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Août 2003 (page 3/3)

Sommaire du mois d'Août : Clic !

 

 

24 Août 2003

Gricca a écrit : 

Les personnages qui refusèrent d'être empereurs

Le 11 août 2003, un internaute posait la question pourquoi tant de prétendants à l'Empire au cours de son histoire ? (voir ici : Clic !) Il existe aussi des personnages qui, choisis comme empereurs par des militaires, refusèrent d'en assumer la charge et ainsi ne figurèrent jamais dans les listes des empereurs et usurpateurs romains. Le plus célèbre est L. Verginius Rufus, légat de Germanie Supérieure. Sa victoire en 68 sur le gaulois Vindex le rendit si populaire que ses légions l'acclamèrent par 3 fois empereur mais il ne voulut jamais accepter ce titre, réitérant son refus après la mort d'Othon en 69. Il mourut en 97 dans un accident banal provoqué par son âge avancé, il avait 83 ans. Il fut trois fois consul en 63, 69 et le 1er janvier 97 comme collègue de l'empereur Nerva. Il fut aussi le précepteur de Pline le Jeune.

  • La succession de Commode assassiné le 31 décembre 192, donna lieu à deux épisodes rapportés par Hérodien et Dion Cassius où l'on voit Pertinax, choisi comme empereur par le chambellan Eclectus et Marcia l'ex concubine de Commode, hésiter devant le Sénat et proposer le trône à un sénateur plus illustre M'Acilius Glabrio, mais celui-ci préféra s'effacer devant Pertinax qui fut acclamé empereur. Cependant sa politique de rétablissement de la discipline et d'économie déplut aux prétoriens, dont le préfet Laetus, qui, un peu à contre cœur, avait demandé à ses hommes d'accepter le choix de Pertinax, chercha en les soulevant à faire élire à sa place le consul de l'année Q. Pompeius Sosius Falco, qui avait reproché à Pertinax, Eclectus et Marcia d'avoir servi Commode. La révolte ne trouva aucun soutien populaire et fut rapidement réprimée, et Falco, qui n'y avait pas pris une part active, fut simplement obligé par Pertinax à se retirer sur ses domaines probablement en février 193.

Il y eut aussi deux préfets du prétoire qui refusèrent la pourpre :

  • M. Oclatinius Adventus, qu'après l'assassinat de Caracalla en 217, les soldats, un peu décontenancés, choisirent comme empereur, car ce membre de l'ordre équestre était un vieux partisan "Sévérien", mais en raison de son grand âge Adventus refusa la pourpre qui fut alors donnée à son collègue plus jeune Macrin.
    Celui-ci en récompense le nomma préfet de la Ville (Rome) avec le consulat ordinaire pour l'année 218. A Rome il ne fut guère apprécié par le Sénat dont il n'était pas issu, ce qui ne joua pas en faveur de Macrin, ce qui fait qu'il resta consul avec le nouvel empereur Elagabal.
  • Saturninius Secundus Salutius, qui se voit offrir le trône après la mort de Julien en 363 (selon Ammien Marcellin, car Zosime, probablement à tort, place cela après la mort de Jovien en 364), ce gaulois païen cultivé, hautement apprécié par tous pour son incorruptibilité et impartialité, était devenu l'ami intime de Julien, mais il refusa en raison de sa mauvaise santé et de son grand âge, ce qui ne l'empêcha pas de rester, avec une petite interruption, préfet du prétoire d'Orient de Jovien et de Valens jusqu'en 367.

Après la déposition de l'empereur Avitus en 456, suivie peu de temps après de sa mort, Sidoine Apollinaire nous parle d'une "conjuration Marcelliana" en Gaule, dirigée par un leader Paeonius qui, assumant "de facto" le titre vacant de préfet du prétoire des Gaules, avait pris la tête d'un mouvement de jeunes nobles destiné peut-être à placer un Marcellin sur le trône. Ce Marcellin est probablement le commandant militaire de Dalmatie, qui depuis l'assassinat de son ami Aetius en 454, avait rompu avec la cour de Ravenne. Mais là encore rien n'indique que Marcellin favorisa cette idée d'être empereur. C'est finalement un officier d'Aetius, Majorien que l'armée acclamera empereur le 1er avril 457 et qui chargera son camarade Marcellin de défendre la Sicile contre les Vandales. C'est dans cette île, qu'il sera plus tard assassiné en août 468 et que Genséric, roi des Vandales, se serait écrié "Les Romains se sont coupés la main droite, avec la main gauche".

