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Octobre 2003 (page 2/4)

Sommaire du mois de Octobre : Clic !

 

1er Octobre 2003

Patrick a écrit : 

Je souhaiterais savoir où je peux trouver le texte de la lettre des martyrs de Lyon et Vienne de l'an 177 en francais.

 

RÉPONSE :

Une traduction française de la Lettre des Églises de Lyon et de Vienne sur les martyres de saint Pothin, Blandine et consorts est disponible sur le Net à cette adresse :

Si vous préférez un bouquin (bon marché et aisément disponible, rassurez-vous), je vous recommande vivement l'édition des Pensées de Marc Aurèle du "Livre de poche" (MARC AURÈLE, Soliloques, Livre de Poche n° 4650). Cet ouvrage présente en effet, en annexe, de nombreux documents relatifs à l'histoire du christianisme primitif dont cette fameuse lettre sur la persécution des chrétiens de Lyon (pour plus d'infos sur cette édition des Pensées pour moi-même, voyez cet ancien courrier : Clic !).

livre soliloques

 

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5 Octobre 2003

Yves a écrit :

Qui était Tite-Live ?

 

RÉPONSE :

Tite-Live (évitez de prononcer à l'anglaise : "Taïyte Laïyve", ça fait un peu magazine amerloque !) s'appelait en réalité Titus Livius et fut un historien latin.

Né en 59 av. J.-C. près de Padoue, et mort en 17 ap. J.-C., on lui doit une Histoire de Rome depuis sa fondation en 142 livres (excusez du peu !) sur laquelle ont transpiré des générations et des générations d'apprentis latinistes (dont votre humble et dévoué serviteur).

Pour plus d'informations biographiques sur ce célébrissime auteur, je vous conseille cette page du site canadien Agora : Clic !.
Et si vous souhaitez lire son Histoire romaine sans bourse délier, le site Bibliotheca Classica Selecta (BCS) de l'Université catholique de Louvain (Belgique) vous en proposera deux traductions françaises : l'une, "classique" et complète, de M. Nisard (1864) : Clic ! ; et une autre, plus récente mais partielle (uniquement le premier livre), de Danielle De Clercq (2001) : Clic !.

 

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5 Octobre 2003

Gricca a écrit : 

Pouvez-vous m'aider à résoudre le problème posé par l'Homélie XV du Commentaire sur l'Épître aux Philippiens de St Jean Chrysostome, car si les faits anciens rapportés par Jean, n'étaient pas effacés de la mémoire publique pour ses contemporains du tout début du Ve siècle, ils sont, pour nous qui sommes totalement tributaires des œuvres historiques, problématiques, car les allusions de St Jean Chrysostome en l'absence de noms précis, nous laissent dans une grande incertitude devant ces racontars.

Voici le texte cette Homélie XV pris dans le site de l'Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais (Suisse)
N.B. : les phrases intéressantes sont en gras - entre parenthèses et en italique, le nom qui m'est apparu le plus compatible.

"Eh ! quel homme au monde est exempt de peines ? M'opposerez-vous l'empereur ? Ah ! pas plus que personne, il ne mène une vie affranchie de soucis, mais au contraire sa carrière est remplie d'ennuis et d'angoisses. Regardez, non pas le diadème, mais ce déluge d'inquiétudes, qui fait constamment autour de lui gronder la tempête ; voyez, non la pourpre de son manteau, mais son âme, son âme plus assombrie que cette pourpre sombre : la couronne lui ceint le front beaucoup moins que l'inquiétude ne lui serre le cœur. Contemplez, non pas le nombre de ses gardes, mais la multitude de ses chagrins ; aucune maison de simples sujets n'abrite, autant que le palais des rois, une multitude de tristes soucis. La mort les menace sans cesse, ils redoutent même leurs proches ; il semble que toutes les tables soient couvertes de sang. On croit en voir lorsqu'on entre à table et lorsqu'on en sort. Que de nuits pleines d'horreur où les visions et les rêves arrachent de leur couche les princes tremblants ! Voilà les soucis en pleine paix ; mais que la guerre s'allume, leurs inquiétudes vont redoubler. Se peut-il imaginer une vie plus misérable ? Et que ne leur font pas endurer ceux-là mêmes qui les touchent de plus près, ceux qui sont sur qui pèse plus immédiatement leur empire ? Hélas ! le pavé de leur palais est souvent inondé d'un sang qui leur est cher. Faut-il vous raconter quelques traits de ce genre ? Peut-être suffiront-ils pour vous faire comprendre que telle est bien la triste vérité. Plus volontiers je vous rappellerai des faits anciens, bien qu'ils soient assez contemporains, toutefois, pour n'être pas effacés de la mémoire publique.

