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Novembre 2002 (page 3/3)

Sommaire du mois de Novembre : Clic !

 

24 Novembre 2002

Nathalie a écrit : 

J'ai un commentaire de texte à faire, il s'intitule Lettre de St Basile de Césarée à un gouverneur. Il date de l'an 372, et parle des curiales et du principe d'hérédité des professions… En voici la traduction :

"Reçois ma prière pour ce malheureux vieillard qu'une lettre impériale a exempté des charges publiques, ou plutôt auquel sa seule vieillesse, avant même l'empereur avait valu l'immunité nécessaire. Tu as confirmé toi-même cette faveur d'en haut, par respect pour la nature et en considération prudente du bien public, me semble-t-il, de peur que l'intérêt général ne courût quelque danger par le fait d'un homme dont l'age avait troublé la raison. Or comment a-t-il pu t'échapper, mon admirable ami, que par un autre chemin tu le ramenais sur la scène ? Car, lorsque tu ordonneras d'adjoindre à la curie son petit-fils, qui n'a encore que 4ans, que fis-tu sinon réintroduire entièrement ce vieillard, par sa descendance, dans les charges publiques ? Nous te supplions donc maintenant de prendre en pitié ces deux ages et de les délivrer tous deux en raison des motifs que nous avons de les plaindre l'un et l'autre. Celui-là n'a pas vu ses parents, ne les a pas connus, et c'est par des mains étrangères qu'il est entré dans cette vie, orphelin de père et de mère dés le berceau. Celui-ci est resté si longtemps dans la vie qu'aucune sorte de malheur ne l'a épargné. Il a vu la mort prématurée d'un fils, il a vu sa maison sans héritiers, et il va voir maintenant, si tu ne trouves pas par toi-même une solution digne de ton humanité, ce qui le consolait de son manque d'enfant devenir l'occasion de mille maux. Ce n'est pas, en effet, je suppose ce petit enfant qui fera partie des bouleutes, qui recueillera les impôts ou qui fournira aux soldats leur solde, mais il faudra que les cheveux blancs du malheureux vieillard soient à nouveau déshonorés. Accorde donc une grâce conforme aux lois et qui convienne à la nature : ordonne que l'on permette à celui-là de parvenir jusqu'à l'âge d'homme et que celui-ci attende la mort sur son lit." (Saint Basile de Césarée, lettre 94)

Voilà ! là j'ai une dissertation à faire sur les colons… donc si vous avez quelques tuyaux, n'hésitez pas !

RÉPONSE :

Le moins que l'on puisse dire, c'est les questions qu'évoque votre fameuse lettre de saint Basile, ce n'est pas de la tarte ! Principe d'hérédité des fonctions curiales, assimilation de ces fonctions au système du colonat… Bref, des problèmes assez controversés de cette législation du Bas-Empire (j'emploie à escient ce terme péjoratif auquel on préfère aujourd'hui "Antiquité tardive"), à forte odeur totalitaire, et qui, personnellement, aurait tendance à provoquer chez moi de fortes poussées d'urticaire allergique !

Donc, comme c'est un peu compliqué et que, d'autre part, je ne sais comment votre prof a traité ces sujets, c'est donc en y allant pas à pas, afin d'essayer de s'y retrouver un peu, que le vais évoquer le contexte de la lettre de saint Basile. Et toutes mes excuses si mes modestes explications enfoncent des portes déjà largement ouvertes lors de vos cours.

Pour commencer, parlons un peu des colons.

Au cours des IIe et IIIe siècles, le nombre de petits fermiers propriétaires diminua considérablement dans l'Empire romain. Accablés de dettes, ruinés par les guerres, ils furent réduits au rang de métayers (coloni) qui cultivaient les champs des gros propriétaires, leurs "patrons" ((patroni). Quoique ces colons fussent toujours, en principe, des hommes libres, ils étaient désormais attachés à la terre, eux-mêmes et leurs familles. Ils ne pouvaient s'enfuir sous peine d'être poursuivis et ramenés manu militari à leur patron. Certes, celui-ci ne pouvait exiger d'eux un loyer exorbitant, et s'il vendait son domaine, ses colons devaient être repris par le nouvel acheteur, sans être déplacés. Néanmoins, leur situation économique restait précaire et leur sujétion totale : les colons romains, c'est un peu, mutatis mutandis, le prototype des serfs du Moyen Age, "taillables et corvéables à merci".

Bien que je ne sois pas sûr que ce système d'exploitation indirecte de la terre fût très productif, l'état romain le voyait d'un fort bon œil car il facilitait la perception de l'impôt : le propriétaire le percevait auprès de ses tenanciers et reversait au fisc impérial les sommes qui lui étaient dues (non sans avoir gardé quelques menues piécettes pour lui). De plus le système du "colonat" avec ses paysans mi-libres mi-esclaves, attachés à jamais à la glèbe qu'ils cultivaient, était parfaitement conforme à cet idéal de stabilité qui devint la doctrine officielle de l'Empire romain à partir de Dioclétien. Évidemment, cette noble stabilitas serait compromise (et le fisc ne saurait plus où donner de la tête) si les gens chargeaient à tout bout de champ de métier, de ville et de condition. Aussi, si votre papa était boulanger à Rome, vous le seriez également, et vos enfants itou !… Et (c'est ainsi que nous rapprochons de la lettre de Basile) si votre père était décurion, curiale ou bouleute (= magistrats municipaux) de sa cité, vous deviez lui succéder, et, après vous, c'était votre fils qui devait reprendre le flambeau.