Enfin autre cas curieux, celui du procurateur des deux Maurétanies Luceius Albinus, un partisan d'Othon, qui vers avril 69, ne se proclama pas empereur contre Vitellius, mais roi de Maurétanie sous le nom de Juba ; Tacite (Hist. Livre II 58) précise toutefois que c'est ce qu'on laissa croire pour justifier sa rapide élimination par son collègue d'Espagne Cluvius Rufus qui s'était senti menacé.

Comme on le voit le refus principal de ces personnages à assumer la pourpre c'est leur état de santé et l'âge, bien que cela n'empêcha pas d'autres de l'accepter et, pour certains, de se choisirent un collaborateur plus jeune, ainsi Galba se choisit Pison, Nerva prit Trajan, etc… Le problème de l'âge n'en était pas un : Verginius Rufus vécut jusqu'à 83 ans et, dans la première moitié du VIe siècle, on voit un haut fonctionnaire romain Libérius encore actif jusqu'à sa mort le 13 août 554 à 89 ans. Sur ce Libérius, né vers 465 en Italie, qui eut une très longue carrière dans tout l'empire aussi bien en Occident (Italie, Sicile, Espagne), qu'en Orient (Constantinople, Alexandrie) - voir le site en anglais : ccat.sas.upenn.edu.
La santé semble aussi être une excuse commode : ainsi Macrien, qui ne pouvait monter à cheval et faisait état de son oubli des choses de la guerre, s'engage pourtant dans une longue campagne militaire devant le conduire jusqu'à Rome. Il apparaît donc que l'ambition ou la prudence de chacun, ainsi que les circonstances, jouaient leur rôle dans l'acceptation ou non du pouvoir, même si on nous rapporte les cas de généraux qui durent accepter l'empire l'épée sous la gorge, comme un arrêt de mort, où d'autres plus nombreux qui se lancèrent dans l'aventure sans grande chance objective de réussite, mais devaient croire en leur bonne étoile (les présages entraient en ligne de compte).

Peut-être connaissez-vous d'autres personnages dépourvus d'ambition que j'aurais omis et avez-vous votre opinion sur leur refus d'être empereurs ? (mon mail : gricca@free.fr).

 

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27 Août 2003

Sophie a écrit : 

Je suis passionnée d'histoire romaine et d'archéologie, j'effectue des fouilles archéologiques depuis 3 ans tous les étés et je recherche des renseignements sur la pratique du faux monnayage dans l'empire romain et plus généralement dans le monde antique -> localisation des ateliers, intérêts et identités des faussaires, attitudes du pouvoir impérial à leur égard et lois concernant la répression de cette pratique, caractéristique des fausses monnaies (proportions différentes dans les alliages des métaux les plus chers ? placages de métaux précieux ?), relations éventuelles avec la crise économique du IIIe siècle ?

Merci d'avance

Mlle Sophie - e-mail

 

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28 Août 2003

Jean-Do a écrit : 

Je note sur votre site quelques-unes de vos réactions systématiques qui m'amusent.
Nous n'avons manifestement vous et moi pas la même manière de forcer la lecture de l'histoire. Et pourtant il faut bien la forcer pour qu'elle livre ses secrets et ses trésors comme une ville prise.

Vous relevez la correspondance passionnée de Fronton et de Marc Aurèle, mais preuve à l'appui (Mario Meunier dixit) vous écartez toute possibilité d'un sentiment autre que "une noble et pure amitié", "brûlante" néanmoins - pour faire bon poids bonne mesure.

Il y a quelque temps, j'ai relu la manière dont d'admirables livres d'anthologie de la littérature française (pour ne pas les nommer les Lagarde et Michard) cernaient en quelques lignes les brûlantes découvertes de Gide au Maroc : "Les ardentes surprises des oasis".
Bien malin celui qui, dans cette prude évocation aussi floue qu'un mirage, aurait pu se douter que la traduction en était : "Gide aimait à se taper de jeunes Algériens". Dans la même collection d'ailleurs je me souviens que l'évocation de la relation Rimbaud - Verlaine était parfaitement incompréhensible puisque toute sexualité en était évacuée. Ainsi le coup de feu de Verlaine devenait encore plus fou et aberrant qu'il ne l'était déjà puisqu'on lui ôtait son cadre passionnel.