Ainsi, l'on raconte qu'un souverain (Constantin), soupçonnant la vertu de son épouse (Fausta), la fit enchaîner dans les montagnes, et livrer toute nue aux lions dévorants, bien que déjà elle lui eût donné de son sein plusieurs princes et rois. (Quelle fable !!). Imaginez dès lors une vie plus triste que la sienne ! Quel dut être le bouleversement de ce noble cœur, pour arriver à commander une si terrible expiation ! Ce souverain (Constantin) fit aussi mourir son propre fils (Crispus) ; et le frère de celui-ci se donna la mort ainsi qu'à tous ses enfants (J'avoue mon ignorance). On raconte encore que ce même empereur, déjà malheureux par sa femme et par son fils, frappa aussi de mort son propre frère (Il doit s'agir du beau-frère Licinius). On vit tel prince se tuer (Je pense au suicide de Magnence), pour échapper aux mains d'un tyran ; tel autre tuer son propre cousin germain, après l'avoir volontairement associé à sa couronne (Constance II ordonnant la mort de son cousin Gallus à qui il avait accordé le titre de César). Un troisième vit mourir sa femme empoisonnée par des médicaments, qu'elle avait pris pour conjurer sa stérilité (Peut-être Hélène la Jeune, femme de Julien, car on a accusé Eusébie, femme de Constance II, d'avoir eu une responsabilité dans la fausse-couche d'Hélène) ; une créature misérable et coupable (car il faut être l'un et l'autre pour vouloir procurer, par des moyens humains, une fécondité que Dieu seul peut donner), osa fournir à l'impératrice ses drogues dangereuses ; elle en fit sa victime et périt avec elle. Un quatrième prince bientôt fut empoisonné aussi, et, croyant prendre un breuvage, but la mort à pleine coupe (Je ne connais pas d'empereur empoisonné à cette époque, par contre Jovien fut asphyxié, est-ce lui ?). Le fils de ce malheureux, dont la santé était une menace pour l'avenir, se vit arracher les yeux, sans avoir mérité ce supplice (Je ne connais pas de fils d'empereur énuclée, alors s'agit-il de Varronien le fils de Jovien, car ce fils étant une menace pour l'avenir, n'était donc pas empereur mais aurait pu le devenir en tant que fils d'empereur ? A la mort de Jovien, le nom de son fils n'avait pas été avancé comme possible successeur, car il était encore trop jeune et n'avait pas encore été associé à son père, mais un parent de Jovien, nommé Januarius, avait bien été proposé comme candidat). Un cinquième a péri plus affreusement encore, et la décence ne permet de dire ni pour quelle raison, ni de quelle façon lamentable il dut perdre la vie (Je pense à Julien). Deux princes lui succédèrent. Or, l'un subit un supplice réservé aux derniers, aux plus misérables des hommes, puisqu'il fut brûlé vif dans un affreux pêle-mêle de chevaux, de poutres, de débris de tout genre, laissant son épouse dans un triste veuvage (Valens et sa femme Domnica), et terminant une triste vie dont on ne saurait peindre les tribulations surtout depuis l'époque où il avait pris les armes. Et l'autre prince, qui maintenant règne encore, (Arcadius) n'a-t-il pas eu à subir, depuis qu'il porte le diadème, un perpétuel enchaînement de peines, de dangers, d'ennuis, de chagrins, de malheurs, de complots ?

Dans la traduction de 1864, il est précisé : Les faits auxquels le saint orateur fait allusion ne sont pas tous également certains ; il en raconte plus d'un d'après la rumeur publique, et d'ailleurs le texte de ce discours est altéré en plusieurs endroits.

Disons cependant :

1° L'impératrice exposée aux lions est probablement une fable ;

2° Le fils condamné à mourir, par son père, est Crispus, l'aîné du grand Constantin, et le fait n'est que trop vrai ;

3° Le frère de Crispus et son histoire sont controuvés, on plutôt la tarte est altérée ;

4° Les princes qui meurent par suicide, l'impératrice empoisonnée par imprudence, l'héritier du trône auquel on arracha les yeux, sont autant de problèmes historiques ;

5° Mais l'histoire nous montre Valens dans l'empereur brûlé vif après une bataille, et Arcadius dans le souverain si malheureux qui régnait à l'époque où parlait saint Jean Chrysostome.

