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Sommaire Septembre 2003 :
  • 1er Septembre :
    • Lucius Verus raffolait des bourrins ! : Clic ! 
  • 2 Septembre :
    • La mort de Britannicus : du choc des esprits jaillit… le doute ! : Clic !
  • 3 Septembre :
    • Deux livres d'Anne BERNET : Mémoires de Ponce Pilate et Les Chrétiens dans l'Empire romain : Clic !
  • 5 Septembre :
  • 5 Septembre :
    • Recherche d'infos sur les légions XXIV et XXX : Clic ! 
  • 5 Septembre :
    • Le règne d'Hadrien : les sources ? : Clic !

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  • 7 Septembre :
    • À la recherche d'un buste de Théodose le Grand : Clic !
  • 7 Septembre :
    • Ne pas confondre Ptolémée XIII et Ptolémée XIV : Clic !
    • Le grand Jules et Cléo sur le Nil : la croisière s'amuse !… : Clic ! 
  • 8 Septembre :
    • L'équipement des légionnaires : Michel ELOY effectue une "revue de détail" : Clic !
      • Bibliographie : Les soldats de l'Antiquité : Clic ! 

3e PAGE

  • 9 Septembre :
    • "Romanophile" convaincu, Philippe cherche à acquérir des objets romains : Clic !
      • … ainsi qu'un catalogue officiel des monnaies romaines : Clic !
    • Philippe recherche aussi le "livre parfait" sur l'histoire romaine  : Clic !
      • … Et se pose de petites questions sur :
        • L'empereur préféré du webmaster de ce site : Clic !
        • Le "moins pire" des empereurs romains  : Clic !
        • La responsabilité de Néron dans le grand incendie de Rome : Clic !
        • La date de naissance du grand Jules (101 ou 100 av. J.-C. ?) : Clic !
        • Ponce Pilate, sa conversion au christianisme et sa participation à la bataille de Teutoburger Wald : Clic !
  • 10 Septembre :
    • Jésus : rien qu'un mythe ? : Clic ! 
  • 11 Septembre :
    • Arrius Antoninus, un gouverneur romain pragmatique ! : Clic !
    • Les lois anti-païennes de Constance II : Clic !
      • Constance II promulgua-t-il ces lois pour se débarrasser de Julien, son César fraîchement émoulu ? : Clic ! 

4e PAGE :

  • 14 Septembre :
    • Après la Crucifixion, plus personne n'y croit… sauf les Saintes Femmes ! : Clic ! 
  • 17 Septembre :
    • À la recherche de la date de composition des Cynégétiques d'Oppien : Clic ! 
  • 23 Septembre :
    • Quels empereurs saint Paul a-t-il "connu" ? : Clic ! 
  • 25 Septembre :
    • Quand Constance II est-il mort ? : Clic !
  • Septembre 2003 :
    • Les nouveautés du site Archeobel : Clic !
    • Un sesterce de Tibère à la gloire de sa vieille môman : Clic !
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1er Septembre 2003

Gricca a écrit : 

Tout le monde s'intéressant à l'empire romain connaît l'histoire de Caligula octroyant à son cheval préféré Incitatus le consulat, mais personne pratiquement ne connaît la passion de Lucius Verus (empereur avec Marc Aurèle de 161 à 169) pour les chevaux de course. Il pouvait passer des jours entiers à assister à des courses de chars au "Circus Maximus". Il possédait des chars et un grand nombre de beaux chevaux, pour lesquels il entretenait une correspondance avec quelques célèbres éleveurs pour s'informer de leurs méthodes d'élevage. Il les aimait tellement qu'il recueillait les vieux chevaux qui ne pouvaient plus courir et les faisait soigner à ses frais dans ses propriétés. Il s'enticha en particulier d'un cheval de cirque nommé Volucris (l'Oiseau), qu'il se faisait amener en son palais couvert d'une housse de pourpre avec toutes les marques d'honneur. Il voulait qu'on récompensât son agilité à la course par des boisseaux de pièces d'or et faisait garnir son râtelier de raisins secs et d'amandes, il lui fit même bâtir un tombeau. Verus alla jusqu'à porter sur lui une statuette en or de son cheval préféré et à appeler Volucris un grand vase à boire dont il se servait durant ses orgies.

