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Octobre 2002 (page 2/3)

Sommaire du mois d'Octobre : Clic !

13 Octobre 2002

Dominique a écrit :

Constatant la présence de développements fort intéressants sur le Christ, et de vos remarques à ce sujet très pertinentes, je souhaiterais connaître votre avis sur l'ouvrage d'Éric Edelmann "Jésus parlait Araméen" (édition du Relié) ,sa démarche semble valable, au vu de la critique générale, mais votre avis particulier et pénétrant m'intéresserait beaucoup…

RÉPONSE :

J'ai bien peur que vous n'ayez surestimé mon érudition, car je n'ai pas lu le Jésus parlait araméen d'Éric Édelmann. Je ne puis donc - et le regrette vivement - vous donner mon avis quant aux thèses qui sont développées dans ce livre qui, au vu des infos trouvées à son sujet sur Internet, me paraît en effet fort intéressant.

Cela dit, je ne désespère pas de combler prochainement cette lacune … Si du moins "mes" empereurs romains me donnent un peu de répit afin que je puisse me replonger dans cette "Histoire sainte" qui m'intéresse au moins autant que l'histoire de Rome.

N.B. : Quelques liens sur ce livre :
  • Planète Québec - Louise Turgeon - Livres : Clic !
  • Radio Canada - Archives de l'émission "Par quatre chemins" : Clic !
  • Religiologiques - Récension de Chrystian Boyer : Clic !

livre edelmann

Dominique réécrit :

J'attends impatiemment votre compte rendu de lecture, il est vrai que l'époque romaine est passionnante, ne serait-ce que par la présence d'un grand philosophe comme Sénèque… Cela étant dit, je vous transmets cette critique acerbe d'une universitaire canadienne (voir ici : Clic !) qui ne semble guère apprécier l'ouvrage d'Éric Edelmann !

Personnellement je trouve sa critique très "épidermique" voire émotionnelle, son érudition certaine semble lui permettre cette envolée lyrique contre ce pauvre philosophe mais son contenu m'intrigue un peu, trop impulsive. J'aimerais qu'elle en dise plus et plus calmement, je serais toujours heureux d'avoir votre opinion !

RÉPONSE :

En fait, j'avais déjà repéré la critique de Chrystian Boyer en cherchant sur le Net des renseignements sur ce livre d'Éric Edelmann dont je ne connaissais rien.

Du reste, et au risque de vous décevoir une nouvelle fois, je suis assez d'accord avec ce qu'écrit cet universitaire québécois : si la Peshitta (dont j'entends ici parler pour la première fois) est effectivement une traduction araméenne tardive des textes néo-testamentaires, je ne vois pas très bien en quoi elle pourrait s'avérer plus pertinente que les manuscrits grecs plus anciens… Que la langue maternelle de Jésus fut l'araméen ou non ne fait rien à l'affaire : en bonne critique historique ou littéraire, ce sont les sources ou les manuscrits les plus anciens qui doivent être privilégiés, un point c'est tout ! À première vue, prétendre que, parce qu'écrite en Araméen, cette Peshitta nous en apprendrait plus sur Jésus que les Évangiles écrits en Grec, ce serait, mutatis mutandis, comme affirmer que pour étudier l'Espagne du temps de Philippe IV (milieu du XVIIe siècle), une traduction espagnole récente (XXe siècle) du Ruy Blas de Victor Hugo présenterait plus d'intérêt historique que le texte d'Hugo !
Après tout, Ruy Blas parlait Espagnol, n'est-ce pas ?…

Quant à charger le texte des Évangiles (qu'ils soient en Araméen ou en Grec) d'un sens ésotérique, cela ne me paraît pas non plus la meilleure façon de procéder. Que ces textes datent (selon la thèse la plus optimiste) de la fin de la deuxième moitié du Ier siècle ou (selon les plus anciennes traces manuscrites) de la fin du IIe siècle, ces documents, de composition très complexe (et très controversée) révèlent déjà l'influence de plusieurs "traditions" chrétiennes parfois antagonistes. Dès lors, les aborder de façon "sélective" et subjective, en cherchant de quoi alimenter une "dimension spirituelle" répondant à des préoccupations contemporaines est, à mon avis, la meilleure manière, non pas nécessairement de proférer de "brillantes idioties", mais certainement de réaliser un portrait de Jésus aussi éloigné que possible d'une vérité historique déjà fort ardue à cerner. Mieux vaut analyser les Évangiles de façon globale et prosaïque, en restant "au ras du texte", en tenant d'expliquer au mieux les contradictions internes de chaque Évangile ainsi que les relations des quatre Évangiles entre eux !…