Pas facile à tout solutionner, merci d'avance pour votre aide.

 

RÉPONSE :

Reprenons votre texte afin d'examiner tout cela point par point :

Ainsi, l'on raconte qu'un souverain, soupçonnant la vertu de son épouse, la fit enchaîner dans les montagnes, et livrer toute nue aux lions dévorants, bien que déjà elle lui eût donné de son sein plusieurs princes et rois.
OK ! Cela semble évident : Constantin soupçonne la vertu de son épouse Fausta et la fait exécuter - son exposition nue aux bêtes féroces des montagnes n'étant sans doute qu'un ragot qui circulait à l'époque de Jean Bouche d'Or sans être parvenu jusqu'à nous. C'est aussi Constantin qui ordonne l'exécution de son fils aîné Crispus.

Le frère de celui-ci (de Crispus ?) se donna la mort ainsi qu'à tous ses enfants"…

Ça, c'est moins nettement clair.
L'auteur d'une traduction anglaise des textes de Jean Chrysostome (voir ici : Clic !) estime que l'éloquent byzantin indiquerait ici que Constance, qui était effectivement (demi-)frère de Crispus, aurait provoqué la mort du frère de son père (c'est-à-dire de Jules Constance) et de ses fils (en réalité ses neveux), Dalmatius et Hannibalien.
Ouais !…
Je sais parfaitement que le texte grec de cette homélie n'est pas très sûr, mais j'ai quand même l'impression que cette interprétation le "torture" un peu trop. Toutefois, puisque je ne vois pas de meilleure explication, force m'est de l'accepter… faute de mieux et sous bénéfice d'inventaire.

On raconte encore que ce même empereur, déjà malheureux par sa femme et par son fils, frappa aussi de mort son propre frère.

Constantin, meurtrier de sa femme et de son fils, fit aussi exécuter son beau-frère Licinius.
Tout à fait d'accord avec vous !

On vit tel prince se tuer, pour échapper aux mains d'un tyran

Vous pensez à Magnence… Moi, je suivrais plutôt le traducteur anglais mentionné ci-dessus (voir ici : Clic !) : le prince dont parle Chrysostome serait Constant qui aurait fin à ses jours afin de ne pas tomber aux mains du "tyran" Magnence.

tel autre tuer son propre cousin germain, après l'avoir volontairement associé à sa couronne

Constance II élève son cousin Gallus (demi-frère de Julien) au rang de César, puis le fait exécuter.
D'accord avec vous !

Un troisième vit mourir sa femme empoisonnée par des médicaments, qu'elle avait pris pour conjurer sa stérilité

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'Hélène, l'épouse de Julien dit "l'Apostat".
Je crois plutôt - et j'en suis même presque certain - que Jean Bouche d'Or évoque ici l'impératrice Eusébia, la femme de Constance II.
Voici en effet ce qu'écrit Lucien Jerphagnon à propos de son décès : "Eusébia était morte (…). On a raconté plus tard que l'impératrice avait mal fini. Toute jeune encore, elle se serait éteinte de façon lamentable, l'esprit dérangé, hantée de fantasmes de maternité frustrée. On s'est même demandé si son décès n'était pas consécutif aux essais ou aux erreurs des médecins ou des charlatans qu'elle conjurait de la guérir de sa stérilité. Ce qu'on sait par D. Gourévitch et A. Rousselle de la pratique gynécologique du temps donne le frisson." (Lucien JERPHAGNON, Julien dit l'Apostat, Seuil, 1986).

Un quatrième prince bientôt fut empoisonné aussi, et, croyant prendre un breuvage, but la mort à pleine coupe.

Ne s'agirait-il pas de Maximin Daïa ? À ma connaissance, c'est le seul empereur de ce temps qui mourut empoisonné.

Le fils de ce malheureux, dont la santé était une menace pour l'avenir, se vit arracher les yeux, sans avoir mérité ce supplice.

Après défaite de Maximin Daïa, sa famille fut exterminée par Licinius. Mais j'ignore si son fils fut énucléé.
S'agirait-il par hasard d'un léger anachronisme "byzantin" du bon Chrysostome ?

