Juin 69 (?) - Janv. 69
Galba

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GALBA L'ANTÉCHRIST ?

Selon J.-Ch. Pichon (Saint Néron, réédition é/dite - Histoire, 2000) Néron fut converti au christianisme par saint Paul. La religion du Christ, pensait l'empereur, était prédestinée à devenir la religion des temps nouveaux, de cette nouvelle ère astrologique du Poisson qui venait de supplanter celle du Bélier. Pourquoi ?

Permettez-moi une petite digression qui permettra d'éclaircir - une bonne fois pour toutes - cette question :

Nous savons tous que les premiers Chrétiens adoptèrent le poisson comme signe de reconnaissance. Il est vrai qu'il leur était plus facile d'esquisser, sur le sable, sur la poussière ou sur un mur, le "tag" d'un poisson que celui, par exemple, d'un ornithorynque. Deux lignes courbes qui se croisent et le tour était joué !

La tradition veut que ce signe de ralliement provienne d'un jeu de mots sur la traduction latine du mot grec ICHTUS = poisson = "Iesous Christos Theou Ulos Soter" = "Jésus Christ, fils de Dieu, sauveur". C'est possible et même probable. Cependant, cette association Jésus - Poisson reflète également les préoccupations astrologiques de nos ancêtres.

L'astrologie, de nos jours, on y croit ou l'on n'y croit pas, mais les Anciens, eux, y croyaient dur comme fer. Après des milliers d'années d'observation, nos aïeux constatèrent que le soleil ne se levait pas toujours devant les mêmes étoiles. Les savants de notre époque appellent cela "dérivation de l'axe elliptique". En (très) gros, notre terre se comporte comme une énorme toupie, qui tourne sur elle-même, mais dont l'axe a tendance à bouger du fait du mouvement rotatif. Nos ancêtres, eux, qui ne savaient pas tout cela, mais qui n'étaient pour autant dépourvus ni de jugeote, ni d'un sens aigu de l'observation, ni d'une bonne mémoire, constatèrent qu'il fallait environ 24.000 ans pour que le soleil revienne se lever au même endroit de la voûte céleste. Ils divisèrent alors le ciel en douze secteurs et leur donnèrent à chacun un nom symbolique : mois de la "Grande année universelle" devenus nos signes du zodiaque. Ces "mois" de l'année universelle comptent donc environ 2000 ans chacun, et leur cycle commence dans le "Poisson" pour se terminer dans le "Bélier", Les mois de la "Grande année de l'univers" s'égrènent donc un sens inverse que celui adopté par l'horoscope de votre journal.

Voici comment cela s'est passé au cours des huit derniers millénaires :

  • De -6000 à -4000 avant J.-C. : Ère des Gémeaux. Le vieux dieu Janus avec sa double face pourrait bien être une survivance de cette époque. C'est aussi l'âge d'or.
  • De -4000 à -2000 avant J.-C. : Ère du Taureau. En Égypte, on voit se développer le culte du bœuf Apis, en Crète, on danse avec des taureaux, En Espagne, on organise les premières corridas.
  • De -2000 à -1 avant J.-C. : Ère du Bélier. En Égypte, culte du Dieu Bélier Amon. Les noms des Pharaons de l'époque vont l'évoquer : Amenhotep, Aménophis, etc… Abraham veut sacrifier son fils unique pour s'attirer les bonnes grâces de Dieu, mais un bélier qui passe par là fait les frais de l'opération. Or, l'époque présumée du grand Patriarche se situe précisément au changement de l'ère (vers - 2000 avant J.-C.), et qui dit nouvelle ère, dit nouveau culte : fini les sacrifices humains, vive les sacrifices d'animaux, surtout de béliers, et longue vie aux méchouis et aux couscous !… Alexandre le Grand est le dernier "demi-dieux" de l'ère du Bélier : après avoir été déclaré fils d'Amon, le Dieu Bélier, dans l'oasis de Siwah, le conquérant macédonien portera une couronne en forme de cornes. Il est d'ailleurs représenté ainsi sur certaines de ses monnaies.
  • De -1 à 2000 après J.-C, : ère du Poisson. Ici, non seulement, nous changeons d'ère, mais aussi d'année universelle. L'ère du Poisson sera celle de changements radicaux, paradoxaux : c'est par Verbe que Yahvé avait créé le monde et, maintenant, ce Verbe s'incarne, se fait chair, mais une chair à la fois humaine et mystique. Agneau de Dieu, le Christ réclame l'héritage de l'Ère du Bélier : il n'est pas venu, précise-t-il, pour abolir l'ancienne loi, mais pour l'accomplir. C'est pourquoi Jésus-Christ transcende symboliquement le vieux sacrifice d'Abraham en se sacrifiant lui-même pour racheter les péchés du monde. Désormais, dans les temples devenus chrétiens, l'on ne dégustera plus du mouton grillé, mais du pain, devenu soit corps du Dieu lui-même, soit représentation symbolique de Dieu.