Mais naturellement, loin de moi d'idée de "démolir" un livre que je n'ai pas lu. Ce ne sont là que des considérations d'ordre général, et, en outre, je ne suis qu'un simple amateur, ni un exégète comme Chrystian Boyer, ni un philosophe comme Éric Édelmann.

 Dominique réécrit :

Merci pour votre réponse très éclairante, en effet il nous faudra tout de même lire l'ouvrage en question ! En attendant, j'ai tout de même envoyé ces quelques questions à notre érudit universitaire. Watts demeurant un de mes théologiens préférés, j'attends sa réponse…

Si cela vous intéresse, je vous ferai part de son message de retour.

RÉPONSE :

Bien que je n'aie pas (non plus) l'honneur de connaître Alan Watts, je serai ravi d'être informé de vos investigations… Il ne faut jamais perdre une occasion de s'instruire !

À bientôt donc.

Conclusion de Dominique :

Voilà la réponse de Chrystian Boyer !

Ni la philosophie, ni la théologie n'est ma branche, je ne peux donc pas juger de la compétence d'Allan Watts en ces domaines. Je travaille sur l'histoire des origines du christianisme, en particulier sur le personnage historique de Jésus, et à, ce que je sache, Allan Watts n'est pas un chercheur ayant travaillé sur la question.

Pour ce qui est de son propos que vous me citez, je ne sais pas trop dans quel contexte il affirme ça, mais si Jésus ne peut pas servir à forger/alimenter une quête spirituelle - les chrétiens vous diront le contraire -, ni être étudié dans la perspective d'une quête historique - ce sont maintenant les historiens qui vous diront le contraire - alors les écrits du Nouveau Testament devraient être mis à la poubelle et oubliés, hihihi ! et tant qu'à y être, on devrait aussi se débarrasser de la Bible au complet, des tragédies grecques, des écrits de Platon, d'Hérodote, des fables de Lafontaine, et de plein d'autres choses…

Bon, je blague un peu… Je sais que le personnage de Jésus pose des problèmes à plusieurs égards tant au niveau théologique qu'au niveau historique. Mais l'étude du personnage de Jésus n'est pas peine perdue, du moins en ce qui concerne la recherche historique (je laisse à d'autres le soin de travailler dans une perspective théologique et d'en démontrer la possibilité et la pertinence ; ce n'est pas mon domaine). On en sait cent fois plus sur Jésus que sur plusieurs personnages de l'Antiquité aussi importants qu'Alexandre le Grand ou la plupart des empereurs romains… Il y a évidemment des débats sur plusieurs aspects du personnage de Jésus, mais les sources et les méthodes historiques permettent de se faire une bonne idée du personnage.

Si vous vous intéressez à la question, je vous suggère, en français, le petit livre de Charles Perrot, Jésus, publié dans la collection "Que sais-je?" en 1998. C'est un bon point de départ. Un peu plus académique : Jacques Schlosser, Jésus de Nazareth, Noesis, 1999. Ce sont à mon avis les deux meilleurs ouvrages récents en français.

Vous trouverez une bonne petite bibliographie à la fin de l'ouvrage de Schlosser. Je vous donnerai d'autres références si vous le désirez.

