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Sommaire Janvier 2003 :

  • 2 Janvier :
    • Lionel émet quelques critiques quant à la forme de ce site, quelques objections quant à sa conception anti-sénatoriale de l'histoire romaine, puis évoque l'association Vox Latina ainsi que la reconstruction de l'Amphithéâtre flavien : Clic !
    • Les conséquences de l'évincement progressif du Sénat : Clic !
    • Quid du manque de lisiblité de ce site ? : Clic !
    • Dans la ligne de Vox Latina ? : Clic !
    • Va-t-on reconstruire le Colisée ? : Clic !
  • 5 Janvier :
    • Combien de provinces faut-il pour former un diocèse, et combien de diocèses pour une préfecture ? : Clic !
  • 7 Janvier :
    • Un décret sénatorial anti-chrétien dès 35 ap. J.-C. ? : Clic !
  • 8 Janvier :
    • "Empereurs", "Empire", "Principat", "Dominat" : un vrai casse-tête ! Quelques mots pour tenter d'y voir plus clair… : Clic ! 
  • 10 Janvier :
    • Où trouver des sites consacrés à l'apprentissage du latin ? : Clic ! 
  • 10 Janvier :
    • Pourquoi Tacite et Suétone étaient-ils si violemment hostiles aux Julio-claudiens ? : Clic !
  • 10 Janvier :
    • L'identité romaine des citoyens de l'Empire - Stilicon, Hun ou Vandale ? - Des sites sur les explorations romaines en Chine… ou en Amérique ? : Clic !
    • Les habitants de l'Empire se sentaient-ils "Romains" ? : Clic !
    • Comment ressentirent-ils les Grandes invasions ? : Clic !
    • Stilicon : un Vandale, naturellement ! Suis-je bête… : Clic !
    • Explorations romaines : pas de pow wow pour Caius Bonus… mais peut-être un bol de riz ! : Clic ! 

PAGE SUIVANTE

  • 11 Janvier :
    • DE MURENA À LOLLIA PAULINA, un article de Michel Eloy sur la BD Murena, de Dufaux et Delaby : Clic !
  • 12 Janvier :
    • À la recherche d'un "historien latin tardif'… Probablement Ammien Marcellin : Clic !
  • 13 Janvier :
    • Camille a "tout lu" et se pose quelques questions sur les guerres civiles romaines, sur l'expansion des Romains en Afrique, sur leur connaissance de l'Asie, sur le nombre de pièces mises en circulation et sur les occupations des jeunes Romains : Clic !
    • Pourquoi les Romains se massacraient-ils si volontiers entre eux, en particulier lors du massacre de Thessalonique ? : Clic !
    • Pourquoi les Romains n'ont-ils conquis que le Nord de l'Afrique ? : Clic !
    • Les Romains connaissaient-ils l'Asie, en particulier l'Inde ou la Chine ? : Clic !
    • Y avait-il assez de pièces de monnaie pour tous les habitants de l'Empire ? : Clic !
    • Et les jeunes (riches) Romains, qu'est-ce qu'ils fichaient toute la sainte journée ? : Clic !
  • 16 Janvier :
    • Une autre hypothèse pour l'usurpateur Sibannacus : Clic !
  • 16 Janvier :
    • Domitia Lepida, tante de Néron - Son influence sur son jeune neveu ? : Clic !
  • 20 Janvier :
    • À votre avis, quel est le plus beau péplum ? : Clic !
  • 21 Janvier :
    • Un site pour apprendre le latin : Clic ! 
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  • 21 Janvier :
    • La Chute de l'Empire romain : la faute au plomb ? : Clic !
  • 24 Janvier :
    • Julien dit "l'Apostat" : pourquoi cautionner cette insulte sectaire ? : Clic !
  • 26 Janvier :
    • Des infos un peu "people" sur Cléopâtre : Clic !
  • 28 Janvier :
    • Pompes aspirantes-foulantes, feu grégeois et poudre noire… : Clic !
  • 29 Janvier :
    • Réforme grégorienne : pourquoi le pape Grégoire XIII modifia-t-il le calendrier du grand Jules ? : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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2 Janvier 2003

Lionel a écrit : 

1. Je suis d'avis que l'on demande au Sénat de te décerner un triomphe, avec banquet et maintes libations à Jupiter pour te féliciter de ton site. Tu dis que tu n'es pas un "amateur fanatique, monomaniaque, polarisé et nostalgique de la civilisation romaine". C'est tout à ton honneur. Moi qui le suis un peu, jamais j'aurais eu la patience toute stoïcienne de faire un site comme le tien.

