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Mars 2003 (page 2/3)

Sommaire du mois de Mars : Clic !

 

 

11 Mars 2003

Sandra a écrit : 

Je suis à la recherche d'une illustration de la couronne de laurier de César et si possible la signification de cette couronne

RÉPONSE :

À la page que le site wildwinds.com consacre au monnayage de Jules César (Clic !), vous trouverez de nombreuses images de monnaies où le dictateur est représenté le front (dégarni) ceint de sa fameuse couronne de laurier (par exemple : Clic ! ou Clic !, mais il y en a bien d'autres).

Quant à la signification de cette couronne de laurier, elle est assez simple. Le laurier étant l'arbre d'Apollon, le dieu des arts et des sports, le dieu de la Lumière, de la victoire du Soleil contre les Ténèbres, du Bien contre le Mal. Il était donc tout naturel d'attribuer des couronnes de laurier à tous les vainqueurs - ceux des Jeux olympiques ou des joutes artistiques -, et, aussi naturellement aux généraux romains à qui étaient accordés les honneurs de Triomphe. En exterminant les ennemis de Rome, n'avaient-ils pas, à l'instar d'Apollon, vaincu les forces des Ténèbres - l'Axe du Mal dirait notre ami Bush ?

Comme vous voyez, il n'y a pas grand-chose de nouveau sous le soleil !

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14 Mars 2003

Maryline a écrit : 

Dans quels textes, chez quels auteurs, puis-je trouver une description de Poppée, de son caractère, de sa relation avec Néron ?

J'ai trouvé une référence chez Suétone, ainsi que chez Tacite, mais il n'y a pas assez de détails à mon goût.

RÉPONSE :

Malheureusement le cas de Poppée est similaire à bien d'autres personnages du règne de Néron (Pétrone, Tigellin, Acté…) : les auteurs antiques sont beaucoup moins prolixes à leur sujet que l'on ne l'imagine communément. Les films nous les ont montrés comme s'ils étaient encore vivants, les romans nous ont décrit par le menu toutes leurs intrigues, jusqu'aux moindres ressorts psychologiques de leurs actions, mais tout cela n'est le plus souvent que le fruit de l'imagination des écrivains et des scénaristes. Et quand se replonge dans les textes antiques, on est tout étonné de constater qu'en réalité, la grande histoire ne sait rien - ou presque - de ces personnages que l'on croyait pourtant si "accessibles".

Heureusement donc qu'il existe d'excellents historiens pour tirer la quintessence de cette maigre documentation ! Ainsi, par exemple Eugen Cizek qui, dans son non moins excellent livre sur Néron (Éditions Arthème Fayard, 1982), exploite au mieux les sources antiques, souvent laconiques (sinon lacunaires) pour nous tracer un portait aussi réaliste - et aussi détaillé - que possible de celle jolie Poppée qui fut la seconde épouse de Néron.

poppaea

Mais avant d'aborder le caractère, la psychologie de la belle impératrice, voici quelques éléments purement biographiques, tirés eux aussi du Néron de Cizek, mais que je me suis permis de résumer quelque peu :

Un peu plus âgée que Néron, Poppée était la file de Titus Ollius, un sénateur, ancien ami de Séjan, exécuté lors de l'épuration qui suivit la chute du puissant préfet de Tibère. Sabina Poppæa, comme elle s'appelait désormais d'après le nom de son aïeul maternel, haïssait donc Agrippine puisque sa famille était l'ennemie "héréditaire" de celle de Germanicus

Elle épousa d'abord Rufrius Crispinus, un chevalier romain ancien préfet du prétoire, mais en divorça pour convoler en secondes noces avec Othon, un des principaux favoris de Néron. Elle fut alors admise à la cour, où elle séduisit très vite le Princeps encore à peine sorti de l'adolescence… à moins qu'Othon ne lui ait bien "vendu" sa jeune et jolie épouse. Quoi qu'il en soit, le mari de la nouvelle favorite impériale fut bien vite envoyé gouverner les Lusitaniens (pour plus de détails sur cette affaire, voyez ici : Clic !)

