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Sommaire Septembre 2003 :

  • 2 Septembre :
    • "Dernier des Romains" : Aetius… ou Boèce ? : Clic !
  • 4 Septembre :
    • HELP ! Des noms de tribus gauloises étaient-ils inscrits sur l'Arc de Triomphe d'Orange ? - La tribu angevine des Andes est-elle encore connue sous ce vocable après César ? : Clic !
  • 7 Septembre :
    • Kèksèksa, un "Archonte" ? : Clic !
    • … Et le "démos" ? : Clic !
    • Comment appela-t-on l'Age d'or de la Grèce classique (et l'apogée de la puissance athénienne) : Clic !
  • 8 Septembre :
    • Une pièce étrange (légende : SEVERVS PIVS AVG) a identifier : Clic !
  • 11 Septembre :
    • Quelques précisions sur le "Bellum Gallicum" (Commentaires sur la Guerre des Gaules) de Jules César : Clic !
  • 18 Septembre :
    • Pétrone, la bande dessinée Muréna, Néropolis, Quo Vadis et les premiers chrétiens : Clic !
    • Que sait-on exactement de Pétrone ? : Clic !
      • Est-il bien l'auteur du Satiricon ? : Clic !
  • 18 Septembre :
    • Le général Maximus (du film Gladiator) change d'adresse ! : Clic ! 
  • 23 Septembre :
    • Du bon usage du mot "révisionniste" - Le Christ négligea-t-il les femmes ? - Malgré ses grands airs de "bouffeur de Romains", Vercingétorix était-il un agent de César ? : Clic !
    • Ce site est-il "révisionniste" ? : Clic !
    • Quelques mots sur Jésus et les femmes : Clic !
    • Vercingétorix fut-il manipulé par César ? : Clic !
  • 24 Septembre :
    • Où Alexandre explique pourquoi les carottes de l'Arctique ne sont pas comestibles : Clic !
    • Arius et son hérésie - Pourquoi l'arianisme constitua-t-il un danger mortel pour l'Église catholique : Clic !
  • 25 Septembre :
    • Que sait-on de l'empoisonneuse Locuste ? : Clic !
  • 25 Septembre :
    • Qui fut le premier empereur romain ? : Clic !
    • La meilleure façon de trouver une bibliographie sur Caligula : Clic !
    • Une étude récente sur Caligula : le livre de Daniel Nony : Clic !
  • 28 Septembre :
    • Quelques renseignements sur le mariage romain : Clic !
  • 28 Septembre :
    • "Jésus est un garcon plein d'avenir ! " Telle aurait été la teneur d'une lettre de recommandation adressée à Tibère par un certain Tertullus. Que faut-il penser de cette histoire ? : Clic !
    • Une fraude pieuse : la Lettre de Lentullus au Senat et au Peuple romain : Clic !
  • Septembre :
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2 Septembre 2002

Marc a écrit : 

Dans la même page, vous avez l'occasion de parler d'Ætius comme "dernier des Romains" et, plus loin, de Boèce (Clic !). Pour ma part, j'ai toujours pensé (mais d'où tiens-je mes informations ? Mystère de la culture générale) que le dernier des Romains était le qualificatif que s'attribuait Boèce, justement. Ou vous m'obligez à revoir mes connaissances (ce qui est toujours bienvenu), ou ceci mérite de plus amples précisions.

C'est la première fois que je le vois accolé à Ætius. Certes, la confusion est possible (Ætius / Boetius). Mais dans quel sens ? Je suis tout prêt à vous croire, mais je ne suis pas près de vous croire, pour reprendre l'aphorisme. Je n'ai pas de raisons de préférer une version à l'autre, sinon une préférence toute subjective pour le philosophe sur le militaire.

Pouvez-vous m'offrir de quoi me persuader ?

RÉPONSE :

C'est décidément toujours un plaisir de voir mon "Courrier" passé au crible de votre sagacité !

Voici ce qu'écrit le critique littéraire Léon Thoorens dans son Panorama des Littératures (Vol II - Éditions Marabout) : "Boèce, qu'on appela « le dernier des Romains », composa le De Consolatione, la Consolation philosophique, essai en prose mêlé de poèmes, en prison".

