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Avril 2002 (page 3/3)

Sommaire du mois d'Avril : Clic !

26 Avril 2002

Archibald a écrit : 

1. Je suis à la recherche d'informations sur les hérésies des premiers siècles, pour déterminer à la suite de quels mouvements politiques le parti romain a pu triompher des autres centres chrétiens (Alexandrie, Carthage, Jérusalem…) et imposer sans partage une construction dogmatique.

La définition de l'hérésie en tant qu'altérité absolue que l'on décrète, car l'hérésie n'existe que dans les yeux de celui qui s'estime le tenant de l'orthodoxie, m'intéresse au plus haut point dans la mesure où on peut y voir l'origine d'une dimension persécutrice inhérente à nos sociétés christianisées.
En gros, quand, comment, dans l'esprit des gens, l'hérésie devient-elle une déviance insupportable au point de déclencher un mécanisme d'élimination physique, par le biais du lynchage ou de la loi, si le pouvoir temporel est capable d'entendre leurs revendications…

Je suis donc un brin paumé dans mes élucubrations métaphysiques, et cela m'est intellectuellement pénible...

RÉPONSE :

Ce sont de fameux problèmes que vous évoquez-là ! Des bibliothèques entières ne suffiraient sans doute pas à épuiser le sujet. Je suis d'autant plus flatté que vous vous adressiez à moi, modeste amateur, pour d'aussi épineuses questions… Mais, naturellement, n'attendez donc pas de moi l'avis d'un spécialiste - ce que je ne suis pas ! Tout ce que je puis vous proposer ce sont les opinions d'un simple particulier également en quête d'informations sur les origines du christianisme, et spécialement pour l'époque qui semble aussi principalement vous tarabuster, c'est-à-dire celle de la "Grande persécution" de Dioclétien et du "Triomphe de la Croix" sous Constantin. En effet, cette période de l'histoire du christianisme me pose à moi aussi d'énormes problèmes de "comprenure" ! C'est d'ailleurs en bonne partie pour cela, parce que j'avais entrepris un travail sur la question et que je "butais" sur l'époque de Dioclétien, que j'ai créé ce site "empereurs romains" grâce auquel j'espérais collecter des réactions à certaines hypothèses hasardeuses.

Cela dit, venons-en au fait.

En ce qui concerne les hérésies des premiers siècles du christianisme, j'ai comme l'impression qu'elles ne proviennent pas de "déviances", ou, si vous préférez, d'interprétations personnelles d'un dogme fixé dès les premières décennies qui suivirent la mort de Jésus. À mon avis, il faut plutôt considérer ces hérésies comme des ballons d'essai, comme des tentatives d'élaboration du dogme chrétien, mais qui ne réussirent pas à s'imposer, même si, parfois, ces doctrines étaient issues de traditions plus anciennes, de sources plus authentiques que celles qui constitueront, à partir du IVe siècle, le dogme chrétien "officiel". Voici ce que j'écrivais naguère dans le travail évoqué ci-dessus :

La religion catholique apostolique et romaine aime comparer son évolution doctrinale à un cours d'eau : la source pure étant Jésus et sa Révélation. Le ruisselet grandit au cours des siècles sans se corrompre. Il s'enrichit des enseignements des Pères de l'Église pour former un fleuve large et unique. Le débit du fleuve a augmenté, mais c'est toujours la même eau claire originelle qui irrigue les âmes des fidèles. Quant aux hérésies, ce ne sont que des méandres morts, des bras asséchés et inutiles, des marigots boueux peuplés de crocodiles et d'hippopotames nauséabonds

Cette vision ne me paraît guère exacte. À mon avis, l'évolution de la doctrine ressemble davantage à un cheminement dans un labyrinthe infini : arrivé à un croisement, plusieurs chemins (= les doctrines) sont envisageables. Au hasard, on emprunte un chemin. S'il bute sur un mur, c'est une hérésie. Mais si, à court terme, aucun obstacle ne survient, cette doctrine occasionnelle devient le dogme officiel… jusqu'à l'embranchement suivant où l'on recommence à tâtonner, à hésiter, à se tromper, pour trouver une solution tout aussi provisoire et précaire que les autres…

L'évolution des dogmes de la "religion chrétienne" sera, en fait, davantage déterminée par l'opportunisme politique et l'environnement socioculturel que par la fidélité au message originel. Si les circonstances ne permettent pas de définir clairement une "ligne du parti", on en tolère plusieurs : "L'Esprit souffle où il veut !" . Mais seul le discours le mieux adapté à la conjoncture deviendra le "dogme", les autres seront condamnés comme hérésies passibles des flammes du bûcher, en attendant celles de l'Enfer.