Certes, Jésus aimait à manger du poisson. Il multiplia deux fois des poissons en même temps les pains. Grâce à lui et à un de ses miracles de derrière les fagots, Pierre pêcha des centaines de milliasses de poissons dans le lac de Tibériade, à tel point que ses filets se rompirent ! Et, en fin de compte, Jésus transforma ses bons apôtres en "pêcheurs d'hommes". Cependant, si le poisson fût adopté comme signe de ralliement par les premiers Chrétiens, c'est sans doute d'abord parce qu'il symbolisait l'ère nouvelle. Ce n'est que bien plus tard, probablement à l'intervention de Pères de l'Église hostiles à l'astrologie païenne qu'on y verra un acronyme proclamant de la divinité de Jésus.

Mais revenons à Néron et aux hypothèses de Jean-Charles Pichon.

Bien que converti par saint Paul, l'empereur-artiste n'aurait pas suivi à la lettre les enseignements de l'intransigeant "Apôtre des gentils". Convaincu que la doctrine chrétienne se devait d'être à la fois parfaitement en phase avec la nouvelle ère astrologique du Poisson et avec l'hellénisme dont il s'était entiché, Néron aurait adapté le message christique afin de l'implanter plus aisément dans cette civilisation hellénique qu'il idolâtrait. Il l'aurait transformé en une idéologie esthétisante, non-violente, pacifiste et égalitaire. Ensuite, il serait parti en Grèce pour "aller au bout de sa mission" prophétique". Une tournée triomphale, mais dont personne ne comprit le véritable enjeu. C'est pourquoi, en butte à l'hostilité croissante de l'armée et des nantis, Néron aurait été contraint de revenir dare-dare en Italie, non pas seulement pour sauver son trône, mais surtout pour accomplir le projet mûri et préparé lors de son voyage en Hellade : instaurer "un univers communautaire, une parousie à la Spartacus, où les esclaves et les pauvres, les hommes libres et les esclaves, enfin égaux que de servir et de faire régner le dieu Poisson, symbole de l'amour universel". Et notre Néron de confisquer les biens des plus riches citoyens de Rome, de réquisitionner leurs somptueuses villas et d'affranchir en masse leurs esclaves, les "enrôlant dans d'étranges cohortes, à demi « anges blancs » de Savonarole, à demi SS hitlériens, que certains historiens rendent responsables des excès de l'empereur".

Mais Néron finit par se suicider, et quand Galba, triomphant, entra dans Rome, les individus que le nouveau "César" fit massacrer n'étaient pas des matelots de la flotte, recrutés par Néron pour courir sus à ses ennemis, mais bien ces Chrétiens "néroniens". En effet, écrit encore J.-Ch. Pichon "on n'imagine guère des milliers de marins, suppliants, désarmés, courant au-devant de Galba victorieux pour qu'il leur donne un régiment, ni Galba les massacrant jusqu'au dernier. Non, pas des « matelots » mais des « fidèles de Neptune ». Des pêcheurs ? Oui, mais d'hommes, des agents recruteurs, propagandistes, apôtre du nouveau dieu Poisson…".(J.-Ch. Pichon, Saint Néron, op. cit.).