Prenez garde, vous qui décortiquez si intelligemment les cancans de Suétone et des pseudo Spartien, Capitolin, Lampride, Pollion et Vopiscus de ne pas tomber dans ce travers que la divine Marguerite évoque dans un de ces textes les plus fins consacré justement à l'Histoire Auguste. Elle commente ainsi le scepticisme des historiens modernes : "la pruderie gourmée d'un certain type d'historiens du XIXe siècle, leur curieux respect pour les gens au pouvoir, même morts depuis dix-huit cents ans, ou tout simplement le manque d'expérience de la vie chez ces hommes de cabinet, leur firent souvent déclarer impossibles ou improbables des faits qu'un lecteur plus habitué à regarder en face la réalité n'hésite guère à juger plausibles ou à croire vrais. Les atrocités auxquelles nous avons assisté en plein XXe siècle nous ont appris à lire avec moins de scepticisme le récit des crimes d'empereurs de la décadence ; et, en ce qui concerne l'histoire des mœurs, La Rochefoucauld notait déjà que les débauches d'Élagabal nous surprendraient moins si l'histoire secrète de nos contemporains était mieux connue." Et en l'occurrence sans aller jusqu'au "crime" qui est un mot bien lourd pour qualifier ce genre de chose (du moins quand on habite de ce côté de l'Atlantique) vous savez sans doute comme moi que dans la Aula Regia du Palais Blanc où règnent les prétendus César de l'empire dominant de notre époque les puissants aiment toujours à se livrer aux gâteries que leur proposent leurs zélés secrétaires.

Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Je n'affirme pas que Marc Aurèle a eu des relations amoureuses avec Fronton ou avec un quelconque homme d'ailleurs - il me semble me souvenir qu'il existe cependant une évocation des vagues hésitations sexuelles de l'empereur dans ses Pensées où traîne le nom d'un certain Théodote mais je suis incapable de vous citer le passage car je n'arrive plus à remettre la main sur le texte. Mais je trouve que votre démonstration n'est pas convaincante et que votre doute quant à la sexualité des empereurs est révélateur de vos légers a priori.

J'ai noté en effet cette même réticence dans votre évocation de l'expérience bithynienne de César avec Nicomède où vous accusez la médisance de Suétone et le peu de crédibilité que l'on puisse accorder à l'évocation d'un César passif dans un monde profondément actif et phallocrate. Mais il semble bien que l'ambiguïté du jeune César lui ait justement fortement nui. Rappelez-vous la parole de Sylla : "Méfiez vous de ce jeune homme à la ceinture dénoué" (signe de négligente mollesse et d'efféminement). On a, en outre, les fameuses litanies des légionnaires qui accompagnaient le triomphe de César : " Voici venir l'homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes". On peut aussi penser que Suétone, secrétaire ab epistuli d'Hadrien, aurait sans doute quelque peine à trop insister sur un travers que même l'empereur de son temps semble partager si le fait n'était historique.

Allons, admettons que tous ces indices d'une aventure masculine de César sont encore douteux puisque après tout Suétone en reste l'ultime dépositaire.

Mais là où je ne peux vraiment pas m'empêcher de m'agacer c'est à propos d'une de vos notices sur Antinoüs : "ce fameux Antinoüs, ce beau et jeune homme (…) qui fut le favori (ami ? amant ?) de l'empereur Hadrien, qui se noya (suicide par honte ou par dépit amoureux ? sacrifice ?) dans le Nil en 130 ap. J.-C. et qui fut placé au rang des dieux par son impérial amant (ami ?) ".

Là vous dépassez les bornes de la méfiance et de l'hypercritique. L'Histoire Auguste évoque une folle passion mais bien sûr c'est seulement l'Histoire Auguste, je sais.

Mais la numismatique ? Mais les objets à un sou de la propagande impériale ? Mais la cité d'Antinoé sur les lieux de la mort de l'aimé ? Mais les preuves de sa divinisation ? Mais tout ce peuple de statues qui hantent tous les grands musées du monde et, de la plus médiocre à la plus belle, participent toutes à reconstituer trait après trait un visage unique, un visage évidemment aimé ? Cela fait sans doute longtemps que vous n'avez pas regardé de près une statue du jeune bithynien ? Regardez ce visage, ces grands yeux obliques, cette gorge tendue, cette poitrine triomphante. Ce ne sont pas les statues d'un ami et si l'affection que lui portait Hadrien était certainement "socratique", je me refuse à penser qu'elle ait pu demeurer "platonique".