Mais ces excès, reflet de l'opulence et de la dissipation corruptrices présent dans les grandes aristocraties antiques, restaient toutefois plus raisonnables politiquement que ceux de Caligula et moins cruels que ceux de Valentinien Ier (364-375), empereur implacable, qui faisait jeter des condamnés à mort dans les cages de ses deux animaux préférés ; d'Innocence et de Miette d'Or, deux vigoureuses femelles ourses.

lucius verus

 

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2 Septembre 2003

Yves a écrit : 

Je viens de lire votre analyse de l'assassinat de Britannicus : quoique critique par rapport aux sources de Tacite, vous semblez admettre la possibilité de cet empoisonnement, fut-ce par Agrippine.

Je vous propose ci-dessous l'analyse de Georges-Roux, qui me semble démontrer de manière magistrale que cet "empoisonnement" n'est qu'un mythe. On ne prête qu'aux riches et on a ajouté aux autres crimes du personnage celui-ci (ainsi que l'incendie de Rome d'ailleurs, dont il est très invraisemblable qu'il ait été criminel).

Le récit que je viens de donner (Georges-Roux vient de faire la synthèse des sources antiques sur le sujet) est celui généralement admis, il est reproduit par tous les auteurs. L'empoisonnement de Britannicus par Néron constitue l'un de ces faits historiques que l'on ne songe jamais à mettre en doute.

Il a pour lui :
1° Un caractère de cohérence. La scène est précise et vivante à souhait.
2° L'autorité des textes. Suétone et Tacite sont également formels et parfaitement concordants.
3° La vraisemblance de l'accusation. L'empereur a un intérêt certain à la disparition de celui qui pour lui représente un foyer d'intrigues, qui peut devenir une source de séditions. On connaÎt le vieil adage latin
Is fecit cui prodest, « celui-là l'a fait à qui cela profite ».

Toutefois avec le regret de démolir une histoire aussi dramatique, j'assure tranquillement qu'ainsi contée, et reçue, elle a toutes chances d'être complètement fausse.

1° Suétone et Tacite écrivent cinquante ans après l'événement, en pleine période anti-néronienne, dans des conditions personnelles que nous verrons au chapitre XXVIII.

2° Chez les contemporains, silence total.
Sénèque, même condamné, même au moment de sa mort, rédigeant un long discours, n'attaque pas sur ce sujet.
Idem pour Pétrone dans des conditions semblables.
Vindex, le promoteur de la révolte qui met fin au règne, lance contre Néron une longue et virulente proclamation dont le texte est donné au chapitre XXII. Il l'accuse, avec raison, du meurtre d'Agrippine, il n'a pas un mot pour Britannicus.
Plutarque se tait également : il dit que Néron est l'assassin de sa mère, il ne fait aucune allusion à Britannicus.

3° Tous les avocats, tous les magistrats seront d'accord sur ce fait : le poison est essentiellement une arme féminine. Les annales judiciaires sont constantes : dans les procès de poison, on ne rencontre pour ainsi dire jamais d'hommes, rien que des femmes. Il y a des empoisonneuses, très exceptionnellement des empoisonneurs.

4° Néron, en d'autres occasions, lorsqu'il frappera des ennemis, n'utilisera jamais le poison ; il emploiera toujours le glaive.

5° Si Néron veut se débarrasser de Britannicus, pourquoi, à défaut d'un procès évidemment difficile, ne l'exile-t-il pas tout simplement dans une Île lointaine et déserte, ainsi que, précisément, pour des raisons identiques, Tibère l'a fait pour son petit-fils Agrippa Postumius ? C'est bien la solution la plus facile. D'autant que dans ladite Île lointaine et déserte, tout devient ensuite plus aisé. Exemple encore : Agrippa Postumius trucidé sans incident.

6° S'il doit y avoir empoisonnement, on comprendrait un empoisonnement lent, agissant avec retardement. L'empereur le peut plus sûrement. Nous avons vu qu'il a entouré Britannicus d'agents à sa discrétion.

