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Sommaire Novembre 2002 :

  • 1er Novembre :
    • Quelle est l'originalité des empereurs de la dynastie flavienne ? : Clic !
  • 2 Novembre :
    • Quelques mots (et quelques liens) sur l'organisation des voyages et des services postaux dans l'Antiquité romaine : Clic !
  • 6 Novembre :
    • Une "défense de mammouth" contre Suétone ? : Clic !
  • 8 Novembre :
    • Où trouver des infos sur l'Age d'Or et sur Jupiter ? : Clic !
  • 10 Novembre :
  • 11 Novembre :
    • Comment la minorité chrétienne a-t-elle pu triompher ? : Clic !
  • 12 Novembre :
    • Les esclaves dans l'Antiquité romaine - Où étaient-ils logés ? : Clic !
  •  17 Novembre :
    • Comment s'appelaient les frangines de Caligula ? : Clic ! 

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  •  17 Novembre :
    • L'éducation dans la Rome impériale - Une évolution par rapport à l'époque républicaine ? : Clic !
  • 19 Novembre :
    • Quelques principes (très) généraux pour la datation des pièces romaines : Clic !
    • Peut on dater avec précision les pièces posées sur les yeux de Jésus (Saint Suaire de Turin) : Clic !
  • 19 Novembre :
    • Vespasien et les "vespasiennes" : Clic !
  • 19 Novembre :
    • C'est quoi, un "siège romain" ? : Clic ! 
  • 21 Novembre :
    • Quelques mots sur les diatribes de Grégoire de Nazianze contre Julien l"Apostat : Clic !
    • Quelques sites sur l'Antiquité tardive (armée, religion, Grégoire de Nazianze, Libanios, etc…) : Clic ! 
  • 22 Novembre :
    • Connait-on la date du baptème de sainte Hélène ? : Clic !
  • 23 Novembre :
    • Les funérailles impériales à Rome sous le Haut Empire : Clic ! 
  • 23 Novembre :
    • "Tradition d'Arcane" ?… : Clic ! 
  • 24 Novembre :
    • À propos d'une lettre de saint Basile : le caractère pervers de certaines réformes de Dioclétien, en particulier en ce qui concerne le système du colonat et de l'hérédité des curiales : Clic !
    • Le triste sort des colons et des curiales du Bas Empire romain : Clic ! 
  • 26 Novembre :
    • Que penser de l'universalité et des bienfaits de la civilisation romaine ? : Clic !  
  • 26 Novembre :
    • Indignation païenne au sujet des sacrifices sanglants du Temple de Jérusalem. Quelles sources ? : Clic !
    • Caligula disposait d'une "Garde germanique", mais fut-il le premier ? : Clic !
    • Que sait-on de l'épouse de Pilate ? Cette Claudia Procula (?) était-elle apparentée aux "Césars" ? : Clic !
  • 26 Novembre :
    • La bande dessinée Murena : un portrait de Néron trop conventionnel ! : Clic ! 
  • 30 Novembre :
    • Le mystère du "senatus consulte Pégasien" : Clic !
  • Novembre :
    • Les nouveautés du site Archeobel : Clic !
    • Quelques explications sur les lampes à huile, leur fabrication et leur décoration : Clic !
    • … Ainsi que sur le son des clochettes : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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1er Novembre 2002

Pierre a écrit : 

Je souhaitais vous soumettre une question afin de voir si vous pouviez me donner quelques idées ou indications, en effet un prof d'histoire romaine avare en mots m'a demandé de traiter le sujet suivant : "Quelle est l'originalité des empereurs flaviens ?" et malgré mes recherches, je n'ai que peu d'informations.

En précisant un peu, il a dit qu'il fallait s'intéresser à l'attitude vis-à-vis du prédécesseur ; voir si la procédure de collation du pouvoir était respectée ? ; voir s'il y a une originalité dans l'avènement ? (dynastique ou pas ?).

Je sais bien que ce n'est pas votre job de faire les devoirs, cependant, je vous serais reconnaissant si vous pouviez m'indiquer quelques thèmes de réflexion.

RÉPONSE :

J'ai déjà eu l'occasion d'aborder l'avènement de la dynastie flavienne lors d'une correspondance avec un autre internaute (Clic !). Mais ces considérations sur la lex de imperio vespasiani, cette loi par laquelle le Sénat conféra à Vespasien tous les pouvoirs qu'il pouvait, de toute façon, prendre sans demander la permission de quiconque, n'ont qu'un rapport assez lointain avec la question cruciale qui hante votre prof si laconique !

