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Septembre 2003 (page 2/4)

Sommaire du mois de Septembre : Clic !

 

7 Septembre 2003

Mathieu a écrit : 

Passionné par l'archéologie antique, je me suis mis à chercher via des livres et des sites internet, des photos des bustes des empereurs romains les plus connus.

Fait étonnant : j'ai trouvé des représentations d'empereurs éphémères comme Macrin, Trébonien Galle ou Carin et même des bustes d'empereurs victimes de campagnes de "martelage" post-mortem tels que Géta ou Élagabal…

Par contre, en remontant le cours des siècles, je ne suis pas arrivé à mettre la main sur une représentation de l'empereur Théodose Ier, à part sur des monnaies et sur un plat d'argent d'origine hispanique.

N'a-t-on tout simplement pas retrouvé de bustes de cette époque ?

 

RÉPONSE :

Sans être très calé en histoire de l'art, je n'ai pas l'impression que de véritables "bustes" de Théodose le Grand soient parvenus jusqu'à nous. En tout cas, personnellement, je n'en ai jamais vu.

Toutefois, par acquit de conscience, j'ai effectué une petite vérification sur le Net, mais je dois avouer que je n'y ai pas trouvé grand-chose de plus que vous. Sinon peut-être le bas-relief ornant le socle de l'obélisque de Théodose à Istanbul, et qui représente l'empereur recevant l'hommage d'ennemis vaincus (voir ici : Clic !). Et aussi, mais avec toutes les réserves d'usage, cette image (Clic !) dont le titre ("theodosiusi_bust.jpg") semble indiquer qu'il s'agirait (?) d'un buste de Théodose Ier…
Mais c'est à vérifier !

 

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7 Septembre 2003

Stéphane a écrit : 

Suite à une vérification dans le magazine Historia, Ptolémée XIII serait le frère de Cléopâtre VII et non Ptolémée XIV comme mentionné sur votre site.

Chose amusante; peu de temps après que les partisans de Ptolémée XIII furent battus par les renforts de Jules César, ce dernier fit du tourisme durant deux mois. Il explora avec Cléopâtre le haut du Nil.

 

RÉPONSE :

Effectivement, le Ptolémée évoqué dans la notice biographique consacrée à Jules César, ce pharaon qui, frère et époux de la belle Cléo, fit assassiner Pompée, "dirigea" la guerre d'Alexandrie et fut retrouvé mort après la défaite finale des troupes égyptienne, est effectivement bien Ptolémée XIII.

Ptolémée XIV, lui, c'était le deuxième frère de Cléopâtre, qu'elle épousa en 47 av J.-C. après la mort de son susmentionné frangin, et qu'elle fit assassiner en 44, après le meurtre de César, afin d'associer au pouvoir son fils Césarion (Ptolémée XV), alors âge de quatre ans (?).

Merci de m'avoir signalé cette erreur que je suis empressé de corriger. C'est vraiment un grand plaisir pour moi que d'avoir affaire des visiteurs aussi perspicaces.

J'ai déjà l'occasion d'évoquer la "croisière sur le Nil" de Jules César et sa belle amante, la jolie Cléopâtre. Voyez, par exemple, le texte de Benoist-Méchin, cité à la fin de cette réponse à un internaute : Clic !.

Les raisons de ce voyage restent controversées : propagande de Cléopâtre afin d'initier le pragmatique César aux mystères de l'Orient ? inventaire des richesses de l'Égypte par un Jules toujours à court de liquidité ? Voyage de noces ? Voyage d'exploration à la recherche des sources du Nil ?… Ou peut-être, compte tenu du génie d'un César qui était à la fois politicien cynique, esthète raffiné, éminent stratège, et grand séducteur devant l'Éternel, un peu de tout cela !

 

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8 Septembre 2003

Danny a écrit : 

Je recherche des informations qui me permettraient de confectionner un uniforme de légionnaire romain ; j'aurais donc besoin d'informations détaillées sur les diverses pièces de vêtement et la matière dont se composaient ces uniformes.

Je te remercie d'avance pour toute information à ce sujet.

 

RÉPONSE :

Malheureusement, l'histoire de l'armée romaine n'étant pas précisément l'objet de mon site internet, je ne dispose que d'assez peu de renseignements précis sur l'équipement des légionnaires.

