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Janvier 2003 (page 2/3)

Sommaire du mois de Janvier : Clic !

 

11 Janvier 2003

Michel Eloy a écrit : 

Plusieurs internautes vous ont demandé votre avis à propos de Murena, la BD de Jean Dufaux (scénariste) et Philippe Delaby (dessinateur) qui, actuellement, "fait un malheur"… Comme, d'une part, vous vous êtes déclaré incompétent en la matière, et que, d'autre part, la BD et le cinéma sont mon domaine (voir site Cinérivage), je vais tenter de répondre à votre place dans une (copieuse) réponse en deux parties :

 DE MURENA À LOLLIA PAULINA :
  • I. Murena : un héros de papier - La BD Murena proprement dite, soit la vie de Néron vue par Dufaux et Delaby : Clic !
  • II. Les lolos de Lollia : il y a murène sous roche… - Dufaux et Delaby ont eu la curieuse idée de faire de leur héros de papier Lucius Murena le fils d'un personnage historique, Lollia Paulina qui, justement, est restée dans la mémoire des historiens pour n'avoir jamais porté d'enfant ! Et voici que près de deux mille ans après son (éphémère) mariage avec Caligula et ses intrigues pour remplacer Agrippine dans le lit du vieil empereur Claude, la belle, mais stérile, Lollia Paulina accouche enfin d'un merveilleux petit héros de papier : Lucius Murena. Voilà une gestation qui ferait pâlir d'inquiétude les derniers éléphants d'Afrique, en voie d'extinction ! : Clic !

livre murena

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12 Janvier 2003

Emeline a écrit : 

Je cherche le nom d'un auteur latin tardif, qui aurait écrit des textes historiques sur la décadence de l'empire et sur la chute de l'empire romain d'occident. Je cherche désespérément et je ne trouve pas ce que je veux, si vous pouvez m'aider ! Merci beaucoup.

RÉPONSE :

Avec aussi peu d'informations, il est difficile d'être sûr à 100% , mais ne s'agirait-il pas d'Ammien Marcellin ?

Ammien Marcellin (vers 330-395 ap. J.-C) fut le dernier grand historien latin, car c'est bien en latin qu'il écrivait bien qu'il fût un Grec d'Antioche (en Syrie).

Il est l'auteur d"Histoires" en 31 livres, qui couvrent la période qui va 96 à 378 ap. J.-C., soit de la mort de Domitien à la bataille d'Andrinople, où l'empereur Valens fut battu et tué par les Goths. Malheureusement, les treize premiers livres sont perdus, et seuls nous restent ceux qui traitent des événements contemporains d'Ammien, événements dont l'historien fut souvent le témoin direct puisqu'il fut soldat sous les ordres de plusieurs empereurs. C'est dire que, malgré leur caractère lacunaire, et bien que le style ne soit pas toujours à la hauteur du propos. les Histoires d'Ammien Marcellin constituent une source documentaire précieuse (voire irremplaçable) sur l'Antiquité tardive.

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12 Janvier 2003

Camille a écrit : 

Je vous écris pour vous dire, comme certainement tant d'autres, combien j'ai apprécié votre site. Je dis bien "apprécié", au passé, parce que ça y est, j'ai tout lu ! Depuis des mois, petit à petit, comme un bon vieux bouquin. J'ai même relu certaines biographies ! D'ailleurs vous dites à un endroit que "200.000 visiteurs ont parcouru près de 600.000 pages". Je me pose donc cette question : comment font-ils, ces gens, pour ne lire que 3 pages en moyenne ?

C'est vraiment passionnant, vous arrivez à rendre compréhensible et à nouveau vivante cette époque lointaine. On lit toute l'histoire, on s'attache à tel Empereur, on déteste tel autre, on est heureux malgré nous d'apprendre que l'Empire Romain a encore gagné une victoire et s'est agrandi. Puis arrive l'anarchie militaire, les combats entre Romains, et ça fait mal au cœur de voir cette civilisation très en avance sur son temps se massacrer comme ça elle-même. Et quand arrive la fin… c'est vraiment émouvant, cet Empire millénaire qui rétrécit inexorablement, ces Empereurs débiles, Rome saccagée… C'est bête, mais je trouve ça triste ! C'est aussi dû à votre talent de conteur… Bref je crois que dire que j'ai apprécié est un euphémisme ! Alors voilà, je voulais vous en remercier.