Néron attendit l'année 62 pour épouser Poppée, douze jours après avoir divorcé d'Octavie (Suétone., Vie de Néron, 35, 5). L'amour de l'empereur pour sa jolie impératrice toute neuve ne cessa de grandir. Pline l'Ancien (Histoires naturelles, 37, 50) prétend même qu'il lui écrivit un poème où il chantait ses cheveux d'ambre. Autre preuve de cet amour fou : Poppée reçut officiellement le titre d'Augusta en 63 (alors qu'Octavie n'avait jamais reçu cet honneur). De plus des monnaies furent frappées à son effigie (pour le monnayage de Poppée, voir ici : Clic !).

Et pour en venir à cet aspect psychologique qui vous intéresse plus particulièrement chez Poppée, voici ce qu'Eugen Cizek écrit :

   

"Poppée était intelligente, spirituelle mais sans scrupules, et d'une exceptionnelle beauté dont elle prenait tout particulièrement soin. Elle avait même inventé une pommade spéciale pour entretenir son teint et, devenue impératrice, elle se baignait dans le lait de cinq cents ânesses (Juvénal, Satires, 6, 462 ; Tacite, Annales, 13 : 45, 1-7 ; Dion Cassius, 62, 28) (…)

Le crédit dont jouit Poppée à la cour, avant comme après son mariage, fut loin d'être négligeable. (…) Poppée n'était néanmoins ni Messaline ni Agrippine: Jamais elle ne joua un rôle politique comparable au leur sous Claude. Néron se laissant assez peu guider par les femmes, son influence fut moindre et se limita à encourager le prince dans la voie de la répression lorsqu'il s'agissait de sévir. Présente à ses côtés pour châtier les factieux de la conjuration de Pison, elle le fut également quand Néron prit la décision d'éliminer Sénèque. Rapportant cette scène, Tacite ne manque pas de rappeler qu'elle et Tigellin étaient les « conseillers intimes du prince dans ces cruautés » (Annales, 15 : 61, 4).

Peu influente politiquement, Poppée en revanche brillait à la cour par son intelligence et sa beauté. Elle partageait le goût du faste et de l'Orient de Néron et encourageait son hellénisme. Tout comme son ancien mari, Othon, elle était passionnée d'astrologie et fascinée par le culte de la déesse Isis. Sans être pour autant une adepte du mosaïsme, elle protégea les Juifs, parmi lesquels elle comptait nombre d'amis. Flavius Josèphe la disait « pieuse », autrement dit très favorable au judaïsme (Antiquités Judaïques, 20 : 8, 11). Sans doute est-ce exagéré. Poppée était surtout philorientale et les Juifs, par leur dynamisme mais aussi par l'attrait qu'exerçait leur étonnante religion, jouaient un rôle important en Orient et à Rome. Les funérailles qu'on réserva à l'impératrice comportaient des rites orientaux qui indignèrent les vieux Romains, rites sans doute davantage égyptiens que judaïques (Tacite, Annales, 16 : 6, 2). Comme Néron et même plus que lui, Poppée semble d'ailleurs avoir penché pour une synthèse de ces deux religions en rivalité de par leur égal rayonnement en Orient (…)

Au mois de janvier 63, Poppée mit au monde une fille, Claudia Augusta, qui mourra, comme l'on sait, au bout de quatre mois (M. Smallwood, n' 24, se référant aux Actes des Arvales, et Tacite. Annales, 15 :23 ; Suétone, Néron, 35, 6). La naissance de l'enfant donna lieu à de magnifiques fêtes. Après sa mort, des temples lui furent élevés, des prêtres furent attachés à son culte et on lui rendit les honneurs divins.

