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Juin 2003 (page 3/4)

Sommaire du mois de Juin : Clic !

19 juin 2003

Aelius a écrit : 

Que peut-on savoir de Syagrius ? Était-il le dernier détenteur de la légitimité ?

RÉPONSE :

En réalité, Syagrius appartient plus à l'histoire de France qu'à celle de l'Empire romain.

Il était le fils de cet Ægidius (ou Egidius, si vous préférez) qui fut le dernier représentant "légal" de l'Empire romain en Gaule.

Egidius, un Gallo-romain dont la famille était peut-être originaire de Lyon, commença sa carrière sous le règne de Majorien. Il accompagna cet empereur - le dernier que tenta de sauver un Empire qui prenait eau de toute part - dans sa désastreuse expédition contre les Vandales qui occupaient l'Afrique du Nord. Ensuite, Majorien ayant été plus que probablement assassiné par le chef barbare Ricimer, Ægidius se retira en Gaule. Il envisagea un moment de marcher sur Rome à la tête de ses troupes afin de venger la mort de son chef vénéré, mais, pour faire diversion, Ricimer lança sur lui les Wisigoths, déjà maîtres de l'Espagne. Le Gallo-romain résista héroïquement, mais un traître ayant livré Narbonne aux envahisseurs, il dut se retirer au Nord de la Loire. Toutefois, les Wisigoths ne purent pousser plus avant : avec l'aide des Francs de Childéric (père de Clovis), Ægidius leur infligea une cuisante défaite à Orléans. Il resta donc le maître du Nord de la Gaule tandis que les Barbares en occupaient toute la partie méridionale, coupant définitivement ses communications avec l'Italie et Rome. Ægidius était désormais devenu le souverain d'une "principauté gallo-romaine" indépendante, dernier vestige de la civilisation romaine dans un "océan de barbarie".

majorien

Les Wisigoths n'ayant pas réussi liquider le chef Gallo-romain, Ricimer - qui gouvernait l'Italie au nom d'empereurs romains de plus en plus fantomatiques - lui suscita d'autres ennemis, en l'occurrence les terribles pirates saxons. Egidius rechercha alors de l'aide auprès de son ancien ennemi, le Vandale Genséric, mais il mourut (octobre 464) de la peste avant d'avoir signé le traité d'alliance. Il laissait un fils en bas âge, notre Syagrius.

Nous ne connaissons vraiment pas grand-chose de lui. Vers 486, il était le maître d'une "principauté" dont les limites territoriales sont assez floues, mais dont le centre était la ville de Soissons. En fait, Syagrius aurait probablement pu continuer à vivoter longtemps, retranché sans sa citadelle dominant l'Aisne, si les territoires qu'il contrôlait n'avaient pas constitué le dernier obstacle qui empêchât Clovis de s'emparer de tout le Nord de la Gaule.

On prétend que, pour se conformer à la coutume germanique, l'ambitieux chef franc envoya un défi à Syagrius, le sommant de fixer le jour et le lieu de la bataille. Le Gallo-romain accepta le combat, mais nous ignorons la date exacte et l'endroit précis (aux environs de Juvigny ?) de l'affrontement entre la coalition franque dirigée Clovis et les forces gallo-romaines de Syagrius. Quoi qu'il en soit celui-ci fut vaincu et s'enfuit à Toulouse afin de chercher aide et secours auprès des Wisigoths, les anciens ennemis de son père. Le roi Alaric semble avoir gardé un moment Syagrius auprès de lui, mais ayant été vaincu lui aussi par les terribles Francs, et ceux-ci ayant profité de leur victoire pour s'emparer de tout le Nord de la Gaule, le roi des Wisigoths acheta la paix en livrant Syagrius à Clovis, au mépris de toutes les lois de l'hospitalité. Le roi des Francs l'emprisonna d'abord quelque temps, histoire de ne pas provoquer ses éventuels partisans, puis, comme personne ne brochait, il le fit exécuter (vers 498 ?).

La légitimité de Syagrius ?