Donc, quelle est l'originalité des empereurs flaviens ?

Pour commencer, il ne serait peut-être pas inutile de se remémorer brièvement les circonstances de l'accession au trône de Vespasien.

Au milieu de l'année 68 ap. J.-C., l'empereur Néron, victime d'une action plus psychologique que militaire, est abandonné par les soldats de sa garde personnelle (les Prétoriens), puis par le Sénat, qui, tous deux, se rallient à Galba, un vieux militaire alors gouverneur d'Espagne. Néron se suicide, tandis que la vieille baderne quitte son Espagne pour venir à Rome prendre possession du trône impérial. Pas pour longtemps ! Au début de l'année 69, Galba est à son tour lâché par les Prétoriens, mécontents de n'avoir pas été suffisamment récompensés de leur trahison envers Néron. Ces soldats assassinent l'empereur qu'ils s'étaient choisis six mois plus tôt et remettent son sceptre à Othon, un jeune aristocrate, un peu efféminé, mais très populaire. Au même moment, (début 69), les légionnaires de l'armée de Galba, lassés eux aussi de l'avarice de Galba, reconnaissent comme empereur Vitellius, le fils d'un très haut dignitaire de l'Empire. Il y donc deux empereurs en même temps : un au Nord de la Gaule, l'autre à Rome. Guerre civile. Les armées des deux prétendants s'affrontent à Bédriac, dans le Nord de l'Italie. Vitellius sort vainqueur de la bataille, mais n'est pas pour autant débarrassé de tous ses rivaux, car, entre-temps, le général Vespasien, alors occupé à mâter la grande révolte juive, avait été reconnu comme empereur d'abord par les armées d'Orient, puis par celles des Balkans. Celles-ci écrasent les partisans de Vitellius et marchent sur Rome. Vitellius est massacré par la foule. Vespasien reste seul empereur, acclamé par l'armée et reconnu par le Sénat.

Ouf !

Et la singularité des empereurs flaviens, dans tout cela ?

À première vue, on pourrait penser que contrairement à leurs prédécesseurs de la dynastie Julio-claudienne (d'Auguste à Néron), les Flaviens prirent le pouvoir grâce au soutien de l'armée.

Ouais !… Disons simplement que, dans ce cas, le coup de force de l'armée est plus manifeste. En effet, même si la succession des Julio-Claudiens paraissait reposer sur un principe dynastique (Tibère était le beau-fils d'Auguste ; Caligula, le neveu de Tibère ; Claude, l'oncle de Caligula ; Néron, l'arrière-neveu de Claude), tous ces empereurs n'étaient parvenus au pouvoir suprême que grâce, par, et avec l'appui des militaires, viscéralement attachés à cette famille julio-claudienne dont étaient issus certains des plus brillants hommes de guerre de l'histoire romaine (Jules César, Tibère, Germanicus).

Même si ce que nous appelons "l'empereur romain" était, en théorie, désigné par l'armée, le Sénat et le peuple, en fait, et depuis toujours, c'étaient les militaires qui détenaient les clés du pouvoir impérial. Auguste ne s'était imposé que parce que son armée avait battu celle d'Antoine, et Vespasien uniquement parce que la sienne avait étrillé celle de Vitellius. Rien de neuf sous le soleil romain !…

En revanche, jusqu'à Vespasien, l'empereur avait toujours été choisi dans l'aristocratie. Et c'est bien là que réside la principale singularité des Flaviens : ce n'étaient pas des aristocrates pur jus ! Auguste, Caligula, Néron et consorts prétendaient descendre de dieux et déesses (Vénus et Mars), TIbère, Galba et Othon étaient issus de très antiques gens (= familles), le père de Vitellius avait été trois fois consul…tandis que celui de Vespasien n'était que le fils d'un petit banquier de province, ancien publicain (agent du fisc) ! C'est vous dire que s'il n'avait été un excellent général, s'il n'avait payé de sa personne sur de nombreux champs de bataille, Vespasien ne serait jamais devenu sénateur. Et s'il n'avait pas disposé de la meilleure armée, et de soldats prêts à mourir pour lui, il n'aurait jamais accédé au pouvoir suprême.