Vous l'aurez compris sans peine, je partage, comme le dit encore Yourcenar dans une autre œuvre, ces "mystérieuses appétences" qui me poussent à préférer les anges aux boucles de sel de Sodome plutôt que le fruit d'Ève. Et bien je peux vous assurer que même en ayant une conception très athénienne de l'amour, c'est-à-dire en considérant le rapport de l'éraste et de l'éromène comme un moment privilégié de l'éducation et de la formation de l'individu, même en considérant, donc, que cette relation "platonique" se retrouvait dans les rapports du vieil Hadrien (quelque cinquante ans passés) et du jeune garçon (partageant sa vie environ entre ses quinze et ses vingt ans), je vous assure, pour plagier une expression triviale, qu'à la place d'Hadrien, avec un Antinoüs dormant sous le toit de ma Villa, je ne serais pas allé coucher dans le bassin du Canope ou du Pœcile.

Entendons-nous bien j'ai toujours pensé que la sexualité des hommes illustres et des grands artistes n'était jamais qu'un détail tout à fait anecdotique dans leurs œuvres, sauf si l'anecdote devient Histoire elle-même (Si L'homosexualité de Tchaïkovski ou de Shakespeare sont essentielles à la compréhension de leurs œuvres je n'ai jamais pensé que celle de Michel-Ange était indispensable à une lecture du plafond de la Sixtine).

La sexualité de César je vous la laisse, après tout elle est plus amusante que véritablement importante bien qu'encore elle pourrait insister sur ces traits particulièrement marqués dans la personnalité de César : l'ambition quels que soient les moyens (Suétone parle de prostitution de César et on espère dès lors que le jeune homme en tira au moins quelques avantages dans sa carrière) et sa ténacité, puisque si l'anecdote est vraie, il dut imposer son immense figure de conquérant et de Maître de Rome par-dessus même cette réputation.

La sexualité de Marc Aurèle m'indiffère et devait déjà de son temps indifférer jusqu'à son entourage (et jusqu'à sa chère Faustine elle-même semble-t-il).

Mais la sexualité d'Hadrien fait, je le crois, partie bien trop intégrante de la vie de ce grand monarque aux idées orientales et monarchiques, aux idées hellénistisantes veux-je dire, et sa douleur à la mort de l'aimé se traduit en une telle déferlante de fantômes de marbre ou de bronze sur les terres de l'Empire qu'aussi bien pour l'histoire de l'évolution de l'image impériale et de l'idée monarchique du principat que pour l'histoire de l'art et l'histoire du portrait faire de la figure d'Antinoüs un ami est insulter à une manifeste réalité par un scrupule trop grand de preuves indubitables ou un surcroît de pudibonderie.

Il y a un seul point sur lequel je relâcherais ma critique. C'est sur l'importance même du fait homosexuel à l'époque qui nous préoccupe. Je vous avouerai que sur ce point, parler de l'homosexualité de César, de Trajan ou d'Hadrien me paraît aussi surréaliste et anachronique que d'évoquer la conscience du prolétariat ou celle de la lutte des classes à l'époque impériale. Hadrien aimait Antinoüs, cela ne fait pas de doute pour moi, mais que l'empereur Hadrien, époux finalement de la pâle Sabine, ait envisagé sa vie avec ce garçon comme nous envisagerions un couple d'hommes contemporains me fait sourire. Il faut être Néron ou Élagabal pour tenter un mariage (un PACS ?) avec un homme. Mais il s'agit alors beaucoup plus pour Néron de choquer la vieille classe sénatoriale ou pour Élagabal de gagner une nouvelle sacralité orientale des corps et du coït que d'entreprendre de vivre avec un homme que l'on aime. La pédérastie antique (puisqu'il faut lui donner ce nom pour être proche des sources et du sens exact) erre sûrement au milieu des mêmes questionnements sensuels et sexuels que l'homosexualité moderne, car les hommes ne changent guère, mais c'est le décor qui a changé. Si les plaisanteries de corps de garde sont certainement semblables et si des préjugés identiques se retrouvent d'une époque à l'autre, l'idéal à suivre n'est sans doute pas du tout le même à notre époque contemporaine et au temps des César. Mais c'est un autre débat.