L'année suivante, probablement durant l'été et après les jeux néroniens, Poppée, de nouveau enceinte, meurt à son tour. A-t-elle été, comme le suggère Tacite, « victime d'un emportement de son époux » et du « violent coup de pied » qu'il lui aurait donné ? Si c'est le cas, nous ne pensons pas que ce fut volontaire de la part de Néron. Sans doute l'impératrice mourut-elle en fait des suites d'un malheureux accident survenu pendant sa grossesse. Le prince resta d'ailleurs fidèle à sa mémoire et continua de l'aimer. Ses obsèques furent somptueuses, Néron y prononça une vibrante oraison funèbre et organisa l'apothéose de cette singulière femme (Tacite, Annales, 16 : 6 ; Suétone, Néron, 35, 5 ; Dion Cassius, 62 : 26-28 ; 63 : 9, 5).

livre cizek

Malgré les efforts des historiens pour cerner sa personnalité, l'étrange Poppée conserve de nos jours encore son mystère."

(Eugen Cizek, Néron, librairie Arthème Fayard, 1982).

Un mystère… on ne peut mieux dire !

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17 Mars 2003

Solio a écrit : 

Je cherche de la documentation sur FAUSTINA senior.

Je n arrive pas à en trouver.

Pouvez-vous m aider ?

RÉPONSE :

Je dois avouer que je n'ai pas effectué de recherches fort approfondies à ce sujet, mais je ne pense pas qu'il existe grand-chose sur le Net concernant Faustine l'Ancienne, la digne épouse du non moins digne empereur Antonin le Pieux. Il faut aussi dire que, faute de sources historiques contemporaines, les impératrices romaines du IIe siècle sont assez mal connues… Et en particulier cette Faustine, flanquée qu'elle était de Antonin de mari, personnage presque falot à force d'être si "politiquement correct" !

Voici donc à peu près tout ce que l'on sait d'elle :

Comme vous le verrez en consultant le tableau généalogique de la dynastie dite "des Antonins" (voir ici : Clic !), Faustine l'Aînée était la nièce de l'impératrice Sabine (épouse d'Hadrien). De son mariage avec Antonin naquit (au moins) une file : Faustine la Jeune, qui épousa Marc Aurèle, l'empereur-philosophe.

Il faut croire qu'Antonin le Pieux aimait beaucoup sa Faustine car, dès qu'il devint empereur (après la mort d'Hadrien qui était devenu son père adoptif), il lui accorda le titre d'Augusta (= impératrice sacrée) et fit frapper de nombreuses monnaies à son effigie.

faustine l'ancienne

Faustine dut aussi être fort aimée de son peuple car elle se serait beaucoup "investie dans l'humanitaire" (comme on dit aujourd'hui). Elle aurait en particulier institué un fonds destiné à venir en aide (nourriture, éducation) à de pauvres jeunes filles romaines. L'on appellera d'ailleurs ces malheureuses donzelles les "Filles de Faustine" (en latin Puellae Faustinianae).

"Ce sont les meilleures qui s'en vont les premières"... L'impératrice Faustine l'Ancienne mourut dès la troisième année du règne de son époux (en 140 ou 141 ap. J.-C.). L'empereur, le Sénat et le peuple romains la pleurèrent et, reconnaissants, lui accordèrent aussitôt les honneurs de l'Apothéose. Elle fut donc mise au rang des divinités et, pour confirmer son nouveau statut, on érigea un temple en son honneur (qui devint plus tard le "Temple d'Antonin et de Faustine", et dont on peut encore admirer la façade aujourd'hui - voir sur le site "Maquette de Rome" : Clic !). Le Sénat et l'empereur honorèrent encore en organisant des jeux du cirque à sa mémoire et en ordonnant que son image soit exposée lors de tous les jeux qui suivraient. L'Histoire Auguste, prétend même que le Sénat proposa de donner au mois de septembre les noms de Faustine et d'Antonin, mais que l'empereur, modeste (cela va de soi - il avait toutes les qualités, cet Antonin !), refusa cet honneur… Cependant, il ne faut pas toujours croire sur parole l'Histoire Auguste, un recueil de biographies assez tardif (fin du IVe siècle au bas mot) et souvent très fantaisiste !

