-> vox + emp
vox : courrier emp
-> emp - vox

Mars 2002 (page 3/3)

Sommaire du mois de Mars : Clic !

23 Mars 2002

Joël a écrit :

L'Empereur Julien aurait applique une politique fort tolérante envers les Juifs, pres les règnes de ses prédécesseurs qui les avaient persécutés sur leur propre terre la Judée. Il semble même que des travaux de reconstruction du Temple aient été entrepris. Quelle fut l'ampleur de ces travaux ? Qui l'y aida ? Qui s'y opposa ?

RÉPONSE :

"Je mets tout mon zèle à relever le temple du Dieu Très Haut".

Cette petite phrase constitue le seul fragment authentique subsistant d'une lettre adressée par Julien aux Juifs (Julien, Épître 134). La volonté de l'empereur apostat de reconstruire le Temple de Jérusalem, clairement affichée, paraît donc incontestable. Mais, pour le reste, dans cette ténébreuse histoire de reconstruction du Temple, il est très difficile de distinguer les quelques bribes de vérité historique d'un monceau de propagande chrétienne à fort relent antisémite.

Uniquement afin de savoir de quoi il est question, je vais, dans un premier temps, tenter de vous résumer "cette merveilleuse histoire de l'Église" (sic), telle qu'elle fut relatée d'éminents théologico-historiens tels que Théodoret, Rufin, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Naziance, Sozomène et autre Nicéphore Calliste, et telle qu'elle fut compilée dans un vieux livre d'apologétique chrétienne du siècle dernier. Mes commentaires correctifs suivront.

Julien l'Apostat réalisait son plan diabolique : le culte des idoles allait être restauré. Pour parachever cette œuvre infâme, il invita les Juifs à sacrifier à ses dieux. Ceux-ci se récusèrent, mais "comprenant que la haine de l'empereur pour le Christ pouvait être exploitée", ils lui dirent : "Certes, divin Auguste, la loi de Moïse nous permet d'immoler des victimes à Yahvé, mais uniquement au Temple de Jérusalem. Rends-nous cet édifice sacré : une telle œuvre immortalisera ton nom et, du même coup, apportera un démenti formel aux allégations du Christ qui avait prédit qu'il ne resterait pas pierre sur pierre du Temple". Et Julien autorisa les Juifs à revenir à Jérusalem, à rebâtir le Temple et à rétablir la loi mosaïque.

Entendant cet appel, de tous les coins du monde, les Juifs se mirent en route "en caravanes séditieuses qui semaient de ruines tous les pays chrétiens qu'ils traversaient". L'or afflua et tout fut mis en œuvre pour reconstruire le Temple de Sion dans des proportions gigantesques et avec une splendeur inouïe. Les Chrétiens pleuraient, mais Cyrille, l'évêque de Jérusalem, les consola disant : "Rassurez-vous ! La prophétie de Notre Seigneur Jésus-Christ est en train de recevoir, de la main même des Juifs, son complément d'accomplissement. Il restait encore des ruines et bientôt, il ne restera plus pierre sur pierre". En effet, pour construire le troisième Temple, il fallait déblayer les ruines du deuxième.

U

Julien dit l'Apostat

C'est cette occasion que le Ciel donna un premier avertissement aux constructeurs. En attaquant les assises souterraines, on découvrit une colonne sur laquelle était posé un sac de lin contenant un rouleau de parchemin. Les ouvriers apportèrent ce document aux rabbins qui, frappés d'une grande pâleur, y lurent les premiers mots de l'Évangile selon Jean : "Au commencement était le Verbe, le verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu !".

Malgré cette admonestation céleste, les travaux se poursuivirent.

Enfin, le jour où Julien devait poser la première pierre arriva. Une foule immense avait envahi le Mont Sion quand, subitement, la terre trembla et vomit des éclats de rochers qui tuèrent un grand nombre d'ouvriers et de spectateurs. La foule s'enfuit alors que, toute la journée, la terre continuait à frémir, ne se calmant que la nuit.