Un point pour vous : le "dernier des Romains", c'est bien Boèce !

Mais si je reprends un autre vieux livre de ma bibliothèque, en l'occurrence ce bouquin de L. B. Moss intitulé La Naissance du Moyen Age (Édtions Payot 1961) que j'avais précisément relu - le hasard fait parfois bien les choses - au moment de rédiger cette réponse qui vous fit sursauter, je lis ceci : "Constance mourut en 421, et l'empereur Honorius en 423. Sur les trente années suivantes (422 - 453) s'étend la grande ombre d'Aétius, « le dernier des Romains ». Appliquée à son caractère et à ses exploits l'appellation peut se justifier". Et quelques pages plus loin, ceci : "Dans ses écrits, Boèce, le maître du quadrivium, le commentateur « réaliste » d'Aristote et de Porphyre, l'amateur de définitions et de distinctions, le théologien subtil, apparaît non comme le « dernier des Romains », mais comme le prototype du scolastique médiéval."

Un point pour moi ! Égalité.
De fait, le qualificatif "dernier des Romains" peut s'appliquer aussi bien à Ætius qu'à Boèce !

Pour nous mettre d'accord - les "compromis à la Belge" sont célèbres, n'est-ce pas ? - ne pourrions-nous dire que, si l'on considère son activité politico-militaire, Ætius a davantage droit au titre de "dernier des Romains" que Boèce, tandis que si l'on considère le domaine "culturel", le philosophe du début du VIe siècle l'emporte sur le général du Ve siècle ?

Bref, pour nous mettre au diapason de la rentrée scolaire, les "bulletins" d'Ætius et de Boèce pourraient s'établir ainsi :

Concours du "Dernier des Romains" :

Stratégie
/10
Politique
/10
Littérature
/10
Total
/30

Ætius

10
5
0
15

Boèce

0
5
10
15

Ex æquo !

Conclusion de Marc

En lisant votre réponse, j'ai mieux compris ce qui m'a toujours plu dans l'idée de Boèce, dernier des Romains. En (semi-)vieux nostalgique du règne révolu de la Culture Générale, je me suis souvent complu à me comparer à un Boèce conscient de la dégradation culturelle de son époque et regrettant des temps anciens. (Soyez indulgent pour cet orgueil déplacé.)

Je le visualisais donc se lamentant (non sans un brin de fierté) d'être le dernier à participer de cette culture disparue.

Au demeurant, il n'est le "premier scolastique" qu'aux yeux de la postérité. Je confirme tout à fait qu'Ætius ressemble plus à l'image du Romain, soldat pragmatique et énergique, politique à visées dominatrices. Mais aura-t-il été du genre à se définir lui-même du titre de "dernier des Romains" ?

Mon erreur est donc là : d'avoir compris cette expression comme une auto-définition, et non comme un jugement des contemporains ou de successeurs.

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4 Septembre 2002

Hughes a écrit : 

Je me permets de vous contacter pour lancer une bouteille à la mer : je cherche désespérément à savoir si l'arc de Triomphe d'Orange, dressé en dernier lieu en l'honneur de la victoire de Tibère (21 ap. J.-C.) sur les Gaulois révoltés, porterait gravé le nom des peuples insurgés.

Ceci est très important pour moi, pour un ouvrage que je rédige en ce moment.

Le point qui m'intéresse précisément est celui-ci : l'Arc fut élevé en commémoration de la répression de l'insurrection gauloise de 21. Partie des Éduens et des Trévires, elle avait gagné la Loire. Les deux principaux peuples que l'on cite en référence sont les Turons (Turones) et les Andes. Or, il s'agit du nom originel de la tribu qui fonda l'Anjou mais dont la seule preuve que l'on mentionne dans tous les ouvrages se trouve dans la Guerre des Gaules. Le nom d'Andécave n'apparut qu'au Ier siècle et est tiré du nouveau toponyme donné au pagus Andecavum (et à une via andecavincs). Sachant que le cadastre apparut en Gaule en 27 av. J.-C., soit sept ans avant l'organisation administrative d'Auguste, la tribu était-elle encore connue sous son nom primitif au début du Ier siècle ?