Si les monnaies frappées à l'effigie de Faustine vous intéressent - et si vous lisez l'anglais - vous trouverez sans doute d'utiles renseignements dans cette courte notice que l'excellent site "The Throne of the Cæsars" lui consacre (Clic !). Voyez également cette page du site wilwinds.com où vous trouverez de nombreuses représentations de ces forts jolies pièces . Clic !

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19 Mars 2003

Anne a écrit : 

Je voudrais savoir quels sont les principaux traits de caractère d'Hadrien.

RÉPONSE :

En farfouillant un peu dans mes archives, j'ai déniché ce petit texte qui parle d'Hadrien, et plus précisément de son caractère. Je te le soumets donc :

"Intellectuellement Hadrien était un homme supérieur. Doué d'une mémoire prodigieuse, il se rappelait les noms des gens qu'il n'avait vus qu'une fois, pouvait réciter les livres qu'il venait de lire et connaissait les comptes publics dans leurs détails. Il savait tout, ou croyait tout savoir, la poésie et la littérature, l'arithmétique et la géométrie, la peinture, la musique et le chant, l'architecture et l'art de la guerre. Ses dons étaient servis par une résistance physique peu commune et par une facilité de travail qui lui permettait de lire, de dicter et de discuter en même temps. Épris d'hellénisme, attiré par la beauté et le mystère, curieux de tout et sans préjugé, il était aussi prompt à réaliser que hardi dans ses conceptions. Au total, si son goût est parfois jugé contestable, sa puissante personnalité et la diversité de ses talents séduisent les Modernes.

Son caractère ne valait pas son intelligence et les contemporains n'ont pas aimé Hadrien. Son ambition était extrême autant qu'habile, et il est hors de doute qu'il a intrigué auprès de Trajan. Il ne pouvait pas supporter l'idée qu'on lui fût supérieur, qu'il s'agisse de grammaire, d'architecture ou d'échange de cadeaux. Généreux pour les petits, il était porté à la jalousie et, comme il était capable de cruauté (ainsi qu'on le soupçonnait et que l'ont révélé ses dernières années), sa fréquentation était dangereuse. De plus sa curiosité l'incitait à percer les secrets d'autrui, sa versatilité lui faisait détester rapidement ceux qu'il avait aimés et son égoïsme lui épargnait les devoirs de la reconnaissance.

Ses qualités et ses défauts ne pouvaient le mettre à la remorque : au besoin, il aurait pris une position contraire plutôt que de s'en tenir à des idées reçues ou suggérées. (…)

Partout on trouve la trace de son intelligence organisatrice et généreuse (…) Et tout cela en jouissant de la vie, car il était homme de plaisir, aimant la chasse avec passion, les raffinements de la sobriété comme ceux du luxe, et son bel Antinoüs. Plus capable d'affronter le danger et la mort que la souffrance et le déclin, il eut une fin difficile (…) : on eut du mal à empêcher son suicide.

En somme, un homme de génie doué d'un caractère difficile et un grand empereur mal apprécié".

(Jean-Marie Engel, L'Empire romain, PUF, Coll. Que sais-je, n° 1536).

livre engel

Hadrien était donc un surdoué, doté d'une mémoire prodigieuse ainsi que d'une stupéfiante puissance de travail. Tout cela doublé d'un esthète, non seulement ami de l'art grec, mais curieux de tout. Revers de cette médaille, ce prodige très conscient de sa supériorité intellectuelle, pouvait se montrer prétentieux, voire pédant. Il supportait mal la concurrence d'autres personnes de talent. Généreux de nature, il abhorrait l'ingratitude (sauf la sienne) et la châtiait avec une rigueur. Son insatiable curiosité pouvait se transformer en indiscrétion malsaine et suspicieuse. Il aimait les plaisirs de la vie, se montrant aussi curieux dans ce domaine que dans tous les autres.

Il n'y a qu'un point de ce portrait sur lequel je me permettrais de mettre un bémol.