Comme tous j'ai moi aussi mes questions, des petits trucs qui m'intéressent, peut-être même l'envie de cette "réponse personnalisée" que vous nous promettez… Alors je me suis enfin décidé à vous écrire ! Mais vous l'aurez compris, ces questions ne sont pas "vitales" pour moi, je n'ai pas d'exposé à faire ni de devoir à rendre, aussi je comprendrais fort bien que vous n'y répondiez pas. Ce sont, en somme, des questions de civilisation, qui sortent comme vous le rappelez souvent du "strict cadre de mes biographies d'Empereurs Romains" ! Mais elles m'aideraient à saisir un peu "l'état d'esprit" de cette époque. C'est pourquoi elles sont "facultatives", et que je vous engage à ne répondre qu'à celles qui pourraient profiter à d'autres ! Alors voilà :

1. Comment les Romains ont-ils pu se massacrer ainsi entre eux ? Je sais que l'Empire était vaste, que les gens ne déménageaient pas forcément beaucoup, mais quand même d'une région à une autre il devait bien y avoir quelques liens de parenté non ? Je prends l'exemple de "L'affaire de Thessalonique": comment ces soldats romains ont-ils pu tuer tous ces gens, dans une région romanisée depuis fort longtemps ? Ils auraient pu avoir là de la famille, non ? Il y a là quelque chose qui m'échappe…

RÉPONSE :

Même par ce froid glacial, votre mail m'a fait chaud au cœur ! Rares sont les internautes qui ont "tout lu" dans mon site, et plus rares encore sont ceux qui ont "tout apprécié". Je vous remercie vivement pour tous ces compliments et tous ces encouragements : votre enthousiasme est la plus belle récompense que je puisse recevoir, et la meilleure motivation pour continuer d'améliorer et d'enrichir mes pages "Empereurs romains". (À ce propos puisque vous avez maintenant tout lu, n'oubliez pas de consulter de temps en temps la page Quoi de IX ? qui vous informera de l'évolution de ce site - notices nouvelles ou enrichies, parution des pages courrier, etc…)

C'est avec plaisir que je répondrai à vos quelques questions. Je me fais un devoir de répondre personnellement à tout qui m'écrit, même à ceux (rares, heureusement) qui critiquent mon travail (ce qui est leur droit le plus strict) ou qui, me prenant pour le bureau de renseignement du coin, me demandent, parfois avec insistance, des infos sur tout et n'importe quoi. Alors, vous comprenez bien que c'est avec plaisir que je vais tenter de vous fournir des infos complémentaires, à vous qui appréciez mon travail, et, de plus, qui ne considérez pas ma réponse comme un dû, mais bien comme un "service facultatif" !

En ce qui concerne ces Romains qui s'étripent entre eux, on sait assez que les guerres civiles sont les plus sanguinaires de toutes. Celles qui ensanglantèrent l'Empire romain ne font, hélas, pas exception à cette règle : au cours de leur longue histoire, les Romains ratèrent rarement l'occasion de se massacrer joyeusement entre eux… même si la clémence de Jules César lors des "discordes civiles" fut unanimement louée (s'il avait eu la main plus lourde, il n'aurait probablement pas été assassiné par des ingrats qui avaient pris parti contre lui et qu'il avait graciés), et même si l'éphémère empereur Othon se suicida afin d'écourter une guerre civile qui le désolait.

Cependant, dans cette fameuse affaire de Thessalonique que vous évoquez, la situation était sensiblement différente. Il ne s'agissait pas d'une guerre civile, mais d'un châtiment collectif, et les massacreurs n'étaient pas nécessairement des Romains. En effet, l'armée romaine de l'empereur très chrétien Théodose le Grand, n'avait guère de romaine que le nom : elle était composée massivement de contingents barbares, avec des Goths, des Vandales, des Alains, des Francs et autres joyeux compagnons aussi sauvages qu'exotiques ! D'ailleurs, le général qui avait été assassiné par la populace de Thessalonique répondait au doux, mais bien peu romain, nom de Bothéric…. On peut donc soupçonner que n'est pas seulement par devoir, mais par plaisir, que les soldats romains (tu parles !) de Théodose obéirent à l'ordre inhumain de leur commandant en chef : en transformant les arènes de Thessalonique en boucherie, non seulement ils vengeaient l'assassinat de l'un des leurs (en l'occurrence le fameux général Bothéric), mais ils s'entraînaient aussi à exécuter massivement une foule de vrais Romains (qui sait, ça pouvait toujours servir !)