Saint Paul énonce d'ailleurs clairement ce principe : "Oportet hæræses esse…", "Il faut qu'il y ait parmi vous des partis, afin que ceux d'entre vous qui sont de vertu éprouvée puissent se révéler" (1re Corinthiens, 11 : 19)… Reste à savoir si les Chrétiens qui révèlent leur "vertu éprouvée" sont ceux qui adhérent aux thèses de ces "partis" ou ceux qui les rejètent !"

2. En visitant votre site dont la qualité n'est plus à démontrer, j'ai pu déjà glaner quelques informations précieuses. Mais, nom de chien, il me manque encore quelques éléments :

La condamnation des manichéens en 297 par Dioclétien se réclamait-elle de l'hérésiologie chrétienne

RÉPONSE :

À première vue je ne le pense pas.

À mon avis, si les Manichéens furent persécutés, c'est uniquement parce que Dioclétien se méfiait d'une doctrine d'origine persane qui se développait dans son Empire au moment même où il était en guerre contre les Perses. Pourtant certains, dont Voltaire, pensèrent que les Chrétiens furent à l'origine de cet édit contre les Manichéens.

Voici ce qu'écrivait à ce sujet le philosophe de Ferney :

"Passant de la simplicité d'une église pauvre et cachée à la magnificence d'une église opulente et pleine d'ostentation, ils (= les Chrétiens) étalaient des vases d'or et des ornements éblouissants ; quelques-uns de leurs temples s'élevaient sur les ruines d'anciens périptères païens abandonnés. Leur temple, à Nicomédie, dominait sur le palais impérial ; et, comme le remarque Eusèbe, tant de prospérité avait produit l'insolence, l'usure, la mollesse, et la dépravation des mœurs. On ne voyait, dit Eusèbe, qu'envie, médisance, discorde, et sédition.

Ce fut cet esprit de sédition qui lassa la patience du César Galère-Maximien. Les chrétiens l'irritèrent précisément dans le temps que Dioclétien venait de publier des édits fulminants contre les manichéens. Un des édits de cet empereur commence ainsi : "Nous avons appris depuis peu que des manichéens, sortis de la Perse, notre ancienne ennemie, inondent notre monde."

Ces manichéens n'avaient encore causé aucun trouble, ils étaient nombreux dans Alexandrie et dans l'Afrique ; mais ils ne disputaient que contre les chrétiens, et il n'y a jamais eu le moindre monument d'une querelle entre la religion des anciens Romains et la secte de Manès. Les différentes sectes des chrétiens, au contraire, gnostiques, marcionistes, valentiniens, ébionites, galiléens, opposées les unes aux autres, et toutes ennemies de la religion dominante, répandaient la confusion dans l'empire.

N'est-il pas bien vraisemblable que les chrétiens eurent assez de crédit au palais pour obtenir un édit de l'empereur contre le manichéisme ? Cette secte qui était un mélange de l'ancienne religion des mages et du christianisme, était très dangereuse, surtout en Orient, pour l'Église naissante. L'idée de réunir ce que l'Orient avait de plus sacré avec la secte des chrétiens faisait déjà beaucoup d'impression.

La théologie obscure et sublime des mages, mêlée avec la théologie non moins obscure des chrétiens platoniciens, était bien propre à séduire des esprits romanesques qui se payaient de paroles. Enfin, puisque au bout d'un siècle le fameux pasteur d'Hippone, Augustin, fut manichéen, il est bien sûr que cette secte avait des charmes pour les imaginations allumées. Manès avait été crucifié en Perse, si l'on en croit Chondemir ; et les chrétiens, amoureux de leur crucifié, n'en voulaient pas un second.