Le lendemain, on crut pouvoir poursuivre les travaux. Mais à peine eut-on donné les premiers coups de pioche que des globes de feu surgirent de la terre, qui, combinés avec un violent orage, consumèrent en un instant tous les outils tandis qu'un ouragan dispersait les matériaux de construction. La nuit venue, une grande croix de feu se dessina dans le ciel tandis que d'autres croix, plus petites et ardentes comme des brandons, voltigeaient dans l'air et s'incrustaient dans les vêtements des Juifs en y dessinant directement des croix noires "constellées de trous d'une finesse et d'une régularité telles que n'eut su les faire l'aiguille la plus fine".

"Et dans cette nuit affreuse, on entendait des voix éperdues proclamer la divinité du Christ et demander le baptême. Julien accusa Jéhovah d'être moins puissant que Jupiter et de n'avoir pas pu empêcher cette série de catastrophes. (…) Mais la prophétie du « Galiléen » était accomplie". (L. Le Leu, Le Triomphe de la Croix, Casterman, 1909).


En ce qui me concerne, on pourrait flanquer ce ramassis de fariboles directement aux poubelles de l'histoire aux côtés d'autres délires antisémites du même acabit, et ne plus en parler… Mais il y a l'aveu de Julien sur "son zèle à relever le Temple du Très-Haut" ainsi que d'autres traces, dans ses lettres, de ce projet de reconstruction (en particulier dans son épître 89 : "J'ai eu le projet de restaurer, en l'honneur du Dieu que l'on y invoque, ce Temple ruiné depuis si longtemps"). Il y a aussi, quelques phrases de l'historien latin Ammien Marcellin, un païen contemporain de l'empereur apostat, qui confirment cette volonté de reconstruction du Temple. Selon Ammien (Histoires XXIII, I, 1-3) les travaux auraient effectivement commencé mais auraient été vite interrompus, un peu à cause de mystérieux "globes de feu', en fait surtout parce que les préparatifs de l'expédition de Julien contre les Perses mobilisaient toutes les énergies et toutes ressources de l'Empire. Mais, naturellement, Ammien, quoique païen, écrivait son œuvre sous le règne d'empereurs très chrétiens et très soucieux de la "légende dorée" de l'Église ; dès lors, son court rapport n'est peut-être pas aussi "objectif" qu'il l'aurait souhaité…

C'est vrai, Julien l'Apostat considérait assez favorablement le Judaïsme : "À l'exception de leur croyance en un seul Dieu, les Juifs ne sont assez d'accord avec nous" ("nous" = les "païens", naturellement), disait-il en substance. Et il respectait les Juifs, restés fidèles à leurs traditions ; ces traditions que les Chrétiens, les "Galiléens", avaient altérées, bafouées, trahies. Mais cette faveur et ce respect étaient néanmoins teintés d'une certaine condescendance : "Leur Dieu est grand, j'en conviens, mais il n'a trouvé ni prophètes ni interprètes sérieux. La raison n est qu'ils n'ont point soumis leur âme à la discipline purifiante d'une éducation libérale, ni laissé ouvrir leurs yeux mal dessillés, ni cherché à dissiper les brumes où ils sont plongés. Ce sont des hommes qui, pour ainsi dire, regardent une grande lumière à travers le brouillard" (Julien, Épître 89, trad. J. Bidez, Les Belles Lettres, Paris, 1972).

Alors, que retenir que tout cela ?