RÉPONSE :

Évidemment, je suis loin d'être expert en matière de toponymie gauloise, et pour moi, jusqu'ici, les Andes, c'était une cordillère, un point c'est tout ! Toutefois, je ne pense pas que la tribu angevine des Andecaves soit appelée du doux nom d'Andes autre part dans la prose majestueuse du grand Jules… C'est du moins ce que semble indiquer un articulet de l'Index historique, géographique et archéologique figurant en fin d'une vieille édition du De Bellum Gallicum de César (Hachette, 1929). Voici en effet ce qu'écrivait l'éditeur de ce texte, un certain L. A. Constans : "Andes : Peuple celtique habitant l'Anjou. Les auteurs postérieurs à César les appellent constamment Andecavi".

Et quand un Constans écrit "constamment", il doit savoir de quoi il parle !…

Pour le reste, je n'ai pas l'impression que les noms des tribus gauloises vaincues figurent sur l'Arc de Triomphe d'Orange… du moins sur le monument tel qu'il se présente aujourd'hui, c'est-à-dire assez bien conservé du côté opposé à la ville d'Orange, moins bien de l'autre. Mais, si rien ne me permet d'attester l'existence de telles inscriptions, ni mes souvenirs (assez lointains) de voyages en Provence, ni la documentation (assez fragmentaire) dont je dispose ici, rien non plus ne me garantit qu'elles n'existent (ou n'existèrent) pas !

Comme je ne suis pas sûr à 100 %, je me propose, d'une part, d'effectuer quelques recherches complémentaires à ce sujet, et d'autre part, de demander, via les pages "Courrier" de mon site, l'aide d'autres internautes (d'Orange ou d'ailleurs) qui pourraient éventuellement éclairer nos loupiotes défaillantes ! Je ne manquerai de vous tenir informé des renseignements que je glanerais ou qui me seraient communiqués.

arc orange
 
RÉACTIONS À CE COURRIER
12 Juillet 2007
Roland a écrit :
 

Désolé que l'info arrive !

Il apparaît clairement sur l'un des boucliers portés par un barbare vaincu une inscription "Mario" qui a fait, au XIXe siècle, attribuer l'arc de Triomphe d'Orange à Marius, vainqueur des Cimbres et des Teutons. Mais on a, depuis, abandonné cette hypothèse puisqu'on sait que l'arc a été érigé sous Auguste (63 av. JC à 14 après) ou sous Tibère, son successeur.

Cf. J. De WITTE. L'arc de Triomphe d'Orange, in "Revue archéologique", 1844 qu'on peut consulter sur la base Gallica de la BNF.

 
26 Janvier 2010
Michel a écrit :
  • Les caractéristiques stylistiques imposent une datation sous Tibère.
  • Il est fort possible que les noms gravés sur les boucliers soient ceux des armuriers de la région dont le "collège" aurait participé à la construction du monument. C'est ce que suggèrent les dernières découvertes épigraphiques et la révision de certaines inscriptions connues depuis longtemps.

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7 Septembre 2002

Lilianne a écrit : 

Ceci est un extrait d'un texte que j'étudie en histoire : "Un citoyen peu aisé a aussi une chance de devenir bouleute s'il est tiré au sort ; il peut devenir archonte, en vertu de la même procédure."

1. Je sais ce que veut dire bouleute, mais que signifie le mot "archonte" ?

RÉPONSE :

Oh la la, le siècle de Périclès que vous évoquez n'a pas grand-chose à voir avec ces "Empereurs romains" qui font l'objet de mon site internet… et en outre, mes notions de Grec sont assez lacunaires. Voici néanmoins ce que m'a remémoré un bon dictionnaire de l'Antiquité (Université d'Oxford, Dictionnaire de l'Antiquité, Édition Robert Laffont, coll. Bouquins) :

Un archonte, c'est un haut magistrat d'une cité grecque (Athènes, par exemple), doté d'importantes fonctions judiciaires et politiques. À Athènes, il y avait trois archontes. Ils furent d'abord élus dans l'aristocratie, puis, à partir de 487 av. J.-C. (et c'est de cela dont parle votre texte), ils furent tirés au sort, la fonction étant, en principe, ouverte à tous les citoyens.
  • Les trois archontes étaient :
    • 1. L'archonte-roi qui était responsable des cérémonies religieuses et qui présidait le conseil de l'Aréopage.