Je sais que nous n'avons aucune preuve que les chrétiens obtinrent l'édit contre le manichéisme ; mais enfin il y en eut un sanglant ; et il n'y en avait point contre les chrétiens."
(Voltaire, Examen de Milord Bolingbroke, chap. XXIII)

Même s'il pense que ce fut bien le cas, Voltaire a donc "l'honnêteté" de reconnaître qu'il n'y a aucune preuve permettant d'accuser les Chrétiens d'être à l'origine de cette persécution anti-manichéenne.

À notre époque, la monumentale Histoire du Christianisme (Éd. Desclée) insiste surtout sur une opposition radicale entre le christianisme et le système politico-religieux instauré par Dioclétien en s'appuyant sur l'intelligentsia néo-platonicienne. Bref, les tétrarques tentèrent de restaurer l'unité" idéologique de l'Empire en combattant toutes les sectes "exotiques", qu'elles soient chrétiennes ou manichéennes :

"Ce n'est donc ni l'un de ses représentants en particulier, ni un cérémonial l'accompagnant à la façon d'un simple rite aulique, mais le système politico-religieux en lui-même qui, par sa nature, rejetait, condamnait le christianisme. Qu'il s'agisse bien en l'occurrence de l'affrontement de deux doctrines incompatibles, le démontre clairement le rôle joué par les intellectuels païens. Alors que le philosophe néoplatonicien Porphyre, en écrivant entre 270 et 280 son grand ouvrage Contre les chrétiens, s'était tenu à l'écart de la politique, il n'en va pas de même de l'un de ses disciples, Sossianus Hiéroclès. Auteur d'un pamphlet antichrétien, l'Ami de la Vérité (Philaléthès), uniquement connu par le résumé qu'en fait Lactance et la réponse que lui donne Eusèbe, Hiéroclès (…) apporte une caution idéologique pour justifier le déclenchement de la persécution ; par ailleurs il prend une part active à cette dernière, se faisant, surtout en Égypte, le bourreau des chrétiens. Avant même que les poursuites ne soient lancées en 303 contre les chrétiens, plusieurs décisions manifestent un durcissement de la politique religieuse des Tétrarques au moment même où, grâce aux victoires remportées sur les frontières, pouvait être parachevé le système politico-religieux dont ceux-ci se réclamaient.
Le 31 mars 297 est promulgué un édit de proscription contre le manichéisme dont les dirigeants et les fidèles les plus opiniâtres sont condamnés à la peine capitale. Certes, dans ses attendus, la décision impériale vise d'abord une religion " née dans le peuple perse qui est notre ennemi ", alors même que Galère reprend victorieusement le combat contre Narsès ; mais elle condamne aussi les manichéens comme les sectateurs d'une religion nouvelle et inconnue, se dressant contre l'antique religion et commettant d'abominables forfaits, tous arguments qui peuvent être utilisés (et qui l'ont déjà été) contre les chrétiens."
(Histoire du Christianisme, Vol. 2 : Naissance d'une chrétienté (250 - 450), 1re partie, chap. IV, Luce PIÉTRI : Les Résistances : de la polémique païenne à la persécution de Dioclétien, Éd. Desclée, 1995).

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Dans dette optique, les persécutions manichéenne et chrétienne de Dioclétien seraient donc bien reliées entre elles, mais uniquement par le motif de leur déclenchement.

Vous êtes convaincu, vous ?

Moi pas réellement !
Je n'ai pas l'impression que les Tétrarques se souciaient beaucoup de religion, quelle qu'elle fût. En outre je n'ai lu nulle part que ces anciens paysans du Danube, fort frustes, se fussent fort préoccupés des états d'âme des philosophes néo-platoniciens et de leurs doctrines au demeurant fort absconses, même si les c'est ce que veulent nous faire croire les "historiens ecclésiastiques" du IVe siècle. Quant à restaurer l'unité idéologique de l'Empire en menaçant de mort un tiers de la population, c'est une méthode qui me paraît assez bizarre ! En revanche, la relation entre la persécution anti-manichéenne et les guerres perses est presque explicite. Et si des motifs purement politiques ont provoqué la persécution manichéenne, il en va peut-être de même pour la persécution antichrétienne. Personnellement, je pencherais plutôt en faveur de cette hypothèse, mais je n'ai pas plus de preuves que Voltaire…

3. Peut-on considérer l'édit de 317 contre les donatistes comme la première intervention du bras séculier contre ceux qui sont considérés comme déviants par l'Église ?