Autre chose, dans une réponse du 28 juillet 2002 (ton idée de répondre individuellement et doit d'ailleurs être saluée), tu dis que "l'instauration du pouvoir impérial fut en bonne partie le triomphe du parti "populaire" qui mit fin au pouvoir égoïste et arbitraire des aristocrates du Sénat, au plus grand soulagement du petit peuple romain et des nations soumises à Rome. Mais, naturellement, les théoriciens "républicains" du XIXe siècle ne pouvaient concevoir qu'une "monarchie autoritaire" fût finalement (relativement) plus "démocratique" qu'une "république sénatoriale."

Ne m'en veux pas si, en lisant ces lignes, j'ai sorti mon gladius. Le déficit de pouvoir du Sénat n'a fait que remettre l'égoïsme et l'arbitraire entre les mains du Princeps. Et je ne crois pas que ce fût un si grand soulagement pour le petit peuple. Après Auguste, le Peuple Romain est complètement et définitivement dépossédé de ses prérogatives politiques. Le soldat-citoyen n'existe plus et les comices et les tribuns de la plèbe sont réduit au silence. Quant à la différence que tu fais entre "monarchie autoritaire" et "république autoritaire", elle n'a aucun sens dans le cadre de l'Histoire romaine. Tout au plus, on peut dire que la République et l'Empire (et l'Antiquité en général) étaient plus libéraux, au niveau des libertés individuelles, que la société féodo-vassalique. Mais parler d'autoritarisme ou de démocratie, c'est un non-sens.

RÉPONSE :

Si c'est le Sénat qui doit m'accorder les honneurs du triomphe, je crains bien, après tout le mal que j'ai dit de lui, que cette cérémonie soit remise aux calendes grecques !

D'après ce que tu m'écris, tu parais fort prompt à défourailler ton glaive. Pire que Spartacus et que le général Maximus (du film Gladiator) réunis ! Et pourtant, nous sommes, ce me semble, à peu près d'accord sur l'essentiel. En effet, ma "sortie" du 28 juillet (voir ici : Clic !), que tu juges viscéralement anti-sénatoriale, visait surtout à indiquer qu'il est absurde rechercher des similitudes entre ce que les anciens nommaient "république, démocratie, empire" et leurs équivalents modernes. Ce qui semble être également ton avis.

Pour le reste, c'est-à-dire savoir si la plèbe fut plus heureuse, plus libre et plus influente sous l'Empire que sous la République finissante (je ne parle pas des temps reculés et héroÏques, où les citoyens-soldats défendaient Rome contre les Carthaginois ou conquerraient l'Italie), on peut, bien sûr, en discuter longuement… et rester chacun sur sa position puisqu'il n'existe pas d'argument décisif, ni dans un sens, ni dans l'autre. Cependant, et même si, comme tu le soulignes justement, l'avènement de l'autorité impériale priva le Peuple romain de tout pouvoir, son poids "politique" (ou pour parler plus justement, sa "capacité de révolte") resta cependant assez impressionnant pour que certains empereurs le détournent à leur profit pour contrecarrer les velléités "réactionnaires" du Sénat. (Excuse ces anachronismes qui fleurent un peu la dialectique marxiste !).

Il n'en demeure pas moins que, depuis le Ier siècle av. J.-C., la réalité du pouvoir n'appartenait plus ni au Sénat ni au Peuple romain, mais à l'armée. C'est grâce à elle que des généraux ambitieux, tels Sylla, Pompée ou César devinrent, un moment, les maîtres de Rome. Ensuite, les soldats n'obéirent plus que quand ils le voulaient bien, c'est-à-dire quand ils y trouvaient profit, aux successeurs de ces imperatores, à ces "empereurs" qu'ils tenaient pour leurs débiteurs. Et enfin, ils finirent par désigner eux-mêmes celui qui devait régner sur le monde romain - et, quand on leur faisait encore l'honneur de les consulter à ce sujet, les dignes Pères conscrits, tremblants comme feuilles mortes sur leurs chaises curules, n'avaient plus qu'à ratifier le choix de l'armée en opinant du chef, de peur de le perdre… Mais naturellement, il ne faut pas en déduire pour autant que l'Empire romain fut une "dictature militaire" ; ce serait là un nouvel anachronisme qui te ferait à nouveau dégainer plus vite que ton ombre !