Voici ce qu'en pense Godefroid Kurth, l'historien belge auquel je dois l'essentiel des informations qui précèdent :

"Il (= Syagrius) ne portait plus, comme son père, le titre de maître des milices, moins encore celui de duc ou de patrice, qui lui est donné par des documents peu dignes de foi. Nulle part on ne voit qu'il ait tenu d'une délégation impériale le droit de diriger les destinées de la Gaule : et quelle eût d'ailleurs été l'autorité d'un mandat qui venait d'être brisé en 476 ? Nous ne pouvons donc regarder le gouvernement de Syagrius que comme un pouvoir de fait, reconnu exclusivement par les cités qui préféraient sa domination à celle d'un autre, ou encore aux dangereux hasards de la liberté. Quelles étaient ces cités ? Nous l'ignorons absolument, et il serait bien téméraire d'identifier le domaine sur lequel s'étendait l'autorité du fils d'Ægidius avec la Gaule restée romaine. Celle-ci allait de la Somme à la Loire et de la Manche à la Haute-Meuse, sans qu'il soit possible de délimiter d'une manière plus précise les frontières de l'Est. Dans cette vaste région, plus d'une cité indifférente aux destinées de Syagrius et sans sympathie pour sa politique, devait posséder un régime semblable à celui de la ville de Rome au VIIe siècle, c'est-à-dire que l'autorité spirituelle des évêques y avait pris la place du pouvoir civil absent.

L'histoire s'est donc laissée éblouir par le titre de roi des Romains, que Syagrius porte dans les récits de Grégoire de Tours. Elle a supposé qu'à cette royauté correspondait un royaume, et que ce royaume comprenait toute la partie de la Gaule qui n'était pas soumise pour lors à des rois germaniques. C'est une illusion. Le titre de roi que le chroniqueur attribue à Syagrius, il l'a emprunté aux traditions des barbares eux-mêmes, qui n'en connaissaient pas d'autre pour désigner un chef indépendant. Sous l'influence de ces traditions, d'autres sont allés plus loin, et ils ont imaginé une dynastie de rois des Romains de la Gaule, dans laquelle se succèdent de père en fils Aétius, Ægidius, Paul et Syagrius. Si Grégoire avait connu celui-ci par d'autres sources que les légendes franques, il se serait gardé de lui donner un titre si peu en harmonie avec la nomenclature officielle de l'Empire. Mais il était dans la destinée du dernier tenant de la civilisation romaine de n'arriver à la postérité que dans les traditions nationales de ses vainqueurs."
(Godefroid Kurth, Clovis, Librairie Jules Tallandier, 1978).

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20 Juin 2003

Vincent réécrit : 

(…) Je viens de relire les "Mémoires d'Hadrien". Le livre est un bijou. Le personnage contient toute la sagesse que nous devrions avoir. (…) J'ai été arrêté par le mot janiteur que je n'ai pas trouvé dans le dictionnaire.

RÉPONSE :

Vous me dites que vous n'avez pas trouvé le mot "janiteur" dans votre dico ?

Ça ne m'étonne pas : il eût fallu pour cela que vous regardassiez (marrants, ces imparfaits du subjonctif, n'est-ce pas ?) dans un dictionnaire latin car il s'agit de la francisation - à mon sens, et en dépit de mon admiration pour Marguerite Yourcenar, un fifrelin prétentieuse - du mot janitor qui signifiait tout bêtement "portier".

Ce mot janitor vient d'un surnom de Janus, ce dieu à double face qui défendait les foyers romains contre les esprits malfaisants et qui, surtout, présidait au commencement de toutes choses (c'est pourquoi le premier mois de l'année lui fut consacré : Janus, januarius, janvier).

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20 Juin 2003

Christian a écrit : 

Dans le cadre d'une étude biblique sur les jours de la mort et de la résurrection du Christ, je cherche à savoir en quelle année a commencé le règne de Tibère César ?

Les textes ci-dessous placent la quinzième année du règne de Tibère César en l'an 29 :

 

Selon Luc 3:1, Jean-Baptiste commença son ministère "la quinzième année du règne de Tibère César". Comme Luc utilise un mot grec signifiant littéralement "fonction de gouverneur", certains en ont conclu que la "quinzième année" devait être comptée à partir du moment où Tibère est devenu co-régent avec Auguste. Ainsi, ils placent le commencement du ministère de Jésus en l'an 27 de notre ère. Toutefois, la date exacte à laquelle commença cette co-régence est mise en question.