 Un cinquième a péri plus affreusement encore, et la décence ne permet de dire ni pour quelle raison, ni de quelle façon lamentable il dut perdre la vie

Certes, on pense immédiatement à Julien. On sait que le saint à la bouche d'or ne portait pas précisément dans son cœur. Cependant, s'il est vrai que l'empereur apostat mourut "lamentablement", sa mort ne fut pas du tout "indécente", que du contraire !…
Je n'en mettrais pas ma main au feu, mais ne serait-il pas plutôt question ici de Jovien ? Même si l'on attribue communément sa mort à un empoisonnement au monoxyde de carbone, certaines sources évoquent plutôt de monstrueux excès de table et de vin.
Jovien, bourré comme une tomate farcie, beurré comme un Petit Lu, qui agonise dans une bouillasse immonde puant la vieille vinasse et le garum avarié, voilà une mort bien plus "lamentable" et bien plus "indécente" que celle - plutôt du genre héroïco-philosophique - du dernier grand empereur-soldat de Rome !

Deux princes lui succédèrent. Or, l'un subit un supplice réservé aux derniers, aux plus misérables des hommes, puisqu'il fut brûlé vif dans un affreux pêle-mêle de chevaux, de poutres, de débris de tout genre, laissant son épouse dans un triste veuvage.

Valens, tué à la bataille d'Andrinople dans l'incendie de la cabane où il s'était réfugié, et son épouse.
Bien sûr…

Et l'autre prince, qui maintenant règne encore, n'a-t-il pas eu à subir, depuis qu'il porte le diadème, un perpétuel enchaînement de peines, de dangers, d'ennuis, de chagrins, de malheurs, de complots ?

Quel est cet "autre prince qui règne maintenant" ?
J'ignore totalement quand cette homélie fut prononcée. D'autre part, cette description des tracas inhérents aux fonctions impériales me semble bien convenue… Alors, pourquoi pas Arcadius ; vous avez sans doute raison…

 

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10 Octobre 2003

Charlotte a écrit : 

1. En effectuant quelques recherches j'ai trouvé quelques autres sources bibliographiques sur le règne d'Hadrien :

  • Dion Cassius, Histoire Romaine, livre 69 vers (210-230)
    Peut-on le trouver sur le net ? (le texte original en Latin ?)
  • Aurelius Victor (360)
  • L'empereur Julien : Les Césars (362)
  • Eutrope (369)
  • Festus (vers 370)
  • L'Histoire Auguste
  • L'Epitome de Caesaribus (vers 395)
  • En savez-vous plus sur ce livre, où puis-je trouver le texte latin ?
  • Orose : Histoires (contre les païens) (vers 414-417)

Si vous en savez un peu plus sur l'une des œuvres reprises ci-dessus, vous pouvez me prévenir … (toute info sera la bienvenue !

 

RÉPONSE :

  • L'Histoire romaine de Dion Cassius en latin ? Vous voulez sans doute dire en grec, puisque cet auteur écrivait dans la langue d'Homère…
    À ma connaissance, cela n'existe pas sur le Web, mais il est vrai je connais mieux les "ressources littéraires" latines que les grecques.
    En revanche, comme je vous l'ai signalé dans mon mail précédent, une traduction anglaise de l'œuvre de Dion Cassius est disponible sur l'excellent site américain LacusCurtius : Clic !
  • Dans son Banquet des Césars, l'empereur Julien évoque en effet son lointain prédécesseur Hadrien. Voici ce court passage : "Après Trajan arrive un homme à la barbe touffue et à la mine hautaine, adonné, entre autres travaux, à ceux des Muses, élevant souvent ses yeux vers le ciel et fort curieux des choses interdites. Quand Silène le voit : « Que vous semble, dit-il, de ce sophiste ? Chercherait-il ici son Antinoüs ? Qu'on lui dise que ce garçon n'est pas chez nous, et qu'il renonce, lui, à ses bagatelles et à ses sornettes. »" (Julien, Discours de Julien empereur, trad. Christian Lacombrade, Éditions les Belles Lettres, 1964)
  • Le texte latin de l'Abrégé des Césars (Pseudo-Aurelius Victor) est disponible sur le site forumromanum.org : Clic ! - Pour accéder directement au chapitre consacré à Aurélien : Clic !.