7° Dans le texte de Tacite il y a quelque chose d'un peu théâtral qui choque. Un criminel recherche rarement des effets scéniques. On peut se demander si, comme le lui reproche Napoléon, le grand écrivain n'a pas « voulu faire un tableau ».

8° Néron veut tuer Britannicus. Très bien. Il a ses raisons. Mais pourquoi choisit-il un banquet public, en plein palais, avec une foule de convives ? Le crime pouvait paraÎtre signé, patent. Cette "exécution" du prince devant toute la cour assemblée est un peu étonnante, assez invraisemblable.

9° Elle serait une provocation inouïe. Or, une provocation n'est guère dans le caractère de l'impérial poltron. Néron n'est pas homme d'audace. D'autant qu'agissant en pleine Rome, il risque des réactions. Il ne s'en est pas produit, mais on peut les redouter. On les a tellement craintes que les funérailles sont entourées de toutes sortes de précautions qui contrastent avec leur absence lors du repas.

Voilà déjà un certain nombre de points troublants. Ce n'est pas tout. Le récit traditionnel comporte deux autres lacunes, beaucoup plus graves encore. Tout l'édifice du crime, tel qu'il est raconté par Tacite, tourne autour du fait qu'à un breuvage trop chaud on a ajouté une eau empoisonnée. Revoyons le passage de près. Tacite ne met pas en doute que l'esclave de confiance de Britannicus n'ait parfaitement rempli ses fonctions, il n'allègue ni ne suggère sa complicité. Puisque le premier breuvage était si brûlant qu'il semble ne pouvoir être absorbé, on n'a pu y goûter convenablement et l'homme doit éprouver le suivant. Or, dit Tacite, « on ne voulait ni omettre cet usage, ni déceler l'attentat par la mort de l'un et de l'autre », ce qui, précisément, serait arrivé si l'esclave y avait trempé les lèvres, comme ç'eût été son devoir de le faire. On a donc très exactement couru le risque même contre lequel on nous dit qu'on voulait se prémunir.

Enfin voici le fait capital. Tacite précise que Britannicus, à peine touche-t-il à la coupe fatale qu'immédiatement il s'effondre, inanimé, perdant tout à la fois, dit-il, la voix et l'esprit. Ut vox pariter et spiritus raperentur. Le verbe latin rapere, qui a donne le mot français rapt, signifie : ravir violemment, précipitamment. Le malheureux n'aurait même pas eu le temps de prononcer quelques mots, il est tombé raide mort. Tout cela suppose l'emploi d'un poison littéralement foudroyant.

Ce point essentiel soulève des questions techniques. On ne se les est pas posées. Je me les suis posées ; j'ai consulté des techniciens, c'est-à-dire en l'espèce, des chimistes et des toxicologues. Ils m'ont fait une série d'observations du plus haut intérêt, que je vais maintenant rapporter le plus clairement possible.

A moins que les Romains n'aient connu un corps chimique que nous ignorerions, hypothèse peu vraisemblable en l'état d'avancement de la science moderne, le relevé des poisons violents est facile à dresser ; ce sont : la ciguë, la muscarine, l'acide oxalique, l'aconit, la belladone, la strychnine, le woorara (ou curare), l'acide prussique.

Les cinq premiers, ciguë, muscarine, acide oxalique, aconit, belladone, ne provoquent la mort qu'au bout de deux heures au moins, quelquefois six à huit heures. En appendice, on trouvera un tableau détaillé. Sans compter que la muscarine produit sur le corps des taches violettes et la belladone des plaques rouges, alors que le lendemain de la scène tragique on aurait vu sur le cadavre des taches noirâtres. Même avec la strychnine, le décès n'intervient qu'entre vingt et soixante minutes. Et vingt minutes, c'est long. Comptez-les !

Il ne reste que deux poisons aux effets vraiment immédiats : le woorara, l'acide prussique.

Le woorara, plus communément appelé curare, est utilisé par les Indiens de l'Amérique qui en garnissent la pointe de leurs flèches et, retenons-le, ne s'en servent que de cette manière, nous allons voir pourquoi. Le curare tue en cinq à dix minutes. Mais le curare, pris par voie buccale, est à peu près sans action sur le tube digestif. Il faut qu'il soit directement injecté dans le sang ; il n'est efficace que par piqûre. Or Britannicus n'a pas été piqué.