Malheureusement, chargés qu'ils étaient d'assumer les diverses charges (munera) dont aucune n'était rémunérée (tribunaux du premier degré, députations, inspections des monuments publics, service postal, service des transports, levée des impôts), les curiales formèrent bien vite une des classes les plus malheureuses de la société. En effet, leur charge la plus onéreuse était la perception des impôts impériaux. Comme ils en étaient personnellement responsables, devant combler tout déficit sur leurs fonds propres, et que les finances impériales étaient insatiables, ils risquaient la ruine si, pour une raison ou autre, l'argent rentrait mal, ou pas du tout. Un propriétaire qui refusait de leur donner les renseignements nécessaires, une mauvaise récolte, une invasion barbare, et ils se retrouvaient sur la paille, et déshonorés de surcroît !

À l'époque, ce n'était vraiment pas une sinécure que de faire partie du conseil communal ("municipal" pour nos amis français) ! Avant Dioclétien, c'était chic quoique cher ; après lui, ce ne fut plus que cher (voire ruineux), ennuyeux et parfois dangereux ! Les volontaires pour exercer ces véritables sacerdoces se firent de plus en plus rares. Bientôt, il devint nécessaire de contraindre les citoyens éligibles aux fonctions sénatoriales ou administratives à continuer d'assumer ces charges (munera) et surtout de les empêcher de se dérober à de si coûteux "honneurs". La qualité de membre de la classe curiale devint héréditaire. Elle restait, certes, honorée de titres ronflants : les curiales restaient de "nobles membres honorables" du "petit Sénat", ils étaient revêtus de "la splendide dignité"… mais, "devant demeurer au berceau sacré de leur naissance et ne pouvant l'abandonner sans impiété" (sic), ils ne pouvaient plus ni voyager, ni même - juste histoire de décompresser un brin - séjourner quelque temps dans la campagne autour de leur ville natale !

Cependant, malgré tous les édits (un peu moins de deux cents ordonnances en un siècle et demi, de Constantin à Majorien) promulgués pour empêcher la démission de ces pauvres curiales, beaucoup d'entre eux, surtout en Égypte et en Orient, se réfugièrent dans des ermitages du désert, tandis que d'autres quittaient secrètement leur ville pour devenir les humbles "colons" de gros propriétaires fonciers.

Vous comprenez maintenant les raisons qui poussèrent notre Basile à intervenir : en vertu du principe d'hérédité des charges curiales, un enfantelet de quatre ans, orphelin, devait siéger à la curie à la place de son grand-père qui, lui, a été exempté en raison de son grand âge.

Basile dénonce avec raison cette situation absurde… Cependant, il me semble qu'afin d'écrire une belle lettre, un fifrelin humoristique, à son copain, le gouverneur, le saint homme dramatise un peu la situation. Car, en fait, les lois prévoyaient que la désignation d'une personne liée à l'obligation curiale (obnoxius curiae) était subordonnée au principe d'idoneitas. C'est-à-dire - les Romains n'étaient quand même pas fous ! - que le "volontaire désigné" devait être apte à exercer les fonctions que la loi lui prescrivait d'exercer. C'était la moindre des choses !

Comme c'était sans doute en vertu de ce principe que le grand-père dont parle Basile, vieillard certes noble, mais chargé d'ans et d'infirmités, avait été exempté, le gouverneur n'avait aucune raison de refuser la même dérogation (mais sans doute à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il eut atteint l'âge requis pour exercer la charge héréditaire) à son petit-fils, ce bambin de quatre ans !

De plus, outre le fait que Basile avait peut-être tendance à noircir le tableau pour émouvoir, divertir ou flatter son correspondant, les lois impériales n'étaient peut-être pas aussi rigoureuses que je le laisse supposer. Dans leur livre intitulé L'Empire romain en mutation (Points Histoire - Nouvelle histoire de l'Antiquité n° 10), Jean-Michel Carrié et Aline Rousselle expliquent (pp. 692-696 - L'hérédité des curiales, un problème mal posé) que les problèmes posés par l'hérédité des charges curiales ont été souvent surestimés ; qu'en réalité, la législation du IVe siècle prolonge celle des siècles précédents. Cependant, comme ce livre traite d'une période qui s'achève avec Constantin, soit quarante ans avant notre Basile, je n'ai pas trop osé m'y référer… d'autant plus que ces questions institutionnelles sont quelque peu trop "pointues" pour mes modestes lumières ! Mais peut-être que vous, vous y trouverez des infos utiles pour votre travail.

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26 Novembre 2002

utopia2000 a écrit : 

Est-ce qu'on peut parler d'universalité dans le monde romain ? Les guerres que Rome a portées dans tous les pays de la Méditerranée ne seraient-elles qualifiées uniquement que comme des guerres d'expansion en oubliant ainsi tous les bienfaits que la civilisation latine a apportés dans les pays conquis ?