(Cette incertitude se reflète dans The International Bible Encyclopædia, où il est dit: "En 13 de notre ère (ou en 11 selon Mommsen), T[ibère] fut élevé à la co-régence par une loi spéciale". On peut aussi faire remarquer que bien qu'étant associé à Auguste dans la fonction de gouverneur, Tibère a commencé à régner en tant que César seulement à partir du moment où il exerça seul le pouvoir. Logiquement, "la quinzième année de César" est en réalité la quinzième année de son règne. Bien qu'étant partisan de compter la quinzième année de Tibère à partir de la co-régence, le bibliste hollandais J. J. Van Oosterzee reconnaît: "Les années de règne d'un empereur romain étaient effectivement comptées à partir du moment où il gouvernait seul.)

Alors que la date de cette co-régence est incertaine, celle du commencement du règne de Tibère en tant que César est bien établie : le 17 août 14 (selon le calendrier grégorien). Par conséquent, la quinzième année va du 17 août 28 au 16 août 29, ce qui situe le commencement du ministère de Jésus en l'an 29, environ six mois après le début de celui de Jean.

Ces raisonnements sont-ils crédibles ? Qu'en pensez vous ?

RÉPONSE :

Peut-être, pour commencer, quelques s incontestables éléments chronologiques :

  • 4 ap. J.-C. : après la mort de Caius César, son héritier et successeur présomptif, Auguste adopte Tibère (ainsi que son dernier petit-fils, Agrippa Postumus - voir tableau généalogique). En même temps que cette adoption, le vieil empereur confère également à Tibère la puissance tribunitienne, celle-ci étant accompagnée de perspectives de succession. Dès cette date, Tibère peut donc être considéré comme "participant et héritier du gouvernement de l'Empire" (en latin : consors successorque imperii). Bref, pour dire les choses plus clairement, dès 4 ap. J.-C., Tibère devient (au même titre qu'Agrippa Postumus) co-régent de l'Empire romain.
  • 7 ap. J.-C. Agrippa Postumus s'avère n'être qu'une parfaite nullité. Étant de surcroît aussi pourri de vices que sa mère Julie, Auguste le condamne à l'exil. Tibère reste le seul prétendant à la succession du vieil empereur… et le seul co-régent de l'Empire romain.
  • En 13, la "puissance tribunitienne" de Tibère est renouvelée. En même temps, une loi consulaire (lex consularis) lui confère un imperium proconsulaire étendu (imperium proconsulare majus) qui fait de lui le "collègue" à part entière du vieil Auguste.
  • Le 19 août 14, Auguste meurt.
  • 17 septembre 14 : les Sénateurs, à genoux, supplient Tibère d'accepter le Principat. Tibère se fait violence et s'incline devant leur insistance. C'est le début officiel de son règne.

Comme vous le constatez, si l'on veut pinailler, couper les cheveux en quatre, on n'a que l'embarras du choix ! Le règne de Tibère, on peut, à plus ou moins bon droit, le faire débuter en 4, en 7, en 13 ou en 14 ap. J.-C…. et par conséquent, le rugueux Jean le Baptiste peut avoir inauguré ses activités nautiques en 19, en 22, en 28 ou en 29.

Et justement, puisque ce brave Jean le Précurseur préconisait de "d'aplanir les chemins raboteux et de redresser ce qui est tortueux", n'y aurait-il pas moyen d'appliquer ses préceptes à cette épineuse question ?

Les textes que vous citez montrent de que savants exégètes se sont longuement penchés sur cette question sans pouvoir se mettre d'accord. Mais puisque vous me demandez mon avis, je vais vous le donner…

En fait, je ne sais pas très bien quand le Baptiste a réellement commencé son ministère aquatique, mais, en revanche, ce dont je mettrais ma main au feu, c'est que l'année indiquée par l'évangéliste Luc est bien 29 ap. J.-C.

Je m'explique :

Si l'Évangile selon Luc avait été écrit immédiatement après la mort de Jésus, on pourrait certes hésiter sur la signification réelle de cette datation. Tibère n'était jamais que le deuxième Princeps, et, bien qu'il fût absolu, la nature du pouvoir de ces empereurs qui n'hésitaient encore à se proclamer tels n'en restait pas moins encore assez floue. D'autant plus qu'au fil du temps, Auguste avait accumulé sur ses épaules aussi bien des titres militaires que religieux, politiques ou judiciaires.
Confrontés à un système politique tout neuf et très complexe, les contemporains des deux premiers Césars auraient peut-être été bien en peine de se mettre d'accord sur la date exacte du début de leur règne. La "monarchie" romaine et son protocole étaient encore en chantier ; il n'y avait pas encore de "tradition" bien établie.