      2. Le polémarque qui commanda d'abord aux armées, mais ensuite, ce pouvoir lui fut retiré pour être confié aux stratèges. À partir de 487 av. J.-C., il reprit certaines fonctions religieuses et judiciaires relatives à des personnes qui n'étaient pas citoyens athéniens.

      3. L'archonte éponyme, appelé ainsi parce qu'il donnait son nom à l'année où il était en fonction. C'était lui le chef nominal de la cité. Ses fonctions judiciaires, très étendues, comprenaient la protection de tous les biens et de la famille. Il supervisait aussi les plus importantes fêtes religieuses.

NB : J'ai déjà parlé du bouleute (Clic !)

2. D'autre part : "Il (Périclès) combat les partisans de l'aristocratie et multiplie les faveurs du démos"

Je crois que démos est un personnage, non ? Mais qui ?

RÉPONSE :

Le démos, c'est, tout bêtement, le peuple ("démo-cratie" : pouvoir du peuple). En Grèce, ce terme désigne tantôt l'assemblée de tous les citoyens, tantôt seulement les classes les plus humbles de la société, par opposition à l'aristocratie.

3. J'aimerais savoir si vous connaissez l'auteur d'un site qui pourrait me dire quelle célèbre métaphore qualifie le siècle de l'apogée d'Athènes au même que celui de Charles Quint ? Est-ce le siècle d'or ? suis-je sur la piste ?!

RÉPONSE :

Il me semble que je peux répondre moi-même à cette question sans trop de risque de vous induire en erreur. En effet, on a coutume de dire que l'âge d'or de la Grèce classique, correspondant à l'apogée de la puissance athénienne fut " le Siècle de Périclès" (lequel Périclès vécut de 493 à 429 av. J.-C.)…

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8 Septembre 2002

Laurent a écrit : 

Pourriez-vous m éclairer sur cette pièce plutôt insolite, à mon avis barbare et coloniale vu l iconographie, jamais vu, buste tourné vers la gauche, inscription SEVERUS PIUS.

A l'origine la pièce etait tres grise presque noire, mais nettoyée en douceur. Merci pour vos infos.

severus

RÉPONSE (20 Septembre 2002) :

D'après les infos que j'ai reçues, votre étrange pièce "SEVERUS PIUS AUG" ne correspond à aucune monnaie connue de la numismatique romaine. On me signale d'ailleurs que votre demande d'identification auprès du site Détection Passion (voir ici : Clic !) a suscité chez les numismates qui fréquentent ce site une perplexité au moins égale à celle qui s'est emparée des visiteurs de ces pages. En outre, aux dires d'un de mes correspondants, le fait qu'au moment de sa découverte, cette pièce était, selon vous, "très grise presque noire", semblerait suggérer qu'elle aurait été frappée dans un alliage de plomb et de zinc. Or, un tel alliage n'a jamais été utilisé pour les monnaies romaines.

Cela dit, n'étant moi-même nullement numismate, je vous livre ces renseignements sous toute réserve, et par conséquent, mes pages Internet n'étant pas consacrées à la numismatique, je ne puis que vous conseiller de poursuivre vos éventuelles recherches sur d'autres sites plus spécialisés en ce domaine et qui, sans nul doute, pourront vous livrer des renseignements bien plus pertinents que ceux que je pourrais vous donner.

Je suis désolé de ne pouvoir vous aider davantage.

Laurent a réécrit : 

Je vous remercie pour la recherche entreprise et le temps consacré à celle-ci.

Néanmoins, votre réponse ne fait que renforcer ma perplexité. En effet, cette pièce n'est pas répertoriée, et c'est bien ca le problème !

Pour répondre à la question, est-ce une fausse pièce ou non ? Alors l original devrait être connu sinon…

Merci.