2. J'aurais voulu savoir si tu étais plus ou moins dans la ligne de Vox Latina (promotion de l'entente entre les peuples latins) ou dans le courant philosophico-politique qui dit que le salut de l'Europe ne serait être autre que son encrage à ses origines les plus profondes, à savoir le bassin méditerranéen (cf. Rémy Brague: Europe, la voix romaine). 

RÉPONSE :

Ne connaissant pas cette Vox Latina, je serais bien incapable d'être "dans sa ligne". D'ailleurs, je ne fais partie d'aucune association, groupe, ligue, mouvement, courant, etc… et préfère garder mon indépendance d'esprit ("Ce sont les moules qui adhèrent" disait, je crois, Paul Valéry). Je suis certes très heureux de m'exprimer dans une langue romane de diffusion internationale comme le français, et parfois très ému de retrouver des racines latines dans ce patois wallon, ce "latin qui est venu à pieds jusque chez nous", comme dit le poète Julos Beaucarne, que parlent encore bien des braves gens de mon patelin natal… mais mon "engagement latinophile" s'arrête là.

Quant aux projets de reconstruction de l'amphithéâtre flavien, je n'en au jamais entendu parler… Mais, à mon avis, le Vatican ne doit pas voir cela d'un œil des plus bienveillant !

 

3. Je conçois qu'il ne serait pas très séant de ma part de critiquer ton site mais j'ai tout de même quelques reproches à faire. Ton site gagnerait à être plus lisible. Les liens qui ouvrent une autre fenêtre, ceux qui renvoient à la même page, les gros "Clic !" et le jaune sur fond noir, entre nous, c'est pas très romain.

Une dernière question: que sais-tu sur l'éventuelle reconstruction de l'amphithéâtre flavien ?

RÉPONSE :

Il est vrai que les couleurs de mon site n'ont rien de "romain", et peut-être les changerai-je un jour… Mais c'est vraiment un très gros boulot. Aussi je préfère actuellement consacrer mon temps - qui n'est, hélas, pas illimité - au contenu (réponses au courrier, nouvelles notices, mise à jour des liens) plutôt qu'à la refonte d'une mise en forme, certes discutable, mais qui, du moins, semble satisfaire la majorité de mes visiteurs. Quant à ces gros Clic !, je suis le premier à reconnaître que leur effet n'est pas des plus heureux… Mais c'est le seul moyen de j'ai trouvé d'éviter que des liens hypertextes s'étendent sur des phrases entières. Pour les liens qui s'ouvrent dans une autre fenêtre, les avis de mes visiteurs sont partagés : certains apprécient, d'autres détestent… et c'est un dispositif que, personnellement, j'apprécie lorsque je visite d'autres sites car il permet de revenir rapidement à la page principale après consultation d'une autre page. Et enfin, pour ces liens répétitifs qui renvoient vers une même page, j'avoue que me suis inspiré (comme pour d'autres choses d'ailleurs, exception faite des textes des notices) de l'excellent site américain "De Imperatoribus romanis qui, d'ailleurs, est encore plus systématique que moi puisqu'il établit en lien à chaque occurrence d'un nom, alors que je ne le fais, en général, qu'une fois par paragraphe.

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5 Janvier 2003

Bidzina a écrit : 

Je sais que dans l'Empire Romain, les territoires ont été divisés en Préfectures, Diocèses et éparchies, mais je n'ai pas trouvé l'ouvrage pour savoir en combien de diocèses furent divisés les préfectures et combien d'éparchies constituaient un diocèse.

RÉPONSE :

Effectivement, ce n'est pas toujours très évident de s'y retrouver dans les réformes territoriales de Dioclétien. Cette page de mon site (Clic !) contribuera peut-être à éclairer votre lanterne à ce sujet. Elle reprend la liste des Préfectures du prétoire, des diocèses et des provinces (ou éparchies) à l'époque de la Tétrarchie. Je vous conseille également cette page du site d'Émilia Robin qui explique les réformes administratives de Dioclétien (Clic !).