Mais voilà, l'auteur (ou les auteurs) que tradition appelle Luc n'était pas un contemporain de Tibère ou de Caligula ! Son Évangile, il ne l'écrivit pas dans les années 30 ou 40 de notre ère, mais, au bas mot, quarante ans plus tard, après la chute de Jérusalem, après l'incendie du Temple… et après qu'une dizaine d'empereurs se fussent succédés sur le trône des Césars. À cette époque, il y avait belle lurette qu'on avait l'habitude de dater les événements d'après les années de règne de l'empereur qui régnait à Rome - étant bien entendu que l'an 1 du règne d'un Auguste était l'année où il avait succédé à son prédécesseur (assassiné, empoisonné, liquidé, etc).

En 80 ap. J.-C. qui se souvenait encore que Tibère avait été associé au pouvoir dix ans avant la mort d'Auguste ? Qui se rappelait encore que, la toute dernière année de l'interminable règne de son beau-père, Tibère avait partagé l'Empire avec lui ? Personne ! Pour tout un chacun, la première année du règne de Tibère était celle de la mort d'Auguste, un point c'est tout !

Enfin - last but not least -, l'évangéliste Luc n'avait nullement intérêt à valoriser l'action de Jean-Baptiste en lui accordant un "ministère" de trop longue durée, que du contraire…

Même si Jean avait été actif bien plus longtemps que cela (ce qui est du reste très probable), mieux valait limiter son action prophético-contestataire à une seule année, celle qui avait immédiatement précédé l'année où Jésus s'était manifesté. L'Évangéliste était déjà suffisamment embarrassé avec cette histoire de baptême du Christ, qui montrait celui-ci en position d'évidente subordination face au "Précurseur". Nul besoin d'en remettre une couche en accordant au dernier prophète une longévité digne de ses illustres prédécesseurs de l'Ancien Testament.

N'oublions pas qu'entre les premiers chrétiens et les disciples de Jean le Baptiste, la "concurrence" fut longtemps très vive.

jean baptiste

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22 Juin 2003

Michel a écrit : 

J'ai fait l'acquisition d'une monnaie romaine qui ne paraîtra pas sur mon site Archeobel. Il s'agit d'un follis argenté de Constantius I Chlorus.

Au revers, vous allez voir le texte : GENIO POPULI ROMANI.

Comme mon latin s'arrête a Olybrius, Cave canem et tout ce que l'on trouve de rigolo dans les pages roses de mon Larousse; je me suis donc tenu à la traduction française que j'avais lue : "Au génie du peuple romain".

Mon fils, qui a fait les latin-math à l'époque, me regarde en fronçant les sourcils et me dit que le mot Genius ne veut pas tout à fait dire "génie", mais plutôt "esprit protecteur", ou encore la virilité de l'homme (sa descendance).
Alors je suppose que, sur le revers de ma monnaie, il s'agit d'un esprit protecteur ou une petite divinité protectrice.

Selon vous quelle est la traduction exacte ou la signification exacte de ce texte au revers de cette monnaie; de ce Genio Populi Romani ? Ce texte revenant très souvent quand on parle des empereurs romains. Il devait bien y avoir une signification particulière à ce fameux Genius ?

genius-

RÉPONSE :

Et bien, les souvenirs de latin-maths de votre fils sont fort bien conservés ! Si j'étais prof, je lui donnerais… euh… allez (vogelpick !)… 8.5 sur dix !

En effet, si j'en crois les quelques bouquins que j'ai consultés (car, quant à moi, mes souvenirs scolaires sont assez flous), chez les Romains, le génie, c'était d'abord la force qui permettait à l'homme d'engendrer (pour la femme, cette force génésique s'appelait la Junon).