Enfin un mot : La plupart des couples ont comme référent absolu leur Roméo et Juliette, leur Tristan et Iseult et tous les couples immortels qui peuplent la littérature et les images depuis vingt siècles au moins et qui depuis vingt siècles présentent l'amour d'un homme pour une femme.

Laissez aux autres leur Hadrien et leur Antinoüs !

 

RÉPONSE :

J'attendais depuis longtemps une réaction de ce genre, mais, à vrai dire, je n'osais l'espérer aussi pondérée et aussi pertinente que la vôtre.

Dieu merci, vous ne me taxez pas d'homophobie ! Vous me reprochez seulement de "légers a priori" qui me pousseraient à considérer trop "systématiquement" que la réputation homosexuelle de certains grands Romains (Jules César, Marc Aurèle, Hadrien) ne serait pas le reflet de réalité, mais plutôt le fruit de ragots contemporains ou de médisances d'historiens malveillants.

Ces "a priori", je crois surtout en avoir été victime quand, avant d'avoir entrepris la construction de site dédié aux "empereurs romains", mes connaissances sur leurs règnes et leurs personnalités ne dépassaient guère le niveau d'une bonne "culture générale". À cette époque, encore rempli de vieux souvenirs scolaires, je croyais les penchants homosexuels de Jules César aussi avérés que, par exemple, les frasques pédophiles de Tibère, l'élévation au consulat du cheval de Caligula, la responsabilité de Néron dans l'incendie de Rome, etc… Ensuite, la relecture attentive des auteurs antiques tels que Tacite ou Suétone m'a fait comprendre que leurs assertions sont trop systématiquement hostiles pour être acceptées comme parole d'Évangile.

La partialité des sources antiques ; c'est bien là que gît le lièvre (lequel a d'ailleurs déjà été partiellement levé à l'occasion de cette correspondance du mois d'octobre 2002 : Clic !) !
Car, bien sûr, personne ne pourra jamais savoir si Jules César fut homo ou hétéro. Aucune machine à remonter le temps ne nous permettra jamais d'aller vérifier s'il prit plus de plaisir avec Nicomède de Bithynie qu'avec ses amours féminines, telle Servilia (mère de Marcus Brutus) ou la belle Cléo des bords du Nil. Le grand Jules n'a pas laissé de témoignage attestant ses préférences sexuelles ; et en eût-il laissé, que, voulant apparaître à la fois comme un vrai Romain et un philhellène, il eût sans doute affirmé être aussi sensible aux charmes des beaux éphèbes qu'à ceux des jolies femmes. Pas parce que c'était nécessairement vrai, mais parce qu'à l'époque, c'était "politiquement correct"…
Ce qui, en revanche, me semble certain, c'est que, quand Suétone raconte que César, alors jeune et fringant officier, se "prostitua" au roi de Bithynie, ce n'est pas pour le féliciter de cette royale conquête. Que du contraire ! les tendances homosexuelles du grand dictateur ne sont évoquées que dans le dessein de ternir l'image du premier "Julio-Claudien".
Et la question demeure : quel crédit accorder à des ragots malveillants ?

Je dois également vous avouer que, lorsque j'ai entrepris la rédaction de mes modestes notices biographiques d'empereurs, cette connotation systématiquement négative de l'homosexualité chez Suétone fut pour moi un sujet d'étonnement.
À la lecture des poètes antiques, chantres enthousiastes de beaux garçons folâtrant gaiement, tuniques retroussées au vent, dans des paysages agrestes, on pourrait croire qu'à cette heureuse époque, l'homosexualité était un fait généralement accepté, socialement admis. La prose de Suétone nous ramène à la réalité : les homos, surtout les partenaires passifs, étaient objets de dérision ou de mépris. Bref, tandis que Virgile chantait l'amour brûlant du berger Corydon pour le bel Alexis, les politiciens traitaient leurs adversaires d'invertis ou de "jaquette flottante"... Et de nos jours, où il est pourtant de très bon ton d'avoir des amis "gays", où l'on se "pacse", et où l'on peut même parfois se marier tout à fait légalement homo ou lesbien, les plus cinglantes injures véhiculées par le cinéma et la télé restent cependant "enculé" et "pédé"…
Rien de bien neuf sous le soleil de l'hypocrisie !