Je vous saurais gré si vous vouliez me répondre, et je vous en remercie à l'avance.

RÉPONSE :

Vous savez, je parierais volontiers que les rares survivants de la tribu belge des Éburons, "génocidée" par le grand Jules César en 53 av. J.-C. ("cette grande invasion anéantit la race des Éburons et leur nom même", se vanta-t-il), considéraient les "bienfaits de la civilisation romaine" avec beaucoup de scepticisme ! Mais enfin, peut-être n'était-ce là que ce que l'on appelle aujourd'hui, non sans un certain cynisme des "dégâts collatéraux".

En fait, c'est souvent ainsi que cela passe : on fait la guerre pour de mauvaises raisons, puis, une fois que l'on a remporté la victoire, on s'en trouve de fort bonnes pour justifier l'hécatombe. Rome ne fait pas exception à la règle… À cela près que les Romains, probablement moins hypocrites que nous, ne jetaient pas un voile pudique sur les horreurs de la guerre. Non seulement la noble prose du grand Jules César, mais aussi les bas-reliefs des monuments officiels (arcs de triomphe, colonnes trajane ou antonine) montraient crûment la guerre telle qu'elle était, dans son épouvantable réalité, avec son lot de tueries, de rapts, de viols, et de scènes de boucherie digne du film Gladiator. Bien sûr, les Romains ne doutaient pas que les guerres qu'ils entreprenaient fussent "justes", que c'était sur elles que leur "République" avait bâti sa puissance et sa prospérité, mais ils connaissaient aussi le prix de ces victoires !

Quand vous parlez de "guerres d'expansion", vous utilisez le terme qui convient car ce n'est nullement pour y apporter les "bienfaits de sa civilisation" que Rome a conquis tout le pourtour de la Méditerranée. Au départ, la seule chose qui intéressait les Romains, c'était de s'approprier les richesses de pays plus "civilisés" que le leur (Sud de l'Italie, Grèce, Asie Mineure, Moyen-Orient), puis d'imposer à ces nouvelles provinces de juteux tributs. Rome ne fut longtemps qu'un état prédateur, dont la soit d'or, d'argent et d'esclaves était insatiable. Les provinces romaines étaient considérées comme butin de guerre de la République romaine, et ses habitants comme des esclaves en puissance

Heureusement, cela changea à l'époque impériale (à partir du Ier siècle ap. J.-C.). Les contrées soumises, de plus en plus souvent gouvernées par des fonctionnaires dépendant directement de l'empereur, et non plus par des sénateurs surtout soucieux d'enrichissement personnel, furent progressivement considérées comme des partenaires économiques, dont la prospérité était nécessaire à la grandeur de Rome et à la survie de son Empire. "Un bon berger se contente de tondre ses moutons, il ne les écorche pas" avait coutume de dire l'empereur Tibère.

C'est ainsi qu'à partir du Ier siècle ap. J.-C. jusqu'au milieu du IIIe siècle (ensuite, la situation se dégrada), l'empire romain devint (si j'ose dire) un genre "sphère de co-prospérité" susceptible enfin de prodiguer à ses habitants certains de ces fameux "bienfaits de la civilisation" que vous évoquez dans votre mail.

Mais quels furent précisément ces bienfaits ?

On peut discuter… Les Romains n'ont pas réellement inventé de nouvelles techniques ; bien souvent ils se contentèrent de perfectionner et de diffuser les inventions et les idées grecques. Mais surtout, grâce à leur puissance militaire, ils assurèrent une longue période de paix qui permit à la civilisation gréco-romaine (puis chrétienne) de s'épanouir puis d'imprégner profondément des contrées que l'hellénisme classique n'avait jamais pu qu'effleurer. Bien sûr, cette fameuse "Paix romaine" (Pax romana) fut très relative ! Néanmoins, grâce aux légions romaines qui montaient la garde sur le Rhin et sur le Danube, la Gaule, par exemple, ne connut pas d'invasion majeure pendant très de trois cents ans (entre le milieu du Ier siècle av. J.-C. et le milieu du IIIe siècle ap, J.-C.), et cela, ce fut certainement un inestimable bienfait

Un autre bienfait de civilisation romaine : le système juridique, le fameux "droit romain". Bon, bien sûr, Rome n'a jamais imposé ses coutumes juridiques aux provinces soumises. Le droit coutumier subsistait partout… mais en concurrence avec la législation romaine. Un sujet de l'empire pouvait donc être jugé selon la coutume de son pays natal, ou plaider son cas devant le gouverneur romain. Et c'était là un frein considérable à l'arbitraire car si, la justice romaine n'était pas nécessairement plus tendre que la justice "indigène", elle se basait toujours sur une jurisprudence écrite. Quoi qu'ils aient fait, les accusés savaient qu'ils ne seraient pas jugés "à la tête du client", mais selon des formes judiciaires étables et sur base de lois connues et éprouvées.