RÉPONSE :

Voici quelques anciennes notes (préparation du travail dont je vous ai parlé) qui constituent à peu près l'état actuel de mes connaissances sur la condamnation et la répression de l'hérésie donatiste :

Pas plus que Maxence en son temps, Constantin ne pouvait tolérer que l'ordre public soit troublé dans son empire pour des motifs qui ne passionnaient qu'une minorité de passionnés, mais laissaient de glace l'immense majorité des paisibles citoyens. Il écrivit donc à l'évêque de Rome Miltiade (lui-même originaire d'Afrique comme la plupart des donatistes) pour lui demander, en vertu de sa position éminente (qu'il lui reconnaissait) dans l'Église (qu'il respectait) de régler ce problème interne "de peu d'importance", disait-il. Ce document constitue la première lettre connue d'un empereur romain à un pape.

constantin

Miltiade alla au-delà des souhaits de Constantin : il réunit un concile au palais du Latran (que venait de lui donner la mère de l'empereur l'impératrice Hélène). Comme il fallait s'y attendre, l'assemblée des Sages, composée de quinze évêques italiens (désignés par le Pape) et de trois gaulois (nommés par Constantin), condamna les thèses de Donat. Désormais, tout le monde devait confesser que le Christ, seul auteur des sacrements et en est également le seul acteur et le seul principe actif. La Sainte Communion même si elle est donnée par un curé voleur, violeur, assassin, pédophile, hérétique, psychopathe, traître et escroc est donc aussi valable que celle que vous offrirait saint François d'Assise, mère Teresa ou le père Pire. C'est kif-kif bourricot ! Quoi qu'on fasse, c'est toujours du pain et du vin, métamorphosés en corps et sang du Christ que l'on ingère. C'est clair et net ! Si vous n'êtes pas d'accord, allez brûler sur le bûcher puis en Enfer, saletés d'hérétiques que vous êtes !

Le pape Miltiade mourut peu après cette sage décision, sans doute heureux de laisser l'Église en paix, reconnue et prête à accomplir son plan.

Dans les premières années de son pontificat, son successeur Sylvestre eut encore à s'occuper de l'hérésie donatiste. En effet, le jugement du concile du Latran avait été mal accueilli un peu partout. Donat et ses acolytes, opiniâtres comme tous les hérétiques et têtus comme tous les Chrétiens africains de cette époque, refusèrent l'évidente logique du jugement conciliaire et en appelèrent à Constantin afin que l'empereur destitue l'évêque de Carthage, qu'ils jugeaient indigne, et qu'il nomme Donatus à sa place.

Constantin, fort mal à l'aise dans toutes ces finesses théologiques imagina une échappatoire : puisque la décision du pape n'avait pas suffi, il convoqua une autre réunion d'évêques à Arles.

Le pape Sylvestre n'assista pas à ce concile. et les motifs de cette absence restent mystérieux. Certains historiens prétendent qu'il lui répugnait à assister à un concile convoqué par l'empereur. C'est un anachronisme flagrant : au IVe siècle, la lutte du Sacerdoce et de l'Empire n'était pas encore engagée !

À mon avis, le pape Sylvestre, voyant que les donatistes ne désarmaient pas, et ne sachant pas trop à quel parti allait se ranger l'empereur, hésitait à s'engager dans la bataille. Pour l'Église officielle qu'il croyait représenter, mieux valait en effet garder deux fers au feu : d'une part les évêques d'Arles qui condamneraient sans doute Donatus et d'autre part l'évêque de Rome qui pourrait toujours affirmer qu'il n'avait pris aucune part à la décision d'Arles, si, contre toute attente, les hérétiques parvenaient à convaincre Constantin de la justesse de leurs thèses.

En Arles, comme il fallait s'y attendre, les Pères conciliaires condamnèrent le donatisme. Tout en regrettant hypocritement "l'absence" du pape, ils estimèrent néanmoins utile de lui faire part des nombreuses décisions d'ordre disciplinaire qu'ils avaient prises et lui demandèrent de tout entériner en vrac, sans pinailler, même si, en l'occurrence, il n'avait pas eu voix au chapitre.