Notez aussi que ce site forumromanum.org met à la disposition des internautes une base de données reprenant la quasi-totalité des textes d'auteurs latins disponibles sur la Toile (texte latin et/ou traductions en langues modernes) : Clic !

2. Pas mal d'écrits ont été attribués à Hadrien (pouvez-vous m'en dire un peu plus - où puis-je trouver ces écrits latins ? des précisions ?)

- Catégorie Discours -
Oraison funèbre de Matidie l'Ancienne
Discours militaires : aux armées de Bretagne, aux légions de Lambèse
Discours politiques : aux sénateurs sur l'adoption d'Antonin (recomposé et transmis en grec par l'Historien Dion Cassius.)

- Catégorie Lettres -

Lettres officielles : à diverses cités grecques
Lettres personnelles: à Plotine, Matidie, Servianus, Antonin.
Lettres-invectives: contre Héliodore, contre les médecins.

- Catégorie Poèmes profanes -

En vers variés : poèmes érotiques (est-ce vrai ?)
En vers lyriques: adieu à son âme - réponse à Florus - inscription sur le tombeau du poète Voconius - sur le tombeau de Pompée en Égypte (Vous avez plus de renseignements à propos de cela, pensez à moi ! ) - sur le tombeau du poète Archiloque - la mort de son cheval Borystène - deux poèmes sur divers personnages fictifs - réponses à un grammairien hémiplégique - la mort d'un lièvre poursuivi par un chien
En vers épiques ou élégiaques : sur un hermaphrodite - sur le tombeau d'Hector - sur la mort d'un enfant dans la glace - sur la statue de Catilius Severus à Ephèse - sur Arétè - épitaphe dite de Soranus.

- Catégorie poèmes religieux -

Inscription votive à l'Amour sur le temple de Thespies - À Zeus du mont Cassios.

- Catégorie Divers -

Autobiographie
Textes juridiques (transmis par le Digeste)
Ouvrages de grammaire
Catachannae (œuvre très mal connue)

 

RÉPONSE :

À part son Autobiographie perdue que j'évoquais dans mon précédent mail, j'ignore tout d'éventuelles autres œuvres en prose d'Hadrien.

Quant à ses œuvres poétiques qui, selon Apulée (Apologie, 11, 4), auraient été "un peu voluptueuses", voici ce qu'en dit Marguerite Yourcenar :

"Hadrien avait composé des vers, tant grecs que latins, dont certains ont été conservés. L'Anthologie Palatine lui prête trois épigrammes grecques : l'une est la dédicace de trophées offerts par Trajan au sanctuaire de Zeus Cassius, près d'Antioche, et date de l'époque où Trajan préparait dans cette ville sa malheureuse campagne contre les Parthes. Tout porte à croire qu'Hadrien, alors gouverneur de Syrie, et incertain héritier présomptif du vieil empereur auquel il importait de plaire, a laborieusement composé lui-même ces vers officiels.

SUR LES TROPHÉES OFFERTES PAR TRAJAN
AU SANCTUAIRE DE ZEUS CASSIUS, PRÈS D'ANTIOCHE

Zeus du mont Cassius ! Trajan, enfant d'Énée,
Maître du monde, t'offre, à toi maître des cieux,
Une corne d'urus savamment adornée
Et deux hanaps sertis de métaux précieux.
Il conquit ce butin, beau fruit de son audace,
Quand, de sa lance, il jetait bas l'insolent Dace.
Fais, seigneur de l'éclair, que les destins décident
En sa faveur, là-bas, au pays de Xerxès,
Et qu'il mette à tes pieds, preuve de ses succès,
Les trésors arrachés aux princes Arsacides.

(Anth. Pal., VI, 332)

Des deux autres morceaux, l'un, une inscription en l'honneur d'Archiloque, est dans le ton de ce grand lettré, amateur de poésie archaïque ; l'autre, un aigre distique rejetant les sollicitations d'un philosophe mendiant, n'étonne pas venant de cet homme irritable et vite dégoûté.

POUR LA TOMBE D'ARCHILOQUE
INVENTEUR DE L'ÏAMBE

De peur qu'il surpassât l'hexamètre d'Homère,
La muse lui donna l'ïambe au rythme amer.