 

2. Savez-vous pourquoi les Romains n'ont pas continué leur expansion en Afrique, vers le Sud ? Je ne connais pas bien la géographie de là-bas, mais il me semble que, le long de la côte ouest tout du moins, il y a autre chose que du désert, et certainement maintes choses intéressantes pour une civilisation qui adorait les produits et animaux exotiques. Qui les a donc empêchés de poursuivre leur extension par là, à moins que ce soit eux qui y aient mis volontairement un terme ?

RÉPONSE :

Les Romains étaient pragmatiques. Tout territoire insoumis était bon à annexer à leur Empire… pour autant du moins que sa conquête ne soit pas trop coûteuse (en hommes et en argent) et que la nouvelle province soit rentable (impôts, matières premières, esclaves, etc…). Donc, si une contrée était trop bien défendue, ou considérée (à tort ou à raison) comme trop pauvre, Rome renonçait à s'en emparer. C'est ainsi que les Romains se contentèrent d'exploiter l'Afrique du Nord "utile", c'est-à-dire la bande côtière, très fertile et très peuplée car civilisée depuis l'époque des Carthaginois, mais qu'ils ne ressentirent jamais le besoin de s'enfoncer dans le Sud saharien, aride et peuplé de tribus nomades hostiles et en outre difficilement assimilables. Une expédition risquée aurait d'ailleurs été inutile puisque les routes caravanières trans-sahariennes aboutissaient impérativement sur le littoral méditerranéen déjà contrôlé par les Romains. Même si l'intérieur du continent noir restait largement inconnu, pourquoi s'y aventurer alors que toutes ses richesses (animaux exotiques, métaux précieux, joyaux, esclaves noirs) affluaient, sans effort ni importante majoration de prix, vers des ports romains.

3. Dans le même registre, sait-on la connaissance que les Romains avaient de l'Asie ? Ils devaient bien savoir grâce à Alexandre qu'il existait là la civilisation indienne, mais qu'en était-il à leur époque? Avaient-ils des relations avec eux, voire un commerce ? Ou même avec la Chine ? 

RÉPONSE :

Les Romains recueillirent les acquis géographiques de l'expédition d'Alexandre le Grand et auraient sans doute bien aimé recueillir aussi son héritage politique en restaurant à leur profit son vaste empire, du Nil à l'Indus ; ils auraient ainsi contrôlé de bout eh bout la route commerciale dite "de la soie". Tel fut sans doute le rêve d'empereurs tels que Trajan ou Julien "l'Apostat", mais la résistance d'abord des Parthes, puis celle de leurs successeurs, les Perses sassanides, empêcha l'accomplissement de ce grand dessein, et la soie chinoise resta toujours hors de prix sur les marchés de l'Empire romain !

Héritiers d'Alexandre et de ses successeurs séleucides, les Romains connaissaient aussi parfaitement l'existence du grand empire situé au-delà des terres soumises par le grand conquérant macédonien : la Chine, le pays de la soie. Le plus curieux (du moins quand on connaît leur mentalité très "géocentrique"), c'est que les Chinois n'ignoraient pas non plus l'existence de l'Empire romain auquel ils donnaient le nom flatteur d'Empire des Richesses ou, plus extraordinaire encore, qu'ils nommaient Dat Qin, c'est-à-dire "l'autre Chine" ! Cependant les contacts directs entre les deux empire étaient rares. Par voie terrestre, les royaumes d'Asie centrale, parthe puis perse, faisaient obstacle à toute relation suivie entre Rome et la Chine. On pouvait certes prendre le bateau, mais la route maritime était bien plus longue et encore plus dangereuse que la "route de la soie" (contournement des péninsules arabique, indienne et indochinoise avant d'aborder la Mer de Chine). Cependant même s'ils étaient assez limités et s'il est assez difficile d'en évaluer l'impact, des contacts entre Rome et la Chine existèrent. Certains historiens ne suggèrent-ils pas que si l'empereur Hadrien édifia le réseau défensif du limes rhénano-danubien, c'est parce qu'il aurait entendu parler de la Grande Muraille de Chine ?