Comme les évêques réunis à Arles étaient assurés du soutien inconditionnel de Constantin, le pape signa tout des deux mains. Ceci constitue la preuve évidente qu'à cette époque, l'autorité des conciles était supérieure à celle du pape, contrairement à ce que professent aujourd'hui certains historiens ecclésiastiques.

Suite au Concile d'Arles, l'empereur Constantin promulgua en 317 un édit de persécution contre les donatistes. Mais leur résistance fut si vive qu'en 321, l'empereur suspendit l'exécution des mesures répressives et se résigna à la tolérance. L'édit persécuteur n'eut donc que fort peu d'effet sur les communautés donatistes. Cette hérésie ne sera définitivement mise hors la loi qu'en en 411 après l'énergique action de ce "Grand Inquisiteur" que fut saint Augustin, mais elle survivra cependant jusqu'aux invasions arabes, surtout en Afrique du Nord où elle était née.

À noter aussi que, traditionnellement, on considère que le premier hérétique "livré au bras séculier" fut l'Espagnol Priscillien. Cependant, il ne faut pas oublier non plus que Constance II, converti à l'arianisme radical persécuta cruellement les chrétiens "orthodoxes". Mais, naturellement, dans ce cas, on parle de "martyrs de la Foi" et non de "vilains hérétiques" !

4. En ce qui concerne les troubles à l'occasion de disputes entre rigoristes et libéraux concernant les lapsi, y a-t-il eu des morts ?

RÉPONSE :

La réponse est affirmative. J'évoque d'ailleurs quelques-uns de ces troubles dans la notice consacrée à Maxence : Clic !

Archibald a réécrit : 

Merci beaucoup pour votre réponse qui m'enlève quelques épines du pied. Je suis en train de préparer une thèse sur la persécution des hérétiques, et je dois dire que si le Moyen Age me semble assez clair, l'Empire romain l'est beaucoup moins.

J'ai juste un petit problème concernant l'accès au matériau brut de l'historien, la source. Et sans source pas de thèse, comme chacun sait.

Si j'ai donc bien compris, Miltiade convoque un concile au Latran, et ce dernier condamne Donat, s'agit-il du concile Latran I ? De même en ce qui concerne le concile d'Arles, où puis-je me procurer les sources ? l'édit de 317 est-il parvenu jusqu'à nous ? Enfin, sur les émeutes qui ensanglantèrent Rome, existe-t-il encore des sources ?

Surtout si l'édit contre les donatistes est le premier traité anti-hérétique émanant d'un pouvoir temporel en intelligence avec l'Église, y en aura-t-il d'autres par la suite ? Constantin est baptisé par un évêque arien, et ses successeurs le seront eux-mêmes. Mais y a-t-il encore des édits anti-hérétiques dans l'empire Romain d'Occident avant sa chute ? Cela ne doit pas être difficile à trouver pour un thésard, me direz-vous. Je suis le seul, semble-t-il, à m'intéresser à la persécution des hérétiques dans une perspective transversale, vous répondrais-je. Donc point de corpus exhaustif de tous les édits anti-hérétiques cachés en fin de rayon de bibliothèque, que des vagues allusions nauséabondes dans des travaux colossaux réalisés le plus souvent par des auteurs ecclésiastiques, je n'en sors plus.

Vous signalez fort à propos l'exécution de Priscillien d'Avila. Il a été exécuté pour sorcellerie et non pour hérésie, même s'il était gnostique. Le pape Sirice excommunie les accusateurs par la suite, semble-t-il.

Par ailleurs, si cette épopée hérésiologique dans l'empire vous intéresse, je peux vous conseiller l'excellent ouvrage d'Alain le Boulluec, La notion d'hérésie dans la littérature grecque IIe IIIe siècles, Etudes augustiniennes, Paris, 1985. Fort peu d'histoire politique de l'empire romain dans ce livre, je le déplore tout autant que vous, mais une fulgurante histoire du concept d'hérésie apparu bien avant le christianisme chez les auteurs grecs et mute progressivement pour prendre le sens d'égarement métaphysique absolu qui nécessite la mort. Amen.

Voilà, en tout cas merci grandement pour toute votre peine, qui a dû déjà être salutaire pour bien d'autres que moi...