À ce qu'il me semble, ce qu'en fait vous me reprochez le plus, c'est de paraître douter de la réalité du bel et grand amour - à la fois physique et passionné - d'Hadrien pour son bel Antinoüs…

Je crois sincèrement, qu'en l'occurrence, vous me faites un mauvais procès d'intentions.

En fait le courrier que vous citez (voir ici : Clic !) montre surtout que j'évite soigneusement de me prononcer sur la nature exacte des relations entre Hadrien et Antinoüs - le terme "favori" pouvant signifier (comme je le signale) aussi bien amant, qu'ami. Et si je ne me prononce pas sur cette question délicate, ce n'est certes pas parce que certains a priori moraux me pousseraient à nier le caractère charnel de cette liaison, mais simplement parce que, d'une part, je n'ai pas étudié suffisamment la question, et que, d'autre part, à l'instar de ce j'avais signalé dans une autre réponse consacrée à l'éventuelle homosexualité de Marc Aurèle (voir ici : Clic !), il me paraît assez incongru (et historiquement aussi difficile que vain) d'aller vérifier "avec qui, et dans quelles positions" cet autre grand empereur "plongeait dans le stupre et fornication".

Cela dit, à première vue, je suis entièrement d'accord avec vous : il me semble presque impossible de soutenir sérieusement que la liaison d'Hadrien et d'Antinoüs resta purement platonique. Ce bel amour contribue d'ailleurs à humaniser un empereur doté d'une intelligence quasi monstrueuse.
Cependant, il n'en reste pas moins que même si la déification posthume du beau jeune homme constitue peut-être un indice de cette passion brûlante, elle est aussi une manifestation de la politique philhellène d'Hadrien.

hadrien

Mémorial amoureux ou manifeste politico-artistique, ces deux aspects du culte d'Antinoüs peuvent s'être superposés.

RÉACTION À CE COURRIER :

CLIC !

 

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Août 2003

Michel a écrit : 

Nouveautés du site Archeobel :

  • Dorénavant, la recherche d'une monnaie d'un empereur sera simplifiée : sur la page d'accueil figurent désormais les noms des principaux empereurs des deux premiers siècles. Il suffit de cliquer sur le nom pour tomber (sans se faire mal..) à la bonne page.
  • Une seconde monnaie en plomb gauloise (tribu des Sénons). Des faux archi-faux d'époque, trouvés dans l'Oise (territoire bellovaque à l'époque… ce sont donc des Belges qui ont fait le coup !) : Clic !
  • Une seconde monnaie romaine en fer, de Trajan cette fois. La précédente était d'Hadrien : Clic !
  • Je suis parvenu à mettre la main sur un denier de Tibère - Celui que les Américains appellent le "tribute penny" : Clic !
    (petit commentaire webmaster)

Et aussi une question : J'ai aussi trouvé un nummus en bronze de Dalmatius. Je me suis mis à la recherche de ce monsieur en commençant par votre site, mais je ne crois pas qu'il n'y figure pas, tout comme son frère Hannibalianus. Selon un site américain, ces deux personnages serraient les fils du demi-frère de Constantin. Nommés Césars par celui-ci, ils auraient été liquidés, pour quelque sombre raison par les fils de Constantin, aussitôt après la mort de ce dernier. Pourriez-vous m'en dire plus sur cette histoire de demi-frère et autres demi-Césars…

site archeobel

 

RÉPONSE :

Vous me dites que vous avez consulté "un site américain" au sujet de Dalmatius et de son frangin Hannibalianus (ou, en bon français, Hannibalien). Sans doute s'agit-il de l'excellent site De Imperatoribus romanis et, plus particulièrement de ces pages : Clic ! et Clic ! qui, à ce qu'il me semble, résument bien tout ce que l'on sait de ces deux personnages assez peu importants du point de vue historique.