4. Nombre de visiteurs de ce site disent posséder des pièces Romaines (Dieu que j'aimerais bien en avoir une !). Y en a-t-il eu tant de frappées ? Je pense bien que ça n'avait rien à voir avec nos milliards de pièces d'ruros, mais il semble que les Romains aient eu pas mal de pièces ! Chaque citoyen en avait-il ? 

RÉPONSE :

Comme je le répète à l'envi dans mon site, je ne suis vraiment pas très "calé" en numismatique, et je ne puis donc répondre à vos questions sur le nombre de monnaies romaines disponible ainsi que sur la quantité de pièces émises. (Pour info, jetez un coup d'œil sur ces deux sites : wildwinds.com et i-numis.com).

Ce qu'il ne faut cependant pas perdre de vue que la monnaie romaine n'était pas "fiduciaire" comme la nôtre. Sa valeur n'était fonction que de la quantité de métal précieux qu'elle contenait. Les autorités romaines ne pouvaient donc frapper des pièces d'or ou d'argent "de bon aloi" que s'ils disposaient d'une réserve suffisante de ces métaux. Dans le cas contraire (qui sera le plus fréquent à partir de la fin du IIe siècle), de nombreuses pièces étaient, certes, émises, mais elles contenaient plus de métal vil (bronze ou cuivre) que de métal précieux, et leur valeur s'en trouvait sensiblement altérée.

Cela dit, je pense que le nombre de pièces émises resta longtemps suffisant pour que la monnaie soit utilisée dans la plupart des transactions (achat et vente de biens de marchandises, payements de redevance). À mon avis, ce n'est que qu'après l'époque de Dioclétien (IVe siècle) que les habitants de l'Empire furent de plus en plus souvent contraints de recourir au troc et à se convertir à un système économique de type "naturel" (usage du troc et des payements en nature) qui préfigure celui du Moyen Age.

5. Que faisaient donc de leurs journées les jeunes gens de mon âge (21 ans) à cette époque ? Les plus pauvres devaient sûrement travailler, mes les autres ? Je ne crois pas qu'ils passaient leur temps à étudier non ?

RÉPONSE :

L'emploi du temps quotidien des jeunes Romains devait sans doute être aussi varié de celui des jeunes d'aujourd'hui… À cela près que, dans le Rome de l'Antiquité, à 21 ans, si on était toujours un homme jeune, on n'était, déjà plus à proprement parler un jeune homme, si vous saisissez la nuance…

Ce n'est pas ici le lieu de vous faire un cours sur le système éducatif romain (et je serais d'ailleurs fort embarrassé si vous me demandiez de la faire), mais, en général, un jeune Romain devenait adulte aux environs de sa quinzième année, quand il abandonnait sa "tunique prétexte" pour prendre "la toge virile". Il devenait alors un citoyen à part entière, avec tous les droits et les devoirs imposés par cette qualité. Ensuite, je présume que la plupart de ces jeunes hommes se mariaient (ou plutôt étaient mariés selon les intérêts de la gens, c'est-à-dire du clan familial), vaquaient aux occupations de leur caste, qu'elles soient professionnelles (le plus souvent déterminées par la condition sociale de leur père), ou, pour les plus riches (donc souvent les plus "nobles"), politiques. Mais je suppose aussi que d'autres (je ne parle que ceux des classes favorisées, cela va soi) poursuivaient leurs études, à Rome ou, pour les plus aisés, en Grèce… Sans parler de l'armée qui ouvrait ses grands bras aux jeunes gens avides de gloire !

Tout cela ne vous paraît peut-être très conventionnel et pas franchement hilarant, mais la société romaine traditionnelle était effectivement austère, clanique et autoritaire ; l'individualisme forcené cher à notre monde moderne y aurait été considéré comme une gravissime tare sociale.

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16 Janvier 2003

nlouis1 a écrit : 

À propos de la réponse sur Silbannacus du Courier du 25 décembre (Clic !), j'aimerais apporter des précisions et d'autres hypothèses. Ils proviennent des Dossiers de l'archéologie 248 (Novembre 1998) consacrés aux monnaies antiques.