Toutefois, j'ai transmis ta demande à Michel Eloy, responsable de ce site Péplum - Images de l'Antiquité, étroitement associé à mon site Empereurs romains". Nul doute que cet érudit, passionné par les questions militaires (voir sa brillante analyse de la bataille du film "Gladiator"), pourra, mieux que quiconque, te fournir toutes les informations dont tu auras besoin pour ta reconstitution.

RÉPONSE DE MICHEL ELOY
1. Il y a légionnaire et légionnaire…

Reconstituer un "uniforme" romain ? Soit, mais dans quel but ? Un modèle pour exposer dans son salon ? Regarder, mais pas toucher ! Un costume pour jouer une pièce de théâtre ou aller à un bal costumé ? Ou une vraie panoplie de fer et de cuivre (ou de bronze), confectionnée au moyen de matériaux aussi identiques que possible à ceux de l'époque… pour participer à un groupe de reconstitution ? [ Un excellent site canadien avec de nombreux liens vers l'Europe : geocities.com/legioqc ] Sachez d'abord qu'un équipement de ce genre vous coûtera, complet, entre 50.000 et 100.000 FB (+/- de 1.250 à 2.500 EUR). Un casque de légionnaire du premier siècle, fabriqué en Inde dans les ateliers de Dan Peterson (historien militaire américain bien connu), vous coûtera de 300 à 350 EUR. Et autant pour le glaive. Quant à la cuirasse…

Les Studios Buftea de Bucarest s'étaient jadis constitué une garde-robe de costumes de légionnaires romains factices qui ont servi aux péplums roumains (Dacii/Les Guerriers, 1966; Columna/Le Tyran, 1969; et Burebista, 1980) et allemands (Le dernier des Romains/Ein Kampf um Rom, 1968). Nous dirons "factices" car ce sont de simples juste-au-corps de simili-cuir, avec des croisillons de cuir sur le torse "qui font romain". L'illusion est parfaite… pour le profane. Peut-être ce genre d'équipement sera-t-il suffisant pour l'usage auquel vous le destinez ? Vous pouvez donc "faire" les brocantes et les antiquaires à la recherche d'accessoires de théâtre déclassés, ou un vieux glaive d'artilleur du Second Empire mais très romain d'allure… pour qui n'a qu'une très vague idée de ce qu'est un glaive romain, le fameux gladius hispaniensis. Une pièce de simili cuir ou de tissu rouge, des gueules de lions dorés tenant un anneau entre les dents (appliques, poignées de coffres) pour y accrocher le manteau etc. Et pour pas trop cher ! Vous pouvez également transformer en casque romain un vieux sous-casque de résine de l'armée américaine, en y rajoutant un couvre-nuque et des paragnathides (couvres-joues)… en carton et papier mâché (vieux journaux, vieilles bandes velpo, de l'eau et de la farine). Polir au papier émeri. Good Luck ! (Il nous semnle que tous les "reconstituants" ont commencé ainsi, améliorant leur équipement au fil des années. Il y a vingt ans, les gars de l'Ermine Street Guard portaient encore des casques de résine trafiqués.)

Quelles que soient vos intentions nous pensons que notre ami Claude Robiette, costumier et reconstituant, pourra vous guider utilement. Claude "Le Romain" a débuté avec les costumes festifs avant de s'orienter vers la reconstitution; il anime la Cohorte Prétorienne de la Louve et - en fonction de son calendrier, bien sûr -, participe à toutes les journées "antiques" ou "médiévales" de Belgique ou du Nord de la France. Il pourra vous conseiller dans vos fabrications artisanales, vous louer des pièces ou vous orienter dans les catalogues pour d'éventuels achats à l'étranger [ Claude Robiette / e-mail : fa512668@skynet.be - tél. : (0486) 23 75 74 ].

 

2. Un de la "légion"

Il n'existe pas d'"uniformes" chez les Romains, au sens où nous l'entendons. Tout faisait farine au moulin, en ces temps où les manufactures industrielles n'existent pas encore. Donc on récupère, on ne perd rien, et dans le même peloton (décurie) on doit voir se côtoyer des modèles de casques ou de cuirasses assez disparates. Seul l'insigne sur le bouclier permet d'identifier les unités et de se reconnaître entre soi, et sans doute des mots de passe et autres cris de ralliement. Autant que nous sachions, dans l'armée française, les premiers uniformes apparurent au XVIIe s., et uniquement dans les régiments de la Maison du Roy. Les autres régiments devant ressembler à de pittoresque bandes de brigands (mot qui du reste, étymologiquement, signifie "soldat", précisément).