(Anth. Pal, VII, 674)


SUPPLIQUE D'UN GRAMMAIRIEN ET MUSICIEN MENDIANT
À L'EMPEREUR HADRIEN

Mort à moitié, et pour le reste aux morts pareil,
Je l'implore, empereur ! Soutiens mon demi-ton !

RÉPONSE D'HADRIEN AU MÊME

Va ! En voyant le jour tu fais tort au soleil !
En évitant la mort, tu fais tort à Pluton !

(Anth. Pal., IX, 137)

 D'autre part, une pièce sur les ruines de Troie, pour laquelle l'Anthologie nous laisse le choix entre Germanicus et Hadrien revient sans conteste au premier : Germanicus visita Troie peu après la reconstruction ordonnée par Auguste, et vers l'époque où Virgile célébrait ce berceau de la race d'Énée. L'épigramme en question, avec ses sentiments patriotiquement romains, prend tout son sens dans ce contexte. Elle surprendrait au contraire provenant de l'empereur philhellène. Hadrien à Troie semble s'être préoccupé d'honorer Achille et Ajax plutôt qu'Hector.

Il faut regretter la perte de l'inscription, assurément versifiée, qu'Hadrien composa pour la tombe d'Épaminondas. Elle eût fourni une preuve de plus de son admiration passionnée pour ces antiques héros grecs que faisaient revivre, de son temps, les Vies Parallèles de Plutarque. On a, par ailleurs, retrouvé sur place la dédicace en vers d'une fourrure d'ourse offerte par l'empereur au temple d'Éros, à Thespies, après une chasse dans ces parages. Ces quelques lignes se réfèrent à deux sujets chers à Hadrien, l'amour et le combat avec les bêtes fauves. Il est intéressant de l'y voir implorer les faveurs de « l'Éros sage » et celles d'Aphrodite Ouranie, représentée dans Le Banquet de Platon comme la déesse des amours héroïques, dans lesquelles l'union des esprits et des cœurs autorise et ennoblit celle des corps.

 SUR UN TROPHÉE DE CHASSE OFFERT
AU TEMPLE DE L'AMOUR À THESPIES

Archer, fils de Cypris, Hadrien te rend grâce.
Sur les coteaux de l'Hélicon, près de la source
De Narcisse, lançant son cheval sur la trace
Des fauves de ces bois, il abattit une ourse.
Il suspend sa dépouille au mur du sanctuaire.
Amour, ô sage dieu ! exauce sa prière,
Et répands sur ses jours le charme et l'harmonie
Que dispense d'en haut Aphrodite Ouranie.

(Kaibel, Epigram. Gr.ex lapid. Coll, 811)

livre yourcenar

On ne sait rien des Catacrinnae, mélange, à ce qu'il semble, de vers et de prose, évidemment composées par Hadrien en grec. Son biographe dans l'Histoire Auguste nous assure que l'empereur y prenait pour modèle un poète du Ve siècle avant J.-C., Antimaque, dont l'œuvre savante, au style souvent obscur, n'est pas parvenue jusqu'à nous."

(Marguerite YOURCENAR, La Couronne et la Lyre, Gallimard, 1979 - NB. Dans ce livre, les traductions des poèmes d'Hadrien, dues également à la plume de Marguerite Yourcenar, suivent la notice introductive ; pour faciliter la compréhension, j'ai préféré les intercaler à l'endroit où l'auteur les évoquait).

Outre le célébrissime poème à son "âmelette" (voir ici : Clic ! et Clic !), l'Histoire Auguste attribue à Hadrien une réponse au poète Florus, un peu dans le même esprit que celle, adressée à un grammairien anonyme, citée par Marguerite Yourcenar :

"Au poète Florus qui lui avait écrit ces vers :
Moi, je ne veux pas être César ;
Déambuler chez les Bretons,
Me tapir chez les Germains
Endurer les froids de Scythie.

Hadrien répondit :

Moi, je ne veux pas être Florus,
Déambuler dans les tavernes,
Me tapir dans les cabarets,
Endurer les moustiques dodus"

(Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, XVI, 3 - 4 - Trad. André Chastagnol, Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins)

Ici s'arrêtent mes modestes connaissances sur l'œuvre poétique d'Hadrien. Naturellement, si, de votre côté, vous recueillez des informations intéressantes à ce sujet, ce serait vraiment très sympa de m'en faire part.

Les visiteurs de mon site et moi-même ne demandons qu'à élargir notre culture !

