Cléopâtre :
recueil des citations antiques
par Philippe BOYER

 

 

 

 

cléopâtre

antoine

 

Appien, Guerres civiles :

  • Livre II, chapitre X, 71 : Cléopâtre et Ptolémée envoient soixante navires pour renforcer la flotte de Pompée aux prises avec César ;
  • Livre II, chapitre XII, 84 : Cléopâtre est partie d'Égypte et rassemble une armée en Syrie, contre son frère ;
  • Livre II, chapitre XIII, 90 : Après avoir établi Cléopâtre sur le trône à la place de son frère, César fait une croisière (400 navires) sur le Nil, et prend du bon temps avec Cléopâtre ;
  • Livre II, chapitre XV, 102 : César fait placer dans "son" temple de Venus Genetrix une belle statue de Cléopâtre, à côté de celle de la déesse ;
  • Livre II, chapitre XXI, 154 : "César procéda de même, lorsqu'il demeura en Égypte pour y restaurer le pouvoir de Cléopâtre" ;
  • Livre III, chapitre XI, 78 : César a peut-être laissé des légions à Cléopâtre.

 

Pseudo-Aurelius Victor, Livre des hommes célèbres de Rome :

  • LXXXV Marc Antoine : "esclave de sa passion pour Cléopâtre" ;
  • LXXXVI la Reine Cléopâtre : conspiratrice, corruptrice, libido démentielle la poussant à se prostituer, beauté fatale prenant la vie à ses amants d'une nuit, piquée par des aspics.

 

César, La guerre civile :

  • Livre III, chapitre CIII : Lorsque Pompée arrive, Ptolémée est en train de faire la guerre à sa sœur Cléopâtre, qu'il vient de chasser du pouvoir avec l'aide de ses parents et de ses favoris ;
  • Livre III, chapitre CVII : César, empêché de partir à cause des vents étésiens, estime qu'il est de son devoir de régler le différent entre Cléopâtre et Ptolémée. Il se pose en arbitre ;
  • Livre III, chapitre CIX : Le testament de Ptolémée Aulète (le père) institue ses héritiers l'aîné des ses fils et la plus âgée de ses filles.

 

Cicéron, Correspondance :

  • Lettres à Atticus, Att. XIV, 8 = DCCXXVII : Cicéron écrit que la fuite de la reine ne lui cause aucun chagrin ;
  • Lettres à Atticus, Att. XV, 15 = DCCLXVIII : l'orateur proclame sa détestation de la reine, faisant allusion à des promesses "d'ordre érudit" non tenues. Il évoque également la superbe de la reine et l'arrogance de son entourage pour justifier sa haine.

 

Dion Cassius, Histoire romaine :

Dion écrit une histoire "à la Tite-Live", ab Urbe condita, c'est-à-dire depuis les origines. Il relate donc en détail les évènements, le séjour (court) de Pompée et (plus long) de César en Égypte (livre 42), puis la rivalité entre Octavien et Marc Antoine, (livre 48, 50, 51).

 

Eutrope, Abrégé de l'histoire romaine :

  • Livre VI, 22.2 : César donne le royaume à Cléopâtre, avec laquelle il avait coutume de se livrer à la débauche
  • Livre VII, 6.1 : Antoine répudie Octavie et prend pour épouse Cléopâtre, reine d'Égypte ;
  • Livre VII, 7 : Antoine déclenche une formidable guerre civile, sous l'impulsion de Cléopâtre, qui veut "avec une passion toute féminine" régner aussi sur Rome. Cléopâtre se fait piquer par un aspic et succombe au venin.

 