Alors bien sûr, on peut aussi discuter du fait de savoir si la civilisation romaine était plus "avancée" que celles des pays conquis par Rome. C'est le genre de sujet glissant que je répugne à aborder. Comment prouver qu'une civilisation est "meilleure", "plus avancée" qu'une autre ? Je n'en sais rien… En revanche, ce qui est certain, c'est que beaucoup de peuples (surtout occidentaux) soumis à Rome estimèrent que le mode de vie de leurs vainqueurs était bien meilleur que le leur. Une fois la conquête achevée, de très nombreux Gaulois, Bretons, Ibères, Helvètes et autres Belges adoptèrent les coutumes de leurs maîtres romains, prirent des noms romains, se nourrirent comme les Romains, et fréquentèrent les thermes, les théâtres, et les cirques des Romains.

Vous me parlez également d'universalité du monde romain… À ce sujet, je voudrais vous signaler un article fort intéressant paru récemment dans la revue L'Histoire. L'auteur, Maurice Sartre, y explique pourquoi il n'est pas absurde de comparer la mécanique de la romanisation à celle de l'américanisation. Et justement, en rapport avec ce que j'ai dit ci-dessus, voici ce que Maurice Sartre écrit en conclusion de son article :

"L'un des paradoxes de l'Empire romain est sans doute d'avoir à la fois respecté les différences culturelles lorsqu'elles ne mettaient pas en cause l'ordre établi, et réussi à répandre partout un mode de vie dont on ne doit pas négliger l'importance politique. Dans tout l'empire, les notables portent les mêmes vêtements, célèbrent les mêmes fêtes en l'honneur des empereurs, assistent avec le peuple aux mêmes spectacles du cirque, fréquentent les mêmes thermes, consomment vin et huile d'olive.

Derrière l'apparente superficialité de ces aspects de la vie quotidienne se cache la réalité d'une culture commune. Certes les identités régionales ne disparaissent pas, mais elles sont partiellement masquées par l'adhésion d'un grand nombre au mode de vie gréco-romain, qui devient l'un des ciments de l'empire. Cette acculturation, que l'on pourrait nommer « romanisation » si elle n'était pas tout autant une « hellénisation », a paru quelquefois aussi superficielle que peut l'être l'américanisation de nos sociétés. Le parallèle est risqué mais non sans fondement.(…)

Fast-foods, boissons gazeuses, musique et films remplacent l'huile d'olive, les thermes ou les jeux du cirque d'autrefois. Il y a là sans doute à la fois un véritable intérêt pour ces nourritures et ces spectacles mais aussi le souci de paraître moderne, en suivant l'exemple de la puissance dominante.

Il ne suffisait sans doute pas davantage à un Gaulois de fréquenter les thermes pour devenir un « Romain » qu'à un adolescent japonais de manger un hamburger pour être « Américain ». Mais, dans l'un et l'autre cas, il y a un effort d'identification, conscient ou non, une volonté de s'inscrire dans une culture mondiale jugée plus valorisante que la tradition locale. Dans tous les cas se pose la même question : dans quelle mesure ces comportements sont-ils imposés ou recherchés ? Quelle que soit la réponse, il reste que la culture des maîtres du pouvoir devait paraître bien séduisante pour être si facilement et si massivement adoptée.

En définitive, les processus complexes de la « romanisation-hellénisation » invitent à réfléchir aux phénomènes actuels de « mondialisation » que l'on aurait évidemment tort de ne considérer que sous l'angle politico-économique. Bien sûr, il existe une part de contrainte dans la diffusion des processus politiques, économiques, religieux ou culturels. C'est bien Rome qui a contribué à diffuser les noms de ses dieux, la pratique de son droit, l'usage de sa monnaie et de sa langue. Toutefois, c'est librement que les notables, puis des couches plus larges des sociétés indigènes ont adopté tout ou partie du mode de vie gréco-romain. Sans contrainte autre que sociale ou culturelle, sans que l'on puisse dénoncer un « impérialisme » culturel de Rome. Celle-ci est puissante, elle n'a nul besoin de contraindre pour que les provinciaux soient séduits par ses pratiques.

L'histoire 270

Elle réussit d'autant mieux qu'elle ne contraint pas, qu'elle n'interdit pas les coutumes anciennes, qu'elle associe au pouvoir les notables locaux. La puissance politique suffit à provoquer ce glissement vers une culture nouvelle dont s'imprègnent des sociétés entières, si profondément qu'une part notable d'entre elles en conservent la marque indélébile jusqu'à aujourd'hui."

(Maurice Sartre, Rome, l'Empire modèle, in L'Histoire N° 270 de novembre 2002 - voir ici : Clic !).

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26 Novembre 2002

Michel Eloy a écrit : 

Je recherche une information pour un projet auquel que suis occupé (voir ici : Clic !).

Il s'agit de ce passage de LA TUNIQUE (le roman), où un esclave païen s'indigne de la propension des Juifs à faire des sacrifices sanglants dans leur temple de Jérusalem. Je trouvais le passage surprenant, étant entendu que le paganisme aussi pratiquait des sacrifices d'animaux. Plus tard je suis tombé sur un texte confirmant mot pour mot ce qu'écrivait Lloyd C. Douglas. Malheureusement je ne sais plus dans quel ouvrage j'ai lu ça, ni à quel auteur ancien on se référait (probablement un Père de l'Église, dans une quelconque réfutation du paganisme : La préparation évangélique d'Eusèbe de Césarée ou La Cité de Dieu de Saint Augustin, que je n'ai pas en rayon chez moi. Ou autre chose…)

Comme je sais que les origines du christianisme vous branche assez, je me suis dit que, peut-être, vous pourriez m'aider.