RÉPONSE :

Vu mon incompétence radicale en matière d'expertise numismatique, je suis assez mal placé pour juger de l'authenticité de votre pièce, mais je pense que vous avez tiré les bonnes conclusions du mail que je vous avais envoyé et qui ne faisait que reprendre les avis de personnes bien plus compétentes en la matière que je ne le suis. En effet, une pièce non répertoriée, et dont, à première vue, l'alliage ne paraît pas conforme à ceux utilisés dans la numismatique antique, ne semble pas offrir toutes les garanties d'authenticité !

Quant à savoir sur quelle base un faux de pièce romaine est élaboré (si du moins votre monnaie est fausse, car, je le répète, je n'y connais vraiment pas grand-chose), c'est un autre problème ! S'il y a intention de nuire, de tirer le plus grand profit d'un faux, cette copie devra, bien évidemment, ressembler le plus exactement possible à un original de grande valeur. Mais s'il n'y a pas de "but lucratif", s'il s'agit d'un "faux ludique" (du genre billets de Monopoly ou jetons de discothèque, par exemple), le "faussaire" pourra - et même, pour éviter les ennuis, devra - laisser libre cours à son imagination.

Mais, comme je vous le répète une nouvelle fois, mon avis n'est pas celui d'un spécialiste et je ne puis qu'à nouveau vous recommander de vous adresser à des sites consacrés à la numismatique, ou encore - et c'est sans doute préférable - de montrer cette monnaie bizarre à l'un ou l'autre numismate et lui demander de l'expertiser.

Conclusion de Laurent : 

Et c'est effectivement ce que je vais faire, montrer cette pièce pour expertise et si plus, essayer de remonter l histoire de celle-ci. En tout cas, je vous réitère mes remerciements et vous félicite pour votre site, tout à fait clair, et pédagogique, il est souvent mon livre de chevet, j'ajouterai concernant l histoire de Rome l'importance des influences reçues par celle-ci lors de sa présence au Moyen-Orient, passage souvent ignoré. Merci encore, ,je ne manquerai pas de vous tenir informer si cela s'avère intéressant.

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11 Septembre 2002

Thierry a écrit : 

Si vous avez un peu de temps pour un "néophyte", voici ma question :

Quand on prend un ouvrage tel que la Guerre des Gaules de Jules César, qu'est-ce que cela représente "concrètement" ?

  • Est-ce un ouvrage qui existe physiquement / réellement de nos jours ? (papyrus / parchemin / tablette / autre ??)
  • Nous a-t-il été transmis par de multiples copies / traductions / interprétation au cours de ces 2000 ans d'histoire ?
  • Autres ?

RÉPONSE :

D'après ce j'ai pu lire à ce sujet, à peu près tout le monde aujourd'hui convient que les Commentaires sur la Guerre des Gaules ne constituent pas des "rapports" rédigés au jour le jour par César alors qu'il guerroyait au Nord des Alpes. Même si le mot latin Commentarii doit se traduire par "notes", "aide-mémoire", plutôt que par "commentaires", ce texte (du moins les sept premiers livres) furent rédigés par César d'un seul jet, et en un laps de temps très cours : dans le courant de l'automne 52 av. J.-C., sans doute entre le 1er octobre et le 29 décembre.

Mais, me direz-vous, comment peut-on être sûr que c'est bien César qui est l'auteur de cette œuvre (sauf le huitième livre qui est de la main d'un certain Hirtius, le secrétaire de Jules) ?

Et bien, c'est parce que des contemporains en ont parlé. Cicéron par exemple, qui appréciait hautement le style, si noblement laconique, de César, même si celui-ci était son adversaire politique. Ou encore Asinius Pollion qui estimait, quant à lui, que l'œuvre était écrite avec trop peu de soin et trop peu de respect pour la vérité historique.

Quel était le but de César en publiant ce texte ?