Flavius Josèphe

  • Contre Apion :
    • Livre II, 56 : "Cléopâtre, reine d'Alexandrie" ;
    • Livre II, 57 : inique et criminelle, en particulier contre ses maris et ses amants, ses bienfaiteurs romains, et jusqu'à sa sœur l'innocente Arsinoé ;
    • Livre II, 58 : assassine également son frère, dépouille les temples et les tombeaux de leurs richesses, se révolte contre le fils et successeur de César, séduit et corrompt Antoine pour en faire un traître, dépouillant des rois et en poussant d'autres au crime ;
    • Livre VII, 59 : abandonna le père de ses enfants en pleine bataille , l'oblige à livrer son armée et son empire pour la suivre ;
    • Livre VII, 60 : après sa défaite, ne put que se suicider pour échapper à une punition bien méritée. C'est donc tout à l'honneur des Juifs que Cléopâtre ait refusé lors d'une disette de leur distribuer du blé ;
    • Livre VII, 61 : cette reine a reçu le châtiment qu'elle méritait.
  • Antiquités Judaïques :
    • Livre XV, III, 5 : Hérode craint la malveillance de Cléopâtre, qui ne cesse d'exciter Antoine contre lui ;
    • Livre XV, III, 8 : Antoine se laisse prendre aux flatteries d'Hérode : les discours de Cléopâtre restent sans effet. Antoine signifie à Cléopâtre de rester en dehors des affaires de l'État. Animosité de Cléopâtre contre Hérode, ses prétentions territoriales sont calmées par l'octroi de la Cœlé-Syrie ;
    • Livre XV, IV, 1 : Cléopâtre pousse Antoine à déposséder tous les rois pour elle. Elle a une forte influence sur lui, grâce à la passion qu'il éprouve. Elle est d'une nature âpre au gain, n'a aucun scrupule à piller et profaner pour s'enrichir. Elle a assassiné son frère et sa sœur. C'est un reine avide et injuste, "prodigue et esclave de ses désirs", capricieuse. Antoine semble assujetti par des philtres. Il résiste faiblement, en biaisant ;
    • Livre XV, IV, 2 : Cléopâtre tente de séduire Hérode. Elle est naturellement portée sans retenue au plaisir des sens, mais il se peut qu'elle soit tombée amoureuse d'Hérode. Hérode flaire un piège et pense assassiner Cléopâtre, y renonce par peur d'Antoine. Il la reconduit en Égypte en la comblant de présents ;
    • Livre XV, IV, 3 : Antoine livre les dépouilles de l'Arménie à Cléopâtre.
  • Guerre des Juifs :
    • Livre I, 12, 4 : Antoine est asservi à Cléopâtre par la passion ;
    • Livre I, 14, 2 : Hérode est reçu avec faste par Cléopâtre, qui espère le mettre à la tête d'une expédition qu'elle prépare ;
    • Livre I, 18, 4 : Antoine amoureux éperdu de Cléopâtre, est subjugué par la passion. Cléopâtre a assassiné toute sa famille, a maintenant soif du carnage des étrangers. Comme elle l'a fait en Syrie, elle calomnie les rois Hérode et Malchus afin de les faire destituer par Antoine et s'emparer de la Judée et de l'Arabie ;
    • Livre I, 18, 5 : Antoine refuse de faire périr des rois d'un tel prestige, mais ampute leurs territoires au bénéfice de Cléopâtre. Hérode la désarme par des flatteries, prend les territoires à ferme. Antoine, de retour d'Arménie, offre Artabaze, fils de Tigrane, à Cléopâtre. La totalité du butin et des richesses, ainsi que le Parthe lui-même lui sont par la suite offerts ;
    • Livre I, 19, 1 : Les perfidies de Cléopâtre empêchent Hérode de prendre part aux combats d'Actium aux côtés d'Antoine. Elle veut faire combattre Hérode et Malchus l'un contre l'autre, afin de les éliminer et de s'emparer de leur territoires ;
    • Hérode, ne pouvant plus être utile à Antoine militairement, lui conseille de faire exécuter Cléopâtre. Mais les oreilles d'Antoine sont bouchées par sa passion pour Cléopâtre ;
    • Livre I, 19, 2 : L'amour et la fidélité d'Antoine pour Cléopâtre sont assimilées à la folie ;
    • Livre I, 20, 3 : Lorsque César arrive en Égypte, Antoine et Cléopâtre sont déjà morts. César fait don à Hérode de quatre cents Gaulois antérieurement attachés à la personne de Cléopâtre ;
    • Livre I, 20, 3 : Une ruse de Cléopâtre a causé la mort de Lysanias ;
    • Livre VII, 8, 4 : Cléopâtre supplie Antoine de faire assassiner Hérode et de lui accorder le trône de Judée. Antoine n'obéit pas à ses ordres, ce qui est étonnant vu l'esclavage dégradant où le tient sa passion.