PS : je viens de trouver ce très étrange site (Clic !) et je ne sais qu'en penser, secte d'illuminés ou courant de pensée ?

RÉPONSE :

Ces histoires de persécutions, d'abord païennes puis christo-chrétiennes ensuite, sont bien compliquées ! Comme, je vous l'ai dit, moi je butais sur la persécution de Dioclétien que je ne parvenais à expliquer de manière satisfaisante, mais, fort heureusement pour équilibre nerveux, comme je "travaillais pour mon propre compte" (si j'ose dire) j'ai pu postposer ce travail sans davantage me "casser la nénette" ! Ce qui n'est naturellement pas votre cas…

Alors voyons ces fameuses sources :

  • Le "concile" convoqué par Miltiade au Latran n'est pas le "Concile œcuménique Latran I" qui fut, lui, convoqué et présidé par Calixte II entre le 17 et le 27 mars 1123. Le "concile" (ou plutôt synode) de Miltiade dura trois jours, du 2 au 4 octobre, et ne réunit que quinze évêques italiens, trois gaulois et deux donatistes (Cæcilianus et Donatus).
    Ces fais sont relatés par un certain Optat de Milève dans son Contra Parmenianum Donat, I, 23-24 et 25… (Voir Clic !)
  • Les sources relatives au Concile d'Arles sont indiquées dans le Dictionnaire historique de la Papauté - article Silvestre Ier (Éd. Fayard, 1994). Je recopie donc bêtement : "Conc. Arelatense, Concilia Gallia, CC, 148, 9-25. - Conc. Arelatense, Epistula ad Silvestrum, dans OPTAT DE MILÈVE, App. III, CSEL, 26, 206-208".
  • Le texte de l'édit de 317 contre les Donatistes n'est pas parvenu jusqu'à nous. Si j'en crois l'Histoire du Christianisme (dont je vous parlais dans mon mail précédent), il ne fut pas retenu par le Code théodosien, mais un texte de Gratien (Cth XVI, 6, 2) se réfère à cette loi dont on restitue le contenu grâce à diverses allusions de saint Augustin.
  • Le caractère violent des émeutes inter-chrétiennes qui ensanglantèrent Rome sous Maxence est prouvé par l'inscription du pape Damase
Héraclius n'admettait pas que les lapsi puissent faire pénitence de leurs péchés.
Eusèbe enseignait que ces malheureux
Devaient pleurer leurs péchés
(faire pénitence).
Les passions s'intensifiant, le peuple se divisa en deux factions :
Apparurent séditions, luttes, discordes, litiges
.
(Eusèbe et Héraclius) furent dès lors tous deux exilés par le cruel tyran.
Mais, parce que le pasteur
(le pape) avait sauvegardé le principe de la paix,
Il supporta facilement l'exil, dans l'attente du jugement divin.
Il quitta ce monde et cette vie terrestre sur le sol sicilien.
(Voir Site des Catacombes de Rome : Clic !)
  • Le pouvoir impérial romain publia d'autres édits contre les hérétiques ? Comme je vous l'ai signalé dans le mail précédent, mon "étude" des premiers temps du christianisme, interrompue au règne de Dioclétien, se limite pour la suite à quelques notes jetées sur papier, mais non vérifiées. D'après celles-ci, il semblerait que Constance II publia vers 357 un édit contre les Chrétiens orthodoxes, et que Théodose publia toute une série (un par an pendant quinze ans) d'édits contre les hérétiques. Mais je n'ai pas (encore) approfondi la question.

"L'Affaire Priscillien", fut-elle une affaire d'hérésie ou de sorcellerie ?

Ici encore, c'est une question que je n'ai pas approfondie. Cependant, les livres dont je dispose dans ma modeste bibliothèque parlent bien d'hérésie ; la sorcellerie n'étant qu'un prétexte pour livrer l'hérésiarque au bras séculier. Par exemple, cette Histoire du Christianisme qui ne quitte guère mon bureau indique que saint Martin de tours obtint de l'usurpateur Maxime qu'"aucun châtiment sanglant ne serait décidé" à l'encontre de Priscillien et de ses complices. Mais, l'évêque s'en étant naïvement retourné dans sa Touraine épiscopale après avoir obtenu cette concession, Maxime, sous l'influence de Rufus et de Magnus, deux prélats rigoristes, confia l'instruction de l'affaire au préfet du prétoire Evodius, un fonctionnaire intransigeant. On se servit alors des lois de Dioclétien condamnant à la fois la sorcellerie et le manichéisme pour employer des procédures d'investigation exceptionnelles, dont, naturellement, la torture. Et c'est ainsi que notre "hérétique" Priscillien avoua tout ce que l'on voulait : réunions nocturnes avec des femmes avec prières dans le plus simple appareil, etc…Priscillien et ses disciples purent alors "en toute justice" être condamnés à mort soi-disant pour sorcellerie, mais en fait pour hérésie.