À mon avis, on peut être sûr que Julien voyait d'un œil favorable le culte "national" des Juifs et qu'il envisagea de restaurer le Temple. On peut à la rigueur admettre que les travaux connurent un semblant de début d'exécution. Mais, vu la brièveté du règne de l'empereur-philosophe et celle de son séjour en Orient (il résida seulement sept mois à Antioche, entre la mi-juillet 362 et le début mars 363) ; en considérant aussi l'importance des préparatifs de sa campagne contre les Perses, il est probable que l'éventuel chantier ne fut sans doute guère que "symbolique" : on faisait du mouvement, on plantait quelques piquets, on dressait des plans, mais pour le "gros œuvre", on attendrait des temps meilleurs ! Il est également possible que ces quelques travaux préparatoires souffrirent d'un tremblement de terre - ils ne sont pas si rares dans la région. Mais tout le reste, la machiavélique collusion pagano-judaïque contre les pauvres Chrétiens, les caravanes juives rejoignant la Terre sainte en colonnes pillardes, le chantier gigantesque, les plans somptueux et, finalement, les châtiments divins avec globes de feu, feux de l'enfer, croix céleste flamboyante et stigmates cruciformes sur les hardes des pauvres ouvriers juifs, tout cela ne relève que de l'imagination à la fois apologétique et antisémite des "Pères de l'Église" des IVe et Ve siècles.

nav vox - emp

24 Mars 2002

Christophe a écrit :

Je recherche les textes suivants :

  • "De la mort des persécuteurs, XLVII" de Lactance en français
  • "Le martyr de Blandine" - Lettre des Chrétiens de Lyon adressée à des chrétiens d'Asie Mineure en 177 en latin
  • "Traité sur la Tolérance IX" de Voltaire en français

Pouvez-vous me donner les sites ou je pourrais trouver ces textes ?

RÉPONSE :

XAutant les traductions anglaises foisonnent sur la Toile, autant les traductions françaises de textes antiques y sont rares. Je n'ai donc pas trouvé trace de "la Mort des Persécuteurs" de Lactance. En ce qui concerne le récit de la mort de sainte Blandine (en fait une lettre aux Chrétiens d'Asie mineure citée - en grec - par Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, V, 1), je n'ai trouvé que deux sites qui en proposent des extraits (plus ou moins longs, plus ou moins adaptés). Pour info et au cas où, voici leurs adresses :

  • Zoom sur Blandine : Clic !
  • Les Martyrs de Vienne et de Lyon : Clic !

Toujours pour info, voici également les adresses (en autres) où vous trouverez les traductions anglaises des textes de Lactance et d'Eusèbe :

  • Lactance, Of the Manner in Which the Persecutors Died :
  • Eusebius of Caesarea, Church History, lib V :

Quant au formidable (et plus d'acualité que jamais) Traité sur la Tolérance de Voltaire, vous le trouverez ici :

  • voltaire-integral.com : Clic !

nav vox - emp

 

29 Mars 2002

Roland a écrit :

L'été dernier, lors de mes vacances annuelles à Cape May (New Jersey, USA), j'ai rencontré un historien de l'Empire romain à qui j'ai parlé de Mauritius, centurion romain canonisé par l'Église parce qu'il aurait refusé d'exécuter des membres de la nouvelle religion du Christ parce qu'il était lui-même chrétien. Selon cet historien, Mauritius a été récupéré par l'Église alors qu'en fait, lui et plusieurs (sinon la majorité) des soldats de sa centurie et de la légion dont elle faisait partie étaient des adorateurs de Mithra. Toujours selon cet homme, l'Église se serait empressée de répandre la fausse nouvelle, les chrétiens étant sur le point de prendre le pouvoir de l'Empire. Enfin, Mauritius aurait été noir (un livre d'abord publié en allemand puis en traduction anglaise (The Black Saint Maurice) traiterait de ce "détail". Que pensez-vous de ces affirmations ? Je n'ai rien pu trouver sur Internet ou dans les bibliothèques d'ici qui puisse les corroborer.

RÉPONSE :

Saint Maurice (ou Mauritius, si vous préférez) était-il noir ? Un de mes correspondants du mois de septembre 2001 en semblait convaincu (Clic !) et m'avait même envoyé une fort belle représentation d'un retable allemand du Moyen Age qui le représentait ainsi (Clic !)