Son but avoué était de fournir des informations complètes, objectives, et "de première main" aux historiens futurs… Mais en fait, il voulait un peu se justifier (car il avait bien souvent outrepassé les injonctions du Sénat) et surtout, surtout, faire sa pub ! En effet, la Guerre des Gaules qu'est-ce donc sinon le portrait d'un commandant en chef exceptionnel, doté d'un courage héroïque et d'une sûreté de jugement sans faille, adulé de ses hommes, craint de ses adversaires, autant que possible généreux, inflexible si nécessaire, qui, triomphant de difficultés insurmontables pour tout autre que lui, parvient à repousser les limites de l'empire romain jusqu'au Rhin, annihilant de ce fait la menace gauloise (qui, jadis, avaient brûlé Rome) et éloignant le danger des hordes germaniques (qui avaient menacé l'Italie et n'avaient été repoussées que justesse par les légions de Marius).
Cette œuvre, publiée juste au moment où César allait engager son combat, ultime et décisif, contre Pompée, devait donc démontrer à l'opinion publique romaine que c'était lui, et lui seul, qui avait les qualités requises pour être le "Sauveur de la République".

Ceci posé, venons-en précisément à votre question : ces Commentaires (puisqu'on a coutume de le nommer ainsi) existent-ils physiquement ?

Naturellement, nous ne possédons plus le manuscrit autographe de César … mais ce n'est pas là un fait exceptionnel puisque nous disposons d'aucun manuscrit contemporain des grands auteurs de l'Antiquité (grecque ou latine). En fait, le texte de l'"édition originale" fut recopié et recopié pendant des siècles, d'abord par des copistes "païens", puis par des moines. Certains de ces manuscrits furent détruits, d'autres furent encore recopiés et, parfois ces vieux parchemins (le papyrus se conserve mal sous nos climats), existent encore aujourd'hui. Déterminer quelle copie est la meilleure, la plus fidèle au texte original, c'est le travail des philologues qui "publient" une œuvre antique sur base d'une ou de plusieurs ce ces "sources".

Pour les Commentaires de Jules César, d'après les informations dont je dispose (mais mon édition de la Guerre des Gaules est "grand public" et, de surcroît, un peu vieillotte) les manuscrits (parchemins) les plus anciens remontent aux IXe et Xe siècles. Ils se trouvent dans des bibliothèques d'Amsterdam, de Paris (la BNF) ou au Vatican.

Donc, grosso modo, il y a un petit millénaire d'écart entre la rédaction du texte et son plus ancien manuscrit. Cela vous paraît énorme ? Et bien, figurez-vous qu'en l'occurrence César s'en sort plutôt pas trop mal ! Dans de nombreux cas, l'écart bien plus important. Par exemple, la plupart œuvres de Platon ne sont connues que par des copies des XIIe - XIIIe siècles, soit quinze bons siècles après la mort du philosophe !… Et que dire de ces œuvres antiques qui ne peuvent être "reconstruites" vaille que vaille que sur base de citations faites par d'autres auteurs anciens (le Discours de Vérité de Celse par exemple), ou dont on ne connaît que le titre (de nombreuses pièces des tragédiens grecs Eschyle, Euripide ou Sophocle, par exemple).

Guerre des gaules

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18 Septembre 2002

Fabien a écrit : 

Ma question concerne l'influent Pétrone : a-t-on une idée de sa date de naissance ? Et quel était son parcours avant d'être la star de la cour de Néron. J'espère surtout recevoir une réponse sur l'année de naissance de Pétrone même approximative. Quant à Néron, cet empereur certainement déséquilibré psychologiquement, mais qui nel'aurait pas été quand l'on regarde l'entourage familial, politique et sans parler de la consanguinité le sang était bleu mais sûrement un peu vicié…

Un ouvrage que je viens de découvrir assez succinct mais avec de belle représentation : la bande dessinée MURENA relativise bien l'âge des protagonistes d'une des pages de l'histoire qui nous fascine encore tant : imagine-vous que Néron n'avait que 17 ans quand il monte sur le trône et seulement 22 ans quand il assassine sa mère (qui l'avait bien cherché d'ailleurs). A cet âge-à de nos jours l'on sait à peine ce que l'on veut faire de sa vie ! Un seul reproche à cette BD tous les Romains sont beaux et athlétiques comme des dieux

Ah oui ! mon avis pour les lecteurs qui veulent faire un tri sélectif, préférez Neropolis à Quo Vadis qui est vraiment trop mélo avec les "bons" chrétiens et les "méchants" païens.