RÉPONSE :

En ce qui concerne l'origine des propos dégoûtés du comparse de l'ineffable Victor Mature sur les sacrifices sanglants du Temple de Jérusalem, j'ai peut-être une piste, mais rien de très précis.

Dans le chapitre XV de sa célèbrissime Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romaine, ce brave Edward Gibbon attribue ce mépris aux Gnostiques. Gibbon expose en effet que ces hérétiques critiquaient les récits bibliques, qu'ils s'indignaient d'abord de la "liste sanguinaire de meurtres, d'exécutions et de massacres qui souillent presque chaque page des annales des Juifs" (…), puis, qu'ils "passaientt des sectateurs (juive) de la loi à la loi (mosaïque) elle-même" et en venaient à prétendre "qu'une religion qui consistait seulement en sacrifices sanglants, en cérémonies puériles et dont toutes les punitions et toutes les récompenses étaient temporelles, ne pouvait ni inspirer l'amour de la vertu, ni réprimer l'impétuosité des passions". (Edward Gibbon, Histoire du Déclin…, Vol. I, Chap. XV, Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins)

Mais sur quels textes Gibbon se base-t-il ? Mystère… J'ai naturellement effectué une recherche rapide chez les Pères de l'Église qui réfutèrent le gnosticisme (saint Irénée, Tertullien, Clément d'Alexandrie), mais je n'ai rien trouvé de très pertinent. Peut-être serez-vous plus chanceux (et certainement plus perspicace) que moi…

Et tant qu'à faire, deux autres questions.

1) Qui fut le premier empereur à disposer d'une garde du corps germanique ? Caligula en avait une, qui ne lui servit à rien. Mais avant lui ?

RÉPONSE :

À première vue, Caligula fut bien le premier empereur à disposer d'une garde germanique. Je peux naturellement me tromper, mais je n'ai pas l'impression que Suétone ou Tacite évoquent la présence de tels gardes du corps auprès d'Auguste ou de Tibère. Ce serait d'ailleurs assez peu vraisemblable : les deux premiers "empereurs", très soucieux de respecter les formes républicaines ainsi que les valeurs traditionnelles romaines, n'auraient sans doute ni voulu, ni osé apparaître en public entourés de mercenaires étrangers. Rendez-vous compte : confier ouvertement leur vie aux camarades de ces barbares qui avaient exterminé les légions de Varus et déshonoré les aigles romaines, au lieu de s'en remettre, pour leur sécurité, aux lois, au Sénat et au Peuple romains ! Outre qu'elle aurait été de fort mauvais goût, cette attitude, méprisante et antipatriotique aurait été politiquement dangereuse.

Pour Caligula c'était, en revanche, peut-être différent : c'était son illustre père, Germanicus, qui avait vengé l'affront d'Arminius, et la présence de soldats germains à ses côtés remémorait à tous la gloire paternelle…

Mais il ne s'agit là que de conjectures de ma part.

COMPLÉMENT D'INFO SUR LES GARDES GERMANIQUES ?
VOIR ICI :
Clic !

2) Je ne sais plus dans quel carton j'ai enterré ma Vie de Jésus de Daniel-Rops qui, je pense, aurait répondu à celle-ci : que sait-on exactement de la parenté de Claudia Procula ? Est-elle seulement mentionnée ailleurs que chez les auteurs chrétiens ? J'ai lu quelque part qu'elle était une nièce de Tibère, mais elle me semble inconnue au bataillon des sources classiques des Julio-Claudiens. Je crois que c'est du roman, en dépit de son prénom qui reproduit au féminin le patronyme des Claudii. (

RÉPONSE :

 

Puisque vous ne parvenez plus à mettre la main sur votre exemplaire du Jésus en son temps de Daniel-Rops, voici les paragraphes où il évoque Mme Pilate, née (?) Claudia Procula.

"Qui était cette femme de Pilate dont cet unique verset (Matt.,27 : 19) révèle l'existence ? Aucun texte profane contemporain ne parle d'elle. L'évangile apocryphe, dit de Nicodème, la nomme Claudia Procula. Certains auteurs, tel Rosadi, ont pensé qu'elle pouvait être la fille la plus jeune de cette Julie qu'Auguste, son père, se vit contraint d'exiler pour cacher ses débordements, après lui avoir donné Tibère pour troisième mari. Aurelius Macrobe, écrivain du Ve siècle, fort mauvaise langue, qui, dans ses Saturnales, a rapporté la chronique scandaleuse de la Rome impériale, permet de connaître un peu cette Claudia. Envoyée par sa mère auprès de Tibère, elle aurait été « élevée » par lui, ce qui, quand il s'agit d'un tel personnage, veut dire beaucoup de choses et peu pédagogiques. Ponce Pilate, officier sans fortune, aurait, par ce mariage, acquis de hautes relations.