En gros, comme vous l'avez écrit Marcius Silbannacus n'est connu que par une monnaie du British Museum réputée venir de Lorraine. Or, en 1996, on a publié une autre monnaie de ce personnage. Grâce à cette découverte, on peut supposer qu'elle a été frappée à Rome à cause du style. De plus, la légende du revers fautivement abrégée, (MARTI PROPVGT pour les experts) ne se retrouve qu'à Rome sous le règne éclair d'Émilien (été 253).

Donc d'après ces indices, on pourrait en déduire que cet officier d'origine gauloise (suffixe -acus) a été laissé en garnison à Rome pendant que son maître partait affronter son rival Valérien. Après la défaite et la mort d'Émilien en septembre 253, Silbannacus aura tenté de devenir empereur avec l'appui des troupes cantonnées à Rome, contrôlant ainsi l'atelier monétaire, avant d'être rapidement éliminé par Valérien et Gallien.

RÉPONSE :

Cette intéressante hypothèse d'une tentative d'usurpation de Silbannacus à Rome, au moment où Émilien d'une part, Valérien et Gallien d'autre part se disputaient le pouvoir me paraît au moins aussi plausible que celle qui situait sa tentative à l'époque de Philippe l'Arabe… Même si cela reste toujours une reconstruction des plus fragiles. En effet, le "style romain" et la légende figurant au revers d'une unique monnaie, est-ce réellement suffisant pour attester l'époque, le lieu, voire les circonstances du présumé coup d'état de l'énigmatique Gaulois (?) Silbannacus ?

Dans mon patelin natal, quand quelqu'un élabore de tels échafaudages branlants, on dit qu'il "arrange des gayes (= des noix) sur un bâton"…

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16 Janvier 2003

Un étudiant en détresse a écrit : 

Voila, je suis un étudiant belge de 18ans, et je cherche en ce moment pas mal de documentation pour mon travail de fin d'étude : "L'Influence d'Agrippine sur Néron". Et, j'ai beau lire et lire, je trouve très peu de choses concernant Lépida, la mère de Messaline et tante de Néron, chez qui ce même Néron est allé vivre pendant l'exil de sa mère. J'aurais en fait voulu parler plus en détail de l'éducation que Lépida a donnée au fils d'Agrippine. Si vous connaissiez des sources ou des documents qui pourraient m'aider, informez-moi ! Cela me ferait le plus grand plaisir. En espérant recevoir de vos nouvelles

RÉPONSE :

J'ai bien peur que tantine Domitia Lepida n'ait pas eu le temps d'influencer beaucoup son jeune neveu Néron. Comment d'ailleurs en aurait-il été autrement ? Tout d'abord, Néron avait à peine trois ans quand, sa mère exilée et son père décédé, il fut recueilli par Lepida (en 40 ap. J.-C.). Ensuite, l'absence d'Agrippine ne dura pas bien longtemps ; quelques mois seulement, le temps que d'autres comploteurs réussissent là ou elle avait échoué, et la débarrassent de cet encombrant frère dont elle n'avait pu venir à bout. Le sang de Caligula était à peine sec qu'elle était de retour en Ville, et l'on peut croire qu'elle reprit aussitôt son fils avec elle ; n'était-il pas son meilleur pion sur l'échiquier politique ? Caligula ayant été assassiné en janvier 41, Néron ne resta donc chez sa tante que deux ans, en comptant large … et ce n'était alors encore qu'un tout petit enfantelet qui avait davantage besoin de ses deux chères nourrices Eglogé et Alexandra que de savants professeurs.

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L'ineffable Suétone prétend pourtant (Vie de Néron, VI) que sa tante Lepida lui donna deux maîtres : "un danseur et un barbier".

Ô merveille ! On s'interrogera longtemps encore sur l'utilité de la présence d'un digne émule de Figaro auprès d'un si jeune enfant ; même s'il se nommait Ahenobarbus ("Barbe d'airain"), baby Néron devait pourtant avoir les joues aussi lisses que celles du bébé Cadum ! Tante Lepida désirait-elle accoutumer le futur empereur à des discours "barbants" ? (Excusez le jeu de mot facile, je n'ai pas pu me retenir). Quant au danseur, on se demande bien ce qu'il aurait pu apprendre de son art à un bambin qui pouvait encore à peine se tenir sur ses jambes !