Il serait donc plus logique de parler de la panoplie ou de l'équipement du légionnaire. Voici donc l'équipement de base du brave miles gregarius

  • LE CASQUE (cassis ou galea). En fer ou en bronze. Il a pas mal évolué au long de l'histoire romaine, oscillant entre les modèles grecs ou celtiques. Les légionnaires de Jules César portaient des types "Montefortino" (italiques), qui paraissent avoir été longtemps conservés par les prétoriens de l'époque impériale à cause de leur look archaïque (un peu comme la Garde Républicaine française ou la Garde Royale britannique etc. qui ont conservé des modèles du XIXe s., casques de cuirassiers ou bonnets en peau d'ourson des grenadiers). Les officiers de Jules César préfèrent, eux, des types grecs "attiques" ou "étrusco-corinthiens". Sous l'empire se répandent les types gaulois pour la troupe, avec de larges couvres-nuques et protèges-joues. Un anneau au sommet (en alternance avec un cimier de crin, pour la parade ou la bataille), ou une poignée dans la nuque, pour le portage ou la suspension au barda (les impedimenta).
  • LE BONNET. Il ressemble un peu à ces casques de cuir souple que portaient les aviateurs de la première guerre mondiale ou les automobilistes de la même époque. Il s'agit de protéger la tête du dur contact du métal, et d'amortir les coups qui y sont éventuellement portés. Les Grecs se contentaient d'interposer une éponge entre leur crâne et le fond du casque.
  • LA SUBARMALE (subarmalis, tunique sans manche). La tunique de laine en principe rouge. Mais on fait avec ce qu'on a, hein ?
  • LE SAGUM ou manteau (sayon, saie) : cape de laine d'origine germanique qui sert également de couverture de couchage. Les Romains l'enlevaient, pour combattre. Notre expression "prendre les armes" se traduisait en latin par "revêtir le sagum".
  • LES FEMORALIA. Les culottes courtes (genre "corsaire") (femoralia, de femur, "cuisse") imitées des braies gauloises. Elles étaient portées par les légions combattant dans le nord. Etaient-elles en tissu, laine ou cuir, je n'en sais rien.
  • LE SUBLIGACULUM ou SUBLIGAR. Pagne ou cache-sexe. Les Romains étaient assez prudes, au contraire de nos amis Ecossais !
    A noter que les Grecs, si l'on se fie aux représentations sur les vases à figures, ne portaient rien sous leur tunique. Le sexe est souvent représenté, par transparence, sous le tissu. Mais c'est peut-être une convention qu'il ne faut pas prendre à la lettre…
  • LA FOCALE (focale, -is). Echarpe ou cravate, protégeant le cou contre le frottement les protèges-épaules métalliques.
  • LA LORICA, ou cuirasse. On distingue :
    • 1) la lorica hamata (de mailles, d'origine celtique : il fallait 40.000 anneaux de fer entrelacés et rivetés pour faire une simple "chemise de mailles"),

      2) la lorica squamata (cotte d'écailles de métal, d'origine orientale, quoique guère appréciée des Grecs), et

      3) la lorica segmentata (la cuirasse segmentée, faite de lames de fer articulées, qui n'apparaît que vers le règne de Tibère, au Ier s. de n.E. Cette dernière dénomination (segmentata) émane des archéologues, et ne figure pas telle quelle dans les textes. La cuirasse segmentée est une alternative économique à la hamata. De la gorge à la taille, la lorica segmentata comporte de huit à sept (1) bandes articulées qui font le tour du tronc. Elles sont surmontées - au niveau des protège-épaules - d'un large niveau supplémentaire recto, subdivisé en trois niveaux étroits verso. A la hauteur de ce(s) "niveau(x) supplémentaire(s)" - qui protège(nt), recto la gorge et verso les vertèbres dorsales supérieures -, de part et d'autre du cou, sont disposés des protège-épaules. Ceux-ci sont constitués de cinq bandes de métal, dont deux sont articulées sur charnières. D'une manière générale, ces bandes de métal sont rivetées sur des lanières de cuir verticales, ce qui leur permet de coulisser en épousant les mouvements du tronc… mais quel bruit de ferraille !
      Certains spécialistes de l'archéologie expérimentale contestent ces armures de métal qui, assez bizarrement, n'auraient été retrouvées qu'en Angleterre (ailleurs : uniquement les attaches et fermoirs de bronze : aurait-il existé des modèles articulant d'épaisses bandes de cuir ?). En effet, les Romains construisaient leur camp en gardant l'armure (comme le raconte César, mais de son temps les légionnaires portaient la cotte de mailles !), ce qui est assez incommode pour effectuer des travaux de terrassement. Et si la partie qui enserre la taille était plutôt une ceinture de force, en cuir, contenant les reins du légionnaire ? Nous réserverons notre jugement, n'étant pas spécialistes…
      A noter qu'on a découvert dans une tombe mycénienne à Dendra, en Argolide (Grèce), une armure de bronze complète qui pourrait être considérée comme une première ébauche de la lorica segmentata.