Ces commérages ne doivent pas être pris au sérieux. Cependant, un détail historique pourrait leur donner confirmation : l'antique loi Oppia interdisait aux proconsuls d'emmener leur femme dans les provinces qu'ils gouvernaient; bien qu'adoucie par un sénatus-consulte, au Ier siècle avant notre ère, elle restait en vigueur ; les magistrats obtenaient très difficilement la permission d'y déroger et encore devaient-ils s'engager à « prendre toute la responsabilité des fautes que leur épouse pourrait commettre ». Si Pilate avait sa femme à Jérusalem, cela prouve donc qu'elle et lui avaient des protections. Les femmes de ce rang, à cette époque, étaient volontiers initiées à des sectes diversement secrètes, au courant de toutes les doctrines ésotériques, initiatiques et magiques en vogue. Qu'elle ait attaché une grande importance à un songe, rien de surprenant. Sa démarche, en tout cas, partait d'un bon sentiment à l'égard de Jésus ; on a parfois imaginé qu'elle pouvait avoir été une « prosélyte de la porte », éduquée dans la religion juive, voire dans la doctrine du Christ; l'église grecque et celle d'Éthiopie la vénèrent comme sainte."

(Daniel-Rops, Jésus en son temps, Libraire Arthème Fayard; 1945).

Beaucoup de suppositions, peu (pas) de certitudes.

Comme vous l'avez remarqué, ce bon Daniel-Rops, suivant, à ce qu'il dit, la relation de Macrobe, suppose (mais ce ne sont sans doute là que des "commérages", précise-t-il) que notre Claudia Procula fut peut-être un enfant adultérin de Julia, la fille d'Auguste

… Ce n'est pas du tout l'avis de Robert Ambelain (Les Lourds secrets du Golgotha, Éd. Robert Laffont, 1974). Selon cet historien (parfois un peu systématique, j'en conviens) ledit bon Daniel-Rops n'aurait pas très bien lu Macrobe et aurait fait un genre de "macédoine de Julies" ! En fait, la mère de Claudia Procula n'aurait pas été Julie I (fille d'Auguste), mais Julie II (fille de Julie I et d'Agrippa). Cette Julie II, ayant adopté la même vie de patachon que sa mère, aurait fini ses jours de la même manière que sa maman, exilée par Auguste sur une île (Trimère, près de côtes des Pouilles). Assigné à résidence à Trimère en 8 ap. J.-C., elle y mourut en 28.

Claudia Procula serait née d'une liaison adultérine de cette Julia I. Voici ce qu'en dit Robert Ambelain ; comme cela, vous pourrez vous faire une religion à ce sujet :

"Claudia Procula. Celle-ci était donc l'arrière petite-fille d'Auguste, et non pas sa petite-fille. Elle naquit vers l'an 3 de notre ère, et elle avait environ vingt-trois ans lorsque Pilate devint procurateur de Judée, en 26. Son grand-père, Agrippa Marcellus, avait eu sous ses ordres, en Espagne, Marcus Pontius, père de Ponce Pilate. Il n'y a rien d'extraordinaire par conséquent à ce que la petite-fille du premier épousât le fils du second. Des liens existaient entre ces deux hommes, souvenirs de campagnes militaires au sein des légions.

Mais Julia I, grand-mère de Claudia Procula, avait épousé en troisièmes noces Tibère, le futur empereur. Ce dernier devenait donc, de ce fait même, le grand-père par alliance de Claudia Procula. Et en épousant Claudia Procula, Ponce Pilate devint son petit-fils par alliance. Rien d'étonnant donc à ce qu'il ait bénéficié par la suite d'une charge telle que celle de procurateur de Rome en Judée, et du titre envié en tout l'Empire d'amicus caesaris, « ami de César ». Car ce n'était pas rien que d'être le petit-fils, même par alliance, de l'empereur. (…)

Aurelius Macrobe, en ses Saturnales, insinue que Julia II, mère de Claudia Procula, aurait confié sa fille à Tibère, son beau-père, durant son exil en l'île de Trimère, et que celui-ci aurait très bien pu la corrompre. Mais si nous nous souvenons que ce fut en 27 de notre ère que cet empereur se retira à Capri, que Ponce Pilate était déjà procurateur de Judée depuis une année, si Claudia Procula obtint de suivre son époux en Palestine, elle ignora tout des « tableaux vivants » et des orgies, paraît-il indescriptibles, qui firent l'intérêt de ce séjour dans l'île enchanteresse (Note de Robert Ambelain : L'histoire moderne a fait justice des calomnies que le Sénat romain, méprisé par Tibère, sut répandre sur l'empereur après sa mort, et dont Tacite et Suétone se firent l'écho en leurs œuvres. Ces débauches ne lui ressemblent pas…). Par contre si la lex Oppia, interdisant aux épouses des hauts fonctionnaires de Rome d'accompagner leurs époux dans les territoires d'outre-mer, lui fut appliquée, elle put évidemment suivre Tibère à Capri et assister ou participer aux scènes de débauche. Nous croyons, au bénéfice du doute, que la loi ne fut pas appliquée. Un sénateur nommé Severus Cecina avait proposé de revenir à l'application stricte de la lex Oppia, tombée un peu en désuétude. Il fut contredit par Valerius Messalinus, et finalement Tibère trancha la question en faisant rejeter la proposition de Severus Cecina par le Sénat romain (Cf. Tacite : Annales, III, 34).