vespasien

Vespasien assuma d'ailleurs parfaitement ses origines "bourgeoises" en gardant un train de vie assez modeste (mais ce ne sera déjà plus le cas de ses fils Titus et Domitien). En revanche, pour faire oublier sa basse extraction, pour justifier son coup de force, ainsi que pour limiter les prétentions de l'armée, il se prétendra monarque de droit divin, affirmant que son pouvoir était voulu par les dieux, annoncé par des prophètes et prouvé par des miracles (il opéra des guérisons miraculeuses). Cela aussi, c'était une rupture avec la plupart de ses prédécesseurs julio-claudiens car ceux-ci (sauf Caligula et Néron) n'avaient jamais prétendu à la divinité. Jusque-là, l'empereur n'était, en théorie, "que" le premier des Sénateurs (le Princeps), le protecteur du peuple (Tribun à vie), commandant en chef des forces armées (Imperator) et le chef de la religion officielle (Pontifex maximus). Vespasien, lui, sera tout cela, et, en plus, un genre de Messie, un envoyé providentiel des dieux, le sauveur de le "République" agonisante ! Ni Caligula, ni Néron n'auraient osé pousser le bouchon aussi loin…

Conséquence de cette "prédestination" de Vespasien : l'instauration d'une succession clairement dynastique. Cela aussi, c'était une rupture avec le passé.

Comme je l'ai écrit ci-dessus, si, d'Auguste à Néron, le titre impérial était resté aux mains des Julio-claudiens c'était uniquement en raison de l'attachement de l'armée à leur famille. Et quand l'armée "lâcha" Néron et remit le trône à Galba, qui n'était pas un Julio-Claudien, ce n'était peut-être pas très "loyal", mais ce n'était pas franchement "illégal" : l'empire était qu'une magistrature (ou plutôt en assemblage de magistratures), et non un "patrimoine" transmissible.

Vespasien, lui, fut très clair sur ce point. Malgré l'opposition de certains Sénateurs ainsi que de philosophes stoïciens attachés aux idées "républicaines", il spécifia dès son accession à l'empire que ce seraient ses fils qui lui succéderaient… ou personne. En conséquence, son fils aîné Titus fut associé au pouvoir dès la deuxième année de son règne. De plus, Vespasien et ses fils s'emparèrent du consulat chaque année (ou à peu près) de leurs règnes respectifs (voir ici : Clic !). Jusque-là aucun empereur n'aurait osé pareille mainmise, certes plus symbolique qu'autre chose, mais qui démontrait de manière éclatante que tout en gardant les formes du Principat instauré par Auguste, la nouvelle dynastie "bourgeoise" des Flaviens entendait exercer un pouvoir absolu.

Voilà les quelques pistes qui me viennent à l'esprit. J'espère qu'elles seront susceptibles de vous aider pour votre travail.

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2 Novembre 2002

Véronique a écrit : 

Je souhaiterais savoir comment étaient organisés les voyages et les courriers au temps des Romains ?

Merci de ce que sera votre réponse

RÉPONSE :

Malheureusement, comme son nom l'indique, mon site Empereurs romains accorde davantage d'importance aux faits et gestes des souverains de la Rome antique qu'à la vie quotidienne de leurs sujets. C'est dire que ma documentation sur l'organisation des voyages et des services postaux dans l'Antiquité romaine est très limitée.

Voici ce qu'écrit le Dictionnaire de l'Antiquité de l'Université d'Oxford au sujet de la poste romaine : "Sous la République romaine, des affranchis ou des esclaves étaient employés comme tabellarii ("porteurs de lettres") par l'état et par des citoyens privés importants. Pour les lettres confidentielles, il était essentiel que les correspondants aient leurs propres messagers. Sous Auguste, un système de relais connu sous le nom de cursus publicus (" transport public") fut organisé. Il fournissait chevaux et véhicules pour transporter les gens, en cas de voyages urgents, aussi bien que les lettres. Sa fonction principale était militaire, mais il a pu aussi être utilisé pour d'autres affaires officielles. Les lettres étaient portées par les tabellarii impériaux ou par des soldats de confiance. Au IIe siècle apr. J.-C., ce service fut assuré par les frumentarii et plus tard par les agentes in rebus. Les relais de poste étaient connus sous le nom de mansiones. On contrôlait strictement le droit d'utiliser ce service. Pline le Jeune écrivit sa dernière lettre à l'empereur Trajan pour lui expliquer, et s'en excuser, qu'il avait envoyé son épouse, sans l'autorisation impériale, en utilisant ce service, en raison d'un deuil dans sa famille. Les courriers parcouraient en moyenne 80 km par jour, mais des nouvelles urgentes et des personnes très pressées pouvaient être transportées extrêmement rapidement. Suétone rapporte que Jules César fit un voyage en char en couvrant une distance quotidienne de 160 km pendant huit jours de suite. Lorsque les légions du Rhin refusèrent le serment d'allégeance à Galba, le 1er janvier 69 apr. J.-C., la nouvelle parvint la nuit même à Vitellius, qui se trouvait à 160 km et à Rome le 9 janvier, le courrier a dû couvrir une moyenne de plus de 200 km par jour." (Univ. d'Oxford, Dictionnaire de l'Antiquité, Édition Robert Laffont, Coll. Bouquins).