Tout cela est bien beau, mais, à vrai dire, je pense que la question qu'il faudrait d'abord se poser serait plutôt : "est-ce que saint Maurice (ou Mauritius) a réellement existé ?".

Conséquence directe des lectures voltairiennes qui ont bercé mes jeunes années, j'ai toujours nourri une vive suspicion envers cette abracadabrante histoire de "Maurice et de la Légion thébaine". Je rappelle brièvement les faits : vers 285-286 ap. J.-C., dans un trou perdu des Alpes (près d'Agaune, dans le Valais), tous les soldats d'une légion levée en Égypte, ainsi que leur chef, un certain Maurice, auraient été passés par les armes sur l'ordre de Maximien Hercule parce que, chrétiens, ils auraient refusé de sacrifier aux divinités tutélaires de l'Empire.

Que faisaient donc ces braves égyptiens si loin de leur Nil natal ?

D'après ce que rapporte la légende, cette "Légion thébaine" de Maurice avait été levée pour lutter contre les Bagaudes, ces paysans révoltés qui ravageaient la Gaule.

D'accord, je l'admets bien volontiers, il n'était pas rare que les légionnaires romains fussent envoyés combattre très loin de leur pays d'origine ; mais, en général, c'étaient plutôt les hommes du Nord de l'Empire (Bretons, Gaulois, Germains, Illyriens) qui, en plus de défendre leurs propres frontières, étaient réquisitionnés pour faire "le coup de pilum" en défendant les provinces méridionales ; rarement l'inverse ! À part les cavaliers et les archers arabes, les "Orientaux", et en particulier les Égyptiens, n'étaient pas réputés excellents soldats. En outre, à cette époque, la Haute Égypte, dont sont censées provenir toutes les recrues de cette "Légion thébaine", était gravement menacée par les invasions des Blemmyes, peuplades nubiennes (soudanaises) aussi dangereuse pour Rome (et son approvisionnement en céréales égyptiennes) que les Bagaudes gaulois. Maurice et ses copains n'avaient donc pas besoin de s'expatrier : ce n'état pas le boulot qui manquait chez eux !

st maurice

D'autre part, dans les années 286-286 ap. J.-C., les Chrétiens n'étaient pas persécutés. Ce ne fut qu'une vingtaine d'années plus tard que Dioclétien, supérieur hiérarchique de Maximien Hercule, l'assassin présumé de Maurice et de ses troufions, promulgua contre eux de terribles édits de persécution. À l'époque où la "Légion thébaine" aurait été massacrée pour sa Foi, les Chrétiens vivaient depuis vingt-cinq ans en pleine Petite paix de l'Église. Depuis que Gallien avait mis fin à la persécution de son père Valérien, leur culte était toléré. Mieux, l'épouse de l'empereur Dioclétien ne cachait pas ses sympathies chrétiennes, et saint Caius, le "pape" de Rome, aurait même fait partie de la famille impériale !

Quant à l'hypothèse (l'ai-je bien comprise ?) de votre ami des States selon laquelle Maurice et ses soldats auraient été tués parce qu'ils auraient été des adeptes de Mithra, elle me satisfait encore moins : au IIIe siècle, ce culte oriental était d'une certaine façon devenu, en s'amalgamant avec celui du Soleil invaincu (Sol Invictus), la "religion officielle" des légionnaires romains. Persécuter les adorateurs de Mithra, cela serait revenu à anéantir littéralement l'armée romaine, à décimer les légions et à en décapiter l'état-major. Pire que les purges de Staline !

emp 48

Mon correspondant du mois de septembre de l'année passée (Clic !) me signalait également qu'il avait appris auprès des chanoines de l'abbaye de Saint-Maurice en Suisse qu'une confirmation scientifique (datation notamment au carbone 14) avait authentifié et le martyr et les dates et l'origine de la légion thébaine.