      4) Il existe également, pour les officiers supérieurs, des cuirasses rigides composées d'un plastron et d'un dorsal. On les appelle des thorax (mot grec) ou "cuirasses musclées" car elles reproduisent les détails anatomiques du corps humains, avec des scènes commémoratives gravées par-dessus (sur la poitrine d'Auguste - statufié à Prima Porta -, on voit ainsi les Parthes restituant les aigles de Crassus). Ces belles armures étaient des armes de parade qu'on ne connaît guère que par des statues d'empereurs. Comme elles couvrent d'une seule pièce la poitrine et le haut du bassin, elles ne devaient guère être d'un port très commode (si l'on voulait se pencher, par exemple, pour resserrer le lacet de sa sandale). Une variante était la cuirasse des cavaliers macédoniens, plus évasée vers le bas, qui laissait quelque liberté à l'abdomen. Les thorax de bronze des hoplites grecs ne descendaient pas plus bas que le nombril, laissant beaucoup de liberté à leur porteur. Mais elles étaient tellement lourdes que ceux-ci ne le endossaient qu'à l'instant précis d'en venir aux mains… Lors des guerres du Péloponnèse, les opérations militaires s'effectuant désormais en toute saison, elles seront avantageusement remplacées par la linothorax, faite de plusieurs couches de lin encollées, et renforcées de pièces de métal ou de cuir.
      (N.B. On a retrouvé à Vergina, dans la tombe de Philippe II de Macédoine, une cuirasse de fer ayant exactement l'aspect d'une linothorax. Je ne connais pas le poids de cette armure, mais, selon John Warry (op. cit., p. 93), une cuirasse ordinaire pesait deux talents - le talent attique représente 25,86 kg et le talent éginète 37,80 kg ! -, mais l'armurier de Démétrios le Poliorcète lui avait fabriqué une cuirasse "légère" qui ne pesait que 18 kg et qui, à 26 pas, résistait à un trait de catapulte…(2).)

      5) Pour les officiers supérieurs romains, il existe une variante plus fonctionnelle de la cuirasse musclée : la demi-cuirasse, qui n'est rigide que sur le buste. C'est celle que, dans ses BD, Jacques Martin attribue au seul Jules César (empruntée à L'histoire du costume de Racinet).

      6) A noter enfin qu'aux premiers siècles de la république, les vélites (infanterie légère) se contentaient d'une simple plaque de poitrine (cardiophylax), carrée ou ronde, maintenue par des bretelles croisées dans le dos. Diamètre moyen : 22 centimètres.