Au plaisir

Chrystian Boyer

 
RÉACTION A CET ÉCHANGE DE CORRESPONDANCES
31 Décembre 2005
Franck Bulinge a écrit :
 

Objet : Débat Edelmann-Boyer

Je voudrais intervenir sur la position de M. Boyer concernant l'ouvrage d'Éric Edelmann.
Je suis moi-même scientifique et je trouve que M. Boyer réagit de manière abrupte en s'enfermant dans une vision historienne exclusive. Je regrette qu'il qualifie d'idioties un travail sans doute imparfait, mais qui n'a pas d'autre prétention que d'explorer philosophiquement un sujet par ailleurs tant de fois abordé, et souvent de manière moins sensible et intelligente. En écrivant cet ouvrage, M. Edelmann ne se pose pas en scientifique ou en historien du christianisme. Dès lors, je ne comprends pas la réaction virulente de M. Boyer qui, ce faisant, s'aventure hors de son propre champ de compétences. S'attaquer à l'ouvrage de M. Edelmann au nom de l'esprit critique, c'est vouloir interdire une herméneutique fondée sur la foi, et imposer la doctrine du rationalisme scientifique, laquelle n'est pas exempte de critiques. À la lecture de M. Boyer, autant interdire le Zohar et toutes les études exégétiques, de la kabbale au soufisme en passant par la mystique. Autant supprimer la poésie et l'art en général, puisqu'ils ne reflètent que l'imaginaire et la sensibilité émotionnelle de quelques illuminés. Il y a dans la réaction de M. Boyer un dogmatisme qui me fait peur, comme un relent d'autodafé.

J'ai lu avec plaisir l'ouvrage Éric Edelmann et j'encourage sa lecture à ceux qui, gardant les pieds sur terre, n'en ont pas moins les yeux tournés vers le ciel, cherchant à comprendre. Cette relecture des évangiles apporte un éclairage différent et leur donne une autre dimension, que la catéchèse chrétienne n'a jamais été en mesure d'apporter. N'en déplaise à M. Boyer, je relis régulièrement certains passages de cet ouvrage vivifiant. Tout en conservant mon esprit critique pour les travaux scientifiques, je me plonge avec délice dans cette "poétique de l'irrationnelle" qui agit comme un bain régénérant. Jésus n'a-t-il pas dit : "qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n'y entrera pas".

"Que celui qui a des oreilles entende !"

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15 Octobre 2002

Hélène a écrit :  

Je dois faire une recherche sur Numa Pompilius ?

Pouvez-vous m'aider

RÉPONSE :

Et bien malheureusement non, je ne puis pas réellement vous aider car Numa Pompilius, deuxième roi légendaire de Rome (vers 715 - 673 av. J.-C.), n'entre pas précisément dans le cadre strict de mon site internet. Celui-ci est en effet consacré spécifiquement à ces empereurs qui gouvernèrent Rome six gros siècles après le règne de votre ami Numa.

Voici néanmoins quelques adresses où vous pourrez trouver des renseignements à son sujet :

  • Noctes Gallicanae - Abrégé d'Histoire romaine - Numa : Clic !
  • Histoire romaine - la Rome royale : Clic !
  • Rome antique - les premiers rois : Clic !
  • Jackie Honoré : Résumé d'histoire romaine : Clic !
  • Atrium - La royauté romaine : Clic !

Désolé de ne pouvoir vous renseigner davantage.

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15 Octobre 2002

Kamel a écrit : 

J'aurais voulu avoir plus de renseignements sur l'éviction de Septicius Clarus et de Suétone en 122 par Hadrien.

La version "officielle" fait état d'un manque de respect de la part de ces deux personnages à l'encontre de l'impératrice.

Ne pourrait-il pas s'agir d'un prétexte pour éliminer des personnalités du règne précédent impliquées dans une tentative de complot contre Hadrien par le biais de l'impératrice, qui ne lui était guère favorable ?

RÉPONSE :

Parler de "version officielle" pour qualifier les disgrâces de Septicius Clarus et de Suétone, c'est peut-être faire beaucoup d'honneur à Histoire Auguste, ce tardif (au mieux fin du IVe siècle) recueil de biographiques impériales souvent assez fantaisistes, qui, à ma connaissance, est la seule source historique qui relate ces faits, somme toute anodins, du règne d'Hadrien.

Voici ce texte : "Il (= Hadrien) destitua le préfet du prétoire Septicius Clarus, le maître du bureau de la correspondance Suetonius Tranquillus ainsi que beaucoup d'autres parce qu'ils avaient eu vis-à-vis de son épouse Sabine et à son corps défendant une attitude plus familière que ne le tolérait l'étiquette impériale". (Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, XI, 3 - trad. A. Chastagnol - Édition Robert Laffont, coll. Bouquins).