Jean-Marie Engel dit qu'Hadrien "était capable de cruauté"…. Outre le fait, que, finalement, absolument tout le monde en est un jour ou l'autre "capable", de cruauté, il n'est pas sûr qu'Hadrien (même à la fin de sa vie) se soit montré plus "cruel" que d'autres empereurs, même ceux qui sont réputés "bons"… En fait, cette réputation vient du fait que, dans les dernières années du règne d'Hadrien, alors que sa santé déclinait, l'opposition sénatoriale releva la tête. L'empereur réagit vigoureusement à cette menace en décapitant (au propre comme au figuré) ce mouvement réactionnaire qui menaçait ses projets successoraux, et, partant, la stabilité future de l'empire.

Mais, malheureusement, l'autobiographie originale d'Hadrien étant perdue (il ne reste plus que celle reconstituée par Marguerite Yourcenar), nous ne connaissons plus l'histoire de sa vie que par les récits d'historiens antiques qui, tous, sont favorables au Sénat et qui, partiaux, estimèrent qu'Hadrien avait agi "cruellement" en abattant quelques têtes qui complotaient contre lui.

Fallait-il pour leur plaire que lui et ses successeurs putatifs "tendent l'autre joue" et se laissent tuer comme agneaux à l'abattoir ? (Je ne sais pas si tu as vu ce lien, mais j'évoque déjà un peu cette question dans cette page de mon site : Clic !).

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19 Mars 2003

Ben a écrit : 

Aucun site (même le vôtre !) n'a pu satisfaire ma curiosité sur un point, alors peut-être pourrez-vous m'éclairer… Voilà, l'homosexualité masculine, comme chacun le sait, était monnaie courante chez les Romains, et l'arrivée du christianisme a inévitablement sonné le glas de la liberté des mœurs. J'aimerais savoir quelles en ont été les répercussions concrètes, mais aussi connaître les dates, les lois et les décrets relatifs à ce changement, et aussi le nom des empereurs qui les ont promulgués. Merci !

RÉPONSE :

J'ai déjà eu l'occasion de parler d'homosexualité dans mon site, en particulier de celle de Jules César (Clic !), ou de celle de Marc Aurèle (Clic !). En outre, dans la toute nouvelle page consacrée à l'hypothétique appartenance de Philippe l'Arabe à la religion chrétienne (Clic !), j'évoque également - on se rapproche de ce qui vous intéresse - son décret interdisant la prostitution masculine et dans lequel certains voient peut-être le souci de cet empereur d'instaurer de "bonne mœurs" chrétiennes à Rome. Mais, naturellement, même si ces réponses fournissent quelques renseignements sur la perception de l'homosexualité dans l'Antiquité romaine, elles ne résolvent pas le problème qui vous préoccupe…

En réalité, ce qui est compliqué dans cette histoire, ce n'est pas de tellement savoir quand l'homosexualité fut interdite par le pouvoir impérial. Pour cela, quelques lignes en fin de ce mail suffiront. La question la plus controversée consiste à se demander dans quelle mesure, et sous quelles conditions l'homosexualité était tolérée dans l'Antiquité romaine.

Nous ne pourrons certainement pas résoudre ici ce problème complexe, mais on peut au moins essayer de décrire en quelques mots les positions, radicalement antagonistes, des "païens" et des Chrétiens face à l'homosexualité.

Vous écrivez que "l'homosexualité était monnaie courante chez les Romains". Vous avez raison, et d'ailleurs, les auteurs antiques parlent beaucoup. Mais il ne faut pas croire pour autant que, dans l'Antiquité, toutes les formes d'homosexualité (masculine uniquement, car les textes antiques ignorent superbement l'homosexualité féminine) étaient tolérées, que ce soit moralement ou légalement.

Tout d'abord, la vieille loi Scantilla, qui datait de 149 av. J.-C. et qui protégeait les adolescents de naissance libre des concupiscences sexuelles adultes, resta en vigueur sous l'Empire (elle fut même réactualisée par Auguste). C'est vous dire que s'il avait vécu à Rome, le philosophe Socrate aurait fait une carrière encore moins longue qu'à Athènes !