  • LE BALTEUS. Le baudrier porté en sautoir, auquel était suspendu le glaive : à droite chez les simples soldat, à gauche chez les officiers. En effet, le glaive étant court, il était plus facile à saisir porté à droite, après avoir lancé le pilum.
  • LE CINGULUM. Le ceinturon, passé dans le balteus qu'il bloque sur l'avant. Il supporte une série de bandes de cuir couvertes de plaques métalliques (de quatre à six), qui protégeaient le bas-ventre du légionnaire. Au cingulum était suspendu le pugio, ou dague à lame large. Certain officiers étaient armés d'une dague fine, le parazonium, qui paraît avoir été une arme de parade.
    Les officiers portaient, à la mode grecque, un tablier de cuir découpé en bandes (les lambrequins, ou ptéryges) qui faisait le tour du corps. Selon les époques, deux ou trois rangées de ptéryges pouvaient ainsi se superposer.
  • LE GLADIUS HISPANENSIS. Le fameux glaive espagnol, l'épée courte - env. 76 cm - qui finit par devenir réglementaire dans toutes les légions romaines. Très effilée, la lame à deux tranchants se resserre légèrement en son centre. C'est une arme d'estoc et de taille. Son fourreau, très caractéristique, est muni de quatre anneaux de suspension. La poignée est en os.
    Au premier siècle de notre ère apparaîtra un autre modèle de glaive, dit "Pompéi", à la lame parfaitement rectiligne. Auparavant, les Romains utilisaient des modèles variés d'origine grecque ou étrusque comme le xiphos (épée droite à lame lancéolée) ou la kôpis (ou machæra, ou falcata), arme de taille recourbée un peu à la façon du koukri des Gurkas.
  • LES CALIGÆ. Sandales cloutées. Passez à l'Espace Gallo-Romain d'Ath. Vous en verrez des vestiges exposés, et une vidéo vous montrera même comme les fabriquer.
  • Le PILUM ou javelot. Le légionnaire en porte deux (deux pila, pluriel), un lourd et un léger. Le lourd est lesté d'une boule de métal en avant de la poignée. Le légionnaire balance d'abord le léger, puis - s'étant rapproché - le lourd. Ces armes, si elles ne tuent pas toujours, handicapent fortement le porteur du bouclier qui en a été transpercé. Elles étaient conçues pour se tordre (sous Marius : tige de fer mou vers la poignée, dur vers la pointe), ou se plier comme un levier (sous César : deux chevilles assuraient la rigidité, une se brisait à l'impact) afin de ne pouvoir être renvoyée contre les légionnaires.
    Le pilum mesure une peu plus de deux mètres et est composé d'un long fer qui fait facilement le tiers ou le quart de la longueur totale du pilum. Il s'emmanchait sur la hampe de bois par une douille, ou encore il s'y rivetait sur une soie. L'arme semble d'origine étrusque et fut copiée par les Celtes (gæsum). Les vélites utilisaient un javelot plus court (1.20 m), le verulum, qu'ils lançaient au moyen d'un propulseur (amentum).
    C'était l'arme des légionnaires des deux premières vagues (hastati et principes).
    A l'origine, les légionnaires du troisième rang, les triarii, n'avaient pas de javelots, lesquels ne leur auraient été d'aucune utilité sauf pour frapper dans le dos leurs camarades légionnaires des deux premiers rangs ! Ils étaient armés de la lance (lancea). Mais à partir de Marius, le pilum armera uniformément les trois manipules, la tactique ayant semble-t-il changé.
    Tenez compte du fait que les Romains étant plus petits que nous (moyenne 1,50 m). Si vous voulez faire de la reconstitution, les dimensions de leurs équipements devront donc être allongés pour convenir à notre taille.
  • LE SCUTUM. Le bouclier. Question épineuse, car les Romains, selon les époques et les spécialités, en ont dans la forme comme dans la taille, utilisé différents modèles. Et puis les spécialistes de l'archéologie expérimentale sont très divisés au sujet de son poids, de sa maniabilité, de ses dimensions.
    En tout cas, on est au moins d'accord sur ces principes-ci : ceux de la cavalerie sont plats et, généralement, ronds (parma). Il en va de même pour l'infanterie légère. Ceux de l'infanterie lourde sont creux (bombés). Généralement ovales jusqu'aux derniers temps de la république (clipeus).
    Le célèbre scutum quadrangulaire apparaît sous le Principat (Auguste) et va évoluer tout au long de l'Empire. Nous vous renvoyons donc à la littérature spécialisée.
    L'insigne peint sur le bouclier déterminait l'appartenance à telle ou telle légion. C'est lui qui tenait lieu d'"uniforme" aux légionnaires.
 

legionnaire 1

legionnaire 2

legionnaire 3

Trois aspects du légionnaire romain. Depuis la fondation de Rome (-753), jusqu'à sa chute en +476, l'équipement du légionnaire - dans l'imaginaire collectif - n'aurait jamais évolué… Il n'en est rien !
De gauche à droite, nous avons, donc :

A. Le légionnaire de Jules César (-50 : fin de la République. Remarquez le casque italique "Montefortino", la cotte de mailles (lorica hamata) d'origine celtique, avec surajouté un protège épaules en U, à la grecque, et le grand bouclier ovale (clipeus). Notez le glaive court accroché au ceinturon - dessin de Peter CONNOLLY, L'Armée romaine, Chantecler, 1976.
B. Le légionnaire de la Colonne trajane (campagnes de Trajan en Dacie : 101-102 et 105-106 de n.E.). Il porte la lorica segmentata, mais son scutum est beaucoup plus petit et à peine bombé. Notez son casque caractéristique avec sa médiocre protection de la nuque et son renfort cruciforme, sommé d'un anneau de fixation - extr. d'Albert MALET, L'Antiquité. L'Orient, la Grèce, Rome - Classe de sixième, Hachette, 1916.
C. Le légionnaire du Haut-Empire (+30). Avec son casque "impérial gaulois" à large couvre nuque, sa cuirasse à bandes métalliques articulées (lorica segmentata) et son grand bouclier quadrangulaire (scutum), ce type de légionnaire apparaît vers l'époque de Tibère (emp. 14-37). La cuirasse, faite de larges plaques de métal est plus économique à réaliser, tombe à peu près droite sur les hanches. Notez le glaive suspendu à un baudrier (balteus) - doc. Ermine Street Guard.