OK ! Mais dans les années 285-286, à l'époque même où l'hypothétique "Légion thébaine" aurait été exterminée, le co-empereur Maximien Hercule repoussait dans les Alpes une xième invasion d'Alamans. Dès lors, qu'aux premiers siècles du christianisme, on ait trouvé, puis vénéré, dans ces régions des squelettes de légionnaires contemporains du présumé massacre de la Légion thébaine, ou même un charnier, voire un "cimetière militaire", cela n'a donc, à mon avis, rien de surprenant. C'est comme si on me disait qu'en 1840, on avait retrouvé des restes de grognards napoléoniens dans des prairies de Waterloo !… Mais quant à connaître l'origine ethnique et les croyances religieuses de ces supposées reliques de saint Maurice et de ses potes, ça c'est une autre paire de manches ! Même avec tous les progrès de la recherche atomique et du génie génétique…

Comme vous le constatez, cette histoire me pose de tels énormes problèmes de vraisemblance que la question de savoir si cet hypothétique saint Maurice était ou non un black me paraît assez anecdotique.

Je viens cependant de lire dans l'article que lui consacre la "Catholic Encyclopedia" (Clic !) que Maurice est parfois représenté comme un Maure. La reproduction gracieusement expédiée par mon correspondant (Clic !) ne constituerait donc pas un cas isolé ! Cela me conduit à penser que la représentation de Maurice en "chevalier noir" n'est peut-être pas née d'une tradition historique, mais qu'il s'agirait plutôt d'une simple convention picturale. En effet, en latin populaire, le mot maurus signifiait "brun foncé", "noir". Or, de maurus à Maurice, il n'y a qu'un pas ! Il était donc aussi évident au point de vue étymologique que commode sur le plan pictural de représenter le thébain Maurice en soldat de race noire ; ne serait-ce que pour le distinguer au premier coup d'œil de saint Martin et de saint Georges, deux autres soldats romains canonisés et dont le culte était également fort répandu !

Selon cette hypothèse (peut-être hasardeuse), la couleur de peau de saint Maurice n'aurait rien d'"historique" ; ce ne serait que ce que sont le loup de saint Loup, le cochon de saint Antoine, le grill de saint Laurent, ou les seins sur le plat de sainte Agathe (etc…) : un "attribut" permettant de l'identifier instantanément et de le distinguer de ses collègues bienheureux… un peu de la même façon dont on distingue le noir Gaspard de ses deux autres Rois mages de confrères !

Roland a réécrit :

C'est avec un très grand intérêt que j'ai lu vos commentaires et explications faisant suite aux questions que j'avais posées. (...)

Au sujet de Mauritius et de la religion de Mithra, je me suis mal expliqué. Ce que prétendait l'historien américain (les deux pieds dans le sable chaud), c'est que Maurice et ses compagnons auraient été zigouillés, non parce qu'ils avaient refusé, en tant que chrétiens, d'offrir des hommages aux dieux romains païens, mais plutôt parce que, quoique adorateurs de Mithra, ils auraient refusé, par esprit de tolérance religieuse, de tuer des gens à cause de leur appartenance à une religion donnée. Bref, tout mithraiste qu'il était, Maurice aurait trouvé inhumain, immoral, de décapiter quelqu'un pour ses croyances religieuses et il en aurait été tellement convaincu qu'il aurait sacrifié sa vie plutôt que de manquer à ce principe. Un martyr de la liberté de conscience quoi !

Intéressants et tout à fait vraisemblables, vos commentaires sur la couleur de peau de Mauritius. À ce sujet, je me permets de revenir sur le livre, semble-t-il, épuisé ? :

Gude Suckale-Redlefsen
Mauritius: Der Heilige Mohr / the Black Saint Maurice
1st. Menil Foundation, Houston (1987)
b/w plates. Fine in Fine d/j 8vo, pp295,
Dual language text, also published by Schnell & Steiner, Munich.