Il faut aussi signaler que si un Romain s'exclamait : "le lit, c'est génial !", il ne fallait pas automatiquement en déduire que l'on avait affaire à un obsédé sexuel; dans le genre de Caligula ou de Néron. Que nenni ! En fait, l'honnête et banal lit conjugal étant souvent qualifié de "génial" (en latin : lectus genialis), ce bonhomme voulait simplement dire qu'il aimait partager la couche de sa légitime épouse.

À l'origine, les "Génies" étaient donc des petites divinités personnelles, mais au fil du temps, ils étendirent leur sphère d'influence à des collectivités de plus en plus nombreuses. D'abord, le Génie du chef de famille devint celui de la maisonnée tout entière (le jour de l'anniversaire du pater familias, toute la familia se réunissait et vénérait le "Génie de la maison" - représenté sous la forme d'un serpent ou d'un homme en toge portant une corne d'abondance). Ensuite, comme le Génie du chef de famille semblait capable de protéger toute une famille, on trouva normal que des lieux ou des corporations disposent de leur Génie particulier. Et puisque des Génies présidaient à des carrefours, à des quartiers de la Ville, il était logique que le Peuple de Rome lui-même eut son Génie spécifique…

Cela dit, il est assez difficile de savoir ce représentait réellement ce Génie du peuple romain.

C'était la force conquérante de Rome, mais aussi le culte de l'empereur divinisé ; sur certaines monnaies, le Génie du peuple romain est représenté sous les traits de l'empereur régnant.

Dans d'autres cas, ce Génie symbolisait seulement tout ce qui faisait la grandeur de Rome ; un peu comme quand nos voisins d'outre-Quiévrain évoquent leur fameux "génie français"…

Cependant, le Génie du Peuple romain pouvait être tout autre chose qu'une simple allégorie ; il pouvait parfois prendre une forme très concrète. C'est ainsi que l'empereur Julien l'Apostat le rencontra à deux reprises, "en chair et en os", si j'ose dire… La première fois, à Lutèce, le Génie apparut pour lui conseiller d'accepter la pourpre impériale que lui offraient les soldats révoltés ; la seconde apparition eut lieu en Perse, juste avant la dernière bataille : Julien vit le Génie du Peuple romain se couvrir la tête d'un pan de sa toge et s'éloigner, lugubre.

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22 Juin 2003

Jacqueline (site Divertissements à Rome) a écrit : 

À tout hasard, voici un site sur Rome qui vaut le détour :

Roma - Rome
Auteur :

Denise Van Bignoot, une Gantoise, qui vit à Cannes depuis 1976 et qui séjourne régulièrement à Rome.

Ce site fournit des informations pertinentes, inattendues, et sur l'histoire, et sur la ville de Rome.

Una dulcia !

site roma - rome

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25 Juin 2003

SCH a écrit : 

Que sait-on du pouvoir consenti aux assemblées du peuple dans le Droit romain ?

Les assemblées convoquées pouvaient-elles exercer le rôle de juré ?

Quel rôle etait reconnu légalement a la vox populi ?

RÉPONSE :

Ces assemblées populaires (les comices) sont des institutions propres à la République romaine. Sous l'Empire - période historique à laquelle s'intéresse ce site Internet -, même si on les laisse "survivoter", elles ne jouent plus aucun rôle politique ; l'empereur, tribun du peuple à vie n'est-il pas le porte-parole et le protecteur de la Plèbe ?

Voici néanmoins les quelques renseignements (d'ordre très général) sur ces comices que j'ai pu trouver dans ma modeste documentation :

À Rome, les comices étaient l'assemblée du peuple tout entier, l'assemblée des citoyens. Ils constituaient donc l'élément démocratique de la "constitution" romaine. Cependant, l'État romain restait bien de nature oligarchique et les limitations à l'expression démocratique des comices étaient nombreuses : ils ne pouvaient se réunir que les jours "comitiaux", après proclamation et affichage officiels ; de nombreux citoyens renonçaient donc à "tout plaquer" afin se trouver à Rome au jour et à l'heure fixés. En outre, les résolutions des comices devaient être ratifiées par le Sénat.