Je vous rappelle qu'à partir où le christianisme est devenu religion d'état il y a eu en 50 ans plus de morts pour l'imposer à tous suivant la volonté des curés qu'en trois siècles de "persécutions" romaines, évidemment cela était moins spectaculaire car les chrétiens n'avait pas le goût de la mise en scène ! (bon c'est une réflexion personnelle et ironique, je ne voudrais offenser personne)

RÉPONSE :

Question lectures, je suis comme vous et préfère Néropolis à Quo vadis qui est un peu trop apologétique et trop manichéen à mon goût ! Mais, naturellement, il est difficile de comparer ces deux bouquins aussi dissemblables que possible. Par ailleurs, malgré la bondieuserie de l'œuvre de Sienkiewicz, et malgré la romance assez "cucul la praline" entre le velléitaire Vinicius et la belle Lygie, les personnages de Néron et de Pétrone y sont très réussis…

Quant à la bande dessinée Muréna, bien qu'un internaute m'en ait déjà vivement recommandé la lecture (Clic !), je n'ai pas encore eu l'occasion de parcourir ces albums. Je ne puis donc vous donner mon avis sur l'idéalisation du physique de ces Romains qui, bien évidemment, ,n'étaient pas tous bâtis comme des Adonis. Certaines fresques de Pompei ou des peintures mortuaires du Fayoum les montrent tels qu'ils étaient, c'est-à-dire avec des oreilles en feuille de chou et des mentons en galoche, comme le commun des mortels !

Mais venons-en à votre question.

Personne ne connaît précisément la date de naissance du brave Pétrone (Petronius Niger pour l'état-civil). En fait, tout ce qu'on sait de ce familier de Néron se trouve dans le court passage que l'historien Tacite consacre à son suicide esthétisant.

Pour vous éviter des recherches fastidieuses, voici ce texte archi-célèbre :

"En ce qui regarde Pétrone (…), il consacrait le jour à dormir, la nuit aux devoirs de politesse et aux plaisirs. Si d'autres vont à la renommée par le travail, il y alla par la mollesse. Et il avait la réputation, non pas d'un débauché et d'un dissipateur, comme la plupart de ceux qui dévorent leur fortune, mais d'un voluptueux qui se connaît en plaisirs. Et ses actions et ses paroles, plus elles affectaient d'abandon et comme de laisser-aller, plus elles charmaient et passaient pour de la simplicité. Cependant, proconsul en Bithynie et ensuite consul, on le vit faire preuve de vigueur et se montrer à la hauteur de ses fonctions. Puis, retombé à ses vices, à moins que ce ne fût imitation des vices, il fut admis parmi les quelques familiers de Néron. Là, il était l'arbitre du bon goût : rien d'agréable et de délicat, pour un prince blasé, que ce qui lui était recommandé par Pétrone. D'où jalousie de Tigellin : il crut avoir trouvé un rival et un homme plus habile que lui dans la science des voluptés. Il s'adresse donc à la cruauté du prince, contre laquelle ne tenait aucune des autres passions, et signale Pétrone comme ami de Scaevinus (…).
César (= Néron) se trouvait alors en Campanie, et Pétrone l'avait suivi jusqu'à Cumes, où il était détenu. Il ne soutint pas l'idée de languir plus longtemps entre la crainte et l'espérance ; et, toutefois, il ne rejeta pas brusquement la vie. Il s'ouvrit les veines, puis les referma, quand il le jugea bon, les ouvrit de nouveau, s'entretenant avec ses amis : mais dans ses propos rien de sérieux rien de calculé en vue d'une réputation de fermeté ; et il entendait en retour non des réflexions sur l'immortalité de l'âme et les maximes des philosophes, mais des vers badins et des poésies légères. À quelques esclaves, il fit donner de l'argent, à d'autres le fouet ; même il se mit à table, se livra au sommeil, afin que sa mort, quoique forcée, parût naturelle. Il ne rédigea même pas de codicilles pour flatter, comme la plupart de ceux qui périssaient, Néron, Tigellin ou quelque autre des puissants du jour. Mais, sous les noms de jeunes impudiques et de femmes perdues, il traça le récit complet des débauches du prince, avec leurs plus monstrueuses recherches, et lui envoya cet écrit cacheté ; puis il brisa son anneau, de peur qu'il ne servît plus tard à mettre d'autres personnes en danger de mort." (Tacite, Annales, XVI, 18-19 - trad. Henri Bornecque - Édition Garnier-Flammarion)