Cependant, malgré son apparence "morale" cette loi visait moins à protéger l'intégrité physique ou psychologique des purs jeunes gens qu'à empêcher qu'un citoyen romain ne soit traité comme un esclave. Car, bien sûr, avec les esclaves, tout était permis… si du moins le citoyen restait le partenaire actif !

En effet, comme l'écrit le célèbre historien Paul Veyne : "Un mépris colossal accablait (…) l'adulte mâle et libre qui était homophile passif ou, comme on disait « impudicus » (tel est le sens méconnu de ce mot). Cette société ne passait pas son temps à se demander si les gens étaient homosexuels ou pas ; mais elle prêtait une attention démesurée à d'infimes détails de toilette, de prononciation, de gestes, de démarche, pour poursuivre de son mépris ceux qui trahissaient un manque de virilité, quels que fussent leurs goûts sexuels. On aurait tort de regarder l'Antiquité comme un paradis de la non-répression et de s'imaginer qu'elle n'avait pas de principes ; simplement ses principes nous semblent ahurissants, ce qui devrait nous faire soupçonner que nos propres convictions ne valent pas mieux". (Paul Veyne, Rome, une société d'hommes - in revue L'Histoire n° 221, mai 1998, p. 37).

On ne peut mieux dire en peu de mots !

Mais la religion chrétienne, quant elle, rejetait catégoriquement toute forme d'homosexualité masculine. Elle avait repris à son compte les interdits mosaïques : "Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu'ils ont fait tous les deux est une abomination ; ils seront mis à mort, que leur sang retombe sur eux" (Lévitique, 20 : 13). Ou encore : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme ; ce serait une abomination" (Lévitique, 18 : 22).
En outre, et comme si cela ne suffisait pas, le bon "apôtre des Gentils" saint Paul en avait remis une couche ! Selon lui, les chrétiens qui se livrent à des actes contre nature sont absolument indignes du Royaume des Cieux (I Cor, 6 : 9). Quant aux païens qui ont "remplacé la majesté du Dieu incorruptible par des images représentant l'homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles", et bien, le bon Dieu les punit "en les livrant à l'impureté au gré des convoitises de leur cœur". C'est-à-dire que, pendant que leurs femmes changent "l'usage naturel en un autre qui est contre nature", ces maudits païens, dépravés comme pas un, entretiennent "d'homme à homme des relations infâmes, et reçoivent en leur corps un salaire digne de leur égarement"… Et en punition de telles abominations, ils connaîtront le jugement de Dieu qui "déclare dignes de mort ceux qui accomplissent de tels actes". (Romains, I : 23-32).

Comme je dis toujours en ces cas-là : "Doux Jésus !"

Bon, heureusement, à l'époque du bon saint Paul, les Chrétiens n'étaient pas encore assez influents pour anticiper le (présumé) jugement de Dieu et expédier au bûcher tous les homos, sodomites et autres "pauvres bougres". Et quand ils commencèrent à le devenir, à l'époque de Constantin, ils n'osèrent pas, de but en blanc, imposer cette morale judéo-chrétienne radicale : il leur fallait d'abord s'organiser, asseoir leur puissance, bref, ménager encore les susceptibilités païennes.

À ma connaissance, la première condamnation officielle de l'homosexualité par l'Église chrétienne fut prononcée par le concile d'Elvire (Espagne) en 306. Elle était encore très modérée puisque, reprenant les termes de la vieille loi Scantilla, elle se bornait à exclure de la communion chrétienne "tout homme qui souillait un jeune garçon".

Ce n'est qu'à la fin du IVe siècle (en 390 pour être précis) que l'empereur très chrétien Théodose le Grand promulgua l'édit qui vouait tous les homosexuels à la mort par les flammes (Cod.Theod. IX. 7). Cet édit sera repris, expliqué et amplifié par dans les codes de l'empereur byzantin Justinien. Vous trouverez ces textes à cette page (Clic !)… mais seulement en traduction anglaise. De mon côté, je n'ose risquer une traduction française car mon anglais est un peu "court" pour ces textes juridiques. Mille excuses !