L'acide prussique, ou plus exactement acide cyanhydrique, abat un homme en deux ou trois minutes. C'est une ampoule de ce produit qu'utilisa Hermann Goering en 1946, après le procès de Nuremberg ; le temps d'un spasme et il se renversait, inanimé. L'acide cyanhydrique correspondrait parfaitement au récit de Tacite.
Il n'a été découvert qu'en 1782, par un savant allemand, d'où son surnom d'acide prussique. Il peut s'extraire de différents minéraux ou végétaux, après des préparations assez compliquées. Il apparaÎt comme peu probable que les Romains l'aient connu et su le dégager.
En admettant qu'ils l'aient connu et pu le préparer, son emploi dans l'affaire de Britannicus se heurte aux deux objections suivantes :
D'abord, l'acide cyanhydrique dégage une odeur très particulière et très forte. Elle n'aurait pas manqué d'attirer l'attention ou du serviteur ou du prince, ou des deux ; ils auraient instinctivement repoussé la coupe nauséabonde.
Surtout, et cela est décisif, le poison ne peut être d'effet foudroyant que s'il est concentré, or précisément Tacite dit qu'il a été dilué.

Le maÎtre de la toxicologie moderne, le professeur Kohn-Abrest, m'a écrit le 5 décembre 1961 : « Je ne connais guère de poisons dont l'absorption ou plutôt l'ingestion à dose non massive puisse produire la mort immédiate. Par dose massive, j'entends celle qui dépasse de beaucoup la dose toxique. Et lorsqu'il s'agit d'une ingestion à dose massive, l'aspect de la préparation et ses autres caractères organoleptiques ne passent pas inaperçus. »

En conclusion, nous pouvons être formels : dans les conditions qui nous sont rapportées, Britannicus n'est pas mort d'un empoisonnement par Néron.

(…)

Alors, qu'a-t-il pu se passer ? Car, tout de même, le jeune prince est tombé raide mort.

L'explication m'est fournie par un des experts des tribunaux de la Seine, le docteur Raymond Martin. Je donne en appendice sa réponse intégrale aux questions que je lui ai posées. Le docteur Raymond Martin, après avoir déclaré : « les poisons susceptibles d'amener une mort instantanée sont inconnus des Romains » ajoute : « la mort foudroyante de Britannicus ressemble fort à l'une de ces ruptures d'anévrisme que fréquemment on constate au cours de crises d'épilepsie ».
Britannicus est, on le sait, sujet à des crises d'épilepsie. Qu'il en ait eu une ce soir-là est tout à fait possible. Le lecteur notera que « l'accident » s'est produit pendant un banquet au cours duquel le chétif adolescent a peut-être mangé et bu davantage que de coutume. Qu'il ait été alors pris d'un accès de son mal est très vraisemblable.

Suétone et Tacite auraient-ils menti ? Je ne dis pas du tout cela, je ne les accuse nullement. Je suppose qu'ils ont simplement accordé crédit à des rumeurs qui ont dû courir et qui sont parfaitement explicables. Le palais des Césars est la maison des forfaits. Les meurtres, les assassinats, les empoisonnements y sont de pratique courante. Cet effondrement de Britannicus, survenant si opportunément, est suspect. Et les hommes de ce temps, dont les connaissances médicales sont médiocres, ignorent probablement ce que nous savons sur « les ruptures d'anévrisme au cours de crises d'épilepsie ». L'expérience nous enseigne que, dans des cas semblables, l'opinion publique, dans un mélange de malignité et d'ignorance, tend instinctivement à attribuer au crime des décès qui ont pu sembler étranges, mais qui ont, en réalité, des causes très naturelles. L'histoire en est pleine d'exemples. Nos chroniques sont encombrées de condamnations spectaculaires suivies de rectifications également fracassantes, généralement tardives.

Ici, il n'aura fallu que deux mille ans.

GEORGES-ROUX, Néron, Grandes études historiques, Fayard, 1962

 

RÉPONSE :

Grosso modo, ce texte ne dit guère autre chose que ce que j'ai écrit dans ma notice où, la thèse de la mort naturelle étant privilégiée, l'hypothèse d'une responsabilité d'Agrippine dans le décès de Britannicus n'est évoquée que pour satisfaire ceux qui tiendraient "mordicus à la thèse de poison" (sic).