Commentaire

B. est le légionnaire romain type, fixé par la vision "romantique" (?) du Second Empire et les modèles de Saint-Germain-en-Laye, popularisé par les "Histoire du Costume" (Hottenroth, 1883, Racinet, 1876-1888). Notez la lorica élégamment cintrée, les protèges-épaules étroits, les couvre-joues menus. Pendant un siècle - de 1865 à 1973 - on n'imaginera pas les Romains autrement : en BD, c'est celui des "Alix" de Jacques Martin (1ère manière) et des aventures d'Astérix. Au cinéma, on va le retrouver dans les péplums tant américains qu'italiens (Perruzzi, Bermans & Nathans). Dans les réserves de Cinecittà, on en trouve des modèles "façon métal", aussi "façon cuir".
C. Dans le courant des années '70, sous l'impulsion des travaux de Robinson Russell, ce modèle impérial - qui correspond à la conquête de la Grande-Bretagne, sous Claude - rencontre la faveur des groupes de reconstitutions comme la XX Legio Valeria Victrix : l'"Ermine Street Guard". On va le retrouver à l'écran dans les films des années '80 (Masada) et suivantes. Dans Vercingétorix et Astérix et Obélix contre César, il coexiste avec B. (niveau casques). On le trouve également dans Gladiator (sauf que les casques avec la visière dans le prolongement du bord et le couvre-nuque façon "queue d'écrevisse factice, font davantage songer à la Guerre Civile anglaise (la grille faciale en moins) qu'à l'Empire romain).
Enfin, A. Le modèle que l'on devrait voir dans tous les films consacrés à l'époque de Jules César, si le cliché de la lorica segmentata n'était si incontournablement figé dans l'imagination du grand public (sans oublier la circonstance de l'impondérable économique, encore qu'il soit possible de faire des cottes de mailles factices à bon marché, en cordelette tricotée).

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  • Werner SOEDEL et Vernard FOLEY, "Balistes et catapultes de l'Antiquité", dans Pour la Science (Scientific American), Paris, mai 1979, n° 19.
    • Stratégie
  • J.F.C. FULLER, Les Batailles décisives du monde occidental, 3 vols, Berger-Levrault, 1980.
    • Vie quotidienne
  • Paul FAURE, La Vie quotidienne des armées d'Alexandre, Hachette, 1982.

Le maître-achat est le bouquin de Michel Feugère, excellente synthèse sur l'armée romaine et ses équipements.

 

NOTES :

(1) Quand il n'y en a que sept, la septième - tout en bas, au niveau de l'abdomen - est de largeur double, simplification économique qui caractérise le type Newstead par rapport aux Corbridge "A" et "B". La lorica segmentata nous est en effet connue par trois exemplaires découverts en Angleterre, deux à Corbridge et un à Newstead, restaurés et étudiés par H. Russell Robinson. - Retour texte

(2) Dans un récent numéro de Ciné-TéléRevue (n° 36, 4 septembre 2003, p. 39), Russell Crowe se vantait d'avoir porté une armure de "70 livres d'acier (soit un peu moins de 32 kg). Lorsque je charriais Ridley à propos du poids de cette armure, il me répondait : "Celle en aluminium, tu oublies. Je veux que tu comprennes que ce film, tu le portes en partie sur tes épaules !"." Pour avoir eu l'occasion d'examiner diverses armures gréco-romaines de cinéma… en polyester, carton ou tôle légère et ayant servi à des films comme Cléopâtre (1962), Le choc des Titans ou Constantin le Grand, je me permets d'en douter sereinement ! Il me souvient que pour Androclès et le lion de Chester Erskine (1952), la publicité prêtait à Victor Mature, qui incarnait un centurion romain, une armure de 45 kg. Rien de nouveau sous le soleil… - Retour texte

 

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