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20 Mars 2003

Ramaille a écrit : 

Je me demandais : pour quelles raisons objectives "Pontifex Maximus" aurait-il laissé son pouvoir au pape de l'église romaine ? D'autant qu'il me semble après avoir lu vos pages, que l'autorité de "Pontifex maximus" n'était pas remise en cause, mais qu'au contraire, les différents schismes chrétiens recherchaient son arbitrage.

RÉPONSE :

Je me serai donc mal exprimé…

En fait, le Pontifex Maximus, c'est-à-dire le "Prêtre suprême", était, à l'origine, le magistrat (élu) chargé de veiller à ce que le culte de la religion officielle romaine (païenne, bien sûr - rien à voir avec l'Église chrétienne !) soit accompli conformément aux rites prescrits. Dans l'esprit des Romains, seule cette conformité minutieuse garantissait la bienveillance des dieux envers Rome. Ce Pontifex maximus romain, simple fonctionnaire, ne devait pas nécessairement "avoir la foi". Du moment qu'il faisait correctement son boulot et veillait scrupuleusement à ne pas susciter l'ire des dieux en laissant les cérémonies se dégénérer en n'importe quoi, notre Pontifex maximus pouvait penser, par exemple, que Jupiter Capitolin, Junon, Vesta et tout le toutim, tout cela n'était qu'une vaste arnaque, et même proclamer ses opinions irréligieuses à tout venant sur le Forum ; tout le monde s'en fichait éperdument.

Jules César, puis, après lui, tous les empereurs romains exerceront cette charge qui représentera ainsi la composante religieuse de leur pouvoir absolu - l'empereur romain étant aussi, d'autre part, commandant en chef des forces armées (Imperator), président du Sénat (Princeps), représentant suprême et inviolable du peuple romain (Tribunus plebis), et juge suprême (Censor).

Ce fut l'empereur chrétien Gratien (367 - 383) qui renonça au titre de Pontifex maximus, mais sans le transmettre pour autant à l'évêque de Rome… Comme je vous le signalais dans notre dernière correspondance (Clic !), cela c'est de la pure fiction ! Bien sûr, les papes reprendront ce titre, mais bien après la chute de l'Empire romain. Je crois qu'ils ne se nommeront ainsi que vers la fin du Moyen Age ou au début de la Renaissance (XVe - XVIe siècle) ; avant cela, ils se désigneront plutôt comme "Consul du Christ", "Vicaire de Dieu" ou "Serviteur des Serviteurs de Dieu".

Pour le reste, vous avez raison : dès la fin du IIIe siècle, l'évêque de Rome (que l'on appellera bientôt le "pape", mais qui ne porte pas encore à cette époque le titre de Pontifex maximus des Chrétiens) bénéficia d'un grand prestige, et les évêques d'autres provinces de l'Empire romain - ainsi que les empereurs, quand ils furent devenus chrétiens - leurs demandèrent bien souvent d'arbitrer des conflits dogmatiques… Mais les empereurs romains ne leur laissèrent pas pour autant la moindre parcelle de leur pouvoir, ni leur pouvoir temporel sur Rome et son Empire, qui avait été "pris d'assaut" par les Barbares, ni leur pouvoir spirituel de "Pontifex maximus", qui s'était littéralement évaporé à mesure que le christianisme triomphait.

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25 Mars 2003

Annie a écrit : 

Je ne parviens pas à traduire cette inscription gravée sur la plaque d'un esclave :

TENEMEQUI
AFVCIETREBOC
AMEINBIALATA
ADGEMELLIN
VMEDICV

Pourriez-vous m'éclairer ? Je vous en remercie vivement par avance.

RÉPONSE :

Malheureusement, la traduction d'une telle inscription dépasse largement mes très faibles compétences épigraphiques. Je vais donc soumettre ce texte à la sagacité des internautes via les pages "Courrier" de mon site, et, le cas échéant, je ne manquerai de vous informer des renseignements qui me seraient communiqués.

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