Comme vous pouvez le constater, Dioclétien n'initia nullement un regroupement "mathématique" de territoires, où chaque Préfecture aurait compté un nombre précis de diocèses, et chaque diocèse un nombre identique de provinces ! En réalité, les précoccupations de l'empereur étaient d'un tout autre ordre : les provinces devaient être plus facilement gouvernables (et procurer moins de richesses tentatrices à leurs gouverneurs), et, par conséquence, ne devaient pas être trop vastes. C'est pourquoi, de nombreuses provinces furent divisées en deux, et leur nombre total fut quasiment doublé (avant Dioclétien, l'Empire romain comptait une cinquantaine de provinces : après lui, une centaine). Quant aux diocèses et aux préfectures, ce furent des impératifs strictement géographiques, et non arithmétiques qui présidèrent à leur institution. Ce qui explique que le nombre de provinces par diocèses et de diocèses par préfectures pouvait sensiblement varier d'une région de l'Empire à l'autre.

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7 Janvier 2003

Jacky a écrit : 

Je recherche des précisions sur un soi-disant décret sénatorial de l'an 35 qui stipulerait que "La religion chrétienne est étrange et illicite". Le principe de cette loi était "non licet vos esse" : "il ne vous est pas permis d'exister".

Donc, je recherche des documents sur internet qui me renseigneraient.

RÉPONSE :

Si vous recherchez un décret sénatorial condamnant la religion chrétienne dès l'an 35 ap. J.-C, j'ai bien que toutes vos investigations soient vouées à l'échec. À ma connaissance, il n'existe en effet aucun document "officiel" romain évoquant la religion chrétienne avant la célèbre réponse de l'empereur Trajan (98 - 117) à son ami Pline le Jeune, alors gouverneur de Bithynie. J'évoque cette correspondance dans la notice consacrée à Trajan ainsi que dans une réponse à un autre (sympathique) internaute (voir ici :Clic !).

Bien sûr, certains historiens (surtout catholiques) ont supposé l'existence d'un décret "néronien", du nom de l'empereur Néron (54 -68 ) qui aurait, le premier, persécuté les Chrétiens après le grand incendie de Rome. Mais personne n'a jamais pu fournir la moindre preuve de l'existence de ce document, et encore moins le produire. On comprendrait d'ailleurs mal pourquoi Néron aurait "pondu" une loi d'exception pour punir de "simples" incendiaires romains ! (Sur l'incendie de Rome, voir ici : Clic !).

La première persécution légale, conséquence d'un décret impérial, n'aurait eu lieu que sous le règne de l'empereur Dèce (249 - 251). Et encore… car Ici non plus, le texte original de l'édit de persécution ne nous est pas parvenu, ce qui incite certains (dont je suis) à contester non la réalité de cette persécution, mais sa gravité (voir ici : Clic !). Les "grandes persécutions" dites "de Valérien" et "de Dioclétien" sont, quant elles, relativement mieux attestées et, partant, mieux connues.

Pour terminer, si les relations entre l'Empire romain et l'Église chrétienne naissante vous intéressent, vous trouverez à cette page des liens vers les pages de mon site où cette question, aussi complexe que controversée, est évoquée : Clic !

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8 Janvier 2003

Aurélie a écrit : 

Je sais bien que tu n es pas là pour me faire mes exposés, mais voilà, j ai pour sujet "du princeps à l'empereur". Le fait est que je n'arrive pas à voir l'évolution entre les deux, parce que, comme j'ai pu le lire, le principat désigne l'empire, c'est la même chose. Aussi j'aimerais savoir si j'ai mal compris le sujet, et si cela est le cas pourrais-tu me le reformuler ?

Je compte parler d'Auguste comme fondateur de cette politique originale, mais, pour la suite, je ne vois pas le rapport.

RÉPONSE :

Tu as raison ! N'en déplaise à ton prof, le sujet de ton exposé ("Du princeps à l'empereur") n'est pas formulé de manière à rendre ton travail des plus aisés. Afin d'éviter toute confusion, il aurait sans doute mieux valu proposer comme énoncé : "Du principat au dominat".

Tu te dis sans doute : "Ben v'là autre chose ! C'est pas ça qui va simplifier mes recherches !".