Si vous pouviez le dénicher quelque part, vous feriez un heureux. Les grandes librairies en ligne, françaises comme américaines et canadiennes, disent qu'elles ne le trouvent pas. Je serais curieux de lire les arguments de Gude Suckale-Redlefsen. Peut-être rejoignent-ils les vôtres.

RÉPONSE :

À première vue, l'hypothèse de votre connaissance aussi américaine qu'arénicole (les orteils douillettement nichés dans le sable chaud, quelle merveille !) me paraît assez aventurée. C'est en effet toujours le même problème : comment est-il possible de se prononcer catégoriquement sur la religion d'une personne alors que l'on doute de son existence historique ? On peut certes affirmer que Maurice était mithraïste parce que le culte de Mithra était très répandu dans les légions romaines, tout comme on peut dire qu'il était animiste parce que, noir, il provenait de tribus soudanaises ; ou encore qu'il était chrétien parce que les anachorètes pullulaient pis que les momies dans les vieux tombeaux de sa Thébaïde natale ; ou néoplatonicien puisqu'Alexandrie d'Égypte était un centre de diffusion de cette doctrine philosophique ; ou un adepte rescapé de la religion d'Akhenaton : Tell el Amarna, la "Cité de l'Horizon d'Aton" n'est pas si éloignée de Thèbes : ou encore que Maurice était un bouddhiste non violent parce qu'un de ses ancêtres maternels, marin de la flotte du Pount, avait été initié à cette doctrine en allant acheter aux Indes l'or des Pharaons !…

Avec un personnage quasi légendaire, l'histoire cède le pas à la fantaisie. On peut tout dire… et son contraire, mais (presque) rien prouver !

NB :
Sur saint Maurice et la légion thébaine,
voir ici : Clic ! et Clic !

nav vox - emp

 

30 Mars 2002

Marc a écrit : 

Est-ce que c'est vrai que Marc Aurèle avait des tendances homosexuelles ?

RÉPONSE :

N'est-il pas quelque peu malséant d'aller inspecter sous la couette d'un aussi grand homme que Marc Aurèle afin de savoir "avec qui, et dans quelles positions, il plongeait dans le stupre et fornication", comme le chantait Brassens ? C'est sans doute pourquoi, mis part une allusion dans un site internet (Clic !), je n'ai trouvé nulle part mention des tendances homosexuelles que vous envisagez.

La page internet mentionnée ci-dessus (Clic !) évoque les lettres entre Fronton et Marc Aurèle où les relations homosexuelles entre l'empereur-philosophe et Fronton, son maître de rhétorique, seraient étalées au grand jour. À vrai dire, je n'ai pas lu cette correspondance prétendument compromettante, mais Mario Meunier, traducteur des œuvres de Marc Aurèle (éditions Garnier-Flammarion) parle seulement de "lettres brûlantes d'une noble et pure amitié"…

Entre "brûlante et pure amitié" et "amours torrides", il y a quand un même un écart de quelques degrés centigrades ! De plus, même si cette correspondance est sincère, et même si Marc Aurèle, en bon "philhellène" qu'il prétendait être, se devait d'admirer (aussi) la beauté des jeunes éphèbes, les lettres adressées par Marc Aurèle à son professeur d'éloquence sont aussi (et peut-être surtout) des exercices de style où l'élève (ou l'ancien élève) tenait à exprimer toute l'admiration qu'il vouait à son maître "à la manière" des disciples de ces philosophes grecs amateurs de beaux garçons (Socrate, Planton ou Aristote). En proclamant un amour passionné pour son maître Fronton, Marc Aurèle, ne faisait donc peut-être que se conformer aux règles d'un genre littéraire, avec toute l'emphase requise et toutes les exagérations convenues.