Voilà, c'est tout ce que l'on sait…

Bien sûr, un "fonctionnaire" comme Suétone ne pesait pas bien lourd, mais, en revanche, il va de soi qu'Hadrien n'aurait pas limogé à la légère un personnage aussi important - et aussi dangereux - que le préfet du prétoire. Alors, il est probable que cette prétendue "attitude familière" envers l'impératrice cache autre chose de bien plus grave. Mais quoi ? Mystère !… On peut certes supposer que Suétone et Septicius aient pu, en quelque sorte, "manquer de respect" à Sabine en l'entraînant, terrain miné, dans des discussions subversives. C'est d'ailleurs ce que sous-entend Marguerite Yourcenar (sans évoquer le cas de Septicius) dans ses célèbres Mémoires d'Hadrien : (c'est l'empereur qui parle) "J'avais donné à Suétone la place de curateur des archives, qui lui permit d'accéder aux documents secrets dont il avait besoin pour ses biographies des Césars. Cet habile homme si bien surnommé Tranquillus n'était concevable qu'à l'intérieur d'une bibliothèque : il resta à Rome, où il devint l'un des familiers de ma femme, un membre de ce petit cercle de conservateurs mécontents qui se réunissaient chez elle pour critiquer le train dont va le monde. Ce groupe me plaisait peu : je fis mettre à la retraite Tranquillus, qui s'en alla dans sa maisonnette des monts sabins rêver en paix aux vices de Tibère" (M. Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, Éditions Gallimard).

Mais vu le caractère laconique de la seule source antique, il est impossible d'aller au-delà d'une simple hypothèse.

livre yourcenar

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15 Octobre 2002

Éric a écrit : 

Quelques questions d'un non-spécialiste :

1. Le dernier empereur de Rome, Romulus Augustule, a été exilé dans la villa de Lucullus. Mais de quel Lucullus s'agissait-il ? Est-ce celui de la République, qui avait vécu plus de cinq siècles auparavant ? Sa villa était donc toujours aussi réputée pour recevoir un empereur en exil ? Où se trouvait-elle exactement ? S'agit-il de cette villa dont les ruines se trouvent à "Punta della Pennata", à côté de Baies, et dans laquelle serait mort Tibère ? Les auteurs en ont-ils donné une description ?

RÉPONSE :

La Villa de Lucullus où se serait retiré Romulus Augustule était bien cette vaste demeure construite par le rival de Sylla aux environs de Misène (précisément à la Punta della Pennata) et où l'empereur Tibère serait mort en 37 ap. J.-C.

La seule description que je connaisse de cette villa est celle qu'en donne Edward Gibbon dans sa célèbre Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain. Comme elle n'est pas très longue, la voici in extenso, et dans cette belle langue très XVIIIe qui est celle de la traduction de M. F. Guizot : "La généreuse pitié d'Odoacre épargna un jeune homme (= Romulus Augustule) qu'il ne pouvait craindre. En le bannissant, avec toute sa famille, du palais impérial, il leur assigna pour retraite la maison de Lucullus, située dans la Campanie, et leur assura un revenu de six mille pièces d'or. Les anciens Romains, aussitôt qu'ils purent respirer des fatigues de la guerre punique, furent attirés par la beauté et le charme des plaines de la Campanie ; et la maison de campagne que Scipion l'Ancien fit construire à Liternum offrit longtemps un modèle de leur simplicité rustique. Les côtes délicieuses de la baie de Naples se couvrirent de maisons de campagne ; Sylla loua son rival d'avoir habilement placé sa résidence sur le promontoire de Misène, qui commande de tous côtés la terre et la mer jusqu'aux bornes de l'horizon. Lucullus avait acheté, peu d'années après, la maison de Marius, et le prix était monté de deux mille cinq cents livres sterling à celui de quatre-vingt mille. Le nouveau propriétaire l'embellit à l'aide des arts de la Grèce et des trésors de l'Asie ; les maisons et les jardins de Lucullus tenaient un rang distingué dans la liste des palais impériaux. Lorsque les Vandales répandirent la terreur sur les côtes de la mer, la maison de Lucullus, située sur le promontoire de Misène, prit insensiblement la forme et le nom d'une forteresse, retraite obscure du dernier empereur de l'Occident. Environ vingt ans après, on en fit une église et un monastère pour y déposer les restes de saint Séverin, et parmi les trophées brisés des victoires sur les Cimbres et les Arméniens, ils y reposèrent en sûreté jusqu'au commencement du dixième siècle ; les habitants de Naples détruisirent alors cette forteresse, de peur qu'elle ne servît de repaire aux Sarrasins". (Edward Gibbon, Histoire du déclin…, Vol. 1, chap. 36, Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins).