Et bien, justement, peut-être bien que si…

Afin de savoir de quoi il retourne exactement, commençons par ces quelques définitions :

  • Principat.
    Ce mot, qui vient du mot latin princeps (= "le premier"), désigne le régime politique mis en place par Auguste (tu vois que tu étais sur le bon chemin !). Dans le Principat augustéen, les formes du gouvernement républicain étaient maintenues, mais tous les pouvoirs se trouvaient réunis entre les mains d'un seul homme, le Princeps, en l'occurrence Auguste, puis ses successeurs.
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  • Dominat.
    Du latin dominus (= "maître", "seigneur"). Dans le dominat, le pouvoir impérial ne s'abrite plus derrière une fiction républicaine pour cacher sa nature monarchique. Le chef de l'État devient un empereur selon la signification moderne de ce terme, c'est-à-dire un monarque absolu et de droit divin. Le Sénat a perdu tout autorité, et les habitants de l'Empire ne sont plus les concitoyens de l'empereur, mais ses sujets, sinon ses esclaves. Représentant des dieux (ou de Dieu) sur terre, le souverain n'est plus soumis aux lois, mais est lui-même la Loi incarnée.
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  • Empereur.
    Du latin imperator, un terme qui, à l'origine, désignait simplement un général victorieux. Avec l'avènement du Principat, le titre d'imperator manifestera la composante militaire du pouvoir du Princeps, celui-ci étant (entre autre) le commandant en chef des forces armées romaines. La tradition veut que l'on appelle empereurs les souverains qui régnèrent sur Rome entre 27 av. J.-C. et 476 ap. J.-C., mais en réalité, imperator n'était qu'un de leurs titres parmi d'autres.

Bien sûr, le gros problème, c'est de savoir quand, comment et pourquoi le "Principat façon Auguste" s'est transformé en "Dominat style Dioclétien"… Et les réponses à ces questions ne sont pas simples, d'autant plus que les historiens ne sont pas toujours d'accord entre eux.

Auparavant, certains pensaient qu'après la mort du monstrueux Commode, l'avènement de la dynastie des Sévères avait constitué une étape décisive dans la mutation de l'Empire en une monarchie absolue. D'autres affirmaient que c'était Dioclétien qui avait brutalement mis fin à la fiction républicaine. Mais aujourd'hui, la plupart des historiens estiment que cette transformation fut progressive : tout au long du IIIe siècle, des empereurs tels que Septime Sévère, Gallien ou Aurélien initièrent déjà d'importantes réformes que Dioclétien, puis Constantin intégrèrent aux leurs, bien plus radicales.

J'espère que ces quelques indications d'ordre général pourront t'aider pour ton travail.

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10 Janvier 2003

Stéphane a écrit : 

Tandis que je me plonge avec délice dans l'histoire et la littérature romaines, je me rends compte que les cours de latin du lycée - et pourtant ce n'est pas si lointain que cela - n'ont quasiment pas laissé de trace dans ma mémoire… Je profite donc de votre gentillesse pour vous demander si vous pouviez m'indiquer un site de cours en ligne de latin - pour débutants, cela va sans dire - ou, éventuellement un logiciel adapté.

RÉPONSE :

Mon latin est également fort défraîchi… Mais je suis excusable : ma dernière rencontre scolaire avec un texte latin (il devait s'agir d'une page de saint Augustin… horresco referens !) doit remonter, au bas mot, à un quart de siècle. Alors, ne m'en veuillez pas, mais vous voir patauger après quelques années seulement, cela me console un peu.

Ma "charité chrétienne" se serait-elle émoussée en même temps que mon latin ? ;-)

À première vue, je ne connais pas de site fournissant de cours de latin "en ligne". Toutefois, je suis à peu près certain que vous trouverez votre bonheur dans les pages que l'Académie de Versailles consacre à l'apprentissage des langues anciennes. Voyez plus particulièrement :

  • Académie de Versailles : La Page des lettres : Clic !
    • Enseigner les langues anciennes : Clic !
    • Carnet d'adresses en langues anciennes : Clic !.

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10 Janvier 2003

Damien a écrit : 

Après avoir lu quelques notices concernant les empereurs de la dynastie Julio-claudienne, je m'aperçois que, selon vous, les écrivains antiques Tacite et Suétone en tête, étaient très hostiles à cette dynastie d'empereurs. Quels étaient donc leurs intérêts à être à ce point hostiles, et étaient-ils libres d'écrire ce qu'ils pensaient (point de censure ?)

En espérant que vous n'ayez pas déjà répondu à cette question dans vos précédents messages, je vous souhaite bon courage pour la suite.

RÉPONSE :

Effectivement, la question de la partialité des historiens antiques, et en particulier de celle de Suétone, a déjà été évoquée dans les pages "Courrier" de mon site. En réalité, j'en ai surtout parlé pour me défendre d'une prétendue hostilité envers ces grands auteurs latins (voir ici : Clic !). Ce manque d'objectivité des sources antiques (et autres) a également été abordé, tout récemment, par un de mes correspondants (Clic !)