emp 18

À première vue, je ne vois donc aucune autre raison de douter de l'hétérosexualité de Marc Aurèle, qui semble avoir aimé son épouse Faustine (même si la dame "n'était pas un cadeau"), et en tout cas avoir fort assidûment fréquenté le lit conjugal (au moins 13 enfants naquirent de ce mariage). L'Histoire Auguste, un recueil de biographies impériales assez tardif (fin du IVe siècle), pourtant d'ordinaire assez médisant, ne lui reproche d'ailleurs rien à cet égard, si ce n'est qu'il estimait tellement un certain Junius Rusticus, un de ses maîtres en philosophie, qu'il "le tenait au courant de toutes ses décisions d'ordre privé ou public et ne manquait jamais de l'embrasser, même devant les préfets du prétoire". Pour le reste, "on lui reprocha d'être hypocrite et pas aussi franc qu'il semblait être", mais il était "vertueux sans excès, réservé sans mollesse et austère sans être triste" (Histoire Auguste, Vie de Marc Aurèle, III : 4, XXIX : 6 et IV : 10 - trad. André Chastagnol, Éd. Robert Laffont, coll. Bouquins).

Bref, à mon avis, Marc Aurèle était sans doute "un austère qui se marre", comme dirait votre Lionel Jospin, mais pas nécessairement un homo !

nav vox - emp

 

31 Mars 2002

Jean-Pierre a écrit :

En parcourant votre excellent site sur les Empereurs romains, je me suis attardé sur l'époque Tibère, à laquelle aurait vécu un certain Jésus.

Comment peut-on expliquer qu'aucune archive ne relate la mort de ce prophète ?

RÉPONSE :

Si si, il y a bien des "archives" qui parlent de la mort de Jésus : ce sont les Évangiles selon Marc, Matthieu, Luc ou Jean. Cependant, si vous voulez parler de textes non-chrétiens, c'est vrai qu'il n'y en a pas des masses : quelques lignes chez les historiens romains Tacite et Suétone, et quelques autres chez l'historien juif Flavius Josèphe, le tout fortement suspect d'avoir été chipoté, retravaillé, revu et corrigé par les braves moines chrétiens du Moyen Age qui nous transmis les écrits de ces auteurs. Quant aux textes historiques païens qui ne pouvaient pas être "améliorés", ils furent impitoyablement détruits par les premiers chrétiens.

Un exemple ? Prenez les Annales de Tacite. En 16 livres l'auteur y relatait, année par année, l'histoire de Rome et de son Empire, depuis la mort d'Auguste (14 ap. J.-C.) jusqu'à celle de Néron (68 ap. J.-C.). Or, si les livres 1 à 4 (années 14 à 28 ap. J.-C.), le livre 6 (années 32 à 37 ap. J.-C.), et les livres 11 à 15 (de 47 à 65 ap. J.-C.) sont complets, tout le reste est fragmentaire ou manque complètement. Quant au cinquième livre des Annales de Tacite, celui qui "couvrait" les années 29, 30 et 31 ap. J.-C. c'est-à-dire précisément l'époque où l'on situe communément le "ministère public" et de la mort de Jésus, pas de chance, il est presqu'entièrement perdu !

Un hasard sans doute ?

Non ! il faut plutôt croire que Tacite (et d'autres historiens païens) présentaient Jésus sous un jour qui ne plaisait pas aux Chrétiens des premiers temps ou ne cadrait pas du tout avec les légendes que l'Église voulait imposer.

Comme j'ai déjà eu l'occasion d'aborder ce problème à plusieurs reprises dans mes pages, et comme je crains de rabâcher un peu, je vous invite, si la question vous intéresse, d'aller jeter un coup d'œil aux liens mentionnés ci-dessous :

  • Remarques sur Jésus, sa vie, son temps ; Clic !
  • Qu'en est-il de la personnalité de Jésus : Clic !
  • Le "mythe" de Jésus : Clic !
  • Jésus, mythe ou réalité ? : Clic !

nav vox - emp