Vous avez sans doute noté que Tacite indique que Pétrone fut consul. Or, d'après une liste que j'ai consultée (Clic !), un certain Petronius Nigrinus exerça le consulat en 37 ap. J.-C.. S'il s'agit bien de notre Pétrone, celui-ci pourrait donc être né soit vers la fin du Ier siècle av. J.-C., ou alors (plus vraisemblablement) au tout début du Ier siècle après J.-C.. Il devait donc avoir la soixantaine quand il mit fin à ses jours en 65 ap. J.-C.

Pour le reste, puisque Tacite indiquait de Pétrone avait été l'"arbitre du bon goût" de la cour de Néron et qu'il avait osé écrire, sur son lit de mort, "une narration exhaustive des débauches de ce prince", on a longtemps cru que ce favori déchu de Néron n'était autre que l'auteur du Satiricon, le plus célèbre roman de l'Antiquité romaine.

Bon, bien sûr, le Satiricon est signé par un certain Petronius Arbiter ! Mais est-ce une raison suffisante pour l'attribuer à notre Petronius Niger ? On imagine mal Pétrone rédiger cette œuvre - à l'origine une "brique" de plus de huit cents pages, sur son lit de mort, alors qu'il se vidait lentement de son sang. Même soutenue par une rancune tenace envers son "vieux copain" Néron, la résistance humaine a des limites ! On s'est aussi rendu compte que certaines allusions du Satiricon se rapportaient à des événements datant de la fin du Ier siècle de notre ère, soit une bonne vingtaine d'années après la mort de Néron et de Pétrone. Mais ce n'est pas encore tout : tout récemment, un professeur français nommé René Martin a publié une étude qui paraît régler définitivement la question - controversée - de l'identité de l'auteur du Satiricon. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais d'après M. Martin, le Satiricon aurait été composé entre 116 et 120 après J.-C. par une personne d'assez humble extraction, mais bien introduite dans le monde littéraire de son époque. Or, justement, un secrétaire du célèbre écrivain Pline le Jeune s'appelant Encolpe (le même nom - d'ailleurs assez rare - que le narrateur du roman) semble correspondre à ce "portrait-robot". Ce serait donc lui qui, sous le pseudonyme de "Petronius Arbiter", aurait écrit le Satiricon, et non le "Petronius Niger" de la cour de Néron !

Comme l'écrit Maurice Sartre, l'auteur de l'article où j'ai puisé ces renseignements sur le travail de M. Martin : "Alors, il faut se résoudre : le plus grand roman de l'Antiquité fut sans doute l'œuvre, autour de 118, d'un certain Encolpe, qui fut un affranchi au service de Pline le Jeune, fin connaisseur des littératures grecque et latine. Voilà qui obligera à relire le Satiricon avec d'autres yeux. Sans rien changer à notre plaisir de lecture". (Revue L'Histoire - N° 264 d'Avril 2002 - Maurice Sartre : Mais qui a vraiment écrit le Satiricon)

livre satiricon

 

NB : Sur Pétrone et le Satiricon,
voyez aussi ici : Clic ! et Clic !

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23 Septembre 2002

Dominique a écrit : 

Il se trouve que le lien que tu mentionnes concernant la traduction française de l'histoire de Maximus qui se déroule avant le film ne fonctionne plus et je t'envoie donc le lien du site officiel de Susan ce qui permettra à tes lecteurs de lire tant l'histoire de Maximus susmentionnée que celle de son fils, qui est aussi en cours de traduction en français ! (histoire +/-15 ans après le film).

Ces histoires sont très fidèles au film ce qui explique parfois un non-respect de la généalogie des Antonins mais pour le reste la documentation est très correcte.

Gladiator Stories
Stories inspired by the movie Gladiator :
Clic !

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