C'est déjà à peu près tout ce dont je dispose. Cependant, vous trouverez sans doute d'autres informations utiles dans ces quelques pages internet mentionnées ci-dessous :

  • Dans cette section du "Courrier" de mon site, cette brève réponse concernant d'éventuelles "croisières" dans l'empire romain : Clic !
  • Académie de Versailles - un excellent dossier consacré aux voyages dans l'Antiquité : Clic !
  • assomption.org - Techniques et moyens de communication à l'époque de saint Augustin (fin IVe - début Ve siècle) : Clic !
  • Encyclopédie Yahoo - bref historique de la poste : Clic !
  • wanadoo.fr/jacques.consejo - La poste des Romains : Clic !
  • jomave.chez.tiscali.fr - La poste aux chevaux : Clic !
  • lycos.fr/ainvelle - La poste impériale de Lyon à Cologne, identifiée par ses étapes : Clic !

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6 Novembre 2002

Claire a écrit : 

Excellent site à tous points de vue que le vôtre ! Félicitations ! À signaler cependant : la partie Caligula et Ponce Pilate ne devrait-elle pas être écrite en Arial, plutôt qu'en Garamond ?

À part cette fatale erreur, rien à dire c'est très complet !

Je dois mener à bien un exposé sur Caligula, mais il est bien difficile d'être objectif étant donné que les seules (ou presque) informations dont on dispose sur lui, se trouvent dans la vie des 12 Césars. Si on veut être un tant soit peu plausible, il vaut mieux trouver un site ou quelqu'un qui a d'autres horizons que les écrits du Suétone en question.

Et ce quelqu'un c'est vous ! Très franchement lorsque j'ai vu votre site j'ai été soulagée de ne pas devoir annoncer à une classe naïve et médusée que Caligula envoyait ses soldats féroces, la fierté de Rome, à la pêche aux moules moules moules.

Cela dit, vous semblez avoir une dent, voire une défense de mammouth, contre Suétone. Me trompé-je ?

RÉPONSE :

Merci pour votre mail très sympathique.

En ce qui concerne l'erreur - gravissime, je vous l'accorde - de police d'écriture dans la page consacrée à Caligula, je crois avoir fait le nécessaire que tout rentre dans l'ordre, et, désormais, tout devrait s'afficher en Arial… Si du moins les ineffables mystères de l'internet n'ont pas été aussi impénétrables à mon esprit profane que les desseins de la Providence céleste !

Quant à ma prétendue défense de mammouth (savoureuse expression) contre Suétone, j'ai déjà eu l'occasion de m'en expliquer à l'occasion d'une correspondance avec un autre internaute (voir ici : Clic !).

Que dire de plus ? Rien… Sinon, qu'il m'arrive moi-même de me trouver la dent trop dure envers Suétone, de me dire in petto que c'est vraiment un comble, pour un "historaillon" dilettante aussi subjectif que moi, que de critiquer le manque d'objectivité d'historiens tels que Suétone ou Tacite, renommés (voire vénérés) depuis des siècles. Vraiment, la paille et la poutre !…

Ben oui, mais, même si les écrits de Suétone fournissent une documentation aussi précieuse qu'irremplaçable, je dois bien avouer que la mauvaise foi systématique du bonhomme, son ton moralisateur, ses ragots orduriers me donnent parfois des boutons. Surtout que Suétone n'avait pas, comme Tacite, l'excuse de falsifier consciemment l'histoire afin d'en tirer des leçons philosophiques, morales ou politiques universellement valables. Non, ce qui l'intéressait uniquement, lui, c'était de se remplir les poches en dénigrant systématiquement, abusivement et grossièrement les prédécesseurs de ses maîtres, les "bons" empereurs de la dynastie dite "des Antonins", ses généreux mécènes.