Peut-être le brave Suétone voulut-il souligner les lacunes de l'éducation du jeune prince… D'accord, mais alors pourquoi diantre le même historien écrit-il plus loin (Vie de Néron, LII) qu'encore enfant "Néron toucha à toutes les connaissances libérales", à l'exception de la philosophie. Une contradiction de plus…

Ce sont là toutes les informations que nous possédons sur les soins que "matante" Lepida aurait prodigué au jeune Néron. C'est peu, et de plus, guère vraisemblable.

Comme vous me dites que vous n'avez pas trouvé pas grand-chose sur Lepida, voici, à tout hasard, quelques petites infos à son sujet. Tant pis si elles font double emploi avec celles que vous auriez déjà recueillies.

Domitia Lepida fille d'Antonia l'Aînée et de Lucius Domitius Ahenobarbus était la petite fille d'Antoine, le Triumvir, le rival d'Auguste. Mais comme Antoine était également le beau-frère d'Auguste, Lepida était aussi la petite-nièce de ce dernier. Son frère, Cnæus Domitius Ahenobarbus, qui épousa Agrippine la jeune, était le père de Néron (voir tableau généalogique : Clic !)

Lepida se maria deux fois :

1. Avec Faustus Cornelius Sulla. Un fils naquit de ce mariage, Faustus Cornelius Sulla Felix, que Néron bannit à Marseille en 58 ap. J.-C.

2. Avec Marcus Valeria Messala Barbatus. De cette union naquit Messaline qui épousa l'empereur Claude, se distingua par sa vie de patachon, et fut contrainte au suicide par son impérial cornard d'époux. Tacite relate d'ailleurs (Annales, XI, 37) que, "bien que brouillée avec sa fille tant que celle-ci fut heureuse", Domitia Lepida assista à ses derniers instants. "Conquise par la pitié en ces moments suprêmes", ce fut même elle qui conseilla à Messaline "de ne pas attendre le meurtrier" pour "honorer sa mort". Une forte femme que cette Lepida !

En 54 ap. J.-C., Agrippine, qui avait entre-temps remplacé Messaline dans le lit du vieil empereur Claude, décida d'en finir avec son ancienne belle-sœur. Pourquoi ? "Pour des raisons toutes féminines", affirme ce misogyne de Tacite, qui poursuit : "Parce que (…) Domitia Lepida se croyait son égale en noblesse, et qu'en outre, la beauté, l'âge et les richesses différaient peu entre l'une et l'autre. Toutes deux impudiques, déshonorées, violentes, elles étaient rivales par les vices non moins que par les succès. Mais, assurément, le grand sujet de discorde entre elles était de savoir qui, de la mère ou de la tante, aurait le plus d'ascendant sur Néron. Lepida s'attachait ce jeune cœur par les flatteries et les cadeaux tandis qu'on ne trouvait que sévérité et menaces chez cette Agrippine qui acceptait volontiers de donner le pouvoir à son fils, mais se pouvait supporter qu'il en exerçât la réalité" (Tacite, Annales, XII, 64).

Être rivale de l'impératrice Agrippine, c'était courir à une mort certaine ! Domitia Lepida fut donc accusée d'avoir tenté d'envoûter l'empereur Claude, d'entretenir une milice privée d'esclaves en Calabre, et fut obligée de se suicider.

Voilà. J'espère que ces quelques renseignements vous aideront pour votre travail.

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20 Janvier 2003

Michel Eloy a écrit : 

Chers amis du péplum,

Je vous invite à jeter un petit coup d'œil sur le sondage "le plus beau péplum" actuellement sur www.cinerivage.com (allez dans le coin supérieur droit de la page d'accueil. Votez pour un titre de votre choix).

Si vous cliquez en bas sur RÉSULTATS, vous entrez également dans la page des commentaires. Venez y rajouter votre grain de sel, plus on est de fous, plus on rit !

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21 Janvier 2003

Daniel a écrit : 

Suite à une question d'un de vos lecteurs (Stéphane) du 10 janvier (Clic !), je vous livre l'adresse que j'ai découvert il y a peu, d'un site qui pourrait le satisfaire :

  • Latin pour grands débutants : Clic !

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