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C'est aussi l'avis d'André Piganiol qui écrit ceci : "L'intervention du bras séculier eut occasion de se manifester à l'occasion des troubles causés par une secte ascétique d'Espagne. Le fondateur de cette secte, Priscillien, fut dénoncé par Itace d'Ossonoba et Hydace d'Emerita comme manichéen. Gratien donna commission à Hydace de juger et ordonna aux autorités séculières de faire exécuter sa sentence. Mais Priscillien, en 381, vint voir Damase et Ambroise, qui étaient favorables à l'ascétisme. Selon leur désir, Gratien abrogea son rescrit et ordonna d'arrêter Itace, qui s'enfuit". Mais Gratien est détrôné et tué par l'usurpateur Maxime, un homme qui "est, comme Théodose, un catholique fervent. Il dit que c'est Dieu qui lui a donné l'empire. Il entre en correspondance avec le pape Sirice, qui lui demande de déposer un prêtre ; Maxime répond qu'il se conformera à la sentence que prononcera un synode gaulois. Cette même lettre nous fait connaître qu'il a persécuté les manichéens. Il écrit à Valentinien II pour blâmer avec hauteur sa politique favorable aux ariens (été 386). Les ennemis de Priscillien ont rouvert à ce moment leur campagne. Il parait bien qu'il comptait des amis dans l'entourage même de Théodose et que c'est celui-ci qu'on voulait frapper. Priscillien fut condamné comme manichéen par un concile de Bordeaux. Puis il fut accusé de maléfices et condamné à mort par le préfet du prétoire. Comme il était clarissime, sa cause fut évoquée par le tribunal impérial, qui confirma la peine. C'est la première hérésie punie de mort après intervention du bras séculier. La veuve d'un rhéteur de Bordeaux, Euchrotia, fut condamnée en même temps (384). Il existait d'ailleurs en Gaule un parti antirigoriste qui suspectait saint Martin lui-même de manichéisme." (André Piganiol, l'Empire chrétien, PUF, 1972).

Je prends bonne note des références du livre d'Alain le Boulluec, elles me serviront si, un jour, certains doutes ayant été dissipés, je reprends mes recherches sur les premiers temps du christianisme. Quant au site dont vous me parlez, à première vue, et après une lecture très superficielle, la page consacrée aux hérésies (2000 ans d'hérésie : Clic !) me paraît bien documentée et sérieuse… Mais je ne suis pas suffisamment compétent en matière de "Symbiosophie" pour juger de la valeur des autres pages du site.

Bon courage et tous mes vœux de réussite pour votre thèse.

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28 Avril 2002

Tarik a écrit :

Essayant d'aider ma nièce dans un exposé concernant la période romaine en Algérie, je vous saurais gré de bien me procurer des liens ou des fichiers traitant sur cette période.

RÉPONSE :

Voici donc quelques sites traitant de l'Algérie à l'époque romaine :

 

L'Algérie romaine : http://iquebec.ifrance.com/tasacora/romaine.htm

  • L'Algérie antique : Clic !
  • L'Algérie avant l'Islam : Clic !
  • L'Algérie dans la Préhistoire : Clic !
  • L'Algérie romaine - Photos : Clic !

À noter aussi ces deux autres sites qui devraient permettre à votre nièce soit d'affiner ses recherches, soit d'illustrer son travail avec de belles photos de sites archéologiques :

  • LacusCurtius - une liste de 59 sites sur l'Afrique romaine. Certain consacrent quelques pages à l'Algérie, mais pas souvent en Français : Clic !
  • Romarch - Africa - d'autres sites (en Anglais) sur l'Afrique romaine : Clic !

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