Par honnêteté, je me dois toutefois de vous signaler que l'excellent historien Eugen Cizek ne partage pas du tout l'avis de Georges-Roux (qui est aussi le vôtre… et le mien) et se montre très sceptique - et c'est un euphémisme - quant à l'innocence de Néron.

Voici en effet qu'il écrit :

"Mais, de tous ces rivaux (les survivants de la famille Julio-claudienne), le plus dangereux fut sans conteste Britannicus, le propre fils de Claude. Le jeune garçon n'avait que quatorze ans lorsque Néron, en février 55, le fit empoisonner. Avec lui, s'éteignait « le dernier représentant du sang des Claudius » (TAC., Ann., 13, 17, 3). La position officielle de Britannicus était importante : une inscription lui donne la qualité de frère de l'empereur et l'appelle Tiberius Claudius Caesar Britannicus (CIL, VI, 922: M. Smallwood, n' 108). A dire vrai, Britannicus avait ses partisans : discrets, ils le préféraient au fils d'Agrippine depuis la mort de Claude et considéraient comme nulle et non avenue cette adoption par laquelle ce dernier avait fait de Néron son fils aîné.

D'autres causes expliquent la liquidation de Britannicus. Pour Suétone, Britannicus aurait été doté d'une belle voix, ce qui aurait suscité chez Néron une jalousie d'artiste (SUET., Ner., 33, 3). En fait, l'empereur n'était pas encore passionné par son art au point de faire supprimer un simple amateur. Il s'agit là simplement d'un écho des succès remportés par Britannicus, lors des Saturnales de l'année précédente, quand le jeune garçon avait introduit, dans sa chanson, des allusions à son triste sort de prince frustré de ses droits (TAC., Ann., 13, 15, 2-3). Tacite, lui, est plus judicieux. Il souligne d'abord la popularité de Britannicus ; puis l'âge du jeune homme, près de revêtir la toge virile ; enfin, les menaces d'Agrippine, qui, se sentant écartée du pouvoir, brandissait le spectre d'une alliance avec les partisans de Britannicus (Ann., 13, 14, 4-7 ; 15, 1-5). Ce dernier point est loin d'être négligeable. Une telle coalition était d'autant plus vraisemblable que l'impératrice souhaitait poursuivre la politique de Claude. Et cette politique, seul Britannicus était à même de l'incarner.

Néron organisa soigneusement le meurtre. Locuste fut chargée de préparer le poison. Au cours d'un dîner « un breuvage encore innocent, mais très chaud est servi, après essai, à Britannicus, puis, comme il le repoussait à cause de son extrême chaleur, on y verse, avec de l'eau fraîche le poison qui se répandit dans tous ses membres avec une rapidité telle que la parole et la vie lui furent ravies à la fois » (TAC., Ann., 13, 16, 3). Aux convives effrayés, Néron déclara avec calme que Britannicus avait une de ces crises d'épilepsie dont il était coutumier depuis sa prime enfance. La même nuit, ou le lendemain, Britannicus fut enseveli en hâte, sans pompe et sous une pluie battante (TAC., Ann., 13, 7, 1-2 ; SUET., Ner., 33, 6). La version de la crise d'épilepsie demeura la version officielle. Sénèque s'y rallia, proclamant bientôt Néron totalement innocent dans cette affaire. Une active propagande officielle fit le reste. Huit ans plus tard, une inscription d'Amisus, ville du Pont, en célébrant ensemble Néron, Poppée et Britannicus (Supplementum Epigraphicum Graecum, 16748 : M. Smallwood, n° 112), signifiait que ce dernier était toujours considéré comme un membre majeur de la famille impériale, un membre dont il fallait honorer la mémoire. Aujourd'hui même, certains historiens doutent de la réalité de ce meurtre et n'écartent pas l'hypothèse d'un décès lié à sa maladie, invoquant le silence de Plutarque sur ce point. Mais ils sont exceptions. L'accord est en effet quasi général pour dire qu'il y a bien eu empoisonnement. Les témoignages contemporains, par exemple ceux de Pseudo-Sénèque (Octau., 45-46 ; 67-69 ; 112 ; 114 ; 226 ; 242 et 617) et de Flavius Josèphe (Ant. Iud. 20, 8, 2 ; Bel. Iud., 2, 13, 1), suffisent à s'en convaincre. Et maints autres écrivains soutiennent cette thèse (SUET., Ner., 33, 5-6 ; DIO 61, 1, 7 ; 7, 4 ; EUTROP., 7, 14, 3).