Toujours d'après J.-Ch. Pichon, c'est cette répression sanglante, cette purge anti-néronienne qui donna naissance à la légende de la "persécution de Néron", car bien évidemment, l'empereur-artiste, non-violent, abhorrant le sang et de surcroît Chrétien lui-même, ne jeta jamais aux lions le moindre de ses coreligionnaires. Si les historiens antiques, et en particulier Tacite et Suétone rapportent cette fadaise, c'est parce que leurs récits, déjà fallacieux à l'origine, furent traficotés par des mains chrétiennes soucieuses de "surfer" sur la mauvaise réputation de Néron tout en tirant un voile pudique sur son appartenance à leur secte (même si l'empereur avait une interprétation très personnelle des plus saints dogmes du christianisme). C'est pour cela que les faussaires chrétiens firent disparaître le dernier livre des Annales de Tacite, celui qui "couvrait" la fin du règne de Néron. Cependant, le texte qui décrivait la répression anti-néronienne de Galba put être recyclé : il suffisait de modifier le nom de l'empereur qui avait ordonné ces atrocités, "Néron" remplaçant "Galba", puis de réinsérer le fragment interpolé dans le livre des Annales relatant le grand incendie de 64, et le tour était joué ! C'est ainsi qu'aujourd'hui, à la lecture de ce bouquin de Tacite (Annales, XV, 44), tout le monde est convaincu que c'est Néron qui fit périr les Chrétiens, revêtus de peaux de bêtes, sous les crocs des chiens, ou qui les utilisa, crucifiés, en guise d'éclairage public pour nuits sans lune, alors qu'en réalité, c'est bien Galba, l'Antéchrist, qui commit toutes ces horreurs !

"Alors s'expliquerait l'inexplicable : qu'une partie des supplices aient lieu dans le Cirque, ravagé après l'incendie en 64, mais reconstruit quatre ans plus tard, et que les victimes en fussent des chrétiens, car s'il y avait peu de ces nouveaux croyants à Rome en 64, on peut les imaginer plus nombreux en 68. Alors se comprendrait la phrase qui termine le récit de Tacite : « Quoique ces supplices parussent mérités, on ne laissait pas de prendre en pitié les victimes, sacrifiées non à l'intérêt public mais à la cruauté d'un homme », phrase inintelligible dans le contexte qu'on lui donne, de l'incendie de Rome et d'une imposture néronienne. En effet, si les Chrétiens n'étaient aucunement coupables, pourquoi dire leur supplice mérité ? S'ils l'étaient, pourquoi rejeter l'horreur de leur châtiment sur la cruauté d'un homme ? (Jean-Charles Pichon, Saint Néron, réédition é/dite - Histoire, 2000).

Dois-je vous le dire, les thèses de J.-Ch. Pichon sont loin de faire l'unanimité…

Je ne polémiquerai pas à ce sujet. Pour vous faire "votre religion" sur la question, mieux vaut que vous lisiez le livre de Pichon, très intéressant même s'il est controversé, ainsi que les textes de Tacite et Suétone.

Simplement une petite remarque pour terminer : comme je l'ai déjà signalé, l'empereur Galba ne séjourna à Rome que trois petits mois, les derniers de son règne (du 15 octobre 69 au 15 janvier 69). En un si court laps de temps, je vois mal comment il aurait été capable de planifier et d'organiser ces "jeux" macabres si "raffinés" que décrit Tacite ! Même avec le génie de la logistique propre aux Romains, cela me paraît un peu "juste" ! Et comment financer ces divertissements, si coûteux, quand le Trésor était vide, quand l'État était proche de la banqueroute et quand ce "pauvre" Galba était contraint à racler les fonds de tiroir, à rogner sur tout, même sur l'essentiel, afin grappiller de-ci de-là quelques liquidités ? Et comment aurait-il osé persécuter officiellement, légalement, les partisans de Néron alors que, dans leurs casernes, les Prétoriens regrettaient leur trahison, et que, dans les rues, le peuple, très peu favorable au nouveau régime, évoquait déjà avec nostalgie le "bon vieux temps" de Néron ?…

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Galba sur la Toile :
(Liens vérifiés et complétés le 27 Septembre 2007)
Toujours sur Empereurs romains.net
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Noctes Gallicanae - Abrégé d'Histoire romaine :

Wikipedia (FR) :

De Imperatoribus romanis :

The Roman Empire : Galba

Tiberius 13 : Le principat de Galba (Chronologie)

Suétone :

Tacite :

  • Bibliotheca Classica Selecta (UCL) :
  • classics.mit.edu : Histories (Engl)

Dion Cassius :

Plutarque :

  • Sie Nimispauci (Ugo Bratelli) : Vie de Galba (Français) - Aussi sur site Mediterrannees.net : Clic !
  • classics.mit.edu : Galba (Engl.)
  • 4literature.net : Galba (Engl.)

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Site Histoire antique des pays et des hommes de la Méditerranée :

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