Même si ses textes sont irremplaçables, comment voudriez-vous donc je j'apprécie cet homme à la fois vénal, cupide, calomnieux, et sans doute hypocrite ? Et, quand je vois (ou crois voir) son extrême mauvaise foi à l'œuvre, quand le prends (à tort ou à raison) en flagrant délit de mensonge, de médisance ou de la calomnie, comment pourrais-je m'empêcher de le signaler, de le montrer du doigt, de le stigmatiser ?

Et pour terminer, peut-être encore deux ces dernières petites choses :

Pour commencer, ne pensez pas que l'ineffable Lucien J. Heldé, du site Empereurs-romains.net" est seul à prendre le texte de Suétone avec des pincettes. Je viens en effet de lire que, dans son excellent Caligula (Éditions Fayard), le non moins excellent historien Daniel Nony n'accorde guère plus de crédit que moi aux divagations de Suétone. Par exemple, commentant les exploits de Caligula sur les plages de la Mer du Nord où, Suétone dixit, l'empereur, sans doute en manque d'iode, aurait ordonné à ses légionnaire d'aller à la pêche aux bigorneaux, moules et autres palourdes, Danien Nony écrit : "C'est avec sa fantaisie habituelle que Suétone narre les actions de son héros sur la Manche".

"Fantaisie habituelle"… le mot est dur, mais juste !

Deuxième chose. Je vous ai parlé des motivations pécuniaires de Suétone, traînant dans la boue les "Douze Césars" des dynasties julio-claudienne et flavienne afin de mieux glorifier ses mécènes, les bons (et surtout généreux) empereurs de la dynastie dite "des Antonins". À cette explication peut encore s'ajouter cette autre, que je trouve ingénieuse, et que j'ai récemment (re-)découverte dans un intéressant petit livre. L'auteur parle de Tacite, mais ce qu'il écrit est, bien sûr, valable pour Suétone : "En septembre 96, une conspiration domestique mit un terme à la vie de Domitien. Ce lut dans le Sénat une explosion de joie ; le peuple resta indifférent ; l'armée gronda. La dynastie était éteinte. Mais l'expérience des Romains s'était enrichie : le principal restauré en 70 avait, encore une fois, incliné vers la tyrannie et les Flaviens avaient fini comme les Julio-Claudiens. Sous l'impression laissée par les quinze dernières années, une évolution empirante se dessinait dans les esprits, qui dépréciait Auguste, mettait Tibère bien au-dessous, enfonçait Caligula plus bas encore, transformait Claude en imbécile et Néron en monstre, pour aboutir à Domitien, un comble. Tacite se chargea de tracer cette courbe dans ses Histoires et ses Annales. Bien sûr il fallait forcer quelque peu les faits, et des interférences se produisaient, qui donnaient à Tibère des airs de Domitien. On oubliait les bonnes intentions et les débuts heureux, pour suivre la dégradation de chaque règne, en marquant les points d'inflexion ". (Jean-Marie Engel, L'Empire romain, PUF, Coll. Que sais-je ? n°1536).

En gros, pour se rassurer après le règne calamiteux de Domitien, il fallait à tout prix donner un sens à l'histoire… fut-ce en "forçant les faits". C'est ce que firent d'abord Tacite, puis Suétone (mais, il est vrai que, question exagération, ce dernier poussa parfois - ou souvent - le bouchon un peu loin).

Voilà ! Si j'ai pris le risque de vous ennuyer avec ces ultimes précisions, c'est afin de vous fournir quelques arguments au cas où votre prof, admirateur inconditionnel de Suétone, estimerait que vous aussi, vous avez une "défense de mammouth" contre son auteur favori, dont les textes sont pour lui "parole d'Évangile" !

Bonne chance pour votre exposé.

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8 Novembre 2002

Sandra a écrit : 

J'ai un exposé sur l'âge d'or et Jupiter (légendes). J'aimerais bien avoir plus d'information à ce sujet.

Merci

RÉPONSE :

Malheureusement, comme je ne dispose que d'assez peu de documentation sur la mythologie gréco-romaine, je ne peux guère que vous donner une courte définition de l'Age d'or, ainsi que quelques liens vers des pages où vous devriez trouver d'utiles renseignements.