C'est aussi la nôtre.

Les sénateurs de l'époque, pour la plupart, fermèrent les yeux sur ce crime ou l'excusèrent (TAC., Ann., 13, 17, 2). En effet, ils redoutaient, d'une alliance entre Agrippine et Britannicus, un retour à la politique de Claude (…)"

(Eugen CIZEK, Néron, pp 53-54, Marabout Histoire, N° 466).

livre cizek

Dois-je vous préciser que l'exposé "magistral" que vous m'avez envoyé cadre mieux avec mes modestes hypothèses que celui-ci ?…En tout cas, voici bien la preuve que la mort - naturelle ou non - de Britannicus reste encore bien mystérieuse…

 

Yves réécrit : 

J'ai été vivement intéressé par ce texte de Cizek
L'argumentation à laquelle il se rallie repose uniquement sur le consensus quasi général des contemporains. Cet argument est faible vu le nombre de précédents où une erreur a fait figure de dogme pendant des siècles (Cf. "La dent d'or" de Fontenelle, dans L'Histoire des Oracles). D'autre part, iI ne me semble pas assez solide pour contrebalancer l'étude toxicologique que propose l'extrait de Georges-Roux.

En effet, le poison aurait été dilué dans de l'eau froide, elle-même mélangée à la boisson trop chaude de la victime. Alors, de deux choses l'une : ou les Romains n'en savaient pas plus que nous en toxicologie et il est clair que Locuste n'a jamais disposé d'un poison assez violent et insipide pour tuer Britannicus de manière foudroyante après dilution (donc à dose non massive) ; ou bien elle seule aurait connu ce secret et l'aurait emporté dans la tombe puisque malgré les "disciples" que cet exploit lui aurait valu selon Suétone nous sommes ignorons toujours l'existence d'un tel poison.
Suétone signale d'ailleurs les tâtonnements de l'empoisonneuse incapable au début de fournir à Néron un produit efficace.

Je reste donc partisan, tant que nous n'aurons pas une meilleure démonstration, d'une mort naturelle. Du reste Néron n'avait aucun intérêt à un assassinat aussi spectaculaire.

Toutefois, cela ne disculpe pas forcément Néron : selon Suétone, une tentative d'empoisonnement précédente aurait donné à Britannicus de simples maux de ventre. Si elle est avérée, l'intention d'empoisonner est patente. Une seconde tentative avec un produit différent, a peut-être déclenché une crise d'épilepsie qui s'est compliquée d'une rupture d'anévrisme. Je n'ai aucune compétence pour affirmer cela, mais je préfère consulter les experts en toxicologie plutôt que les historiens sur une pareille question.

 

RÉPONSE :

Vous avez sans doute raison…
Toutefois, il me semble que, dans cette "affaire Britannicus" comme dans bien d'autres mystères de l'histoire, il faut se résoudre à ne jamais pouvoir connaître la vérité.

Faute d'aveux de l'éventuel responsable du crime, faute d'autopsie approfondie du défunt - et encore, car, même de nos jours, les médecins légistes, malgré tout leur attirail scientifico-technologique, peinent à déceler les traces de certains poisons - et avec, comme seule source d'information, les récits malveillants d'historiens hostiles au principal suspect, les causes de la mort du "frère" de Néron resteront, hélas, toujours hautement conjecturales.

Bien sûr, et je suis entièrement d'accord avec vous; le crime paraît assez invraisemblable… Mais justement, l'histoire n'est pas toujours "vraisemblable" !

 

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3 Septembre 2003

Philippe a écrit : 

Concernant l'histoire de Pilate, je vous recommande le dernier livre d'Anne BERNET : Mémoires de Ponce Pilate.(éditions Plon)
Roman historique, certes, mais très intéressant car nous livrant une autre vision de ce personnage méconnu.