Au début de ses Annales, Tacite proclame haut et fort, mais avec un culot de tous les diables, qu'il écrit "sans colère ni faveur"… Tu parles ! En fait, lui et son comparse Suétone ne voulurent pas seulement raconter l'histoire des "Césars" Julio-claudiens et Flaviens, mais aussi montrer, démontrer que ces empereurs n'arrivaient pas à la cheville des "bons" souverains de la dynastie dite "des Antonins" qui avaient, Dieu merci, succédé aux rejetons dégénérés d'Auguste et de Vespasien, et sous le règne desquels ils avaient l'ineffable bonheur de vivre. Dénigrer l'ancien régime afin d'encenser le nouveau, telle est leur devise…quitte à déformer certains faits, à colporter d'improbables ragots, à prêter d'innommables vices à de respectables personnes, bref, un mot comme en cent, à falsifier sciemment l'histoire !

Les mobiles de Tacite et de Suétone furent sans doute sensiblement différents.

Le premier, aristocrate jusqu'au bout des ongles et moraliste autant (si pas plus) qu'historien, souhaitait montrer que l'échec des empereurs du Ier siècle avait été provoqué, d'une part, par leur incapacité à trouver le juste équilibre entre leur pouvoir personnel et l'autorité traditionnellement dévolue au Sénat, et d'autre part, par ces mœurs "orientales" qui les éloignaient de l'austérité romaine. Pour lui, la "leçon de l'histoire" est évidente : la civilisation romaine ne peut être sauvée que si Rome retrouve sa pureté de mœurs originelle… Et puisque empereur est, hélas, un mal nécessaire, qu'au moins il respecte les prérogatives traditionnelles des Sénateurs, cette élite de la nation, ces "optimates" !

Quant à Suétone, ses motivations furent sans doute moins élevées. Selon l'expression de l'éminent latiniste Pierre Grimal, l'auteur des Douze Césars était avant tout un "écrivain de cour", et l'on peut donc croire que son œuvre majeure lui valut les récompenses traditionnelles des "courtisans", en espèces et/ou en nature !

Vous posez également la question de la liberté d'expression…

À l'époque impériale, la personne de l'empereur étant sacrée, on pouvait certes penser de lui tout le mal que l'on voulait, mais mieux valait ne pas le dire, et encore moins l'écrire. Et si on se risquait néanmoins à critiquer le régime impérial, il était plus prudent de situer son récit à une époque révolue, quand sévissaient d'exécrables "Césars" dont la mémoire avait déjà été condamnée, et, si possible, d'une autre dynastie que celle régnante !

Tout "bon empereur antonin" qu'il fût, Hadrien, le "patron" de Suétone (qui était un haut fonctionnaire du service des archives), acceptait fort mal toute critique, qu'elle fût politique ou littéraire… Alors, si, comme Suétone, on voulait terminer paisiblement sa vie dans une retraite douillette (voir ici ; Clic !), mieux valait stigmatiser l'homosexualité, la misanthropie, ou l'absurde entichement pour la culture grecque d'un Néron, Tibère ou autre Caligula, plutôt que d'aller chercher des poux (d'ailleurs d'une espèce identique) dans l'impériale barbe d'Hadrien, son auguste, mais irritable "chef de bureau" !

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10 Janvier 2003

Xavier a écrit : 

1. J'aimerais savoir ce que vous pensez de l'identité romaine de la population de l'empire. Se sentaient-ils Romains (mis à part l'édit de Caracalla) ou se sentaient-ils sous le joug d'une domination dont ils voulaient se débarrasser ? Quels furent alors, toujours selon vous, les sentiments de la population pendant les grandes invasions ? Avaient-ils la sensation de perdre leur identité, de quitter un monde civilisé pour entrer dans la barbarie ?

RÉPONSE :

Le problème de l'identité romaine a déjà été abordé (disons plutôt effleuré) dans les pages "Courrier" de mon site par le biais d'un court extrait d'un article de l'éminent historien Maurice Sartre (voir ici : Clic !) où la romanisation du monde antique était fort intelligemment comparée à l'américanisation de nos sociétés modernes.