livre ambelain

Par conséquent, rien ne s'oppose à croire que Claudia Procula ait accompagné Ponce Pilate en Judée. Et leur mariage ne fit que précéder cette coutume que tant de rois de France observèrent à l'égard de leurs bâtardes. Elle consistait à leur faire épouser un officier de vieille mais petite noblesse, sans fortune, lequel, en leur donnant un nom honorable, bénéficiait par la suite d'avancements et d'avantages substantiels ; rien de nouveau sous le soleil."

(Robert Ambelain, Les lourds secrets du Golgotha, Éd. Robert Laffont, 1974).

Encore une fois, beaucoup de conjectures !… Moi, je parie qu'au Ve siècle ap. J.-C., le fameux Macrobe en savait encore moins que nous sur la femme de Ponce Pilate !… Cependant, hypothèses pour hypothèses, celles de Robert Ambelain me semblent mieux articulées, mieux argumentées que celles de Daniel-Rops. En outre, j'ai quelques difficultés à croire que Tibère aurait accueilli à bras ouverts une bâtarde de son épouse Julie alors que son mariage forcé avec cette grande dame de petite vertu était comme un clou à son cercueil, une croix à porter aussi lourdes que les cornes qui ornaient son front. Nous savons que certains auteurs, en veine de fantaisie scripturaire, ont attribué au vieux Tibère un intérêt pour les vertus chrétiennes, mais il ne faut quand même exiger de lui la mansuétude divine d'un Jésus-Christ !
Naturellement, une fille adultérine de Julia II llui aurait posé moins de problèmes de conscience…

Conclusion de Michel : 

Merci beaucoup pour vos recherches. J'avais deviné juste, le sujet était bien dans vos cordes.

Je pense bien, effet, que Caligula fut le premier à posséder une garde germanique. Notez bien que le fameux Arminius passe pour avoir servi dans l'armée romaine (comme l'Arverne Vercingétorix, comme le Batave Civilis, comme Attila lui-même…) mais sans doute dans un corps d'auxiliaires… Mais la constitution de cette garde a une valeur politique : au fur et à mesure que les empereurs se détachaient des apparences républicaines, le fossé se creusait entre eux et les prétoriens dont les valeurs resteront assez ambiguës. N'oublions pas qu'ils appartiennent tous ou la plupart à la petite noblesse provinciale, qui a du être aussi étonnée que la noblesse sénatoriale de la prétention de Caligula à vouloir être adoré comme un dieu, c'est-à-dire à opter pour le modèle des monarchies hellénistiques. Je ne puis mieux le comparer qu'à Alexandre le Grand qui, vainqueur de l'Empereur perse, voulut prendre sa place toute chaude et imposer à ses Macédoniens une conception de la monarchie pas très "républicaine"… si vous voyez ce que je veux dire. Mais la colère des compagnons d'Alexandre, sa prétention à adopter les usages perses était plus facile à justifier au nom de la realpolitik que la révolution proposée par Caligula. D'où le jugement de l'histoire…

Je n'arrive vraiment plus à me rappeler où j'avais lu cette critique des sacrifices sanglants à Jérusalem, qui confirmaient ce que j'avais lu dans Lloyd C. Douglas roman du reste plein d'erreurs. Ce soir, je me replonge dans Gibbon.

À propos de l'intérêt de Tibère pour la littérature disons ésotérique, il me faut nuancer ce que je vous écrivais précédemment (voir ici : Clic !) à propos du numéro de duettistes de Tibère et Claude dans LA TUNIQUE : Tibère n'apparaît que dans LA TUNIQUE et étudie le rapport envoyé par Pilate, relatif à la crucifixion du Christ, avec l'aide d'un astrologue. Point. Claude n'apparaît que dans LES GLADIATEURS (séquelle au roman de Douglas, entièrement concocté par les scénaristes de la 20th Century-Fox) et, vieil érudit étruscologue et sémitisant, il épluche le même rapport pour le compte de Caligula, qui vient le trouver dans son bureau, la nuit. Les deux films se répondent tellement bien que j'ai confondu Claude avec le personnage de l'astrologue.
Dont acte.

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26 Novembre 2002

Xavier-Bertrand a écrit : 

Je viens de lire les divers courriers vous vantant Murena. Or je me dois de donner un avis contraire sur cette bande dessinée. Bien que le dessin et l'histoire soient extrêmement intéressants (je la lis régulièrement à la FNAC pour l'intrigue elle-même), on y présente Néron exactement comme sa légende noire veut bien le présenter : couchant avec sa mère, donnant des esclaves en pâture aux murènes, incendiant Rome etc… Bref, une vision de Néron qui me dérange (je pense que cet empereur a été mal compris et a bénéficié de la verve propagandiste des écrivains flaviens).