Alors, voici cette définition :

"Age d'or : Le poète grec Hésiode fut le premier à parler des premières races ou des générations qui vivaient à une époque plus heureuse que la nôtre ; la plus ancienne, dont la vie était très idyllique, était la race d'or, qui vivait à une époque où le dieu principal n'était pas Zeus (équivalent grec de Jupiter) mais son père Cronos (Saturne, à Rome). À cette race succédèrent des races de moins en moins nobles, les races d'argent, de bronze et de fer, la dernière étant la nôtre ; il y eut un intermède avec la race des héros (ceux qui combattirent pendant les guerres de Thèbes et de Troie), qui nous précéda immédiatement. Les poètes latins Horace, Virgile et Ovide empruntèrent tous cette idée, mais les Romains, en traduisant le mot (grec) "genos" (= génération, ou race) par le mot latin "sæculum", introduisirent en même temps la signification de ce terme, "âge" ou "longue période". C'est de là que vient l'idée de l'Age d'or" (Dictionnaire de l'Antiquité, Université d'Oxford, Édition Robert Laffont, Coll. Bouquins).

Et quelques intéressantes adresses Internet :

  • Grenier de Clip - Mythologie gréco-romaine : Clic !
  • Académie Versailles - Mythes et Mythologie : Clic ! - Zeus : Clic !
  • Site "Ils sont fous, ces Romains" - Les dieux et les hommes : Clic ! (6 pages)
  • jura.ch - Mythologie romaine : Clic ! - Jupiter : Clic !
  • wanadoo.fr/anfioco - Jupiter : Clic !
  • sitec.fr/users/mcos - Mythes : Clic !
  • beaulieu.free.fr - Références mythologiques - Jupiter : Clic !
  • lssd.mb.ca - Mythologie : Clic ! (attention, orthographe fantaisiste !)
  • Ac. Versailles - Carnet d'adresses en langues anciennes - liste de sites sur la mythologie : Clic !
  • Textes sur l'Age d'or (dont celui d'Hésiode mentionné ci-dessus) : Clic !

J'espère que ces infos pourront vous aider dans vos recherches.

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10 Novembre 2002

Webmaster a écrit : 

Je suis le webmestre de, un site à vocation littéraire. Sur l'une des pages, on trouve un cours de civilisation romaine.

Ce courriel pour vous informer que l'adresse a changé ; on trouve cette page désormais sur Polyptote.net ; ayant acheté un nom de domaine.

site polyptote

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11 Novembre 2002

Bidzina a écrit : 

Est-ce que vous savez comment la petite minorité chrétienne a réussi à avoir une victoire contre les Païens dans l'Empire Romain ?

RÉPONSE :

Votre question n'est vraiment pas simple : Pourquoi les Chrétiens, minoritaires dans l'Empire romain jusqu'au début du Ve siècle, ont-ils finalement triomphé ?

Impossible de répondre à cela en quelques mots tant les opinions à ce sujet divergent.

Les croyants vous diront que c'était la volonté de Dieu… Que le christianisme n'est imposé parce que Dieu protégeait les Chrétiens… Parce que leur "Dieu jaloux" ne supportait plus l'abomination païenne "devant Sa face", etc, etc…

Plus sérieusement, d'après ce qu'il me semble, le succès du christianisme ne diffère pas foncièrement de celui d'autres religions ou idéologies. Pendant trois siècles, les trois cents années qui suivirent la mort de Jésus, les agitateurs et les prédicateurs chrétiens, ne parvinrent à convaincre, à convertir, à baptiser en tout et pour tout qu'un assez petit nombre d'habitants de l'Empire romain (au mieux, semble-t-il, 25 % de la population de certaines contrées d'Orient). "Persuader" les autres - l'immense majorité - d'abandonner ces cultes idolâtres auxquels ils étaient attachés fut bien plus difficile : comment en effet obliger quelqu'un à changer de religion contre son gré ? Impossible sans recourir à la contrainte ! On utilisa d'abord à des moyens de pression socio-économiques (emplois, fonctions, privilèges, avantages réservés aux Chrétiens), puis vinrent des tracasseries et enfin les persécutions.