Bien sûr, comme l'affirme M. Sartre, "il ne suffisait sans doute pas davantage à un Gaulois de fréquenter les thermes pour devenir un Romain qu'à un adolescent japonais de manger un hamburger pour devenir Américain"… Mais, dans le cas de la "romanisation", ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est le "facteur temps", c'est-à-dire la durée de l'imprégnation romaine. Prenons le cas de ma Belgique natale : conquise par Jules César dans les années 50 av. J.-C. elle ne sera définitivement perdue pour Rome qu'au début du Ve siècle. Cela fait cinq siècles de présence romaine, 500 ans d'influence romaine.À elle seule, la "période romaine" représente donc un bon quart de la durée totale de l'Histoire de Belgique. Tu parles d'une "occupation " !

Et justement, je crois que c'est là que réside le problème. Influencés à la fois par les tristes souvenirs des deux guerres mondiales ainsi que par les légendes glorieuses de héros nationaux du genre de Vercingétorix ou d'Ambiorix (sans oublier Astérix et ses irréductibles Gaulois qui "résistent encore et toujours à l'envahisseur"), nous n'avons que par trop tendance à comparer la présence romaine à une occupation étrangère. Dans cette optique, les Romains auraient conquis les Gaules, l'Espagne, etc, puis occupé tous ces pays malgré la résistance héroïque et opiniâtre des autochtones…

C'est une vision historique qui flatte sans doute l'orgueil national, mais qui n'est pas exacte… Ou plutôt qui n'est probablement valable que pour les premières années, pour les premières décennies, voire pour le premier siècle après l'annexion romaine, mais pas pour les trois, quatre siècles qui suivirent.

À l'exception notable de la Judée, après les horreurs de la guerre de conquête et d'inévitables, mais sporadiques, rébellions "nationales", les provinces intégrées de force à l'Empire acceptaient la domination romaine… sans doute d'abord avec résignation, de meilleur gré ensuite. La preuve ? Rome n'entretenait pour ainsi dire pas de troupes destinées à "pacifier les provinces". L'énorme majorité des légions (24 sur 28 ou sur 30) étant affectées à la surveillance des frontières du Rhin, du Danube ou de l'Euphrate, il ne restait qu'environ 20.000 hommes pour occuper un empire qui s'étendait de l'Écosse au Soudan et de l'Atlantique au Golfe persique !

Avec une telle "concentration de troupes", autant dire qu'un habitant d'un village armoricain (vous savez, dans le genre de celui d'Astérix) avait presque autant de chance de croiser un légionnaire romain que d'être bouffé par un crocodile du Nil !

Mais si les soldats étaient plutôt rares, les marchands, les fonctionnaires, les magistrats, eux, pullulaient. Et comme ils parlaient la même langue (le latin en Occident, le grec en Orient), comme ils utilisaient la même monnaie, frappée à l'effigie des empereurs de Rome, et comme ils étaient soumis aux mêmes lois, celles édictées par le prestigieux Sénat romain, tous ces représentants, conscients ou inconscients, de la "civilisation romaine" contribuèrent à créer, au fil des années, des décennies, des siècles, un sentiment d'appartenance à l'Empire romain.

Naturellement, puisqu'il est déjà bien difficile de connaître les pensées de gens que nous côtoyons quotidiennement, il est, a fortiori, presque impossible d'entrer dans le cerveau de nos lointains ancêtres afin de savoir s'ils se sentaient Romains ou non.

Cependant, et bien que parler de "patriotisme" ou de "nationalisme" romains serait sans doute anachronique, quelques indices permettent de supposer qu'un genre de "sentiment national" pouvait exister chez certaines populations de l'Empire. Citons par exemple ces empereurs-soldats de la fin du IIIe siècle (Dèce, Claude II, Aurélien, Probus, Dioclétien), tous d'origine balkanique, qui s'emparèrent du pouvoir suprême avec la volonté clairement affichée de "restaurer l'Empire" qui allait à vau-l'eau. Or si ces provinciaux, énergiques mais frustes, entendaient sauver Rome, c'est bien qu'ils se sentaient Romains. Voyez aussi, à la même époque (années 260 - 270 ap. J.-C.), l'éphémère empire dissident des Gaules : quoique très clairement sécessionniste, il persista à se prétendre aussi "romain" que celui de Rome ! Et quand l'empereur Aurélien (270-275) dut se résoudre à abandonner la Dacie, province de la rive gauche du Danube, conquise par Trajan (98-117), les habitants de ce pays, pourtant livrés à eux-mêmes, continuèrent à "romaniser" les peuples barbares qui les entouraient. C'est donc que ces gens-là, ancêtres de ceux qui s'appellent aujourd'hui encore les Roumains, avaient au moins le sentiment diffus d'appartenir à une romanité. Et enfin, pourquoi non seulement ces Roumains, mais les Français, Italiens, Espagnols, Belges, Suisses, etc, parlent-ils encore des langues latines et non des langues germaniques, alors que la pression militaire et démographique des invasions barbares fut certainement beaucoup plus forte que celle qu'exerça jamais le pouvoir romain ? Sans doute parce qu'au fil de long siècles d'occupation, l'autorité romaine avait été largement acceptée par les habitants de l'Empire, et aussi parce que ceux-ci avaient conscience que leur "identité romaine" devait être préservée malgré l'irruption des "Barbares".