RÉPONSE :

Je ne dirai rien de la BD Murena que je n'ai toujours pas lu - il faudra vraiment que je me décide un jour à combler cette lacune ! Cependant, il est toujours intéressant de prendre connaissance d'un avis discordant (surtout s'il est motivé, comme le vôtre).

Quant au Néron de Murena, qu'il soit ou non conforme à la "vérité historique", qu'il soit fidèle à sa "légende noire" ou à sa "légende dorée", finalement, peu importe ! Cela ne relève que de la liberté de création des auteurs, qui, elle, est infinie… Un héros de roman, de BD ou de cinéma ne doit pas nécessairement être "vrai", il doit seulement être vraisemblable. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le Néron monstrueux de Suétone et de Tacite l'est, vraisemblable : pendant près de vingt siècles, des générations d'historiens (souvent très compétents et très consciencieux) y ont cru dur comme fer, et certains (peut-être même la plupart) y croient encore aujourd'hui !

La BD Murena vous intéresse ?
voyez aussi : DE MURENA À LOLLIA PAULINA,
un article de Michel Eloy

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30 Novembre 2002

René a écrit : 

Je recherche des documents sur le sénatus-consulte Pégasien, édicté entre 69 et 79 après J.-C.

Pouvez-vous m'aider ?

 

RÉPONSE :

Malheureusement, j'ignore tout de ce "sénatus-consulte Pégasien"… même le nom ne me dit rien !

Par acquit de conscience, j'ai été voir sur le Net, mais mes recherches (mots-clés : "pégasien", "pegasianus", etc…) n'ont fourni aucun résultat pertinent.

Je suis donc très sincèrement désolé de ne pouvoir vous aider.

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Novembre 2002

Michel a écrit : 

Quelques nouvelles pièces sur le site Archeobel :

  • Une lampe à huile de la firme C.OPPI.RES, (= Caius Oppius Restitutus), une firme très connue dès le Ier siècle. Le miroir de cette lampe est ornée d'un sanglier… le fier sanglier des Ardennes ! : Clic !
    Les lampes à huiles étant utilisées en grand nombre, de nombreux ateliers de céramique furent créés dès l'Antiquité grecque (IVe - Ve siècles avant J.C.) ainsi que pendant la période romaine. Comme de nos jours, toutes les céramiques n'étaient pas signées, mais d'autres l'étaient, et, de la même façon que nous connaissions "Boch & Frères", les Romains connaissaient parfaitement la firme "C. OPPI. REST. FORTIS" (FORTIS = Lucius Æmilius Fortis), et beaucoup d'autres encore.
    Ces lampes antiques sont ornées de scènes mythologiques, érotiques, etc. ou alors de thèmes de la propagande impériale. D'ailleurs, chose intéressante, on peut souvent établir des liens entre les revers des monnaies romaines et les motifs des miroirs des lampes. Dans plusieurs cas, on retrouve des représentations similaires.
    La lampe romaine n'était donc pas un bête objet utilitaire, et les motifs représentés sur les miroirs n'étaient pas purement décoratifs. Par exemple, le dauphin, animal sacré, qui guide les hommes (ou les objets) vers leur but, est représenté non seulement sur les lampes, mais aussi sur les balles de fronde, les fibules, ou même, à l'instar des divinités, sous forme de petites statuettes.
  • Ensuite, encore deux autres lampes plus petites (une à palmettes et une avec deux personnages… malheureusement pas très visibles sur la photo) : Clic !
  • Une clochette à bétail rectangulaire : Clic !
site archeobel

    À ce propos, une histoire peut-être un peu cloche, mais néanmoins intéressante :
    Ces clochettes sont souvent décrites soit comme des clochette à bétail, soit comme clochettes domestiques, ou encore sont considérées comme objets rituels. Cependant, une chose m'a frappé : personne n'a attaché d'importance au son de ces clochettes. En effet, on les retrouve sans battant (généralement en fer à l'époque romaine). J'ai donc reconstitué un petit battant fixé autour d'un axe en bois amovible, afin de ne pas abîmer la pièce originale, j'ai écouté le son de ces clochettes, et je me suis aussitôt souvenu des grelots des brebis (dans ma jeunesse, j'ai souvent habité chez des fermiers). Huit clochettes sur les neuf que je possède font le même bruit mat ! La seule qui fait exception, avec un son très haut et clair, est une clochette pyramidale sur petits pieds. Et c'est normal car, dans certains ouvrages, on affirme que les clochettes domestiques romaines étaient destinées à chasser les mauvais esprits. Quoi de mieux pour cela qu'un son haut et clair !
    Comme quoi la recherche de l'utilité de certaines clochettes pourrait être simplifiée en restituant leur sonorité. Cela permettra déjà de faire une première sélection entre clochettes à bétail et clochettes domestiques !

  • Un quadrans de Caligula : Clic !
  • Un petit bronze barbare de Tibère ( = semis léger) : Clic !
    Il s'agit en fait d'une monnaie frappée à Lyon par et pour les gaulois. Les monnaies gauloises sont un peu plus légères que les pièces frappées dans des ateliers romains, mais je n'ai pas encore trouvé la raison de ces versions "light".

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