3. J'aimerais aussi en savoir un peu plus à propos de la politique d'Hadrien.
Pourquoi dit-on qu'Hadrien a "nourri l'opposition" politique ?

 

RÉPONSE :

Bien sûr que la politique d'Hadrien a "nourri l'opposition" ! Et pas seulement sa politique d'ailleurs ! sa personnalité peu conformiste avait également tout pour choquer les plus conservateurs de ses contemporains…

  • ß Dès le début de son règne, Hadrien prit le contre-pied de la politique expansionniste de son prédécesseur Trajan et renonça à ses conquêtes aventurées. Une décision de bon sens, certes, mais qui horrifia le "parti de la guerre" au point de pousser certains militaires à ourdir une conspiration contre cet empereur si calamiteusement pacifique.
  • Contrairement aux autres empereurs, ces casaniers qui répugnaient à quitter Rome, Hadrien consacra la moitié de son règne à des voyages d'inspection au quatre coins de son Empire. Comment le peuple de Rome supporta-t-il ces absences prolongées et répétées ? Mystère… Mais quand on songe que la tournée artistique de Néron en Grèce fut fatale à sa popularité, il y a de quoi se poser des questions !
  • Apparemment, Hadrien se montra respectueux et affable envers les Patriciens du Sénat. Mais en sous-main, il rogna leurs prérogatives, favorisant l'ordre équestre et s'appuyant presque exclusivement sur des chevaliers pour administrer l'Empire. En fait l'aristocratie sénatoriale estimait, sans doute à juste titre, qu'Hadrien lui était hostile. Elle lui d'ailleurs rendit la monnaie de sa pièce, mais - on n'est jamais trop prudent avec les grands fauves - "à titre posthume" : le brave Antonin "le Pieux" dut littéralement "faire des pieds et des mains" auprès des Sénateurs afin qu'ils daignent accorder l'apothéose à son défunt père adoptif qu'ils haïssaient.
  • Sans parler de ses amours, assumées et affichées, avec le bel Antinoüs, le philhellénisme enthousiaste d'Hadrien, ne pouvait que braquer les éléments les plus conservateurs de la société romaine contre cet empereur qu'ils appelaient avec dédain "le petit Grec".

Hadrien n'était aimé ni de l'armée, ni du Sénat, ni du peuple ; difficile de mieux nourrir l'opposition ! On comprend qu'au soir de sa vie, il ait sans doute parfois fait sien l'adage que la tradition prête à ce vieux misanthrope de Tibère : Oderint dum metuant ("Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent").

4. Pourquoi Hadrien portait-il la barbe, contrairement aux empereurs qui l'ont précédé ?

 

RÉPONSE :

Les anciens Romains, ceux de l'époque héroïque des premiers siècles de la République, étaient barbus. Ce n'est qu'à partir du IIe siècle avant J.-C. qu'ils prirent l'habitude de passer régulièrement chez le tonsor (barbier). Il paraît que Scipion Émilien (vers 185 - 125 aV. J.-C.) fut l'un des premiers Romains à se raser quotidiennement les joues… mais il est vrai que ce Scipion était un genre d'obsédé du rasage, surtout celui des villes (Carthage et Numance, entre autres) !
La barbe revint à la mode au début du IIe siècle de notre ère, précisément à l'époque où Hadrien exhiba la sienne. Est-ce l'empereur qui lança cette mode, ou bien s'y conforma-t-il ? Je n'en sais fichtrement rien…

Sa signification ?
Dans l'Antiquité, la barbe est l'attribut des philosophes. Socrate, Platon Aristote sont toujours représentés barbus. Cependant, je n'ai pas l'impression que la barbe d'Hadrien est uniquement "philosophique". À mon avis, il s'agissait aussi d'un "manifeste pacifiste" ; une façon de montrer que l'époque belliqueuse de Trajan et de ses soldats, obligatoirement glabres, était révolue.

Ce qui serait intéressant, ce serait de savoir quand Hadrien laissa pousser sa belle barbe fleurie.
Naturellement, personne n'en jamais saura rien, mais je parierais bien une bouteille de bière des Trappistes de mon pays natal contre une bouteille de champagne de France que notre homme ne rallia le clan des barbus "à la mode" qu'après le décès de Trajan, quand il se fut emparé de l'Empire et eut renoncé à la politique belliciste de son prédécesseur.

Rien qu'une hypothèse, bien sûr !…

hadrien

 

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