Justement, vous me demandez aussi des renseignements sur les sentiments des habitants de l'Empire lors des grandes invasions.

Des documents littéraires existent qui nous montrent l'effroi des lettrés face à cette catastrophe. On connaît la réaction de saint Jérôme lors de la prise de Rome par Alaric : "Horreur ! L'univers s'écroule…". On sait aussi qu'après ce désastre, saint Augustin entreprit d'écrire la Cité de Dieu, autant pour se consoler philosophiquement lui-même en tentant de trouver un substitut chrétien à l'Empire qui s'écroulait, autant pour disculper l'Église chrétienne de toute responsabilité dans cette catastrophe. On sait aussi que des auteurs chrétiens, tels Paul Orose (Ve siècle) ou le poète Salvien (début VIe siècle) ne manifestèrent aucun regret de l'écroulement de l'Empire : comme il n'y avait rien de chrétien dans Rome, Dieu n'avait pas jugé juste et bon de la sauver, un point, c'est tout ! Quant aux Barbares, aussi brutaux qu'ils fussent, ils ne pouvaient être pires que les païens idolâtres, débauchés et immoraux qui présidaient aux destinées de l'Empire romain !

Ce sont là des témoignages de lettrés, qui justifient ou tentent d'expliquer les faits, mais qui ne reflètent pas nécessairement l'opinion de la majorité de la population qui, quant à elle, nous reste, largement inaccessible. Angoisse, colère, résignation ? qui pourrait le dire ?

Voici d'ailleurs ce que dit à ce sujet le célèbre historien Paul Veyne dans une interview accordée à la revue l'Histoire :

"Question : Les habitants de la partie occidentale de l'Empire ont-il l'impression qu'ils appartiennent à une civilisation en voie de disparition ?

Paul Veyne : Ils savent bien qu'ils ont changé de maître, que le maître maintenant, c'est le barbare. Qu'est-ce que ça change ? Pour les paysans, je crois qu'on n'en sait rien. Pour les grands seigneurs, gallo-romains en l'occurrence, ils négocient d'égal à égal avec les chefs barbares qui coin, ils se mettent à leur service, ils leur en imposent sans doute, ils ont pour eux le prestige lié la richesse et à la culture"

(in Revue L'Histoire n° 254, mai 2001, p. 53 - voyez aussi ici : Clic !).

2. Autre question : Je suis assez passionné par les voyages antiques. Connaissez-vous des sites qui parlent des explorations menées par les Romains dans les régions lointaines (Chine, Steppes, voire même l'Amérique tant qu'on y est)

RÉPONSE :

À première vue, je ne connais pas de sites internet consacrés spécifiquement aux explorations romaines… Cela dit, si la présence de commerçants "romains" (en fait sans doute syriens) en Chine, au IIe siècle ap. J.-C. est clairement attestée, je doute quand même très fort que les navigateurs romains aient commercé avec ancêtres de Sitting Bull !

3. Enfin une petite question concernant Stilicon : Vous dites qu'il est Hun, mais j'ai lu ailleurs qu'il était d'origine Vandale. Qu'en est-il vraiment ?

RÉPONSE :

C'est vraiment un plaisir que d'être lu par des internautes attentifs ! Vous avez en effet entièrement raison : le brave Stilicon était bien d'origine vandale, et non hunnique, comme je l'avais malencontreusement écrit dans un moment de distraction aussi orientalisant qu'attilesque. Merci de m'avoir signalé cette erreur que, rouge de honte autant que de confusion, je me suis empressé de corriger… et bravo, pour votre sagacité !

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