Plus tard, saint Dominique, s'adressant aux Cathares, dira : "J'ai prêché, j'ai supplié, j'ai pleuré. Mais, comme on dit vulgairement en Espagne, là où la bénédiction ne suffit pas, c'est le bâton qu'il faut utiliser. (…) Ainsi, la force prévaudra là où la douceur a échoué.". Les fils de Constantin ou Théodose auraient pu dire la même chose…

Mais, comme je vous l'ai dit d'emblée, il m'est assez difficile de m'exprimer ici sur une question aussi complexe et aussi controversée : il y faudrait des pages et des pages pour aboutir à un résultat caricatural ! Aussi, je vous invite à consulter ce lien où, en réponse à un internaute qui me posait une question à peu près semblable à la vôtre, sont indiqués les passages de mon site qui traitent de l'épineux problème de la christianisation de l'Empire romain : Clic !

christ

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12 Novembre 2002

Fabien a écrit : 

J'ai déjà écrit il y a un mois environ, mais, en ce moment, l'empire m'inspire.

Une question me taraude l'esprit : il y a deux ans j'ai visité Pompéi (magnifique) et Herculanum (saisissant), mais une chose m'intrique, les habitations étaient luxueuses, soit ! Mais où étaient logés les esclaves qui composaient la gens ? En effet, à part des cubicula ridiculement exiguës et qui donnent sur les pièces d'apparat, je n'ai pas vu d'autres endroits qui pouvaient abriter la domesticité.

Deux solutions s'offraient à mes yeux :

- 1° les esclaves et le maître partageaient les mêmes lieux de vies (mais cela me semble peu plausible quand on voit le luxe dans lequel il vivait).

- 2° les esclaves étaient logés à l'extérieur des domus (peu probable vu le risque de désertions, n'est ce pas ?)

Quelle est donc la 3° alternative que je n'ai pas envisagée ? Est ce que vous pouvez éclairer mes lanternes ?

RÉPONSE :

Honte sur moi qui n'ai jamais mis les pieds ni à Pompéi, ni à Herculanum ! En outre, comme la vie quotidienne dans l'Antiquité romaine n'est pas le principal sujet de mon site internet, je ne dispose que de peu de documentation à ce sujet. Cela pour vous dire que mes lumières sur l'habitat des esclaves romains risquent bien de se limiter à quelques loupiotes faiblardes.

Tout d'abord, la "grande époque" de l'esclavage à Rome, ce n'est pas l'Empire, mais plutôt la fin de la République (IIe - Ier siècles av. J.-C.). C'est l'époque des grandes guerres de conquête, l'époque de ces généraux qui, tels Lucullus, Sylla ou Jules César, raflent des populations entières pour approvisionner les marchés d'esclaves, et de ces pirates leur donnent un coup de main en saccageant les villes côtières. Dans ces temps-là, la vie d'un esclave ne vaut pas cher ! Même si on sait qu'il s'agit d'êtres humains (ce que les Romains ne perdirent jamais de vue), on peut gaspiller : les tuer au travail dans les mines ou dans les champs, ou en donner quelques-uns, bien dodus, à bouffer à ses murènes favorites (sans doute une légende, rassurez-vous !). C'est aussi l'époque des grandes révoltes serviles ; celle de Spartacus, (73 - 71 av. J.-C.) étant la dernière.

Avec l'Empire et la fin progressive des guerres de conquête, les sources d'approvisionnement de l'esclavage se raréfieront. Peu à peu, le recours automatique à la main d'œuvre servile ne sera plus rentable pour les fonctions non qualifiées. Les esclaves, de plus en plus onéreux, se verront donc confier, de préférence, des travaux qualifiés. Progressivement, ils seront remplacés par des hommes libres dans les mines et dans les "usines" (plutôt des ateliers). Dans l'agriculture, l'évolution sera plus lente mais inéluctable : de plus en plus souvent, les grands propriétaires fonciers affermeront la plus grande partie de leurs domaines à des "colons", des fermiers théoriquement libres, mais dont le statut se rapprochera de plus en plus de celui du "serf" du Moyen Age. La main d'œuvre servile, elle, ne cultivera plus qu'une "réserve", parcelle exploitée directement par le maître, et dont la surface se réduira à mesure que la pénurie d'esclaves se fera sentir.

Bien sûr, je schématise grossièrement : en réalité, c'est beaucoup plus nuancé et beaucoup plus compliqué que cela ! Cependant, si je me suis permis de vous ennuyer avec ces considérations un peu simplistes, c'est surtout pour vous montrer qu'à l'époque impériale (celle qui m'intéresse), l'esclave est souvent trop précieux pour être maltraité. Mais, naturellement, tout cela est reste fonction du caractère du maître : tombé aux mains d'un proprio vicieux et sadique, sa vie sera un enfer, et ne vaudra pas cher, quelque soit sa "valeur marchande" !