Il faut dire qu'Hlne, la sainte et très influente mère de Constantin, qui n'avait été que la concubine de Constance Chlore vouait une haine féroce aux fils nés du mariage "officiel" de celui-ci avec Théodora (la fille de Maximien Hercule). Tant qu'Hélène vécut, la branche légitime de la descendance de Constance Chlore fut donc soigneusement maintenue à l'écart de tout pouvoir et de tous les honneurs. Ce n'est que quand sainte Hélène fut rappelée au ciel que Constantin osa tenter un timide rapprochement avec ses demi-frères : Jules Constance (père de Julien l'Apostat) devint consul et Dalmatius (père de notre Dalmatius - voir ici : Clic !) fut nommé censeur - des titres purement honorifique, sans aucun pouvoir réel. Les neveux "de la main gauche" de Constantin (c'est-à-dire Dalmatius et Hannibalien, les fils de Dalmatius "le Censeur) ne furent pas oubliés non plus. Cependant, pour eux aussi, les fonctions que le vieil empereur leur octroya me semblent avoir été plus symboliques qu'autre chose ! Dalmatius reçut le gouvernement d'un territoire situé à deux pas de Constantinople (Thrace, Macédoine, Péloponnèse), c'est-à-dire placé sous étroite surveillance d'un empereur particulièrement suspicieux. Quant à Hannibalien, on lui octroya la Cappadoce, un pays pauvre, désertique et très exposé, avec, à la clef, un titre de "Roi des Rois" et un trône de Perse… qui restait à conquérir. Autant dire du vent !

Naturellement, quand Constantin expira, les choses se gâtèrent : les disputes entre héritiers sont les pires, n'est-ce pas ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y avait très peu d'amour fraternel entre les trois fils de Constantin (Constantin II, Constant et Constance II) ; mais il y avait au moins un point sur lequel ils tombaient d'accord, c'était se de se partager l'Empire romain entre eux, en excluant leurs cousins de la "branche légitime". "On" retrouva donc fort opportunément un petit billet tout froissé, que Constantin mourant aurait serré dans sa main, par lequel il précisait qu'il mourait empoisonné par ses demi-frères et conseillait à ses chers enfants de liquider au plus vite ces traîtres infâmes. Comme vous le pensez bien, les Constantine's brothers s'empressèrent de diffuser cette nouvelle à leurs soldats. Ivres de rage, ceux-ci se ruèrent dans les appartements qui abritaient l'autre branche de la famille impériale et passèrent tout ce petit monde au fil de l'épée (septembre 337). Seuls réchappèrent de ce massacre le futur empereur Julien et son demi-frère Gallus : il était en effet difficile de faire croire à l'opinion publique que de si jeunes enfants étaient coupables d'un régicide.

Très intéressant votre "denier du tribut"… Mais, je ne vois pas comment on peut être sûr ce qu'est bien cette monnaie-là qui aurait servi de prétexte à Jésus pour dire qu'il "fallait rendre à César ce qui était à César"… Sans doute est-ce uniquement parce que la date d'émission de cette pièce se situe aux alentour des années 30 de notre ère.

Vous vous souvenez de l'anecdote… Ces hypocrites de Pharisiens veulent une fois de plus tendre un piège à Jésus : ils lui demandent s'il faut payer l'impôt aux Romains impies. Jésus ne répond pas directement. Il demande d'abord à voir la pièce de monnaie qui sert à payer l'impôt. On lui en donne une. Il questionne alors : "De qui sont cette effigie et cette inscription ?" - "De César", rétorquent les Méchants. Et Jésus de conclure par la phrase bien connue : "Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu !".

Alors, à votre avis, Jésus a-t-il réellement permis aux Juifs de payer l'impôt impie ?

Si on prend la phrase au pied de la lettre, oui ! Mais alors, pourquoi, lors du procès de Jésus, les mêmes pharisiens accuseront-ils Jésus - et ce sera une de leurs plus graves accusations - d'inciter les Juifs à ne pas payer le tribut dû à César ?…

rendez a cesar

En réalité, par cette petite phrase anodine, Jésus stigmatise l'attitude des Juifs "collabos" :
"En échange de toutes sortes de services que vous leurs rendez, dit-il en substance, vous, mauvais Juifs que vous êtes, vous recevez de l'argent des occupants Romains ? Mais puisqu'ainsi, en pactisant avec l'ennemi, vous avez accumulé des monceaux d'argent romain, il est donc « normal » que les Romains vous en réclament une partie sous forme d'impôts ! Si vous refusiez tout service aux impies et entriez dans la « Résistance juive », vous rendriez « à Dieu ce qui lui appartient » et n'auriez plus à vous préoccuper du denier de César. Bref, puisque vous vous voulez les fidèles sujets de César, acceptez-en les conséquences !"

C'est pour cela que Jésus demande à voir la pièce qui sert à payer l'impôt : puisque, en définitive, cet or appartient à César, il est donc juste qu'il lui revienne un jour.

 

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