 

Florus, Épitomè de Tite-Live :

  • Livre II, 13 : Cléopâtre, prosternée aux pieds de César, réclame sa part du royaume. César, trompé notamment par la beauté de la reine, se laisse abuser. César rétablit la reine sur son trône. César rentre à Rome et célèbre plusieurs triomphe. Le second est celui sur l'Égypte : on y voit le Nil, Arsinoé et le Phare ;
  • Livre II, 14 : Deux possibilités expliquent l'attitude d'Antoine : soit il est indigné de voir Octave succéder à César, soit, par amour pour Cléopâtre, il se détache de Rome pour devenir roi. Son humeur est inconstante ;
  • Livre II, 21 : la fureur d'Antoine est éteinte en fin de compte par le luxe et la débauche. Il s'éprend de Cléopâtre et "c'est ainsi qu'une Égyptienne demande l'Empire romain à un général ivre, pour prix de ses faveurs" Et Antoine le lui promet. Il s'abandonne tout entier au "monstre", et adopte un costume oriental quasi-royal, il ne lui manque que le diadème "pour que ce fût aussi en roi qu'il pût jouir d'une reine". Cléopâtre est la première à donner le signal de la fuite. Elle se prosterne aux pieds de César, et essaye d'attirer ses regards, mais "sa beauté ne vainquit pas la chasteté du prince". Constatant son échec, elle se réfugie dans son mausolée, et se laisse glisser dans la mort comme dans le sommeil, aux côtés de son cher Antoine.

 

Pseudo-César (Aulus Hirtius ?), Guerre d'Alexandrie :

  • XXXIII : César établit sur le trône les souverains désignés dans le testament de Ptolémée Aulète, c'est-à-dire, l'aîné étant mort, qu'il donne le royaume au cadet ainsi qu'à Cléopâtre, restée fidèle. Il emmène la séditieuse Arsinoé, et laisse des troupes en Égypte.

 

Horace, Odes et Épodes :

 L'Ode XXXVII célèbre la victoire d'Actium. Cléopâtre est présentée dans la première partie (vers 1-21) comme une folle, ivre de débauche malsaine et de vin maréotique, et grisée par "les douceurs de la Fortune", qui préparait la ruine de Rome. Elle est qualifiée de "monstre élu du destin" (fatale monstrum). Dans la seconde partie (vers 21-32), Cléopâtre est présentée comme une "femme au cœur haut", dotée d'une certaine noblesse et d'un indéniable courage, d'ailleurs peu féminin. Elle est réhabilitée par la grâce de son suicide.

Horace est visiblement influencé par les conceptions stoïciennes, qui professent la prépondérance de la Fortune et du Destin. La grandeur de l'Homme et la clé de son éventuel bonheur réside dans la prise de conscience des dimensions de la liberté, et dans l'action conséquente. Cléopâtre est donc le monstre élu par le destin pour s'opposer à Rome, et être vaincu par Octave, dont la destinée était évidemment de vaincre (tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute). Toutefois sa mort, qui s'inscrit parfaitement dans les canons du stoïcisme, la réhabilite dans l'esprit du poète, c'est pourquoi la fin du poème sonne si différemment du début.

 

Juvenal, Satires :

Dans la satire II, lignes108-110, le poète, qui déblatère d'une manière générale contre l'hypocrisie et en particulier contre la débauche des efféminés, oppose à ces efféminés les guerrières et martiales Sémiramis et Cléopâtre.

 

Lucain, la Pharsale :

Lucain est un lui aussi un stoïcien. La Pharsale est consacrée à la lutte entre César et Pompée, et le dernier livre (X) relate les aventures de César en Égypte. Les personnages, orgueilleux jouets du Destin et de la Fortune, sont présentés sont un jour peu favorable, mis à part Pompée, qui a le beau rôle, épique et tragique. Cléopâtre est dépositaire d'à peu près tous les défauts : corruptrice d'un César qui n'en a guère besoin, beauté malfaisante, perfide et conspiratrice, étrangère, incestueuse, audacieuse, menteuse, adultère, fastueuse, luxurieuse, impudique, vaniteuse, cupide.

Fait intéressant, elle est comparée à Hélène, beauté malfaisante qui entraîna la ruine de Troie. Au-delà même de l'intérêt de la comparaison, ressort cette vieille vision péjorative que la Romains ont de la beauté, comme étant propre à générer le dérèglement des sens et la passion.

Autre aspect intéressant, Cléopâtre comme instrument du Destin : "fatale Erinys du Latium", c'est-à-dire suscitée par le Destin pour punir Rome, au moins si l'on se réfère à la fonction des Érinyes-Furies dans la mythologie. Il s'agit peut-être d'une allusion implicite à la suite des évènements, la seconde venant de manière plus explicite pour dédouaner Antoine de son "amour insensé" à la lumière de celui que le rude César lui-même porta à Cléo.

 

Macrobe, Saturnales :

Macrobe, dans le livre III, 14, relate l'histoire de la perle dissoute dans le vinaigre, dans le cadre général d'une discussion sur les lois somptuaires. Le vice principal reproché à nos deux duettistes est évidemment ici la gloutonnerie, c'est ce défaut (= ambition) qui les pousse à "vouloir faire de l'Empire Romain un royaume d'Égypte".