livre gibbon

2. Avez-vous des informations, ou connaissez vous des études ou articles traitant du rituel aulique à la Cour de Rome et notamment savez-vous si la pratique de la proskynèse "découverte" par Alexandre le Grand était en vogue à Rome ?

RÉPONSE :

En ce qui concerne l'"étiquette" en vigueur à la cour des empereurs romains, je ne connais pas d'ouvrage spécifiquement consacré à cette question. Je n'ai pas non plus trouvé sur le Net d'informations à ce sujet. Cependant, à ce qu'il me semble, la proskynèse, cette prosternation devant un souverain considéré comme un dieu vivant, ne fut réellement imposée à la cour impériale romaine qu'à l'époque de Dioclétien (fin du IVe siècle). Une cérémonie d'ailleurs fort peu du goût des vrais "vieux Romains" : Un siècle plus tard, l'historien Ammien Marcellin semble encore n'apprécier que très modérément ces courbettes : "Ce fut Dioclétien qui, le premier à se faire adorer de cette façon étrangère et royale, alors qu'auparavant, nous savons que les princes n'étaient salués que comme il est d'usage pour les gouverneurs de province." (Ammien, Histoires, XV, 18).

L'attitude de Dioclétien qui tranchait en effet avec celle adoptée par les premiers Princeps, qui tenaient mordicus à camoufler leurs prérogatives véritablement royales sous des apparences les plus républicains possibles. L'affabilité d'Auguste était proverbiale (Voir Suétone, Vie d'Auguste, LIII), et quand un citoyen voulut un jour se prosterner devant son successeur, l'empereur Tibère, celui-ci, horrifié, eut un tel mouvement de recul qu'il tomba à la renverse, les quatre fers en l'air ! (Voir Suétone, Vie de Tibère, XXVII).

Bien sûr, des empereurs tels que Caligula ou Néron, qui voulurent (sans doute) transformer cette autocratie hypocritement républicaine qu'était le "Principat en une vraie monarchie "de droit divin", tentèrent d'accorder les fastes de leur Cour au caractère prétendument divin de leur personne (Voir : Suétone, Vie de Caligula, XXII - et Vie de Vitellius, II). Mais ces tentatives prématurées - qui ne furent sans doute pas étrangères à la fin tragique de ces empereurs - échouèrent. Après la chute de Domitien et l'arrivée au pouvoir de la dynastie dite "des Antonins", l'hypocrite simplicité républicaine fut à nouveau de rigueur : quoiqu'entouré de Prétoriens armés jusqu'aux dents, et bien qu'il disposât, finalement, du droit de vie et de mort sur des "concitoyens" qui n'étaient plus que des "sujets", le maître du Monde romain se voulait affable et accessible à tous… C'est du moins ce que prétendent leurs panégyristes dont Gibbon n'est pas le moindre : "L'aspect de la cour répondait aux formes de l'administration. Si nous en exceptons ces tyrans qui, emportés par leurs folles passions, foulaient aux pieds toutes les lois de la nature et de la décence, les empereurs dédaignèrent une pompe dont l'éclat aurait pu offenser leurs concitoyens, sans rien ajouter à leur puissance réelle. Dans tous les détails de la vie, ils semblaient oublier la supériorité de leur rang : souvent ils visitaient leurs sujets, et les invitaient à venir partager leurs plaisirs ; leurs habits, leur table, leur palais, n'avaient rien qui les distinguât d'un sénateur opulent : leur maison, quoique nombreuse et brillante, n'était composée que d'esclaves et d'affranchis. Auguste ou Trajan aurait rougi d'abaisser le dernier des citoyens à ces emplois domestiques que les nobles les plus fiers de la Grande-Bretagne sont aujourd'hui si ambitieux d'obtenir dans la maison et dans le service personnel du chef d'une monarchie limitée." (Gibbon, Histoire du déclin…, Vol. 1, chap. III, Éditions, Robert Laffont, Coll. Bouquins).