Le peuple étant divisé en curies, centuries et tribus, il existait trois types de comices : les comices curiates, les comices centuriates et les comices tributes. Lorsque le peuple était convoqué en masse et non en groupes particuliers, l'assemblée portait le nom de contio ; il s'agissait alors d'une réunion informelle, le peuple se contentant d'écouter des orateurs à propos de questions politiques ou judiciaires. Lorsque l'assemblée du peuple était convoquée par groupes, cela s'appelait un concilium ; il ne réunissait que les plébéiens chargés d'élire leurs propres magistrats. Les comices tributes ont sans doute fini par remplacer cette assemblée.

Selon la légende, les comices centuriates auraient été créés par Servius Tullius (roi de Rome de 578 à 535 av. J.-C.) sur base des centuries des légions romaines, mais, en réalité, leur création serait postérieure à 450 av. J.-C. Ces comices centuriates étaient organisés de manière à donner la prépondérance aux classes aisées : la première classe (celle des citoyens riches) comprenait 98 centuries sur un total de 193 et elle votait toujours en premier (système de la centurie "prérogative") ; ce vote était par ailleurs réputé inspiré par les dieux.
Les comices centuriates élisaient les magistrats supérieurs et votaient certaines lois. Ils avaient le droit de déclarer la guerre, pouvaient légiférer (sur les propositions des consuls ou des autres magistrats détenant le pouvoir de commandement, l'imperium), et faisaient office de cour d'appel contre la peine capitale. À l'origine, leurs pouvoirs législatifs étaient limités par le droit de veto du Sénat, mais la loi Publia (339 av. J.-C.) ayant exigé que le Sénat ratifiât à l'avance les propositions qui lui étaient soumises, cette ratification devint une simple formalité. Les comices centuriates étant à l'origine une armée, ils ne pouvaient se réunir à l'intérieur de la Ville ; ils s'assemblaient donc le Champ de Mars (dans les saepta ou enclos de vote) ; là, les citoyens pouvaient porter les armes

Depuis l'époque royale, le peuple romain était divisé en trente "Curies", circonscriptions ou communautés locales dont la réunion constituait l'assemblée populaire, les comices curiates. Ces comices n'avaient pas de pouvoir législatif, mais se réunissaient pour entendre les affaires communautaires et sanctionnaient de manière formelle les questions importantes (déclaration de guerre, par exemple). Ils ratifiaient officiellement, par la lex curiata de imperio, l'attribution des pouvoirs aux magistrats supérieurs nouvellement désignés. Ils s'occupaient également des cas d'adoption, le transfert d'une famille patricienne à une famille plébéienne, de l'élection à certains sacerdoces, et d'autres affaires religieuses. À la fin de l'époque républicaine, les réunions des comices centuriates étaient purement formelles ; une assemblée de trente licteurs constituait un quorum suffisant.

Le nom exact des comices tributes était concilium plebis. C'était l'assemblée générale de tous les plébéiens, réunis par tribus (35 tribus). Les patriciens étaient exclus de cette assemblée dont la fondation remontait au milieu du Ve siècle av. J.-C. Les comices tributes élisaient les magistrats inférieurs et, surtout à partir de 287 av. J.-C., votaient la plupart des lois. Ils se réunissaient à l'origine sur le Comitium, lieu consacré en bordure du Forum, près de la Curie et des Rostres, la tribune aux harangues : à la fin de la République, ils se rassemblèrent sur le Forum même.

(Sources : Université d'Oxford, Dictionnaire de l'Antiquité [sous la direction de M. C. Howatson], Éditions Robert Laffont, coll. Bouquins - Dictionnaire de l'Antiquité grecque et romaine [sous la direction de Jean-Paul Thuillier], Hachette)

Pour plus d'infos, vous pouvez également consulter ces quelques sites :

  • etudroit.com - Institutions politiques romaines : Clic !
  • CLIO-HIST - Les institutions romaines au IIe s. av. J.-C. : Clic !
  • lasicileantique.ifrance.com - Comices : Clic !
  • ac-reims.fr/rocroi-maubert/ - Les institutions romaines sous la République : Clic !
  • france.com/Vitellus/ - Le gouvernement romain : Clic !
  • Yahoo ! Encyclopédie - les Comices : Clic !
  • Historia Presse - La démocratie romaine à la loupe : Clic !
  • … et aussi, à cette page de ce site, un texte de la fin du IVe siècle ap. J.-C. qui décrit, de manière fort dégoûtée d'ailleurs, ces tumultueuses assemblées populaires : Clic !

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