À la lecture de vos courriers, certaines personnes trouveront aussi des réponses dans l'étude très sérieuse de cette même historienne ; Anne BERNET, Les Chrétiens dans l'Empire Romain (éditions Perrin).

 

bernet livre 1
bernet livre 2
 

 

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5 Septembre 2003

Jean a écrit : 

Je vous propose de visiter mon site :

site forum julii

 

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5 Septembre 2003

H. Montibert a écrit : 

Je suis de la Fédération Nationale des Utilisateurs de Détecteurs de Métaux (FNUDEM) reconnue par le Ministère de la Culture Française, et l'un de nos prospecteurs sur l' un de nos sites me demande des renseignements sur la 24 et 30e légion Romaine.

Pourriez-vous me fournir soit des renseignements sur ces légions, ou me donner le nom d un site ou je pourrais avoir des informations.

Je vous en remercie par avance, et vous invite cordialement à venir nous visiter :

site prospectus-online

 

RÉPONSE :

Malheureusement, mon site empereurs-romains.net n'étant pas spécifiquement consacré à l'armée romaine - même s'il arrive qu'au détour d'un courrier, ce thème soit occasionnellement abordé - je ne dispose personnellement d'aucune information sur les légions XXIV et XXX.

Cependant, ces quelques pages internet devraient fournir à votre correspondant quelques informations fort utiles (surtout s'il maîtrise la langue de Shakespeare) :

  • The Roman army page : Clic !
  • The Roman legions : Clic !
    Sur cette page, vous trouverez une liste des légions romains où figure bien la legio XXX (voir ici : Clic !).
    En revanche, pas de trace de la legio XXIV (laquelle d'ailleurs ne semble apparaître sur le Net que dans le cadre d'une "reconstitution" américaine : Clic !)

Désolé de ne pouvoir mieux vous renseigner. Toutefois, comme je me propose - ne serait-ce que pour y référencer votre excellent site prospectus-online.net - de "publier" votre demande dans les pages réservées au courrier des visiteurs de mon site. Peut-être un internaute, pluss avant que moi, pourra-t-il nous donner des informations plus détaillées sur ces légions. Naturellement, je me ferai un devoir - et un plaisir - de vous les transmettre aussitôt.

 

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5 Septembre

Charlotte a écrit : 

J'aimerais savoir quels auteurs latins auraient parlé de l'empereur Hadrien dans un de leurs textes. Ou même mieux, quel auteur latin aurait écrit sur la vie d'Hadrien.

 

RÉPONSE :

Conscient qu'une bonne partie du Sénat était résolument hostile à sa politique, et n'ignorant que les futurs historiens risquaient fort de relayer les médisances répandues sur lui, Hadrien, en homme supérieurement intelligent qu'il était, avait pris la précaution de rédiger ses mémoires. Peut-être aussi cet empereur quelque peu vain de son petit talent littéraire estimait-il que personne d'autre que lui n'était digne - ou capable - de relater la vie de l'homme exceptionnel croyait être.
Malheureusement l'autobiographie d'Hadrien n'est pas parvenue jusqu'à nous. Une perte d'autant plus regrettable que les sources antiques sur le règne d'Hadrien ne sont pas légion !

En fait, l'essentiel de ce que nous savons de cet empereur est concentré dans deux œuvres seulement :

  • Dans le chapitre 69 des Histoires de Dion Cassius, un auteur qui écrivait environ un siècle après Hadrien (traduction anglaise disponible sur le site Lacuscurtius : Clic !)
  • Et dans la Vie d'Hadrien d'un recueil tardif (fin du IVe siècle) de biographies impériales, connu sous le nom d'Histoire Auguste. Texte latin : Clic ! -Traduction anglaise : Clic !.

Je ne puis bien évidemment terminer ce mail consacré aux sources du règne d'Hadrien sans vous signaler cette bibliographie, établie par la Bibliothèque des Sciences de l'Antiquité de l'Université de Lille 3 (voir ici : Clic !), et qui, le cas échéant, vous permettra d'approfondir vos recherches.

 

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