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Tandis qu'à partir de Dioclétien (quelle horreur !) : "Lorsqu'un sujet obtenait enfin la permission de paraître en présence de l'empereur, il était obligé, quel que fût son rang, de se prosterner contre terre et d'adorer, selon la coutume des Orientaux, la divinité de son seigneur et maître. Dioclétien avait l'esprit éclairé avant de monter sur le trône. Dans le cours d'un long règne, ce prince avait appris à se connaître, et il avait apprécié les hommes. Il est difficile de croire qu'en substituant les manières de la Perse à celles de Rome, il ait été dirigé par un motif aussi bas que la vanité. Il se flattait qu'une ostentation de splendeur et de luxe subjuguerait l'imagination de la multitude ; que le monarque serait moins exposé à la licence grossière des soldats et du peuple, tant qu'il se déroberait aux regards publics ; et que l'habitude de la soumission produirait insensiblement des sentiments de respect. Semblable à la modestie affectée d'Auguste, le faste de Dioclétien fut une représentation de théâtre. Mais, il faut l'avouer, de ces deux comédies, la première renfermait plus de noblesse et de véritable grandeur que la dernière : l'une avait pour but de cacher, et l'autre de développer le pouvoir immense que les empereurs exerçaient sur leurs vastes domaines." (Gibbon, Histoire du déclin…, Vol. 1, Chap. XIII, Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins)

Dieu qu'en termes élégants (et moraux) ces choses-là sont dites !

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16 Octobre 2002

Maryline a écrit : 

 Je travaille actuellement sur Quo vadis ? de Sienkiewicz, et j'aurais voulu savoir si vous aviez des sites internet à me conseiller pour trouver des informations sur l'œuvre et sur l'auteur. Parallèlement, si vous avez aussi des lectures à recommander, je suis aussi intéressée ! Il s'agit d'un travail important, il me faut donc plutôt des renseignements précis et de sources sûres.

J'espère que vous pourrez m'aider, je compte sur vous !

RÉPONSE :

Au mois de janvier dernier, en mettant en ligne une page consacrée à divers livres sur Néron, sa vie et son temps (Clic !), j'avais effectué une recherche afin de trouver quelques sites, aussi pertinents que possible, sur le Quo Vadis ? de Sienkiewicz. Je m'attendais à en trouver des myriades, or j'ai été surpris (comme vous, sans doute) de n'en trouver que quelques-uns, que j'ai d'ailleurs repris sur cette page (Clic !).

Si la plupart de ces liens sont d'un intérêt très limité, parmi eux se trouve néanmoins une véritable "perle" que vous permets de vous recommander vivement : il s'agit d'un article traitant du film de Jerzy Kawalerowicz, dernière adaptation cinématographique en date de l'œuvre majeure de Sienkiewicz, écrit par Michel Eloy, un internaute. Comme vous pourrez le constater, M. Eloy ne se contente pas de "critiquer" le film en question, mais signe une véritable étude sur les diverses représentations de Néron, à l'écran et ailleurs (pour le plan de ce copieux article, avec liens directs vers ses différents "chapitres", voir ici : Clic !).

Outre cela, je ne vois pas grand-chose que je puisse vous renseigner, et je demeure donc désolé de ne pouvoir vous aider davantage pour votre travail.

Conclusion de Maryline :

Merci infiniment pour votre mail, c'est agréable de pouvoir communiquer avec des internautes prêts à vous aider!

Le site "cinerivage" à l'air effectivement très intéressant, je l'ai d'ores et déjà mis dans mes favoris :). C'est une information précieuse pour moi.

Sachez que je suis intéressée par tous les documents qui traitent de Quo vadis ?. N'hésitez surtout pas à me communiquer des informations nouvelles si vous en decouvrez !

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