Une partie du Languedoc est très profondément contaminée par les influences ibériques. Le littoral provençal appartient, quant à lui, au monde ligure. Ne parlons pas des populations montagnardes, au sein desquelles subsistent de forts substrats allogènes (les Basques, notamment). Au nord, les Belges forment un groupe à part.
Même la langue n'est sans doute pas totalement homogène. La langue celte, qui appartient au groupe indo-européen, reste relativement mal connue car, si les Celtes connaissaient l'écriture et utilisaient les alphabets étrusque, grec, et latin, ils n'ont guère laissé que de courtes et rares inscriptions, la plupart sur des vases. (…)
Aux différences ethniques et culturelles s'ajoutent aussi d'inévitables disparités socio-économiques, d'une région à l'autre.

La Gaule que découvre le proconsul romain est très peuplée pour l'époque même s'il est hasardeux d'avancer des chiffres qu'aucun recensement ne vient fonder. On s'accorde assez souvent à lui accorder 9 à 10 millions d'habitants, soit beaucoup plus que l'Égypte, et même que l'Italie.
Elle est en revanche morcelée en peuples tantôt rivaux, tantôt alliés : ainsi Éduens et Séquanes s'affrontent-ils pour le contrôle particulièrement juteux des péages sur la Saône, qui constituent l'un des axes majeurs du commerce entre le nord et le sud de l'Europe. Chacun a ses alliés, parfois des peuples clients, qu'il domine. Aucune nation, même celle des Arvernes dont Vercingétorix est issu, n'est en mesure d'imposer une véritable hégémonie, non seulement à la Gaule tout entière, mais encore à de grands ensembles interrégionaux. La guerre fait donc partie des habitudes, même si elle est loin d'être permanente et généralisée. "

histoire 282

(Michel REDDÉ, in L'Histoire, op. cit., pp 41 et 44).

Éclairant, n'est-il pas ?

 

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3 Décembre 2003

Jean-Paul a écrit : 

(…) Ayant désormais quelques loisirs, et mû par la fascination du naufrage d'une des civilisations les plus achevées qu'ait pu produire l'esprit humain, je m'intéresse aux leçons modernes à tirer de la chute de l'empire romain d'Occident.

Je ne suis pas étonné de voir Saint Augustin vaticiner sur la "Cité de Dieu" à la suite du sac de Rome et à la veille d'avoir les Vandales sous les murs d'Hippone. Ces chrétiens-là avaient en horreur la civilisation antique, et pensaient avoir plus d'avenir avec les barbares.

Mais l'empire chrétien d'Orient, plus christianisé que l'Occident, a survécu mille ans, et n'avait pas la même phobie de la civilisation antique que leurs homologues d'Occident. Alors quelle autre raison pour le naufrage de l'Occident ? De votre fréquentation de l'Antiquité auriez-vous une (plusieurs ?) piste ?

 

RÉPONSE :

C'est l'historien Paul Veyne qui a dit que la chute de l'Empire romain - ou plutôt, pour reprendre le terme qu'il privilégie, son "effondrement" - est "un événement aussi fascinant que la disparition des dinosaures".
Aussi fascinant… et peut-être plus controversé !…

J'ai déjà eu l'occasion d'aborder ce problème à plusieurs reprises, lors de différents courriers (voir, entre autres, ici : Clic !, Clic !, et Clic !).

Alors ? la faute aux Chrétiens ? aux Barbares ?… au plomb ?

Personnellement, je ne puis m'empêcher de penser que le triomphe de l'Église chrétienne, une institution qui n'éprouvait que fort peu de sympathie - et c'est un euphémisme - pour tout pouvoir "séculier", surtout s'il était aussi sacralisé que celui des empereurs romains, accentua la démoralisation d'une société confrontée à des difficultés de tous ordres (problèmes militaires, économiques, politiques, peut-être démographiques, etc.). De plus, une fois qu'il eut triomphé, le christianisme plongea l'Empire dans un état de guerre civile larvée, car les dissensions entre les chrétiens "orthodoxes" et hérétiques de tout poil ne se bornèrent que rarement à d'aimables discussions de salon, autour d'un feu de cheminée, avec vin doux et petits-fours. Le plus souvent, ces conflits dégénèrent en émeutes sanglantes, en guérilla féroce, voire en guerre ouverte (en Afrique avec les Circoncellions, par exemple). Et l'empereur, dont les édits "pacificateurs" restaient lettre morte ou au contraire ne faisaient que mettre de l'huile sur le feu, se voyait contraint de recourir à l'armée pour ramener à la raison ses sujets trop enthousiastes, alors que les soldats auraient certainement été plus utiles aux frontières.

Mais alors, m'objectez-vous, pourquoi l'Empire survécut-il en Orient ? La partie orientale de l'empire n'était-elle pas beaucoup plus christianisée que l'Occident romain ? Ne serait-ce donc pas elle qui eût dû succomber en premier ?

Certes… Mais la partie orientale était aussi la plus "civilisée", au sens antique du mot. Dans ces régions jadis soumises aux Lagides, aux Ptolémées, ou même aux Perses, l'Empire romain était l'héritier d'une longue tradition autocratique et bureaucratique. C'est dire que, s'il en avait la volonté et les capacités physiques, morales et intellectuelles, l'empereur, représentant de Dieu sur terre, pouvait imposer sa volonté à l'Église. Et quand le "basileus" de droit divin avait pris une décision, quelle qu'elle fût, il pouvait compter sur une bureaucratie, pléthorique mais relativement efficace, pour l'appliquer sur le terrain.
Bref, quand l'empereur "byzantin" était fort, le patriarche de Constantinople n'avait garde de venir piétiner ses impériales plates-bandes !

Cependant, ni l'autocratie, ni la bureaucratie n'auraient pu suffire à sauver l'Empire romain d'Orient si celui-ci n'avait été infiniment plus riche que son associé d'Occident !
À mon avis, c'est bien là que se trouve le nœud du problème. Car il ne faut pas oublier que si l'Empire romain d'Occident s'écroula, c'est surtout parce qu'il fut littéralement "pris d'assaut par les Barbares", pour reprendre une autre expression de Pierre Veyne. Et si l'Empire d'orient ne s'effondra pas en même temps que son voisin occidental, c'est précisément parce qu'il disposait d'assez d'or pour acheter la retraite des envahisseurs lorsqu'il était aux abois, ou pour lever des troupes afin de les repousser lorsque la situation s'était un tant soit peu améliorée.

Reste que la politique "barbare" de l'Empire d'Oriental aggrava encore la situation en Occident. En effet, lorsque ces barbares s'étaient, soit remplis les poches sur le compte du trésor byzantin, soit avaient été repoussés des domaines du "basileus" par d'autres guerriers, encore plus exotiques qu'eux, ils n'avaient qu'une seule idée en tête : pousser vers l'Ouest pour voir s'il n'y avait pas moyen d'y arrondir leur pécule ou de "s'y refaire". Ce cas de figure, qui se présenta à plusieurs reprises au cours du Ve siècle (avec les Huns d'Attila, par exemple), ne fut pas sans conséquence sur le déclin, puis la chute de l'Empire occidental. Comment les Romains d'Occident, qui en avaient déjà "plein les pieds" avec leurs propres barbares, auraient-ils pu supporter la pression supplémentaire de ceux que leurs "concitoyens" de Constantinople avaient détournés vers eux ?

 

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