 

Orose (et non Paul Orose), Histoires contre les Païens :

Orose (Livre VI, 16.1 ; 19.3 ; 19.8-19 relate les évènements sans rentrer trop avant des les détails. Il écrit que César avait fait venir des Psylles (charmeurs de serpents) pour aspirer le venin des blessures de Cléopâtre.

 

Pline l'Ancien, Histoires naturelles :

Pline (Livre IX, 6) relate l'histoire de la perle, dans le cadre d'exemples de luxe. Cléopâtre est qualifiée de "courtisane couronnée".

 

Plutarque, Vies :

Voir ;

 

Properce, Élégies :

Cléopâtre, (III, XI), est celle qui apporta l'opprobre aux armes romaines, une prostituée qui s'offrait à ses esclaves et qui demandait à Antoine l'Empire Romain pour prix de ses faveurs.

Properce a pour thème quasi unique dans son œuvre les turpitudes de l'amour, et le ton de ses élégies varie en fonction des hauts et des bas de sa relation avec Cynthie. Le jour de l'élégie XI du livre III doit être un mauvais jour, car Properce reprend et développe à l'envi le thème de l'esclavage amoureux, en le déplorant assez hypocritement d'ailleurs. Il énumère les femmes qui avant Cynthie ont, elles aussi, soumis des hommes aussi puissants soit-il à leur empire : Médée, Penthésilée, Omphale, Sémiramis, puis passant du mythe à la réalité, Cléopâtre. Il termine sur des louanges à César, vainqueur de cette femme.

 

Sénèque le Philosophe, Lettres à Lucilius :

Dans le cadre d'une démonstration contre l'ivrognerie, Sénèque utilise l'exemple d'Antoine comme modèle du grand homme perdu par l'intempérance. C'est donc son ivrognerie et son amour pour Cléopâtre, qui égalait sa passion pour le vin, qui l'ont fait passer sous la coupes de mœurs étrangères, de vices inconnus des Romains. (Livre X, 83, 25)

 

Suétone, Vies des Douze Césars :

  • Vie de César :
    • César, XXXV : vainqueur, César laisse le royaume d'Égypte à Cléopâtre et à son frère cadet
    • César, LII : la plus grande passion de César fut pour Cléopâtre. Il lui offre des festins et l'emmène avec lui sur le Nil. Il la fait venir à Rome et ne la renvoie que comblée de présents et d'honneurs. Il accepte que Cléopâtre donne son nom au fils qu'elle vient d'avoir. Toutefois la paternité de César est contestée par la suite.
  • Vie d'Auguste :
    • Auguste, XVII : Auguste fait venir des psylles pour sucer le venin des plaies de Cléopâtre, qu'il tient à préserver pour son triomphe. Suétone ne présente pas le fait que Cléopâtre ait été piquée par un aspic comme certain. Auguste accorde à Cléopâtre et Antoine l'honneur d'une sépulture commune et fait achever leur tombeau. Il met à mort Antyllus (fils d'Antoine et de Fulvie) et Césarion, mais traite généreusement les enfants d'Antoine et Cléopâtre.

 

Tertullien, Ad martyras :

Dans ce bel exercice de rhétorique destiné à consoler les futurs martyrs, Tertullien exalte la force de l'âme, qui doit soutenir et maîtriser la chair. Il cite un certain nombre d'exemples de cette force de caractère, et souligne que les femmes y ont tenu leur place : Lucrèce, Didon, la femme d'Asdrubal, et Cléopâtre.

 

Velleius Paterculus, Histoire romaine :

  • Livre II, LXXXII : l'ardente passion qu'Antoine nourrit pour Cléopâtre, associée à tous les vices suscités par la richesse, les flatteries et la licence, le decide à déclarer la guerre à sa patrie ;
  • Livre II, LXXXV : Cléopâtre est la première à prendre la fuite. Antoine préfère la suivre que de rester auprès de ces hommes. "on peut se demander s'il eut usé de la victoire à son goût ou à celui de Cléopâtre".

 

Virgile, Énéide :

Description du bouclier d'Énee, sur lequel sont représentés les principaux épisodes de l'histoire des Romains. Au centre, on trouve la représentation d'Actium, présenté comme la bataille entre Rome et les barbares. Virgile, comme Properce et Horace, ne désigne jamais Cléopâtre par son nom, mais utilise une périphrase.