Encore autre chose : bien qu'aujourd'hui nous ayons beaucoup de difficultés à comprendre cela, dans l'Antiquité, l'esclavage était un fait de société. C'était une institution, économiquement indispensable et moralement acceptable. Il ne serait venu l'idée à personne discuter du bien-fondé de cette pratique. Les hommes libres n'éprouvaient aucune honte à acheter, posséder, vendre d'autres êtres humains (est-ce que ça a réellement beaucoup changé depuis ?). Et, de leur côté, les esclaves se résignaient le plus souvent à cette condition que nous jugerions dégradante, inhumaine. Car s'il est hors de doute que cette sujétion était souvent physiquement éprouvante, et toujours moralement insupportable, elle était pourtant le plus souvent acceptée par ceux qui en étaient victimes. Malgré le grand nombre d'esclaves (un tiers ou un quart de population totale), et malgré toute cette misère physique et psychique que l'on devine, il y eut très peu de révoltes serviles ; aucune à l'époque impériale.

Si vous avez eu la patience de lire tout ce qui précède (je crains de m'être une nouvelle fois laissé emporter ), vous comprendrez que le logement des esclaves était grandement fonction de leur emploi, du lieu où ils se trouvaient (esclaves des villes, esclaves des champs, esclaves des mines), ainsi que, bien évidemment, du caractère et de la richesse de leur maître.

D'après ce que j'ai pu lire sur les sites internet dont vous trouverez les adresses ci-dessous, à Pompéi, les esclaves étaient en général logés dans de modestes petites chambres situées à l'étage des maisons. Quant aux esclaves des "villae" (maison des champs, fermes), ils demeuraient dans des bâtiments situés à côté du luxueux corps de logis, qui était, lui, réservé au maître et à sa famille.

Je vous ai parlé de résignation… La plupart des esclaves n'étaient pas attachés pour la nuit. Seuls ceux réputés dangereux, ou particulièrement fugueurs, étaient entravés. Pour les autres, ce n'était pas nécessaire : logés, nourris, blanchis, et le plus souvent, pas trop mal traités, ils estimaient sans doute que leur sort, même s'il n'était pas enviable, était du moins supportable. "On sait ce qu'on a, on ne sait pas ce qu'on aura"…

Les deux hypothèses que vous émettez quant à l'hébergement des esclaves pouvaient donc être retenues. Logement dans la domus, ou dans des bâtiments séparés, cela dépendait de l'endroit où l'esclave était utilisé et de ses fonctions.

Pour terminer, voici les quelques sites dont je vous ai parlé :

  • Académie Versailles - L'esclavage à Rome : Clic !
  • Site IUFM Franche-Comté - Lons-le-Saunier - Pompéi, les cendres de l'éternité : Clic !
    • Architecture à Pompéi : Clic !
    • Les pompéiens au travail : Clic !
  • Sur un site japonais : Les Ruines de Pompéi de François Mazois (une description détaillée du site au début du XIXe siècle) : Clic !

De mon côté, j'ai déjà eu l'occasion d'aborder l'esclavage à Rome avec d'autres (sympathiques) internautes : Clic ! et Clic !

J'espère que ces quelques modestes réflexions seront de nature à améliorer le rendement de vos lanternes ! ;-)

nav vox - emp

 

 

17 Novembre 2002

Daniel a écrit : 

Je cherche comment s'appelait la sœur de Caligula ?

Est-ce Flavia, Drusilla ou Caïa ?

RÉPONSE :

Caligula avait trois petites sœurs très (et peut-être trop) tendrement chéries :

  • Agrippine la Jeune (15 - 59 ap. J.-C. - la mère de Néron),
  • Drusilla (17 - 38 ap. J.-C.)
  • et Julia Livilla (18 - 42 ap. J.-C.).

Enfin "tendrement aimées", ce n'est pas tout à fait exact… Après avoir, selon Suétone (qu'il ne fait pas croire sur parole) entretenu un commerce incestueux avec Agrippine et Julia Livilla, Caligula les soupçonna de comploter contre lui et les condamna à l'exil. Drusilla. elle, eut plus de chance… enfin si l'on peut dire : son frère l'aima tant qu'il pensa même (à ce que disent les mauvaises langues) à convoler en justes noces avec elle. Mais Drusilla mourut (en 38 ap. J.-C.) et faute avoir pu épouser sa sœur, le jeune empereur la fit mettre au rand des divinités.

Voyez aussi, sur ce site Empereurs-romains.net :

nav vox - emp

 

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